MORI Kaoru 森薫

Artists Authors Writers

Interview de l'auteur

Interview :

Cette année, les éditions Ki-oon avaient l'honneur de recevoir pour le Salon du Livre une mangaka qui, en quelques années, s'est imposée comme une référence de leur catalogue et du manga en France : Kaoru Mori, l'auteure d'Emma et du succès Bride Stories. Rarement inactive, l'artiste, posée et souriante dans son yukata, s'adonna à une conférence publique passionnante, ainsi qu'à de nombreuses et longues séances de dédicaces où elle prit le temps de satisfaire tout le monde et de communiquer avec ses fans ! Au milieu de ce planning chargé, elle trouva également le temps d'accorder plusieurs interviews. De notre côté, c'est le samedi matin, quelques heures avant sa conférence, que nous avons pu la rencontrer pour un entretien précieux, dont voici le compte-rendu.


© Kaoru Mori


Kaoru Mori, c'est un immense honneur de vous avoir face à nous ! On sait qu'avant le lancement de votre carrière pro avec Emma vous avez commencé avec des doujinshi sous le pseudonyme Fumio Agata. Mais encore avant ça, qu’est-ce qui vous a amené sur la voie du manga et du dessin ?
Kaoru Mori : A partir du collège, j'ai commencé à lire beaucoup de mangas, de façon plutôt intensive. Les années ont passé, je suis arrivée au lycée, et à force de continuer à lire des mangas, l'envie m'est venue d'en dessiner moi-même, d'où mes tentatives amatrices avec des doujinshi. A cette époque je n'avais pas pour objectif de devenir une mangaka professionnelle, dessiner restait surtout pour moi un loisir et une passion de fan, et ça s'est couplé à une envie de créer mes propres histoires.
La suite, vous la connaissez : c'est mon éditeur, Enterbrain, qui m'a repérée et m'a affirmé que j'avais ce qu'il fallait pour devenir mangaka professionnelle.

Vous lisez donc beaucoup de mangas depuis le collège, et on sait aussi que c'est toujours le cas aujourd'hui ! Quels sont ceux qui vous ont le plus marqué ?
Je ne sais pas par où commencer, il y en a tellement (rires).
Depuis l'époque du lycée, je suis toujours restée très fan de Jirô Taniguchi, et aussi de Kaoru Shintani, l'auteur d'Area 88. C'est d'ailleurs sûrement en partie Jirô Taniguchi qui a éveillé mon goût pour les tranches de vie.
Au lycée j'aimais aussi beaucoup Izumi Takemoto (mangaka inédit en France, ndlr). Je lisais tout ce qu'il faisait, j'en étais vraiment très fan. Je trouvais très intéressantes ses histoires mêlant un peu science-fiction et fantasy.
Ensuite, depuis toujours j'aime beaucoup les auteurs qui ont un dessin assez original et bien à eux, comme Kenji Tsuruta, l'auteur de Forget Me Not, ou Yôsuke Takahashi, dont j'adore Mugen Shinshi (inédit en France, ndlr).
Après, je lis aussi beaucoup hors manga. Côté bande dessinée occidentale, j'adore BlackSad que je lis au Japon. Et en faisant les boutiques de Paris j'ai eu un coup de foudre en voyant la couverture du tome 3 de Conquistador, que du coup j'ai acheté (rires).



Vos deux séries, Emma et Bride Stories, évoquent des amours assez particuliers, assez atypiques (un fils de bonne famille avec une domestique dans Emma, et une femme de 20 ans avec un garçon de 13 ans dans Bride Stories), et des histoires de mariage assez diverses, l’amour pur de vos héros devant faire face aux pressions familiales et aux volontés de mariage d’intérêt. De ce fait, quelle est votre vision de l’amour et du mariage ?
En vérité, je ne suis pas si intéressée que ça par les histoires d'amour, au début c'était même un genre avec lequel je n'étais pas à l'aise (rires).
Dans le déroulement des histoires, moi je souhaite avant tout me centrer sur les relations unissant les personnages, mais ce que les gens ont avant tout envie de lire ce sont apparemment les histoires centrées sur l'amour, et c'est comme ça que j'en suis arrivée au résultat d'Emma et Bride Stories, en écoutant plutôt les désirs des lecteurs.

