BOICHI BOICHI

Artists Authors

Interview de l'auteur

Publiée le Mardi, 12 January 2016

Interview 1




Sa virtuosité graphique en a séduit plus d’un dans Sun-Ken Rock, dont le volume 4 sort le 11 mars chez Doki-Doki. Rencontre avec Boichi, auteur coréen passionné de cinéma et de héros charismatiques. 




Quels sont les films que vous aimez et ceux que vous conseilleriez aux lecteurs ?  

Boichi : J’adore le cinéma. J’ai appris beaucoup de choses en regardant des films ou en lisant des livres consacrés au cinéma. D'ailleurs, à la fac, mon mémoire de fin d'études était consacré au septième art. J’ai un gros faible pour les films de SF. Pour tout vous dire, j’ai toujours rêvé de dessiner un manga de SF. Mes films préférés sont : 2001, l’odyssée de l’espace, Rencontre du troisième type, Star Wars, Terminator, Alien. Quant aux films qui m’ont le plus marqué, je pourrais citer Predator, Robocop et Alien, le retour. Je les ai vus tous les trois lorsque j’étais au collège et je peux dire que j’ai pris une super claque. Ce qui explique pourquoi ils ont eu une telle influence sur mes travaux.   En dehors de la SF, il y a un film que j’ai découvert récemment et auquel j’ai bien accroché, c’est La Chute du faucon noir. J’ai appris beaucoup de choses en le voyant. L’histoire m’a aussi vachement plu ! 



Quelle influence a le cinéma sur vos travaux ?

 Boichi : Lorsque je me lance dans un nouveau projet de manga, j’achète pas mal de DVD, qui me servent de support documentaire. Ce fut le cas lorsque je me suis attelé à Sun-Ken Rock, par exemple. L’action se déroule en Corée et est centrée sur les gangs coréens. J’ai donc acheté quelques films coréens qui traitaient de ce sujet. Voilà pourquoi, si vous regardez ces films, vous comprendrez peut-être encore mieux Sun-Ken Rock. Si devais vous conseiller quelques films utiles à la bonne lecture de Sun-Ken Rock, je dirais : Number 3, The President's Last Bang et A Bittersweet Life.  Il y a aussi un feuilleton japonais, Sunadokei ("Le Sablier") qui m’a été d’une aide très précieuse. Evidemment, un film comme Le Parrain a également fortement influencé mon travail sur Sun-Ken Rock. Pour moi, c’est le meilleur film de gangs qui soit, car il prend en compte l’État et la société.
Moi-même, j’essaie de faire mon mieux pour que Sun-Ken Rock devienne une œuvre de ce genre.   



Beaucoup de fans sont impressionnés par le charisme de vos personnages, à commencer par Ken. Quelle est, pour vous, la définition d’un homme charismatique ?  

Boichi : Merci ! C’est sympa, ça ! Voilà le genre de compliments qui me donnent la force d’avancer ! Personnellement, je suis persuadé que je peux encore mieux faire en tant que mangaka.

Pour moi, le charisme d’un homme vient surtout de sa force de caractère. Se donner à fond pour attendre son but, ne pas hésiter à se remettre en question… Bref, avoir de la volonté. C’est quelque chose d’indispensable, que ce soit dans la réalisation de ses rêves, en amour ou dans les études. Seulement, ça ne veut pas dire que seule la volonté suffit. Garder sa ligne de conduite, c’est aussi un combat de chaque instant ! Pour moi un homme charismatique doit avoir cette attitude de guerrier.  Pour parler de Ken, il est parti de rien, il n’avait ni rêve, ni espoir, ni volonté. Et lorsque qu’il a commencé à avoir un rêve, il s’est donné à fond afin de le réaliser. Mais il lui arrive aussi d’avoir des regrets ou de faire son introspection. Ken est quelqu’un qui vit avec beaucoup de remords.  C’est à mon avis ce qui lui donne tant de charisme et fait que je le dessine avec tant de force.  



Monsieur Boichi, merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions.     



Sun-Ken Rock © Boichi / Shônen Gahôsha / Doki-Doki

Extrait de l’interview publiée dans le magazine Young Comic des éditions Shônen Gahôsha.

Traduction et adaptation : Doki-Doki.


