AKAMATSU Ken 赤松健

Artists Authors Writers

Interview de l'auteur

Publiée le Samedi, 19 December 2015

Ken Akamatsu est un auteur qu’on ne présente plus dans le manga. D’abord connu pour ses comédies sentimentales et œuvres harem comme Ai Non-Stop et Love Hina, premier gros succès du mangaka, on connait récemment ses orientations vers le style nekketsu pur dans des univers fantastiques. Ayant marqué le shônen à sa manière, Ken Akamatsu fut l’invité d’honneur de ce seizième impact de Japan Expo et nous a fait la joie de nous recevoir au cours d’une entrevue riche en informations sur la manière qu’a l’auteur de créer ses œuvres.



Bonjour monsieur Akamatsu et merci de nous accorder cette interview. Love Hina a été votre premier grand succès à l’international. Quelles sont selon vous les raisons d’une telle réussite ?

Ken Akamatsu : Keitarô Urashima est mon portrait tout craché durant la période où je passais les concours d’entrée à l’Université, je n’avais pas non plus la cote auprès des filles. A mon avis, beaucoup de lecteurs se sont retrouvés dans ces aspects.


Quand on regarde l’ensemble de vos œuvres, on voit qu’elles s’interrogent toutes sur la question du temps. Love Hina se focalise sur le quotidien, UQ Holder sur l’immortalité… Quelle est la portée de cette thématique dans l’ensemble de votre œuvre ?

Le rapport au temps est une chose à laquelle je suis attaché, notamment autour des œuvres du passé. Je tiens d’ailleurs un site sur des titres qui ne sont plus édités, j’apprécie particulièrement le sentiment qu’on éprouve en redécouvrant une œuvre que l’on a connue dans le temps.


On voit donc que vous êtes attaché au passé, aussi quels conseils auriez-vous à donner au jeune Ken Akamatsu si vous pouviez remonter dans le temps ?

Je le préviendrai d’abord au sujet des adaptations animées, qu’il fasse bien attention qu’elles soient fidèles à l’œuvre originale. (rires)

Au sujet des techniques de dessin sur les personnages féminins, je lui dirais qu’au lieu d’attendre de voir quelles demoiselles auront du succès auprès des lecteurs, il doit les anticiper dès le départ pour mieux les travailler.


Vos œuvres ont des décors extrêmement travaillés, cela se ressent notamment sur Negima où vous parlez de leur réalisation à travers les pages bonus. Quelle charge de travail représente la construction de tous ces éléments ?

Depuis Negima, j’utilise des logiciels de modélisation en 3D avec un rendu dessin qui me permettent de créer des décors précis. J’ai un assistant dédié à cette tâche, il se spécialise dans cette modélisation 3D. Mon assistant œuvre d’ailleurs encore sur UQ Holder.

Sur Love Hina, je travaillais plutôt sur photographies.



Love Hina et Negima ont importé le genre harem en France, êtes-vous conscient d’en être un pionnier ?

On retrouvait déjà ce principe de harem dans le jeu vidéo. Mais il est effectivement possible que ce soit moi qui ai commencé à faire passer ce concept dans le manga.


Pourquoi avoir choisi le genre du harem pour Love Hina et Negima ?

C’est en fait mon équipe éditoriale qui m’a incité à créer une œuvre qui compte beaucoup de personnages féminins. Tous trouvaient que j’étais doué dans cet aspect d’une série.


Negima démarre à la manière de Love Hina puisque les débuts sont beaucoup centrés sur le harem avant de partir sur de l’action dantesque à base de tournois et d’affrontements. Pourquoi avoir attendu tant de temps avant d’instaurer des thèmes si sérieux et d’appuyer l’univers fantastique de la série ?

Cette évolution tient énormément de la manière de créer le manga. Quand on est sur de la comédie sentimentale, on fait un travail chapitre par chapitre, ce qui est long et fastidieux. C’est à l’inverse de l’histoire de combat qui est plus simple en termes d’écriture.

Sur Negima, j’ai voulu démarrer par une écriture au chapitre, avec de la comédie sentimentale. Mais je suis arrivé à un stade de fatigue qui m’a poussé à m’orienter vers le récit de combat qui est plus simple, c’est de là que vient cette évolution. A ma connaissance, il n’existe pas de comédie sentimentale qui s’étale sur beaucoup plus d’une vingtaine de volumes tant ce genre est fastidieux.
  


Dans toutes vos œuvres on retrouve un duo masculin-féminin qui évolue de manière intéressante, ce qui a commencé avec Ai Non-Stop, pour changer dans UQ Holder qui présente moins de couples. Est-ce une démarche voulue ?

J’ai effectivement commencé avec des paires, mais on constate une évolution en termes de nombre dans mes œuvres. Ai Non-Stop dépeint un binôme, mais cela passe à un garçon contre cinq filles dans Love Hina, puis contre trente dans Negima. Il y avait une inflation difficile à assumer, notamment graphiquement. C’est pour ça que j’essaie de partir sur une autre voie dans UQ Holder.


Vous êtes doué pour dessiner de jolies jeunes filles, mais quelles sont vos inspirations ?

Je suis très influencé parce ce que je vois, notamment des personnages et personnalités que j’aime beaucoup. C’est par exemple le cas d’Asuka dans Evangelion, j’ai essayé de créer des personnages qui lui ressemblent comme Naru Narusegawa dans Love Hina.


Vous avez déclaré vouloir prendre votre retraite après UQ Holder qui a débuté il y a un an. Vous êtes-vous lassé du métier ?

Je suis effectivement un des vieux mangaka de l’écurie Shônen Magazine, je pense être le deuxième sénior de l’équipe. (rires)

Laisser la place aux jeunes est important, j’aimerais que mon expérience aide les nouveaux auteurs. C’est vrai que j’ai passé 9 ans sur Negima, j’ai donné beaucoup dans cette histoire. Mais j’ai encore envie d’apporter énormément de choses à UQ Holder, je pense rester dessus un moment. J’aimerais donc laisser la question de ma retraite aux lecteurs : si eux-mêmes me désavouent, il sera peut-être temps pour moi de partir.


Vous souhaitez donc partager votre expérience, aimeriez-vous le faire en devenant, par exemple, professeur ou directeur éditorial ?

Il s’agirait plutôt d’un travail sur la législation qui entoure le manga plutôt qu’une aide directe aux mangaka. Je pense ainsi aux fortes restrictions autour des scènes érotiques qui ont failli être votées.
     


Vos œuvres ont marqué de nombreux lecteurs, comment ressentez-vous ce constat ?

Je suis à la fois très heureux mais aussi très surpris que mes œuvres puissent tant changer la vie des gens. (rires)


Certains éléments se retrouvent dans toutes vos séries. Avez-vous voulu dès le départ faire un univers commun à vos œuvres, ou est-ce plutôt quelque chose qui s’est mis en place au fil du temps ?

Ce n’est pas quelque chose que j’avais programmé dès le départ, mais j’apprécie énormément les liens entre les histoires. Ça s’est donc mis en place naturellement.


Vous êtes actif dans le manga depuis plus de vingt ans, trouvez-vous que le support a changé ? Votre manière de travailler a-t-elle évolué en conséquence ?

Il y a une différence entre Negima et UQ Holder symbolisée par la barrière entre l’analogique et le digitale. Sur Negima, on travaillait aussi sur papier alors qu’on réalise UQ Holder uniquement sur support numérique.


Remerciements à l'interprète, aux éditions Pika, à Japan Expo et à Mr Akamatsu !

Mise en ligne le 19/12/2015.

MN Actus
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