Vinhnyu - Actualité manga

Vinhnyu

Artists Writers

Interview de l'auteur

Publiée le Vendredi, 17 March 2017

L'édition 2017 du tremplin Ki-oon a récompensé l'auteur Vinhnyu et son titre : Chez un Orc, titre encore accessible sur le site de l’événement. L'auteur, en plus de voir son œuvre trôner sur le podium, a remporté un chèque de 5 000€ ainsi qu'un contrat de publication au sein des éditions. Nous avons alors pu nous entretenir avec ce jeune artiste qui se livre sur la compétition.

Tout d’abord, félicitations pour votre prix. Quel est votre ressenti à ce moment précis ?


Vinhnyu : J’ai pensé : « C’est mon nom ?!! » Je n’y croyais pas au début, je pensais que ce serait Mr Box (Le Grand Retournement), qui est aussi un ami, qui allait gagner. Puis j’ai trouvé ça cool, je suis content pour moi !! Mais en même temps ça fait bizarre…




Cette année, le thème était libre : quel était le vôtre et pourquoi ce choix ?


Vinhnyu : Attention pour ceux qui ne l’ont pas lu, je vais spoiler mon one-shot ! (rires)
J’aimais beaucoup l’idée de l’inversion des rôles, les humains qui deviennent de la nourriture. Tout est vraiment parti de la double page stylisée finale, avec le dîner. Le reste, je l’ai dessiné un peu au hasard... Mais j’avais peu de temps pour finir, il ne me restait que dix jours en fait !

Qu’est-ce qui a été le plus difficile à gérer dans ce concours ?

Vinhnyu : Le temps ! J’ai une petite anecdote par rapport à ça : en fait, j’avais décidé de ne pas participer au tremplin Ki-oon. Mais, lors de Japan Expo, j’étais sur le stand de mon fanzine Tsundereko Doujin Circle et j’ai vu l’éditeur de Ki-oon me saluer de son stand : c’est ça qui m’a décidé à participer au concours. Par contre, il ne restait que 10 jours pour proposer un projet... J’ai envoyé le mien juste une heure avant la deadline !!




Quel conseil donneriez-vous aux futurs participants de la troisième édition du tremplin Ki-oon ?

Vinhnyu : De s’y prendre à l’avance ! Après je connais les dessinateurs, ils ont l’habitude de toujours faire les choses à la dernière minute… Un autre conseil que je pourrais donner : n’abandonnez pas et allez jusqu’au bout de votre projet !

Si, à ce stade, on vous demandait quel était le thème de votre série à paraître chez Ki-oon : qu’est-ce que ce serait ?

Vihnyu : J’ai beaucoup d’idées et je pense que je peux écrire sur tout ! J’ai une dizaine de projets de scénarios qui me trottent dans la tête, mais il faudra surtout voir avec l’éditeur, Ahmed Agne.
Par exemple, j’aime beaucoup le genre « isekai », dans lequel le personnage principal est transporté dans un monde parallèle. Pourquoi ne pas écrire là-dessus ? Il est vrai que le marché est un peu saturé d’histoires comme celles-là, mais j’ai confiance et j’aime les challenges !!

Remerciements à l'équipe Ki-oon et à Vinhnyu pour cet entretien.


Interview n°2 de l'auteur

Publiée le Mardi, 30 October 2018

Conférence publique Japan Expo 2018
  
Alors que les mangas français sont de plus en plus nombreux, nous avons eu l’occasion d’assister à une conférence sur le sujet, lors de la Japan Expo 2018.


Christophe Cointault, Vinhnyu, Antoine Dole et VanRah, des auteurs publiés chez Glénat, sont ainsi venus nous parler de leur expérience de mangaka.




VanRah : Bonjour à tous, je suis VanRah, certains me connaissent déjà sur certains titres à savoir Stray Dog et Ayakashi. Je reviens cette année avec Mortician et je suis très heureuse de vous retrouver, de pouvoir rencontrer certains d’entre vous pour la première fois.


Vinhnyu : Bonjour, je suis maitre Vinhnyu, célèbre youtubeur aux 8 abonnés, peut être le neuvième parmi vous et apparemment je suis mangaka. Il parait.


Antoine Dole : Je m’appelle Antoine Dole, je suis auteur de roman et de bande-dessinée jeunesse. 4life est mon premier manga avec Vinhnyu, j’ai la chance de partager cette aventure avec un super mangaka.


Christophe Cointault : Bonjour à tous et à toutes, je suis Christophe Cointault et je suis l’auteur du manga Tinta Run fraichement sorti chez Glénat.




Avant d’être mangaka, faisiez-vous un autre métier ?


Antoine Dole : Ça fait 10 ans que je publie des romans et que je fais essentiellement cette activité d’écriture. Pour le manga, ça fait à peu près 2 ans et demi qu’on travaille avec les éditions Glénat. C’est mon activité principale.


Christophe Cointault : Moi dans une autre vie, c’est un peu surprenant, mais j’ai été agent des impôts. J’ai connu le métro-boulot-dodo.


Comme mon rêve de vivre de la BD et du manga s’éloignait de plus en plus, un jour j’ai eu un coup de folie et j’ai arrêté tout ça. Ma femme m’a soutenu, d’abord pour me lancer dans l’auto édition, et puis je me suis mis un coup de boost car je voulais vraiment être édité chez Glénat pour le coup. C’était l’auteur qui me faisait rêver, de part Dragon Ball, One Piece, tout ce qui me parle vraiment. Donc, j’ai fait un dossier éditorial à Glénat et je suis devenu mangaka, pour faire simple.


VanRah : A la base mon vrai métier est ostéopathe pédiatre, pas grand-chose à voir avec un métier artistique. J’ai fait des études scientifiques, avec thèse de fin d’étude etc. J’exerce toujours à l’heure actuelle, je me suis spécialisée dans la petite enfance. A la base, je dessinais pour mes petits patients, pour expliquer des choses plus facilement. Je suis une spécialiste qui travaille sur les liaisons du squelette chez les bébés et les très jeunes enfants. Après j’ai gardé cette possibilité d’expression. C’est un moyen d’expression que j’ai développé en autodidacte.