Ce qui ne vous empêche pas de vous intéresser aux relations qui vous tiennent tant à cœur ! Au niveau des familles mais aussi des communautés, il y a beaucoup de vie dans vos séries. Les scènes de danse et de fête dans Emma ou lors des mariages de Bride Stories sont très marquantes, par exemple. Il y aussi les enfants très vivants, les anciens qui veillent sur les plus jeunes et leur apprennent leur art, les cousins et autres personnages hauts en couleur comme Pariya… Il y a une vraie ambiance de communauté, des relations précieuses entre générations.
C'est vraiment quelque chose qui me tient beaucoup à cœur, merci de le remarquer. Au Japon, aujourd'hui il n'y a plus cet esprit de communauté, cet esprit de grande famille qui s'organise autour d'une maison ou d'un lieu. Ce type de vie disparaît, ce que je regrette un peu, et du coup je me suis dit que ce serait vraiment intéressant de raconter tout ça.
De plus, dans beaucoup d'oeuvres, on a souvent des histoires de famille où les querelles dominent, au contraire des histoires, plus rares, où on met en avant la vie de famille en communauté de manière plus pacifique, en montrant le quotidien. Je trouvais ça un peu dommage, et je voulais donc montrer qu'on peut aussi faire de belles histoires avec des choses plus simples. Et j'adore ce principe de grande famille mêlant les générations.



De ce fait, vos mangas ont beau se passer à des grandes époques de l’Histoire, vous vous intéressez plus à vos personnages et à leur quotidien plutôt qu’aux faits historiques, même si ceux-ci sont véridiques. Surtout dans Bride Stories, vous dépeignez la culture, le contexte social… Votre démarche est proche de celle d’un anthropologue, or on dit souvent que Bride Stories est un manga historique. Qu’en pensez-vous ? Vous, comment qualifiriez-vous votre œuvre ?
Pour moi cela reste une forme de récit historique. Bride Stories est une histoire d'époque, mais plutôt que de raconter une sorte de fresque géopolitique avec les grands événements principaux comme dans un cours d'Histoire, je préfère m'intéresser aux gens de l'époque, à leur façon de vivre, leur coutumes, leurs habitudes... Je souhaite montrer la vie des gens à l'époque, car notre vie aujourd'hui n'est plus comme ça. A mes yeux ça reste historique. Je pense que l'Histoire, ce n'est pas que des dates, des grands faits, des guerres et de la géopolitique.
Ce que j'adorerais par dessus tout, c'est que si les gens de l'époque pouvaient lire mon manga, ils se disent que leur vie était effectivement comme ça.

Vous aimeriez nous dire de ne pas oublier comment était la vie à l'époque et comment elle a évolué depuis ? Faire une sorte de devoir de mémoire ?
Mon idée principale était de faire découvrir une culture différente, parce qu'il y a toujours un intérêt à découvrir des choses qui sont différentes de ce que l'on connaît, à sortir des terrains connus pour prendre connaissance d'autres modes de vie et d'autres traditions. C'est vraiment dans ce but que j'écris Bride Stories. La série reste avant tout un divertissement et n'a pas d'objectif scientifique, elle cherche juste à raconter la vie de personnages différents et des coutumes qui ont existé.



Dans vos postfaces d’Emma et Shirley on apprenait que pour dessiner Dorothea vous vous étiez inspirée de Maria Callas, pour le marchand de farine dans Shirley de John Belushi, pour Nelly de Marilyn Monroe… Y a-t-il ce type d’inspirations pour certains personnages de Bride Stories ?
Ce sont des clins d'oeil à des personnalités que j'aime beaucoup (rires). En ce qui concerne Bride Stories, je n'ai pas fait ce genre de petites références à des personnes célèbres. Par contre, je me suis basé sur une photo d'époque d'un inconnu pour dessiner le père de Karluk.

