Jujutsu Kaisen - Saison 1 - Anime

Jujutsu Kaisen - Saison 1

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17.5/20

Critique de l'anime : Jujutsu Kaisen - Saison 1

Publiée le Vendredi, 15 Avril 2022

Chronique - Partie 1 :

En février 2020, le mastodonte Jujutsu Kaisen fait irruption dans nos librairies. Alors que le titre pointe le bout de son nez juste avant la crise sanitaire du Covid-19, l'œuvre de Gege Akutami séduit, devenant d'entrée de jeu un titre populaire alors qu'aucune adaptation animée n'est encore disponible. Il faut attendre l'automne de la même année pour que celle-ci voit le jour, portée par le studio Mappa qui confirmait sa volonté de gérer certaines grosses licences, comme L'Attaque des Titans qu'il a repris avec sa saison finale, ou Chainsaw-Man dont l'anime se fait attendre avec impatience.

Prévu sur une première saison en 24 épisodes, l'anime Jujutsu Kaisen est dirigé par Sung Hoo Park, un artiste qui a largement fait ses preuves, au sein de Mappa notamment, en officiant à des postes divers et en réalisant peu de temps auparavant l'anime The God of High School, adaptation du webtoon éponyme chez le même studio. Peut-être est-ce même en ayant fait ses preuves sur cette série que Jujutsu Kaisen lui a été confié, les deux œuvres étant comparables par les affrontements intenses et souvent au corps à corps qu'elles démontrent.
Le reste du staff principal réunit Hiroshi Seko au poste de scénariste, ce dernier ayant largement prouvé sa capacité à adapter les scénarios de mangas pour l'animation, en attestent ses expériences sur Mob Psycho 100, L'Attaque des Titans ou Seraph of the End. Tadashi Hiramitsu, animateur aux multiples expériences ayant déjà assuré la conception graphique des personnages pour l'anime Parasyte, réalise le character-design de la série. La bande-originale, elle, est crée à pas moins de six mains, celles de Hiroaki Tsutsumi, Yoshimasa Terui et Arisa Okehazama, comme s'il y avait une volonté de diversifier les compositions, ce qui ce confirmera lors du visionnage.

Dans cette première chronique, nous nous intéresserons au premier cour de la série, autrement dit aux 13 premiers épisodes qui se concluent sur l'affrontement opposant Yuji et Nanami à Mahito.


Une histoire d'exorcisme et d'occulte

Dans notre monde existent les fléaux, des entités spirituelles nées des sentiments négatifs des humains. Chaque année, ces spectres se rendent responsables de dizaines de milliers de disparition au Japon. Pour les confronter, les exorcistes veillent au grain. Ils sont les seuls à pouvoir distinguer les fléaux et les combattre grâce à leurs énergies occultes.

Yuji Itadori est un lycéen insouciant, qui n'avait pas connaissance de cette facette du monde jusque là. Lorsque son grand-père grincheux décède, l'adolescent choisit de se dédier au bien, en aidant autrui du mieux que possible. En partant à la rescousse d'amis du lycée attaqués par des fléaux traquant une relique cachée dans l'établissement, Yuji scelle son destin. Malgré l'intervention d'un jeune exorciste, Megumi, la situation est critique, et c'est pour résoudre celle-ci sans fait de victime que le héros casse-cou avale la relique, un doigt du fléau Ryomen Sukuna, dont l'esprit se retrouve alors hébergée dans le corps de Yuji. Certes détenteurs de pouvoirs, le garçon habite maintenant un véritable danger, au point que les exorcistes prévoient sa mise à mort. Afin de sauver sa peau, il accepte de devenir élève de l'école d'exorcisme de Tokyo, et de se dédier à la collecte des doigts de Sukuna. Par cette aventure, il apprendra à maîtriser ses pouvoirs occultes, et à se battre contre des fléaux parfois extrêmement dangereux.



Du renouveau dans le récit d'exorcisme ?

Jujutsu Kaisen, qu'il s'agisse du manga ou de l'anime, est un titre très populaire actuellement. Un succès qu'il ne doit pas forcément à son thème, tant l'exorcisme est un sujet maintes fois abordé, y compris durant la décennie dernière avec des récits à succès tels que Blue Exorcist ou Twin Star Exorcists, sans oublier le D.Gray-Man de Katsura Hoshino, né dans les années 2000 et qui poursuit sa route, même s'il est moins sur les devants de scène aujourd'hui. Alors, quand un anime comme Jujutsu Kaisen cartonne autant, on peut légitimement se questionner sur sa capacité à traiter son sujet et lui donner un peu de fraîcheur.

C'est par son ambiance noire que ces premiers épisodes de l'adaptation animée font office de nouveauté. Loin d'être aseptisée, l'histoire de Gege Akutami retranscrit une dimension occulte sans états d'âme, qui ne donne un bonus d'immunité qu'à sa petite poignée de personnages principaux. Au même titre que le spectateur, Yuji Itadori découvre une face cachée de la réalité, celle d'entités spectrales prenant souvent la forme de créatures délicieusement grotesques, responsable de très nombreux décès à travers le pays. Jujutsu Kaisen présente d'emblée un côté peu ragoutant, un bestiaire qui oscille entre entités vulgaires et être plus charismatiques tout en empreintant à des esthétiques d'outre-tombe, comme c'est le cas du fameux Mahito dont la vois sensuelle camoufle bien le goût de la violence de l'individus. Ces figures paranormales, les fléaux, n'hésite pas à prendre la vie, déchiqueter leurs proies ou les transformer à l'état de tas de chair, menant parfois à des séquences crues qui bousculent nos têtes d'affiche dans un climat quasiment horrifique. Visuellement, l'anime traduit parfaitement cette dimension puisque les couleur chatoyantes sont très souvent absentes, tandis qu'il n'est pas rare que les séquences clés se déroulent de nuit. Jujutsu Kaisen, c'est tout ce climat sombre, dérangeant et malsain, derrière une intrigue pourtant classique dans ses grandes lignes. Peut-être est-ce cette dualité, cette manière de rendre plus glauque l'intrigue d'exorcisme et de lutte contre les esprits, pourtant destinée au grand public, qui a séduit dès la première fournée d'épisodes.