J’ai commencé à apprendre les bases auprès d’auteurs de comics. Avant de faire mangaka, j’ai été médecin, puis médecin et auteur de comics, puis médecin, auteur de comics et mangaka. Ce qui fait pas mal et à l’heure actuelle j’exerce toujours mon métier de personnel médical à temps partiel, car certains ont pu le remarquer dessiner me prend de plus en plus de temps.


Vinhnyu : Je me suis mis à dessiner parce que je n'avais rien d’autre à faire de ma vie. Je suis venu dans une librairie une fois, j'ai vu les BDs sur des étagères. Certaines étaient de qualité assez médiocre, alors je me suis dit « vas-y même moi je peux faire mieux ». Et voilà, je me suis lancé.



Comment avez-vous appris ? VanRah tu étais en autodidacte et tu apprenais avec les comics ?


VanRah : J’ai progressé toute seule, j’ai appris toute seule. Par contre, à un moment donné, il m’est arrivé de lire certains comics, d’auteurs qui poussait le dessin vraiment très loin.


C’était avant Facebook, c’était beaucoup plus simple et beaucoup plus sympa.


Du coup les auteurs américains avaient tendance à mettre leur MSN à la fin des volumes, pour les contacter. A un moment j’ai tellement aimé un auteur qui s’appelle Ivan Reis que je lui ai envoyé un message en disant que j’adorais la manière dont il encrait, la manière de dessiner et que j’avais du mal à faire telle ou telle partie du dessin et je lui ai donc demandé s’il n’avait pas de conseils à me donner. J’étais persuadée qu’il ne me répondrait pas. Comme j’ai l’habitude de faire des gardes de nuit, j’écris la nuit. Et comme il bossait la nuit, il m’a répondu tout de suite en me demandant si j’avais une webcam. Je lui ai répondu que oui, donc il m’a montré. C’est parti comme ça. Je me suis ensuite débrouillée toute seule et, au final, j’ai eu la chance que certains auteurs qui me montrent et me réexpliquent les bases façon étudiant-élève.


Christophe Cointault : Je pense qu’on dessine tous depuis toujours, il n'y a pas vraiment de mystère. Après, si on est fait pour ça, on continue, on est prêt à passer notre temps et notre vie à être penché sur une feuille, à dessiner des petites cases qui nous font rire ou qui nous font déjà rêver nous-mêmes et potentiellement d’autres gens.


Il n’y a pas de diplômes accrochés aux murs. Ce n'est pas ça qui intéresse les éditeurs mais ce que vous serez capable de produire vous-mêmes. Pour apprendre ça, je sais qu’il existe des écoles mais j’en n’ai pas fait. J’ai fait un passage aux beaux-arts d’Angoulême il y a une dizaine d’année, mais ça ne m’a pas servi à grand-chose. Juste sortir chez moi et rencontrer des jeunes de mon âge qui avaient un super niveau, donc ça met un bon coup de pied aux fesses. Pour le reste, c'est vraiment du travail personnel et aussi ce qui rassure car peu importe d’où l’on vient, peu importe de notre pedigree notre cursus, au final l’éditeur va juste regarder votre projet et puis je ne suis pas sûr qu’il y en ait ici qui soit diplômé en fait, il n’y a pas de diplôme de manga et pourtant on est bien là.


Antoine Dole : Je crois qu’il y avait surtout une envie de raconter des histoires. Moi j’ai eu la chance d’être repéré il y a dix ans par un éditeur sur mon blog sur lequel je racontais des choses et qui était une sorte de journal intime pas du tout intime. Et il y a un éditeur qui m’a contacté pour savoir si ça m’intéressait de travailler sur un premier roman et puis la BD est venue par la suite avec l’envie de toucher les gens différemment.


Le roman c’est une écriture qui est lente, qui met du temps à toucher les gens et je trouvais qu’avec le dessin on arrivait à un effet peut-être un peu plus fulgurant, plus immédiat, qui m’a donné envie de travailler sur de la bande dessinée. Je savais pas du tout qu’on pouvait devenir mangaka en étant un jeune auteur français y’a très longtemps de ça et j’ai d’abord travaillé sur de la BD franco-belge avec une série qui s’appelle Mortelle Adèle qui est la série dont j’ai l’écriture aujourd’hui.


Il y a 3 ans je me suis dit quand même que j’avais un rêve qui était de faire du manga, que c’est comme ça que j’ai découvert la bande dessinée quand j’étais ado et tout simplement voilà je vais y aller au culot et proposer à un éditeur quelque chose. J’ai rencontré Vin, on a contacté les éditions Glénat et c’est comme ça que tout a commencé.


Vinhnyu : Je fais comme tout le monde : je copie. Internet, c’est fabuleux. On trouve tellement de dessins qui peuvent te plaire et tu as envie de les reproduire.


Du coup tu as reproduit, reproduit jusqu’à trouver ton propre style ?


Vinhnyu : Tous les dessins que j’aimais bien je les reproduisais. Je ne sais pas si j’ai un style.


Antoine Dole : Non mais il faut savoir que Vin' est très modeste.


Vinhnyu : C’est pas vrai, je me la pète tout le temps en fait. (rires)


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Comment vous avez proposé votre manga aux éditeurs et comment vous l’avez fait ?


Antoine Dole : En fait, j’avais une idée de scénario de départ et c’est vrai que je ne voulais pas arriver chez un éditeur sans illustrateur. Je trouve que c’est intéressant de se présenter en tant que binôme et avec un projet qui est assumé et construit. C’est une connaissance commune qui nous a mis en contact avec Vin'. On a donc envoyé notre projet et quelques planches par la Poste aux éditions Glénat qui nous ont répondu 15 jours plus tard en nous donnant notre chance.


Christophe Cointault : Comme je l’explique en bonus à la fin de Tinta Run, il s’est avéré qu’après mon expérience en auto-édition, je suis allé en atelier à Blois, à la Maison de la BD, mais ça n’allait pas vraiment. Du coup, je suis revenu travailler à domicile. De là, je me suis dit qu’il valait mieux me perfectionner à l'écriture et au dessin, en comprenant mieux les codes du manga tout en y apportant mes touches françaises et européennes. Cela m’a demandé quelques mois d’écriture.


Je pense qu'il faut vraiment être enfermé chez soi, c’est une étape fondamentale pour construire quelque chose de nouveau.