  


  


Interview 2


  


La dernière édition de Japan Expo fut sans nul doute marquée par la venue d'un artiste dont le succès n'est plus à faire : Boichi, entre autres auteur de Sun-Ken Rock, et invité de prestige des éditions Doki-Doki à l'occasion de la sortie de son artbook chez l'éditeur !

D'une humilité et d'une gentillesse admirables, le mangaka se montra très reconnaissant envers son public et très proche des nombreux fans venus le rencontrer, que ce soit pendant ses séances de dédicaces ou pendant l'interview que nous avons eu la chance d'obtenir.

Nous vous proposons aujourd'hui de découvrir le compte-rendu de cette interview où l'artiste revint sur différents moments de sa carrière, sur sa série phare et sur certains de ses messages. En complément et si ce n'est pas déjà fait, nous ne pouvons que vous conseiller de lire la très longue et très riche interview de l'auteur dans son artbook, sur laquelle nous nous sommes basés pour rebondir.




Boichi, c'est un immense honneur de vous avoir en face de nous, depuis le temps que nous espérions vous voir en France ! Vous avez commencé votre carrière en Corée avec des histoires destinées aux filles, ce qui peut paraître un peu étonnant quand on voit vos oeuvres dessinées au Japon ! Pourquoi avoir choisi ce registre ? Votre style était-il différent à l'époque ?

Boichi : Merci à vous, c'est un bonheur de pouvoir enfin rencontrer mes fans français en chair et en os.

Concernant mes orientations, j'ai toujours choisi de faire ce que je voulais, et la bande dessinée permet cette possibilité de diversité. Lorsque j'étais au lycée, j'ai eu la chance de lire un manhwa pour filles qui m'a tellement émerveillé que j'ai voulu travailler dans la même revue que son auteure, et c'est comme ça que j'ai présenté mes premiers travaux dans cette revue quelques années plus tard. J'ai ainsi officié dans les séries pour filles pendant environ dix ans, alors qu'avant ça j'étais plutôt branché science-fiction.

Mon style était un peu différent de mes titres actuels, car ces derniers sont plus orientés action, mais je pense avoir toujours eu les mêmes techniques dans l'expression des sentiments et dans l'abord des histoires d'amour.



Vous avez dessiné ce type de série en Corée jusqu'à l'effondrement du marché du manhwa à cause de la "Juvenile Protection Act", loi de protection des mineurs contre laquelle vous vous êtes vivement opposé, car elle tuait la liberté d'expression. A terme, avec les lois qui se créent actuellement au Japon, craignez-vous qu'il s'y passe la même chose qu'en Corée ?

Je pense que c'est un problème qui dépasse le simple cadre du manga. Que ce soit dans la bande dessinée de manière générale, dans le cinéma... dans toutes les formes d'art, j'ai l'impression que dans les années à venir on va de plus en plus se diriger vers ce genre d'atteinte à la liberté d'expression et à la création artistique.

Personnellement, j'ai vu de mes propres yeux une petite communauté créatrice, celle du manhwa, disparaître d'un seul coup alors qu'elle se portait bien. Je sais ce que ça fait de voir ça. Je connais les dangers liés à la suppression de cette liberté. Pour moi, la liberté est le coeur de l'Art. Et faire disparaître une petite liberté peut avoir de lourdes conséquences.

C'est d'ailleurs pour ça que je suis très très respectueux de votre pays, la France, qui, de mon point de vue de coréen, s'est toujours battue pour cette notion de liberté. J'encourage toute bataille en faveur de la liberté d'expression, et j'ai conscience que c'est parce que d'autres personnes avant moi se sont battues pour elle qu'aujourd'hui je peux exercer mon travail de mangaka librement.



Quand vous êtes arrivé au Japon, vous avez débuté en dessinant des titres hentai, notamment le recueil Lovers in Winter. On dit souvent que le manga X est un bon pont pour débuter dans le manga, donc était-ce pour vous le meilleur moyen de démarrer votre carrière nippone ?

Pour tout vous dire, j'ai dessiné du X parce que je le voulais, et ça m'a permis de me refaire un peu la main côté dessins.


Abordons désormais Sun-Ken Rock. Pouvez-vous nous dire comment vous avez créé les personnages de Ken et de sa bande ?

C'est une question très intéressante, mais je ne suis pas sûr de bien me souvenir de tout, donc j'espère ne pas dire de bêtises !