Ce qui frappe aussi dans vos œuvres, c’est une forte mise en avant des femmes fortes ! Dans Emma l’héroïne fait face à son amour avec courage, idem pour Eleanor quelque part. Dans Bride Stories Amir sait presque tout faire, est une mariée très attentive et une incroyable chasseuse, et la grand-mère Balkish a le dessus sur bien des hommes ! Vous aimez aussi les présenter de façon charmante et un peu affriolante comme la bunny dans votre tanpenshu Shûishû, mais elles restent toujours classes, plutôt fières et savent remettre les hommes à leur place ! Bref, les exemples ne manquent pas... D’où vient ce goût pour les femmes aussi belles et fortes, pour cette sorte de « girl power » ?
Je pense que le héros ou l'héroïne d'une histoire doit être un personnage auquel on a envie de s'attacher, dont on a envie de se rapprocher, un peu comme un objectif à atteindre. C'est pour ça que j'ajoute souvent ces touches de charisme supplémentaire, cette force de caractère, car ça rend les personnages encore plus attirants.
Du coup, je ne sais pas si on peut parler de « girl power », ou alors c'est un peu inconscient de ma part (rires). C'est surtout que mes personnages principaux sont la plupart du temps des femmes, et que j'ai une admiration pour les femmes fortes. Et si l'on me demande pourquoi des femmes, je dirais que c'est parce que j'adore les dessiner ! Leurs cheveux, leurs mains, leurs courbes... Ce sont des choses que je prends énormément de plaisir à croquer, que ce soit dans des vêtements de maid, des costumes d'époque ou des tenues de bunny (rires).



C'est avant tout une affaire de passion personnelle, et une envie de communiquer cette passion aux lecteurs ? Comme le laissent penser vos postfaces toujours très riches...
Oui, voila. A force de lire mes postfaces vous connaissez mes différentes passions plus ou moins fortes (rires). Les costumes de domestique ou de bunny, les tenues d'époque, les belles femmes fortes, les chevaux... Quand je dessine et que je raconte mon histoire, je le fais toujours avec cette volonté de transmettre mes passions à mes lecteurs. J'espère que j'y parviens.

Il s'agit de votre premier voyage en France et on suppose que vous avez pu visiter un peu notre pays, en espérant que vous l'aimez (rires). Pensez-vous qu'un jour ce voyage pourrait vous offrir des idées pour un manga sur la France ?
Pour l'instant j'ai surtout fait le tour des bouquinistes, et je suis bien partie pour repartir avec beaucoup trop de livres de tous genres (rires). Mais je suis folle des livres !
En ce qui concerne le manga que je ferai après Bride Stories, pour l'instant je n'en ai aucune idée. Il faut savoir que l'idée de Bride Stories ne m'est venue qu'après la fin d'Emma, en réfléchissant à tout ce que j'aimais pour faire le point. Il en sera sûrement de même pour ma prochaine œuvre. Pour l'instant je pense me concentrer sur Bride Stories pendant encore 5 ou 6 ans, et c'est seulement après avoir fini la série que je ferai le point sur les nombreuses petites idées qui me trottent dans la tête et qui auront été nourries par tout ce que j'aurai vécu d'ici là.


Remerciements aux éditions Ki-oon et à leurs petits compléments d'informations, à l'interprète pour la qualité de sa traduction, et à Kaori Mori pour ses réponses et sa gentillesse !
  
Interview réalisée lors du Salon du Livre 2014, mise en ligne en avril 2014.



Conférence publique :

Cette année, les éditions Ki-oon avaient l'honneur de recevoir pour le Salon du Livre une mangaka qui, en quelques années, s'est imposée comme une référence de leur catalogue et du manga en France : Kaoru Mori, l'auteure d'Emma et du succès Bride Stories. Entre diverses rencontres (dont notre interview que vous pouvez retrouver en suivant ce lien) et des séances de dédicaces où elle prit le temps de communiquer avec ses nombreux fans, l'artiste fut également au centre d'une conférence publique ponctuée de quelques éclats de rires et de nombreux applaudissements. C'est devant un espace archi comble que Nicolas Penedo, animateur de la conférence, commença par poser plusieurs questions à l'auteure.



Commençons par une question classique : Kaoru Mori, comment êtes-vous devenue mangaka ?
Kaoru Mori : Quand j'étais plus jeune je dessinais des doujinshi (mangas amateurs, ndlr), et j'ai été repérée par mon éditeur qui est venu s'adresser directement à moi pour me proposer de devenir professionnelle.