J’avais donc déjà dans l’idée de porter le projet Tinta Run jusqu’au bout, et j’avais en tête l'idée d'aller chez Glénat, car ça correspondait à mon état d’esprit. Au bout de 4 mois, après avoir construit un dossier éditorial, je l’ai envoyé en PDF par mail. Beaucoup de dossiers se font maintenant par mail, et on ne s’embête plus vraiment avec le papier. J’avais scanné toutes mes pages et j’avais mis ça en ordre pour que ce soit intéressant.

Et justement, que mets-tu dans le dossier que tu présentes ?


Christophe Cointault : Un dossier éditorial, c’est ce qui présente votre projet. Il y a les premières planches, le synopsis, la structure, c’est-à-dire le nombre de tomes qu’on veut faire, le public qu’on souhaite atteindre, expliquer nos thématiques et notre univers plus la présentation des personnages principaux avec un beau dessin couleur.


Ça doit être assez concis, ça ne doit pas être lourd. C’est dur à faire mais c’est vraiment l’étape entre le projet balbutiant et le contact avec l’éditeur. J’avais une adresse mail de Glénat qui trainait dans ma boite mail depuis des années et je lui ai envoyé. On l'a ensuite transmis à un éditeur jeunesse de Glénat qui m’a contacté le lendemain par mail. On s’est téléphoné et mon contact a vu que j'étais plus orienté manga, donc il m’a réorienté vers Glénat Manga. C'est là que j’ai eu des échanges avec la directrice éditoriale.


VanRah : Pour moi, ça a été complètement différent puisque j’ai été l’une des premières à percer dans le manga français. Et je dirai que si je n’avais pas été là si ça n’avait pas marché, vous ne seriez pas là chez Glénat.


A la base, j'avais envoyé mon projet à pleins d’éditeurs. Ayant déjà publié mes œuvres en ligne, j'avais déjà un lectorat étranger qui m’avait dit de passer en édition physique parce qu’à l’époque, le format numérique de se lisait pas très bien. Du moins, il est moins pratique.


Je me suis ensuite prise au jeu et j’ai commencé à démarcher les éditeurs en 2008. Au début, je n'ai eu que des réponses négatives car ça ne plaisait pas, et le manga avec un auteur d’origine française ça n’existait pas. Il n’y avait pas de ligne éditoriale prévue pour ça. Pour eux le manga n'était que japonais, et que si on est français on ne fait pas de manga. Ils ne doivent faire que du franco-belge et encore…


Beaucoup d'éditeurs, dont Glénat, ont dit que mon travail était nul.  On me disait que je devrais arrêter le dessin car c’était inintéressant, et que je ne percerai jamais là-dedans et que ce n’était pas la peine de perdre du temps. J'avais mis dans mon CV que j’étais autodidacte et que je n’avais pas fait d’école, ils m’ont répondu que je devais apprendre les bases puis les recontacter plus tard car ils n’avaient pas de temps à perdre avec des gens qui font ça dans leur garage.


Certains m'ont aussi découragé en ne me disant pas pourquoi ils m’avaient refusé, à part le fait que ça ne rentrait pas dans une ligne éditoriale. J’ai proposé à un éditeur aux USA avec les auteurs duquel je travaille en tant qu’encreuse parce qu’ils proposaient des sortes de tremplins Ki-oon qui existent depuis longtemps ailleurs. Le but n’étant pas de gagner quelque chose mais d’avoir de la visibilité auprès du public car les lecteurs peuvent nous commenter directement et comme c’est sur internet il n’y a pas de filtre donc ils peuvent nous dire si ça marche ou pas et surtout qu’est-ce qui n’est pas bon et c’était ça qui m’intéressait. 


A la base je travaillais sur les premières pages de Stray dog et en 1 mois ça a fait un carton avec 1 million de vues par jour à peu prés. Et du coup je me suis dit que je devrais peut-être proposé une nouvelle fois cette série, à présent j’avais un bagage avec un panel test de lecteurs internationaux. Malgré tout, ça ne s’est toujours pas fait.

Lors d’une convention, j'ai rencontré Izu qui cherchait un dessinateur pour une série qui est devenu Ayakashi. Il a vraiment flashé sur mon dessin donc il m’a fait rencontrer l’ancien directeur éditorial de Glénat Stéphane Ferrand. Quand il a vu aussi mon dessin il m’a dit qu’il ne voulait une copie d'un style existant mais de l’original... En fait il lisait déjà Stray Dogs en ligne. Pour cette série, je n'avais pas de contact chez Glénat, alors les dossiers ne sont jamais passés. Au final ils ont racheté une série qu’ils auraient pu avoir à la base.

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A l’époque, l’éditorial n’était pas aussi poussé qu’aujourd’hui !


VanRah : J’ai envie de dire que mes titres se basent sur des mythes et légendes dans lesquels le folklore est très présent mais maintenant ça devient commun avec toutes les séries TV qu’on a. Mais il y a plus de 10 ans ça ne se faisait pas. Il y avait une idée préconçue sur l’idée selon laquelle seuls les japonais pouvaient faire du manga qui sortait des sentiers battus et le Seinen était réservé à deux trois titres.


Heureusement que ça a évolué et ça a évolué dans le bon sens.


VanRah : On été 5 dans une même fournée et finalement on a eu tous les 5 de bons retours. Ils se sont rendu compte qu’il y avait des choses qui pouvaient fonctionner et le marché a pu s'ouvrir.


Racontez-nous le jour où on vous a dit oui pour votre projet, comment travaillez-vous avec les éditeurs ? Vous font-ils des retours ? Est-ce que c’est de concert ? 


Vinhnyu : Antoine m’envoie le script qui est validé avec l’éditeur, je commence le storyboard et je l’envoi à l’éditeur et à Antoine pour qu’il valide et s'il y a des corrections à faire on les fera. D’habitude on essaie d’avoir rendez-vous sur Paris pour clarifier un peu le storyboard. Quand celui-ci est validé je commence à encrer et à finaliser et puis j’envoie chapitre par chapitre finalisé à Antoine et l’éditeur. Quand le volume est fini on essaie de faire une petite correction s’il manque des choses.


