Joker Game

Review de l'anime : Joker Game

Publiée le Mardi, 05 July 2016

Figurant parmi les anime du printemps 2016, Joker Game est d’abord une série de romans signée Koji Yanagi comptant trois volumes publiés entre 2011 et 2013. Comme souvent pour les titres ayant remporté un succès, les adaptations se font rapidement, aussi Joker Game a bénéficié d’un film live en janvier 2015 et d’un manga depuis le début d’année 2016.
Le studio Production I.G (à l’origine notamment des anime L’Attaque des Titans et Haikyû !!, par exemple) apporte sa pierre à l’édifice en ce printemps avec une adaptation animée du roman, en douze épisodes concernant la série télévisée sachant qu’une OAV figurera dans les volumes Blu-ray nippons.
En France, les douze épisodes de Joker Game font partie de l’offre simulcast de printemps de Crunchyroll en attendant une éventuelle sortie sur support physique.



En 1937, à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, les tensions se corsent entre les pays. Le Japon est entré en guerre avec la chine suite à l’invasion de la Mandchourie, fragilisant la situation entre les deux pays.
En marge de l’armée traditionnelle recrutant exclusivement des militaires, le Lieutenant-Colonel Yûki crée l’agence D, un groupe secret d’espions composé de brillants diplômés qui ont subi une sévère formation ayant fait d’eux des agents brillants, prêts à tromper et agir en toute situation. La Seconde Guerre Mondiale se profilant, ce sont les missions de ces huit agents que nous allons suivre.



Récit presque historique bien que basé sur une intrigue fictive de Koji Yanagi, Joker Game a pour force de dépeindre une époque réelle de l’Histoire, pas si lointaine, car datée de moins d’un siècle, et bien connue puisqu’il s’agit de l’un des chapitres les plus marquants des faits mondiaux récents. Nous connaissons la Seconde Guerre Mondiale surtout pour son approche occidentale, notamment par notre histoire française profondément marquée par ce conflit, mais c’est bien le point de vue nippon qui fonde le background de Joker Game. Toutefois, de solides connaissances concernant le conflit ne sont pas primordiales. Tant que les grands axes de la guerre sont connus du spectateur, aucun souci pour se plonger dans cette série, sans compter que les points importants du contexte sont soulignés à chaque début d’épisode. Gageons toutefois que la série jouant sur les relations conflictuelles entre nations dans son fond, il convient de garder un certain degré de concentration lors des visionnages et ne pas laisser Joker Game en bruit de fond, sans quoi le spectateur serait vite perdu.



Joker Game est une véritable série à suspense, profitant surtout de son cadre historique pour raconter différentes histoires d’espionnages et d’infiltration. Chaque épisode, ou deux agissant en diptyques parfois, nous raconte les exploits de ces espions de l’Agence D, sur différents coins du monde, chargés bien souvent de régler une affaire pour leur pays dans la plus grande des discrétions. Le schéma de la série est souvent le même : chaque agent est mis face à une situation inextricable en apparence, le spectateur prenant alors plaisir à suivre ses déboires, la manière dont chacun se tirera d’affaire. Le récit est toutefois teinté de subtilités à bien des reprises puisqu’il arrive même que le spectateur ne sache pas vraiment où se situe l’espion dans chaque scénario qui s’appuie sur les tensions géopolitiques. Les membres de l’Agence D se faufilent partout, leur design est même très simpliste, empêchant alors chacun de bien identifier chaque personnage, mais collant tout à fait à l’image des espions que cherche à démontrer l’intrigue : ceux-ci peuvent être partout, et difficile de les remarquer tant ils se fondent dans la masse.



Complots, machinations… les férus du genre trouveront aisément chaussure à leurs pieds puisque l’intrigue de Joker Game joue sur les rebondissements, habiles et surprenants, chaque épisode se présentant presque comme un casse-tête. On pourrait toutefois regretter que la série manque d’un ingrédient pour rendre le tout fluide et captivant : un fil directeur. En effet, les missions et scénarios se succèdent, mais la série n’a pas vraiment de finalité à démontrer, le dernier épisode étant la simple affaire de l’une des recrues de l’Agence D. On peut toutefois soulever qu’un mystère est décortiqué au fil du temps, un seul élément qui se voit réellement développé et constitue alors l’un des principaux centres d’intérêt du spectateur : le mystérieux Lieutenant-Colonel Yûki. Ce dernier est tapi dans l’ombre, mais au centre des agents dans sa représentation dans le générique d’ouverture. Si chaque espion est voué à ne pas avoir d’identité clairement révélée et exploitée, celle du leader interpelle davantage et sera pertinemment décortiquée au fil des épisodes, contribuant à apporter une psychologie et une part d’histoire à ce personnage tout en gardant sous le coude suffisamment de points d’ombre pour garantir son charisme.



La réalisation du studio Production I.G. est tout à fait convaincante. Le registre de la série ne nécessitait pas d’efforts techniques transcendants du point de vue de l’animation, ce qui ne l’empêche pas de briller sur plusieurs aspects. L’ambiance, rationnelle, est dépeinte par la représentation d’environnement crédible appuyé par des teintes de couleur qui le sont tout autant. Le character-design est tout aussi surprenant, on attendait en effet de Mirow Shiwa, auteur du manga Dogs – Bullets and Carnage, quelque chose de plus excentrique, mais à la grande surprise de tous, son style est particulièrement apaisé et en phase avec le ton de l’œuvre. La représentation du suspense, elle, est due aux choix de mise en scène, jouant entre flashbacks et flashforwards sans que le spectateur le sache vraiment, incluant visuellement des teintes sombres et des musiques mystérieuses signées Kenji Kawai pour entretenir la tension de manière permanente. En revanche, le compositeur ne prend pas forcément de risques dans son travail, le style de ses mélodies rappelant certains précédents travaux comme ceux effectués sur Gundam 00.
Toujours dans le registre musical, on est agréablement surpris par le générique d’ouverture jouant sur le registre jazzy grâce à la musique très accrocheuse du groupe Quadrangle, sans compter que la mise en scène renvoie perpétuellement à cette aura des années 30 et à un certain degré de mystère.



Parmi les anime récents, Joker Game est indéniablement une bonne surprise qui sait sortir du lot. Œuvre à suspense réussie à chaque épisode, passionnante par son contexte historique, tout amateur de mystère sera conquis dans cette série où chaque scénario s’apparente à un puzzle dont les pièces se regroupent progressivement. Certains seront peut-être déstabilisés par l’absence d’un fil conducteur qui n’est pas la volonté première de cet anime qui réussit dans ses ambitions.

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

15.5 20
MN Actus
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