Aviez-vous une passion pour le dessin ou la bande dessinée ?
J'ai toujours eu une passion pour le dessin, dès mon plus jeune âge. Je pense que dès que j'ai eu un crayon entre les mains j'ai commencé à dessiner.
Au début je souhaitais plutôt devenir artiste-peintre, puis plus tard j'ai découvert le manga, et une fois que je suis entrée dans ce monde-là c'est devenu une passion.

Avez-vous des œuvres cultes, qui vous ont marquée ou influencée ?
Il y a beaucoup d'artistes que j'adore. Quand j'étais plus jeune je suivais beaucoup les travaux de Kenji Tsuruta, d'Izumi Takemoto et de Yôsuke Takahashi. Mais l'auteur que j'admire depuis mon plus jeune âge et encore aujourd'hui est Jirô Taniguchi dont j'adore toutes les œuvres. Enfin, il y a Kaoru Shintani, l'auteur d'Area 88.

Quand on lit vos mangas, on se rend compte que votre style graphique n'est pas du tout-venant. Vous avez un trait particulier, une façon extrêmement précise et minutieuse de dessiner, notamment, les tapisseries, les motifs ou les costumes dans Bride Stories. Cela vient-il d'une influence particulière ?
Je pense que le souci du détail vient de mon côté plutôt borné (rires). J'ai envie de tout dessiner très précisément, de la façon la plus correcte possible. Et j'aime beaucoup dessiner les tapisseries et autres éléments de ce type, où l'on trouve des motifs très denses. C'est un type de dessin qui me plaît beaucoup, à moi qui ai toujours tendance à vouloir rajouter beaucoup de choses.

Vous disiez avoir commencé dans le doujinshi avant d'être repérée par votre éditeur. Est-ce que la transition entre amateurisme et professionnalisme a été facile ?
La plus grande difficulté au début a été de m'adapter au format des planches professionnelles, qui sont plus grandes. Il faut donc augmenter le niveau de détails, sinon on a l'impression que le dessin est assez vide. Il y avait aussi ma technique d'encrage au stylo, que je ne maîtrisais pas aussi bien qu'aujourd'hui. Quand j'y repense, à l'époque je n'étais vraiment pas douée (rires).



Beaucoup de jeunes français aimeraient devenir mangaka. A votre avis, quelles sont les qualités qui font un bon mangaka ?
Dans un premier temps, pour devenir mangaka professionnel, il faut avoir la patience et la détermination d'aller démarcher les éditeurs.
Du côté de la technique, il faut être capable d'affiner sa façon de dessiner. Ensuite, il y a le découpage qui est vraiment important : il faut un grand sens de la construction et du placement des cases. Enfin, il faut de la patience.

Pouvez-vous nous expliquer comment vous travaillez sur un manga ? Nous présenter votre emploi du temps et les différentes étapes des nemu, des débuts du storyboard jusqu'à l'encrage final et au manuscrit adressé à votre éditeur.
J'ai une deadline d'un mois, que j'essaie de diviser en différentes parties.
En générale, j'essaie de la diviser en deux : deux semaines de recherches, de documentation et de création de scénario, et deux semaines sur le dessin.
Au début de la première semaine, je rencontre mon éditeur et on discute de façon très légère de ce qu'on va faire. On discute de mes propositions et de l'orientation du chapitre à venir. Ensuite je m'attelle à la construction du nemu, où l'on retrouve de façon très simple et crayonnée le chapitre au complet. C'est une étape très importante, car c'est le premier pas vers la finition du manga. Pour faire le nemu d'une chapitre de 24 pages, cela me prend généralement quatre jours. Ensuite je l'amène à mon éditeur et on discute de ce qu'on va faire, des endroits qu'il faut couper, de ce qu'il pense que je devrais enlever, ajouter ou déplacer . Et une fois que tout est ok, je peux commencer le travail sur les planches. Quand les crayonnés des planches sont finis, je passe à l'encrage au stylo. Généralement, c'est ce qui me prend le plus de temps. Ensuite, il faut gommer les restes de crayonnés, repasser sur qui a été perdu au niveau de l'encre, et faire les aplats sur les zones qui doivent être complètement noircies. C'est à partir de cette étape que je fais appel à mes deux assistants, qui procèdent avec moi à ces finalisations. Après ça, on passe aux trames, des calques spécifiques qu'on applique pour retranscrire des motifs récurrents. Cette dernière étape prend environ 2 ou 3 jours.