Antoine Dole : La conception d’un livre c’est avant tout une aventure collective c’est vrai qu’on a la chance de travailler avec un éditeur très présent, qui est vraiment à nos côtés à chaque instant du scénario, du storyboard, de la finalisation des planches et c’est plutôt confortable d’être dans l’échange. 
C’est vrai qu’on a pris beaucoup de temps pour se mettre autour d’une table, discuter, voir comment orienter les choses pour que ce soit l’objet le plus cohérent possible par rapport aux envies de Vin, les miennes et celui de l’éditeur et de faire un livre qui nous ressemble, qu’on est fier de défendre et de porter devant le public de la Japan Expo par exemple. Donc c’est vraiment un travail de ping-pong, d’échanges et de discussions, qui nourrit la création et les idées.


VanRah : Pour ma part, je ne travaille pas du tout pareil, je sais que pour beaucoup d’éditeurs, il y a ce travail d’échange qui est fait. Je précise que ce n’est pas la même chose pour chaque auteur et j’ai la grande chance d’avoir carte blanche sur quasiment tous mes tomes. Je présente le synopsis, si ça plait c’est pris et après ils ne me revoient que lorsque je rends le tome en main. Je suis libre sur tout ce que je fais mais ça c’est parce qu’à la base au fur et à mesure des tomes, mes personnages et moi avons pu montrer qu’on était capable d’évoluer tout seul.


Antoine Dole : En fait, je ne suis pas certain que ce soit une volonté de prouver qu’on peut évoluer tout seul, je pense que c’est une question de désir tout simplement. Y’a des projets auxquels j’ai envie d’être seul au monde et décider de A à Z ce que je veux retrouver dans mon livre et il y a des projets auxquels c’est intéressant aussi d’avoir un point d’éclairage différent. Je crois ça dépend vraiment du projet et que c’est du cas par cas.


VanRah : Ça dépend de la façon dont les gens aiment travailler. Je suis très autonome donc ça me dérange pas, au contraire ça me dérangerait limite d’avoir quelqu’un derrière mon épaule qui vient donner son avis. Ça ne m’empêche pas, lorsque j’ai des soucis ou des questions, de demander un avis externe comme  ce sont des univers très complexes. Avoir quelqu’un d’objectif, qui ne connait pas et qui finalement fait le meilleur beta lecteur qui puisse exister à ce moment, c’est très pratique. C'est quelque chose que l'on a pas quand on s’autopublie. On n’a pas forcément le même suivi, la formation et le même recul par rapport à ses histoires.


Et toi Christophe, as-tu le même suivi ?



Christophe Cointault : J’ai tout découvert au fur et à mesure après le dossier éditorial, la conséquence a été de rencontrer physiquement mon éditeur et au final c’est avant tout une relation humaine donc soit ça se fait soit ça ne se fait pas. Chaque parcours est différent c’est ça qui est intéressant.


Moi j’ai eu la chance de tomber sur quelqu’un qui rentrait dans mon délire, dans mon petit monde et tout. Et donc j’aime bien ce dialogue qui me permet de développer Tinta Run correctement parce que sinon j’aurai tendance quand même à m’éloigner, comme c’est un univers foisonnant de termes inventés et beaucoup de jeux de pistes lancés dès le début.


L’éditeur est quand même là pour me recadrer pour me rendre plus réaliste et faire l’objet le plus cohérent possible à vous mettre entre les mains et on fait des réunions quand je fini mes planches, c’est lui qui réceptionne tout pour scanner, on discute de la suite et puis une fois le storyboard du tome suivant est fait je l’envoi par mail. On discute beaucoup si ce n’est tous les jours par Facebook des fois pour rien du tout. Ça me fait marrer, on est tous les deux dans notre délire et c’est très bien comme ça.


Antoine Dole : En fait ce qui est intéressant c’est que c’est toujours du domaine de l’échange et de la discussion c’est-à-dire que l’éditeur ne va pas venir en vous imposant et en vous disant quoi faire.


Christophe Cointault : C’est ça, il n’y a pas de formule même l’éditeur apprend en même temps, on avance en même temps. J’ai toujours eu une espèce d’image, je ne sais pas pourquoi il y a une image négative des éditeurs avec le stéréotype du costard et du cigare dans la bouche.


VanRah : Sache qu’il en existe, j’en ai côtoyé certain franchement qui impose des trucs. Ça dépend du vécu de l’auteur ça dépend aussi de l’éditeur où on tombe il y en a qui restent plus sur leurs positions que d’autres.


L’intérêt d’avoir choisi Glénat c’est qu’ils ont envie de comprendre l’univers ils ne sont pas en train de se dire « Est-ce que ça va se vendre ou pas ». Ils ont vraiment à cœur de défendre les personnages comme nous on les aime et puis surtout de s’adapter au cas par cas.


Antoine Dole : Ce qu’on est en train de dire sur les éditeurs est aussi valable sur les auteurs, il y en a qui n’ont pas envie qu’on leur fasse de réflexions, qui sont fermés à l’échange voilà après c’est un couple il y a des éditeurs pas sympas et des auteurs sympas, des auteurs pas sympas et des éditeurs sympas. Le meilleur match c’est quand c’est au service de la création.

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Vu qu’on parle de la création, quelles sont vos méthodes de travail ? Par exemple pour l’écriture du scénario est-ce que tu peux nous dire comment tu fais, tu écris du début à la fin ou chapitre par chapitre ?


Antoine Dole : J’étais très effrayé quand j’ai commencé à travailler sur le manga parce c'est un volume de pages qui est quand même très significatif. Sur 4life on est à peu prés à 220 pages. Ma première crainte, quand j’ai réalisé que l’éditeur avait dit oui sur une partie du scénario, c'était ces 200 pages. Mais l’éditeur a été très rassurant.  Pour mes projets, j'ai décidé de tronçonner par chapitre pour les travailler par petits morceaux. Ecrire 20-25 pages, c’est beaucoup moins impressionnant que de se lancer dans un scénario de 200 pages les yeux fermés. J’ai la sensation que ça balise aussi le travail. Après pour la méthodologie je travaille sur papier et sur ordinateur. Je trouve avec le papier la lenteur du geste de l’écriture amène peut-être des scènes plus intérieures, plus lentes là où au clavier je suis plus à l’aise sur les scènes d’action.