J'ai voulu conférer à Ken l'image d'un vrai héros, avec un physique fort et marquant ainsi qu'une personnalité plutôt complexe. J'ai fait très attention aux différentes facettes de son mental.

Tae-Soo est le personnage qui pourrait le plus se rapprocher du shôjo manga. C'est le personnage qui offre affection et amour quand il vient en aide à Ken. De ce fait, j'ai voulu lui offrir un physique certes fort lui aussi, mais apte à plaire au public féminin.

La Pioche représente la vanité humaine, et tout le contraire de ce que moi je dois être pour devenir un grand mangaka (rires).

Benito, c'est Al Pacino avec le charisme et la classe en moins, mais il essaie de tendre vers ça (rires).

Pour Kae-Lyn, je voulais faire un personnage féminin représentant l'envie. C'est plutôt réussi, non ? (rires)

Marin, c'est le samouraï, toujours droit, et prêt à mourir pour son chef. Son physique et son nom sont inspirés des marins de l'armée coréenne, qui sont réputés pour être les plus disciplinés et résistants de l'armée.

Concernant Do-Heun, je me suis inspiré d'un combattant d'Ultimate Fighting pour en faire une montagne de muscles, une sorte de viking coréen à la fois puissant et très vivant.

Enfin, Yumin, c'est à mon avis le personnage qui a vraiment besoin d'être aimé et de sentir qu'on l'aime. Si vous avez lu Sun-Ken Rock et que vous connaissez son passé familial, je pense que vous savez pourquoi...



Et d'où vient le nom de Ken Kitano ? On devine un clin d'oeil à Takeshi Kitano, non ?

Quand j'ai débuté Sun-Ken Rock, j'avais déjà décidé que la série s'appellerait ainsi, je trouvais que ça sonnait bien, donc j'ai naturellement appelé le héros Ken. Quant au nom Kitano, c'est évidemment une référence à Takeshi Kitano, le spécialiste des films de yakuzas !


Dans Sun-Ken Rock, vous évoquez le racisme ambiant en Corée via le personnage de Ban Phuong et le passif vis-à-vis du Vietnam. Est-ce qu'aujourd'hui encore, vous pensez que cette question est d'actualité en Corée ?

Je pense que quel que soit le pays aujourd'hui dans le monde il y a des exclus et de la discrimination.

Personnellement je suis coréen donc j'ai parlé de la situation dans mon pays qui est celle que je connais le mieux. En lisant Sun-Ken Rock, les lecteurs ne doivent pas penser à la Corée, mais à leur propre pays, car ce type de chose se passe aussi chez eux.

D'ailleurs, j'encourage toujours ces discriminés et ces exclus à essayer de surmonter ces difficultés. Et les lecteurs doivent réfléchir à la manière de procéder pour essayer d'améliorer les choses.

Dans Sun-Ken Rock, il y a beaucoup d'action, d'humour, de culottes et de fesses, mais il y a aussi cette réflexion à mener, et je pense que c'est la meilleure manière d'apprécier la série.



Au tout début de votre artbook sorti chez Doki-Doki, vous dites que vous n'êtes pas un homme parfait. Alors selon vous, qu'est-ce qu'un homme parfait ?

Un homme parfait, honnêtement je ne sais pas. Un mangaka parfait, je dirais que c'est à la fois quelqu'un qui existe et qui n'existe pas. C'est un idéal vers lequel beaucoup de mangakas doivent tendre, mais qui n'existe sans doute pas encore à l'heure actuelle.

Pour moi, la personne qui s'en rapproche le plus est Takehiko Inoue. Au Japon, nombreux sont les mangakas qui se rapprochent de cette perfection, mais moi je suis à un stade où j'ai encore beaucoup à apprendre d'eux.


Pour finir, tout bêtement, d'où vient votre pseudonyme ?

"Bobo" peut être traduit par quelque chose comme "Monsieur X", et "ichi" veut dire "le premier". Quand j'ai choisi ce pseudonyme, c'était pour signaler que je voulais devenir le "premier monsieur X" !



Un grand merci aux éditions Doki-Doki pour l'excellente mise en place de cette entrevue, à l'interprète pour la qualité de sa traduction, et à Boichi pour son infinie gentillesse !
  
Mise en ligne le 12/01/2016.

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