Quelle est l'étape que vous préférez sur la création d'un manga ?
J'adore tout (rires). Je pense que je me sens vraiment bien et plus légère quand le nemu est approuvé par mon éditeur, c'est toujours un instant de soulagement. Après ça, il n'y a plus qu'à dessiner, alors d'un coup ça va beaucoup mieux. Dessiner, c'est toujours un plaisir.



Sous un tonnerre d'applaudissements, Kaoru Mori se déplaça ensuite vers une table de travail afin d'y réaliser un dessin en live, tout en continuant de répondre aux questions.


On sait que les mangakas mènent une vie difficile avec un rythme de travail souvent effréné. Il leur arrive parfois des situations rocambolesques pendant les périodes de bouclage. Auriez-vous une anecdote à nous raconter sur une situation un peu amusante ou surprenante qui vous serait arrivée pendant une période de bouclage ?
Un soir de fatigue, il m'est arrivé de m'endormir sur ma table de dessin, et de rêver que j'avais fini mes planches. Quand je me suis réveillée j'ai constaté avec horreur que les feuilles devant moi étaient complètement blanches. J'étais persuadée d'avoir tout fini, et ça m'a tellement désespérée que je suis allée me coucher (rires et applaudissements du public).

Quel est votre personnage préféré dans Bride Stories, et pourquoi ?
Evidemment, c'est Amir, parce que c'est le personnage qui me demande le plus de travail, et c'est donc celui auquel je me suis le plus attachée.

Vos deux œuvres phares, Emma et Bride Stories, se passent toutes deux loin du Japon, au 19ème siècle. Pourquoi ces choix ?
Ce sont des endroits qui m'ont toujours passionnée, et je pense que si j'ai pu aborder ces thèmes, c'est grâce à mon éditeur qui est très libre là-dessus, là où beaucoup d'éditeurs ne souhaitent justement pas publier des histoires trop éloignées des lecteurs. J'ai eu le feu vert pour faire les histoires qui m'intéressaient, et j'ai donc pu faire ce que je voulais. Je pense qu'il y a beaucoup d'auteurs qui voudraient  aussi faire des mangas autour d'autres pays que le Japon, mais qui sont peut-être limités par le magazine de prépublication pour lequel ils travaillent.

Qu'est-ce qui vous attire dans les tribus d'Asie centrale de Bride Stories, dans cet environnement culturel peu abordé ?
J'aime beaucoup lire, et j'ai lu beaucoup de récits de voyage sur ces régions du monde. Plus j'en lisais, plus j'avais envie de découvrir ces régions. Je me suis intéressée pas seulement aux livres, mais aussi aux recueils de photographies où l'on retrouvait la vie de l'époque dans ces régions. C'est une passion qui est née il y a longtemps, et qui a grandi au fil du temps.



Si les pays étrangers vous intéressent, vu que vous êtes en France, est-ce que vous pensez que la France pourrait vous intéresser pour un futur projet ?
C'est une possibilité. Il y a énormément de choses que j'aimerais faire et je ne sais pas si j'aurai le temps pour toutes, ni même si je pourrai coucher sur papier tout ce que j'ai envie de raconter, mais oui, je suis très intéressée par la France. Par exemple, j'aimerais bien faire une histoire qui serait centrée sur des dessinateurs de bande dessinée en France.

Une scène du premier tome de Bride Stories m'a beaucoup touché : celle où un artisan est en plein travail et où un enfant l'observe. On voit à cet instant un travail très précis sur la façon dont cet artisan crée son œuvre et sur le regard émerveillé de l'enfant. Est-ce que ce travail d'artisanat est  pour vous une façon de mettre en scène votre propre travail de dessin ? Et en quoi considérez-vous qu'il y a une valeur spirituelle de transmission de savoir-faire du vieil homme à un enfant ?
Je suis passionnée par tout ce qui est artisanat et création, c'est quelque chose qui me tient à cœur, et j'avais envie de rendre hommage à cette culture dans la fabrication, la découpe du bois, la gravure, la couture, les tissus... Tout part de l'Asie centrale, et c'est quelque chose que je souhaite vraiment mettre en avant dans mon manga, parce que c'est quelque chose que j'adore et que je trouve vraiment magnifique.