C’est un petit truc très personnel et qui ne se justifieront pas d’une personne à l’autre mais je crois que le but du jeu est de trouver le meilleur média et vecteur pour donner de la meilleure façon.


Vinhnyu : Sur 4life, le storyboard est fait sur un petit carnet traditionnel que je scanne et que je reprends à l’ordinateur. Quand je reçois le script, vu que c’est scindé en chapitre c’est plus facile que de dessiner directement 200 pages d’une traite. Il y a un checkpoint à chaque étape. Parfois la mise en scène Antoine a une préférence et le met dans le script et j’essaie de le réaliser. Si je trouve que ça ne marche pas vraiment j’essaie de changer un petit peu.


VanRah : Moi quand je commence une série j’ai le scénario qui est bouclé de A à Z dans ma tête. Donc si je venais à disparaître du jour au lendemain vous n’auriez jamais la fin des séries. (rires)


Après je vois les séries comme un film que je déroule dans ma tête au niveau duquel chaque séquence correspond à un plan ou un screenshot finalement. Donc après, quand je réalise la partie dessin je travaille aussi sur un support papier traditionnel et ça me permet de mettre en page les éléments. Je passe peu de temps sur un brouillon, je ne dois donc surtout pas oublier la façon dont je veux tourner les scènes. Je travaille sur tablette numérique où je dessine directement dessus et ça me permet de numériser directement mon dessin. Je ne travaille pas que sur une seule série, j’en ai 5 à mon actif et du coup ça fait gagner beaucoup de temps par rapport à l’encrage. L’encrage sur papier, on le fait puis il faut gommer mais quand on gomme on a la brasure qui enlève une pellicule d’encrage. Une fois scanné, tous les traits au niveau de l’encrage vont apparaître, résultat il va falloir repasser de l’encrage. Avec le numérique, une fois faite, la partie de l’encrage ne bouge. Économiquement parlant c’est intéressant puisque les stylos destinés à l’encrage sont très chers car ils sont utilisés pour le comics américain et les mangas japonais. C’est 5 euros le stylo et pour une planche il m’en faut 2 du coup quand on fait des bouquins de 200-300 pages ça fait beaucoup. 

L’intérêt principal est de pouvoir gagner du temps.

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Contrairement à toi Christophe toi c’est le papier !


Christophe Cointault : Oui voilà moi c’est zéro ordi. Je suis incapable d’utiliser l’ordinateur, ça me saoule car je n’ai pas le même geste, je le perds. Je suis penché sur le papier j’adore ça et comme j’adore autant écrire que dessiner… J’écris beaucoup et il y a deux niveaux d’écritures dans une histoire y’a le niveau général c’est-à-dire celui où on sait où on va car c’est la raison d’être de l’histoire. Mon storyboard est assez détaillé on voit les cases faites à la règle, il y a déjà la taille des cases, le placement des bulles et des personnages. J’aime bien me prendre la tête à ce moment car j’ai peur d’oublier quand je serai sur ma planche un mois plus tard avec l’idée que j’avais sur le coup alors qu’avec le storyboard on est déjà dans l’élan puis ensuite je prends ma grande feuille D4 et crayonnage, encrage à la plume G essentiellement et plusieurs petites plumes voire parfois quelques feutres pour les traits dans le décor.


Après je gomme et je passe à la planche suivante. J’essaie d’en faire deux par jour donc 10 par semaine minimum ce qui me permet d’avoir en 18 semaines de boucler mes 180 pages.


Du coup, tu as des retours tu les refais sur ta planche ?


Christophe Cointault : En général vu que le storyboard est très précis et validé par l’éditeur normalement y’aura toujours des petits trucs après mais c’est pour ça qu’au moment de rendre les planches on fait une assez grosse réunion où mon éditeur regarde toutes les pages définitives car il y a encore une différence entre le storyboard et la page grand format, bien dessinée et détaillée. Donc c’est là qu’il me redit s’il y a des petits trucs à faire ou pas mais normalement ça reste minime. On essaie de minimiser le risque en amont. Je peux produire 2 livres par an donc ça roule comme ça.


S'en est suivi un échange avec le public qui a pu poser ses questions aux quatre mangaka...


Alors j’ai une question pour vous tous, pourquoi avez-vous décider d’être mangaka en France et pas de le faire publier au Japon ?


Antoine Dole : A choisir, je trouve que la création française est plus intéressante. Au Japon la publication d’un manga se fait d’abord publier par la presse, les auteurs doivent donc se plier à une charte dans en termes de cible et de lectorat, l’âge de ton lectorat, le genre dans lequel tu destines ton histoire et du coup c’est vrai qu’en termes de création française on a une liberté, un terrain d’exploration et un champ de créativité qui est assez illimité. On peut mélanger les genres et 4life c’est un peu ça on mélange le fantastique avec le récit de l’intime, des magical girls qui s’entre-tuent et c’est plutôt intéressant de pouvoir mélanger les genres et je pense que c’est une liberté qui a contrario pour un mangaka japonais peut nous envier car on est totalement libre de proposer des histoires, des objets tels qu’on les a imaginé et pas tel que le cadre autour de nous nous impose de les faire.


VanRah : Personnellement, j'ai testé la publication américaine et japonaise car j’ai un de mes titres qui est chez Shonen Jump +. Le seul truc qui m’a poussé à rester sur les publications avec un éditeurs français c’est vraiment de pouvoir rencontrer ses lecteurs pour de vrai, parce que on va dire qu’ailleurs c’est loin et il faut y aller, vous n’allez pas forcément pouvoir rencontrer les gens directement. Bien sûr internet c’est super vous avez des gens qui peuvent vous faire des retours le jour et la nuit mais le fait de pas pouvoir rencontrer vraiment les lecteurs qui lisent, pour moi c’est eux qui font vivre les personnages. Quand ils m’en parlent comme s’ils parlaient d’amis, pour moi qui considère mes personnages comme mes enfants ça me fait plaisir. C’est un contact qu’on a très peu en passant ailleurs, surtout quand on n’est pas dans son propre pays. J’ai eu la chance d’avoir eu une séance de dédicaces aux Etats-Unis, les gens sont adorables mais on y est venu une année mais qu’on ne sait pas quand est-ce qu’on va revenir car c’est loin. Je ne sais pas si je pourrai faire ça souvent et ça a un coût. Là il est possible de se déplacer assez facilement et on a un échange qui n’est pas le même parce que justement on a vraiment un public qui parle notre langue et qui ont la possibilité de lire la version originale. Il y a des différences dans les traductions avec des personnages plus incisifs en version américaine.