Une formule classique poussée à son paroxysme ?

Car oui, le schéma narratif de Jujutsu Kaisen ne perturbe pas spécialement sur ces premiers épisodes. Plaçant son intrigue au sein d'une académie d'exorciste qui n'a d'école que le nom (n'espérez pas voir un seul cours théorique dans une salle de classe traditionnelle), la série aborde son propre petit trio, composé de l'intrépide Yuji, du plus taciturne Megumi et de la hargneuse Nobara, sous l'égide de plusieurs mentors qui se succèdent au cours de ces premiers épisodes. Parmi ces figures d'autorité brillent Kento Nanami et son flegme saisissant, mais surtout le fameux Satoru Gojo qui, à lui seul, fait presque la renommée de la série tant son charisme brillamment établi a su conquérir bien des spectateurs (et des lecteurs du manga). La structure des personnages ne dépayse pas, d'autant plus que Yuji, le protagoniste, habite un Mal puissant en la personne du démon Ryomen Sukuna. Les parallèles avec d'autres œuvres populaires contemporaines peuvent aisément se faire, mais il serait erroné de qualifier Jujutsu Kaisen de banale copie ou de melting-pot de ce qui se fait de mieux de part et d'autres de la production du genre.



Car c'est dans sa manière de pousser ces schémas et archétypes au maximum que le début de l'œuvre trouve une certaine force, à commencer par la pureté de son personnage principal particulièrement efficace, tandis que d'autres éléments comme Megumi trouvent une certaine nuance pour ne pas tomber dans le stéréotype. Et évidemment, le fait de faire de Satoru Gojo un monstre de puissance et de charisme n'est pas anodin. Plus qu'un mentor, ce dernier devient un enjeu, une cible de choix pour l'ennemi, voire un adversaire à éviter pour d'autres. Un intérêt particulier lui est ainsi donné, ce que le futur de l'œuvre abordera d'une autre manière ultérieurement, probablement dans sa seconde saison.

Dans ce petit ensemble, d'autres figures secondaires parviennent à se greffer et à trouver une place, qu'il s'agisse de personnages qui verront leurs propres arcs conclus dans ces premiers épisodes, des adversaires voués à revenir et à gagner en densité, ou des personnages brièvement introduits en vue de prendre de l'importance dans la seconde partie de la saison. C'est peut-être même chez eux que réside le plus gros potentiel, sachant que les lecteurs d'origine du manga ont pu rencontrer ces figures avant de découvrir le récit principal par le biais du court préquel qui, côté anime, fait l'objet du film succédant à cette première saison. On constatera alors que chez tous ces personnages, une trame est plantée, chacun ayant un petit quelque chose à raconter ou des objectifs à accomplir, ce qui laisse la voie à une suite qui n'aura que l'embarras du choix parmi les scénarios à traiter.



Une réalisation qui transporte

Au terme du visionnage de ces treize premiers épisodes, il sera difficile de ne pas saluer la réalisation globale de Sung Hoo Park qui a su donner une vraie force à l'ensemble. S'entourant d'artistes inspirés, que ce soit dans les storyboards, les réalisations individuelles d'épisodes ou l'animation générale, le travail est particulièrement homogène et aucune scène ne dénote particulièrement d'une autre. Pourtant, il y a des moments qui diffèrent des précédents, des moments de fulgurances que l'on retrouve bien souvent dans les séquences d'action. Ces instants de pure adrénaline gravitent autour d'un procédé commun, à travers un déplacement de caméra qui semble sprinter dans le champ de bataille au même titres que des personnages, dans un rendu parfois apte à donner le tournis dans le bon sens du terme. Des moments d'intensité pure qui confère davantage d'ampleurs à la dimension action du récit, et par conséquent aux pouvoirs d'exorcistes des personnages qui résultent d'un pouvoir spirituel donnant une vraie sensation de force physiques aux combattants. C'est aussi dans ces moments que la bande originale prend plus de force, dévoile une facette plus pêchue, et explique le choix de trois compositeurs distincts pour jongler entre les différences nuances musicales de la série.

Et puisqu'on parle de musique, difficile de ne pas évoquer le générique de fin, Lost in Paradise feat. AKLO par le groupe Ali, dont le groove est communication et donne une pêche particulière aux fins d'épisodes, quand bien même celles-ci versent davantage dans le dramatique ou le tragique.

Après treize premiers épisodes équilibrés dans ce qu'ils traitent, et servis par une direction solide, on ne peut qu'être enthousiastes à l'idée de découvrir les 11 épisodes concluant cette première saison, dont le cœur sera l'arc du tournoi entre écoles d'exorcismes, teasé assez tôt dans la série.

Profitons de cette chronique qui arrive quelques temps après la fin de la diffusion de cette première saison pour indiquer qu'outre la disponibilité en VOD de l’œuvre en VOSTFR et en VF sur Crunchyroll, une édition physique en DVD et Blu-ray arrivera dès le mois juillet chez Kazé, dans une box pour chaque format englobant les 24 épisodes de la saison. Et concernant ce doublage français, nous aurons l'occasion de nous pencher dessus dans notre seconde chronique de cette saison 1, celle consacrée à sa seconde moitié, afin d'en développer un bilan.

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

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