On a une relation très étonnante entre Amir et Karluk puisque l'une a 20 ans et que l'autre est de 8 ans son cadet. D'où vous est venue cette idée de créer une relation amoureuse entre une jeune femme et un très jeune homme ?
Ce que je voulais faire en premier lieu, c'était retranscrire une réalité de l'époque, montrer que la notion de couple pouvait être ainsi en Asie Centrale à cette époque, où ce n'était pas forcément une question d'âge comme dans notre vision moderne du couple.
Et cette différence d'âge était aussi un bon moyen de piquer la curiosité du lecteur et de lui donner envie de lire les aventures de ces personnages.

Vous êtes non seulement très douée pour ce qui concerne les relations amoureuses et le travail de l'artisanat, mais on a aussi droit dans Bride Stories à des scènes d'action spectaculaires dignes de blockbusters américains. D'où vient votre inspiration pour ces scènes ? Comment travaillez-vous pour mettre en scène ces séquences d'affrontements ?
Difficile de répondre en ne citant que quelques exemples, car c'est l'accumulation de tout ce que j'ai pu voir ou lire dans le genre qui m'a apporté une expérience dans ce genre de scène.
Mais je peux quand même dire que les cavaliers, c'est quelque chose que j'adore. Je me suis retenue le plus longtemps possible de mettre des scènes de combat à cheval, mais pour le sixième volume je voulais changer un peu l'ambiance dans l'histoire, qui jusque là était assez paisible et beaucoup plus centrée sur les personnages féminins. Je ne vais pas dire que c'était du fan-service pour les hommes, mais un petit peu quand même (rires). J'avais envie de faire ça depuis le début, et avec surprise ça a aussi beaucoup plu aux dames.



La conférence continua ensuite avec des questions du public.


Concernant Bride Stories, avez-vous reçu des messages de personnes habitant cette région du monde et ayant lu votre manga ?
Oui, j'ai eu des commentaires de personnes vivant dans cette région. Depuis le début ça me faisait peur, et au final ils m'ont dit que c'était quand même un peu éloigné de la vérité historique sur certains éléments, mais que c'était vraiment une histoire passionnante et intéressante. Donc dans mon sens j'ai atteint mon objectif, parce que ce que je voulais avec cette histoire, c'était que les gens originaires de cette région prennent du plaisir à la lire. J'étais contente et soulagée.

D'où vous est venue l'idée de l'histoire d'Emma ?
J'ai toujours adoré les maids et je voulais absolument en dessiner (rires).
L'histoire est née des différentes discussions avec mon éditeur, et on en est venus à la romance. Moi, les histoires d'amour, ce n'était pas vraiment ma tasse de thé au début, j'ai dû beaucoup étudier le sujet (rires).

Dans vos postfaces, votre avatar est amusant, dépareillé, avec les cheveux hirsutes. Pourquoi ?
Quand j'étais lycéenne, je m'entraînais devant le miroir à me dessiner, et ça donnait ça (rires).



Dans Bride Stories, chaque personnage a des costumes différents. Est-ce qu'il y a eu de la documentation pour chaque cas ?
Pour Amir, j'ai utilisé plusieurs costumes traditionnels de différentes régions que j'ai arrangés et un peu mêlés. Par contre, pour les autres personnages comme les jumelles ou Thalas, ça a été fait à partir de la documentation sur les costumes d'époque dans la région concernée.

Comment vous est venue l'idée des jumelles ?
Au tout début il n'y avait qu'une seule fille, et je me suis dit que ça n'avait pas assez d'impact, que ce n'était pas assez amusant. Du coup, j'en ai rajouté une. Et puis j'ai toujours eu envie de dessiner des personnages jumeaux (rires).

Quelle importance donnez-vous à l'écriture de vos postfaces, qui sont toujours agréables à lire ?
Je le fabrique comme je fabrique le manga, avec les mêmes étapes. Il est fait avec amour, comme le manga (rires). Et quand je trouve quelque chose d'intéressant à y mettre, je peux prendre plusieurs jours juste pour ça.


Les dernières minutes furent ensuite dédiées à la finalisation du dessin en live. Kaoru Mori apporta les dernières touches sur sa feuille, sous le regard attentif du public, avant une ultime salve d'applaudissements !

Compte-rendu mis en ligne en avril 2014.
  

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