Je voulais savoir comment vous envisagez votre futur, est-ce que vous vivez sereinement avec cette précarité qui plane chez les auteurs ?


VanRah : Personnellement, j’ai la chance de vivre de mes séries de façon intégrale après là on revient sur la question de l'éditeur. On a des éditeurs qui respectent la création de manière générale et qui sont prêts à payer correctement les auteurs. A l'inverse, il y en a qui considèrent que 6 mois de travail ne valent que 5000 à 6000 euros. Donc tout dépend de cette manière de travailler, même si tous les auteurs ne partent pas avec des chances égales. Il faut aussi savoir ce qu'on est prêt à accepter pour devenir professionnel. C’est vrai qu’il y a beaucoup de compétitions c’est quelque chose de très sélectif. Maintenant, je pense que celui qui reste tenace réussi alors que celui qui se décourage ne réussit plus.


La question financière bien sûr qu’elle se pose, moi personnellement j’ai encore mes deux professions mais je peux vivre confortablement de mes revenus d’auteur. Tout dépend de la maison d’édition où vous êtes et du respect qu’à l’éditeur envers ses auteurs.


Antoine Dole : Je voulais remercier celui qui a posé cette question, car les auteurs ont besoin de sentir que les lecteurs sont concernés par ces questions-là.


On est à l’aube de quelque chose qui est effrayant pour beaucoup d’auteurs. On est quelques-uns à avoir la chance de vivre de notre métier ou du moins suffisamment pour voir les choses arriver sereinement mais il y a toute une génération d’auteurs qui a peur et qui a l’impression d’être sacrifié et c’est important dans ce combat là qu’on retrouve sur internet sur les réseaux sociaux avec les #Auteurencolère ou #Payetonauteur qui font sentir que les lecteurs sont aussi conscients que s’il n’y a pas d’auteurs il n’y a pas de livres.



Conférence retranscrite par Zebuline. Remerciement à Flavien Appavou de Mangas.tv qui a animé l'événement.

Crédits photo : Compte Twitter de Glénat.
  
  
Interview à Japan Expo 2018
  
Alors que les mangas français gagnent en popularité, Glénat a lancé quelques nouveautés. Parmi elles, nous retrouvons 4LIFE sorti au début du mois de Juillet. Les deux auteurs étaient présents à la Japan Expo 2018 et ce fut l’occasion pour nous d’aller, dans un premier temps à la rencontre d’Antoine Dole, le scénariste, avant d’aller poser quelques questions supplémentaires à Vinhnyu, l’illustrateur.
  
  
  
Antoine Dole
  
Qu’est-ce qui t’a attiré vers le manga, et quelles sont tes influences et inspirations ?
  
Moi à la base j’écris des romans. J’en écris depuis 10 ans et je me suis mis à faire de la bande dessinée il y a quelques années. C’était plutôt de la bande-dessinée franco-belge, avec une série pour enfant qui s’appelle Mortelle Adèle, plutôt basé sur l’humour.
  
J’avais l’impression d’être un peu schizophrène dans ce que je créais parce que j’ai d’un côté des romans qui sont des récits intimes que je publie chez Actes Sud et qui sont plutôt torturés et sensibles. De l’autre j’ai Mortelle Adèle qui est une espèce de bombe qui explose sans arrêt. C’était très étrange.
  
C’est vrai que le manga était une façon pour moi de réconcilier les deux casquettes, en ayant à la fois l’incarnation et la profondeur d’un roman, et la fulgurance du dessin que je trouve intéressant.
Ce que je trouve pesant dans le roman, comme je l’expliquais dans la conférence, c’est sa lenteur. On met déjà beaucoup de temps à l’écrire, 1 an ou plus. Après il y a tout le temps de travail avec l’éditeur qui ajoute aussi un an. Ensuite il y a le temps de lecture avant que les gens puissent vous en parler.
  
Tandis, que dès qu’il y a du dessin, je trouve qu’il y a quelque chose de très immédiat. Il y a quelque chose de vraiment intéressant, un peu comme la musique. Je pense que si je n’avais pas fait du dessin ou de l’écriture, j’aurais fait de la musique parce que je trouve qu’il y a quelque chose qui touche les gens immédiatement. On écoute des sons et d’un coup, on est ému, on est atteint et c’est ce que je trouve beau dans la bande dessinée. C’est pour cette raison que le manga était une évidence pour moi.
  
C’est aussi un retour à mes origines, parce que j’ai découvert la bande dessinée par le manga et pas par la bande-dessinée franco-belge. J’étais complètement fan des œuvres de Clamp, surtout X. C’est pas ce qu’il y a de plus bling-bling mais j’étais méga-fan et surtout je trouvais ça génial qu’il y ait des filles illustratrices qui créent des personnages aussi forts.
  
J’ai toujours eu envie de faire du manga et j’ai longtemps pensé que ce n’était pas possible en étant français. Déjà faire de la BD alors que je faisais de la littérature, c’était très étrange pour les éditeurs, donc faire du manga français pour moi c’était pas possible.
  
Puis il a des mangakas français qui nous ont montré que c’était possible… Y a VanRah comme elle l’a dit lors de la conférence des auteurs français. [Rire] Y a d’autres auteurs, autre qu’elle, qui nous l’ont montré. Sentai School c’est un livre qui a bercé mon adolescence. Donc j’ai décidé d’y aller franchement, il n’y a rien à perdre à proposer un projet et Glénat nous a répondu, 15 jours plus tard que c’était parti.
     
  
Ta façon d’écrire change-t-elle entre un roman et un manga ?
  
Non mais elle est plus visuelle, car il faut que je donne à Vinhnyu des pistes pour qu’il se projette dans mon récit.
Il va y avoir tout un travail de matérialisation de l’émotion. J’adore les récits intimes, je pourrais passer ma vie à écrire des journaux intimes qui n’intéresseraient personne mais moi ça m’apporterait plein d’énergie. C’est vrai que quand j’écris un roman, j’aime emmener le lecteur vers l’intime.
Pour 4Life, on va partir d’un récit qui est fantastique et le twister … Alors je ne peux pas vous en dire trop mais l’idée est de le twister pour le conduire vers un récit intime.
  
Chez Glénat il y a un manga que j’ai adoré, il s’appelle A lollypop or a bullet, l’histoire est magnifique. C’est une nouvelle qui arrive dans une école, elle a des tâches sur le corps et elle fait croire que c’est parce qu’elle est une sirène pour cacher le fait que son père la bat. Jusqu’au bout j’ai cru que c’était vraiment une sirène. Je trouve ça incroyable de partir sur un récit qui a, à la base, tous les codes du fantastique, pour emmener le lecteur sur quelque chose de plus profond, de plus dense et le faire réfléchir sur lui et sur la vie.
  
J’avais vraiment envie de travailler sur cette dynamique dans 4LIFE. Je voulais partir sur un manga qui a les codes d’un manga un peu Lollipop et d’amener les gens sur une réflexion plus grave et plus importante.
Dans 4LIFE c’est assumé, on n’a pas fait croire aux gens que ça allait être un shôjo avec plein de rubans et de fleurs. C’est vraiment classé Seinen pour le coup.
  
Le tome 1 va soulever des questions par rapport à ces codes. Elles ont des pouvoirs, ce sont des magicals girls. Que vont-elles faire ?  Il y a une menace qui arrive… Tout l’enjeu du tome 2 va être d’amener les gens à comprendre vers quoi ces codes les amènent et ce qui se trame vraiment.
  
  
  
Comment est né le projet 4LIFE ? Comment as-tu rencontré Vinhyu ?
  
C’est un projet que j’ai longtemps hésité à faire en roman. C’est une chance que j’ai, je peux choisir le média par lequel je vais m’exprimer. Du coup je travaille avec plusieurs éditeurs.
Mais je me suis dit que c’est une histoire qui peut être vachement visuelle, avec les pouvoirs déjà je trouve ça génial. Je suis fan des magical girls.
  
Un soir je parlais avec une amie à moi qui était community manager de la marque Good Smile Company, qui fait des figurines. Je lui ai dit que je voulais faire du manga mais que je ne connaissais pas d’illustrateur. Je connaissais d’autres illustrateurs mais je crois que quand on veut faire un manga c’est vraiment important d’être dans les codes du média. Il y a un public qui est exigeant, il y a des références, il y a un cahier des charges à respecter. Je trouvais que c’était important de me rapprocher de quelqu’un qui était du métier.
Cette amie m’a dit que Vinhyu lui avait fait des visuels pour son blog et elle nous a mis en contact. A l’époque il ne faisait que du fanzine, il ne travaillait pas avec un éditeur. Il m’a dit que ça le tentait et quand je lui ai présenté il a trouvé ça marrant.
  
On a fait quelques planches ensemble, j’ai écrit un synopsis, j’ai écrit le développement de ce que j’imaginais être les deux tomes, je l’ai envoyé à Glénat par la poste. Quinze jours après j’ai reçu un appel de celui qui est maintenant mon éditeur chez Glénat pour organiser une rencontre.
C’est assez incroyable parce que les envois par la poste c’est toujours très mystérieux, on ne sait jamais s’ils sont lus. Ça fait un peu légende urbaine en fait. Je travaille avec des éditeurs je sais très bien qu’ils ne lisent pas les envois par la poste en fait. Pour le coup, je n’avais pas de contact chez Glénat, je ne connaissais personne là-bas.
  
C’est assez dingue quand un éditeur à de l’appétit pour un projet. Il y a des éditeurs qui reçoivent les projets avec un ton un peu blasé en disant « ah oui c’est sympa, on a une place en septembre 2019 on va le sortir à ce moment-là ».
Mais là ce n’était pas ça et ça c’était cool.
  
  
Est-ce que Vinhnyu a participé à l’élaboration du scénario ?
  
J’ai écrit mon scénario complet, du tome entier chapitre par chapitre. C’est comme quand vous faites une course de 20km, quand vous avez des petits drapeaux tous les 3km, vous avez l’impression d’avoir checké une étape en fait.
Pour moi le chapitrage était vraiment important dans cette dynamique parce que je n’ai jamais fait quelque chose d’aussi long. Il y a les romans, mais c’est encore différent.
  
Donc j’écris le tome complet puis je le fais lire à l’éditeur et à Vinhnyu, tous les deux me font des remarques et j’intègre les remarques. Vinhnyu va me dire par exemple « là je trouve que la scène n’est pas assez visuelle, peut être que tu peux, au niveau des décors, que ça se passe plutôt dans la rue … »  ou il va me dire « ça fait longtemps qu’on n’a pas vu ce personnage ».
  
Il va me donner son ressenti, presque de lecteur finalement. En tant que personne lambda, il serait content de trouver ça.
  
C’est vraiment un couple en fait. On dit toujours que c’est un peu comme si on faisait un bébé ensemble mais c’est un peu ça en fait. Il faut que le bébé il lui ressemble et qu’il me ressemble. Il faut que ce soit quelque chose qu’on soit fier de défendre et qu’on soit fier de vivre avec, parce que finalement on le défendra peut-être pendant plusieurs années.
  
Moi j’ai aussi mon mot à dire sur les dessins, c’est vraiment un travail d’échange et de collaboration.
  
  
  
Pour ce qui est de l’éditeur, il te donne également son avis, t’a-t-il guidé sur certains points de l’histoire ?
  
Je pense qu’il m’a libéré de ma crainte d’aller vers quelque chose de trop violent. La première chose que m’a dit mon éditeur c’est « vas où tu veux aller ». Comme je n’avais jamais fait de manga et comme je ne connaissais pas vraiment ce public… Je fais partie de ce public là mais je ne savais pas vraiment ce qu’on pouvait faire ou ne pas faire. Il y a des petites règles un peu tacites et du coup le rôle de mon éditeur fut vraiment de me dire « c’est un espace de création pour toi et si tu fais un manga différent c’est bien aussi ».
  
On s’est vraiment mis à une table pour déconstruire les a priori et les préjugés que je pensais pouvoir faire et pour libérer les choses. C’est vraiment intéressant quand tu fais la rencontre d’un éditeur comme ça parce que ce n’est pas dans toutes les maisons d’éditions, c’est pour ça que c’est important de le dire quand c’est le cas.
  
Il faut dire qu’il y a des éditeurs qui ont un cœur et qui veulent vous faire accoucher de quelque chose. Vous leur apportez un projet qui a l’air bouclé, qui a l’air fini et eux arrivent à vous dire « bah non, on sait ce que tu as fait avant ».
  
Mon éditeur, avant qu’on commence à travailler ensemble, il a lu 4 romans que j’avais écrits. C’est génial parce que du coup il est entré dans ma tête un moment et il est revenu vers moi en me disant qu’il savait que j’étais capable de faire autre chose.
  
C’est plutôt chouette. [Rire]
  
  
Pour les personnages et les ombres, tu as donné des conseils à Vinhnyu ?
  
Alors, sur les personnages, pour les 4 filles, il a tout créé.
  
Pour le design des costumes, il nous a fait des propositions, on a ajusté, je crois que c’était important pour lui qu’il y ait une diversité dans les héroïnes.
  
Dans les séries de mangas il y a peu de filles métisses ou noires donc on avait Mina qui est comme ça. Tam qui est un peu plus enrobée que les héroïnes de mangas. C’était vraiment une volonté de Vin d’aller vers quelque chose, que graphiquement, la création française permet, là où les héroïnes japonaises sont un peu plus stéréotypées physiquement.
  
Pour les ombres ont a donné des idées. Je crois qu’il est parti sur carrément autre chose finalement. On avait parlé de faire éventuellement avec des formes animales, mais je n’étais pas pour. Il a trouvé ce compromis avec un crayonné plus brut que le dessin.
  
C’est vraiment sa vision des choses. C’est ça qui est chouette avec Vin, je crois qu’il n’a pas conscience du mangaka qu’il est et du talent qu’il a.
  
Vous l’avez vu à la conférence, quand on lui dit qu’il dessine bien il lève les yeux mais ce n’est pas une posture, il est vraiment comme ça. Il n’a vraiment pas conscience du talent qu’il a. Il a gagné le concours Magic (organisé par Shibuya International) et le Tremplin Ki-oon la même année. C’est vraiment génial d’assister à la naissance d’un univers sous la plume d’un artiste.
  
  
  
Votre série exploite de façon assez étonnante et sombre le concept de magical girl, avec notamment les costumes possédant les héroïnes. Pourquoi ce choix, et comment vous est venue cette idée ?
  
L’idée m’est venue à la Japan Expo. Ma première Japan Expo, c’était il y a 4 ou 5 ans et j’écrivais un roman qui s’appelait "Tout foutre en l’air", sur deux ados qui décident de se suicider ensemble et au dernier moment il y en a une qui décide de ne pas le faire car elle pense à tout ce qui la rend vivante.
  
Quand je suis venu à la Japan Expo j’ai été vachement touché par les cosplayers notamment et par l’intensité qu’il y avait dans leur passion, l’implication que ça représente de fabriquer un costume pendant des mois et d’incarner à ce point quelque chose qui te rend fier, fort et qui te rend capable d’affronter le RER et les gens quoi. Ça m’a donné envie d’écrire quelque chose là-dessus.
  
Durant deux tomes, le récit cherche à répondre à cette question : quelles sont les raisons qui nous donnent envie de combattre et qui nous rendent plus vivants ?
  
Pour moi l’idée est vraiment venue de cette communauté là que je trouve assez surprenante, qui témoigne de leur passion.
  
  
Sinon, tu as dit que tu étais fan des magical girls, qu’est ce qui t’attire tant dans ce registre ?
  
[Rire] Moi j’ai toujours été fan des héroïnes. C’est hyper intéressant. On s’en rend encore plus compte aujourd’hui quand on se dit que si on avait appris au petit garçon qu’il pouvait avoir des héroïnes, peut-être que les choses seraient différentes.
  
On apprend beaucoup au petit garçon que quand il doit idolâtrer quelqu’un c’est forcément un mec puissant, viril, un footballer, un chevalier … et je trouve que les héroïnes auraient pu changer beaucoup de chose dans le monde dans lequel on vit aujourd’hui. Moi c’est ce qui me touche.
  
Les Lara Croft, les Sailor Moon, les Simone Veil… Enfin, pour moi ce sont des héroïnes qui ont des leviers pour faire bouger les choses et faire changer la façon dont les gens considèrent le monde.
  
  
  
Vinhnyu
  
Comment es-tu devenu mangaka ?
  
Je suis de la génération Club Dorothée et à la fin du Club Dorothée il n’y avait plus d’anime à la TV française, du coup je me suis rabattu sur les mangas pour avoir la suite des aventures soit de Dragon Ball soit de Ranma ½. Du coup, déjà quand j’étais petit j’étais un lecteur de comics et de bd et j’ai découvert un peu plus tard les mangas. Au début je faisais la comparaison avec les bd et les comics et donc je trouvais ça un peu moche puisque c’était en noir et blanc et que c’était dessiné avec un style un peu plus freestyle, avec un peu moins de base comme les comics.
  
Puis au fur et à mesure j’ai fini par préférer les mangas à cause de la narration, c’est pourquoi j’ai voulu en faire mon métier car j’adore la narration japonaise, j’adore comment ils racontent leurs histoires.
  
  
Quels sont tes projets actuellement ?
   
Je suis full focus pour finir le tome 2 de 4LIFE, et dès que c’est fini je pense que je vais encore rediscuter pour voir quel projet amener et démarrer. J’ai déjà proposé plusieurs projets et puis on verra où partir. Et comme j’avais gagné le concours Magic, il faut aussi que je vois ça avec la directrice de Shibuya International pour savoir où aller, sur quel pied danser.
  
  
Comment as-tu fait pour reprendre des éléments du décor parisien ?
  
J’ai pris deux jours pour prendre des photos. J’ai fait un petit voyage pour capturer les bâtiments vraiment parisiens. J’ai voulu retranscrire la ville de Paris comme la verrait un touriste ou même un parisien. Avec le métro et tout, l’Opéra.
  
  
Interview réalisée par Zebuline et Koiwai. Remerciements à Antoine Dole, à Vinhnyu, et aux éditions Glénat.
  

MN Actus
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