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Manga Rencontre avec VanRah (Stray Dog)


Mercredi, 07 October 2015 à 19h00

Figure phare du fanzinat pour avoir développé tout un univers de Steam Fantasy par le biais de plusieurs œuvres, VanRah a fait ses débuts en tant que professionnel à l’occasion de Japan Expo avec  la tant attendue réédition de son œuvre phare, Stray Dog, sous la bannière de Glénat. A l’occasion de la sortie du premier volume, nous avons eu la chance de nous entretenir avec cette auteure de talent aux multiples influences. VanRah a donc joué le jeu de l’interview pour revenir sur son parcours, sur le monde du fanzinat, et bien entendu sur Stray Dog.
   
   
   
  
Comment t’es-tu lancée dans le dessin, et plus précisément dans le fanzinat ?
 
A la base, le dessin était une passion et un moyen d’exprimer aux gens ce que je ne pouvais pas leur dire de manière directe. Je ne suis pas quelqu’un de très belliqueux et j’enfermais beaucoup de choses, le dessin était un moyen d’expression beaucoup plus libre que l’oral.
 
J’ai donc commencé à dessiner étant toute petite. Par la suite, j’ai pensé à montrer mon univers et partager mes personnages, surtout mes personnages d’ailleurs vu qu’ils sont très importants pour moi. A cette époque, on n’appelait pas cette démarche « fanzinat », on venait simplement exposer ce qu’on faisait.
  
  
Depuis longtemps ?
Houla… (rires) Ca fait 15 ans environ que je fais du fanzinat en officiel. Véritablement, ça fait depuis bien plus longtemps sachant qu’à cette époque il n’y avait pas vraiment de conventions manga mais davantage de rassemblements de dessinateurs.
  
  
Quels sont les mangaka ou les artistes graphiques qui t’ont inspiré ?
 
J’ai été davantage influencée par les auteurs de comics que par des mangaka car j’ai une formation plus comics-américain à la base. Je retiens Jim Lee, Tony S. Daniel, Ivan Reis, également Inkist qui est l’encreur de Jim Lee, Marcus To et Francis Manapul. Voilà pour mon panel de gros chouchous.
 
Du côté des artistes japonais, je retiens Shirô Miwa, Masahi Kishimoto et Kairi Shimotsuki.
  
  
Tu es passée du « côté professionnel de la Force », quels ont été les plus grands changements, notamment dans ta manière de considérer ton travail ?
  
Pas de gros changement dans ma manière de voir mon travail puisque je ne vois jamais mes créations d’un point de vue professionnel. Je suis autodidacte donc n’importe qui qui sortirait d’une école serait plus fort que moi sur le dessin. Quant à ma manière de travailler, pas de grands changements non plus puisque je me suis toujours fixé l’objectif de faire de mon mieux pour les gens qui ont le temps et la gentillesse de me lire. Il y a finalement la même qualité dans une série « professionnelle » que dans un titre auto-publié. Ce n’est pas parce que la série ne sera pas vendue à grande échelle que je vais bâcler le dessin ou écrire un scénario bancal. J’ai beaucoup d’estime pour mes personnages, je considère que je dois faire de mon mieux quel que soit le type d’édition.
   
  
As-tu un regard sur ton parcours, sur la manière dont tu as évolué ?
 
Ça l’est beaucoup moins maintenant mais j’ai beaucoup évolué par défi. Je suis autodidacte mais ma profession initiale n’est pas le dessin, dans cette optique on n’est pas pris au sérieux. Ça a été beaucoup d’acharnement pour ne pas laisser tomber puisque beaucoup de personnes y sont allées de leur commentaire : « C’est pas un travail pour toi », « les lycans ça se vendra jamais »… Bref, je retiens surtout beaucoup de courage et peut-être de détermination.
  
  
Le fanzinat est peut-être un monde encore méconnu. Comment le présenterais-tu à un non initié ?
  
Je vais donner ma vision personnelle, aussi elle n’engage que moi. C’est d’abord une sphère de partage entre dessinateurs ou apprentis dessinateurs de manga, bd, comics… et des lecteurs qui voudraient découvrir des nouveautés qu’on ne voit pas ailleurs. Ce n’est pas du tout une critique mais dans la littérature, la BD ou les comics, il y a de nombreux sujets qui reviennent parce qu’ils plaisent, se vendent et on arrive bien à les expliquer. Dans le fanzinat, on a beaucoup moins de barrières et si on veut raconter l’histoire d’un cactus, alors on racontera l’histoire d’un cactus. On a une liberté immense de sujets, d’expressions et de supports.
 
D’autre part, pour moi, ça a été le moyen de faire un test de mes séries sur un panel large parce qu’on a un public de tout âge et de tous sexes, de toutes nationalités… Même si le cliché est moins présent maintenant, on n’a plus l’idée du manga destiné à des adolescents ou des adultes jeunes. La personne veut découvrir un sujet différemment, alors elle se dirige vers le fanzinat, quelque soit le support.
    
   
Tu penses que le fanzinat est un biais mois formaté ?
   
Disons qu’on peut faire le choix de se formater. Certains auteurs de fanzines le font parce qu’ils veulent entrer dans des cases. Pour des auteurs qui, comme moi, ne veulent pas entrer dans un moule, le fanzinat est vraiment salvateur.
On peut penser au formatage dans le sens où, dans le manga, il y a une certaine répétition dans les œuvres et leurs thèmes, par exemple l’utilisation massive du vampire ou les multiples shônen de baston pure.
  
On trouve finalement très peu de séries manga dessinées par des français. C’est aussi un avis personnels mais ce sont des séries crées par des artistes japonais qui ont des codes de base et le devoir de cibler certains publics. Ce ne sont pas forcément des stéréotypes, mais il y a des codes qu’on devra retrouver. Tu fais un film de super-héros ? Alors il est normal de dessiner des scènes d’action. Les éditeurs ont aussi cette barrière. C’est pour ça qu’on retrouve tous ces codes, les artistes sont parfois obligés de les respecter.
    
   
  
     
Tu es récemment arrivée en demi-finales du Tremplin Ki-oon avec ton œuvre Red. Peux-tu nous parler de la conception de ce projet sachant qu’à ce moment, Stray Dog était déjà en cours chez Glénat ?
 
Au départ, Stray Dog était édité par un autre éditeur dont je tairais le nom, j’avais donc retiré les droits d’exploitation de la série pour divers et énormes problèmes. A l’origine, la série était produite aux Etats-Unis mais je voulais essayer de la conserver sur le sol français. Le public américain est adorable, mais c’est très dur pour moi de le rencontrer. L’idée était d’abord un relationnel avec le public.
 
J’avais donc déposé mes dossiers chez les éditeurs qui ont une voie plus visuelle. Red est le personnage d’une série que j’avais déjà créé, je faisais surtout ce tremplin pour que Ki-oon regarde plutôt le projet Stray Dog, c’était vraiment intéressé. (rires) Entre temps, mon projet a été retenu, notamment par Glénat. Mes démarches ont donc fait double emploi. Au moment des résultats du tremplin, je travaillais déjà sous contrat chez Glénat pour Stray Dog, depuis six ou sept mois.
  
  
Comment s’est déroulée ta rencontre avec Glénat ?
  
Totalement par hasard. (rires) J’étais illustratrice au Geekopolis, un salon super sympa, j’ai eu la chance de me voir confier les illustrations de l’événement. J’ai rencontré là-bas Guillaume Dorison avec qui je vais travailler sur un autre projet toujours chez Glénat, il cherchait justement un dessinateur pour son projet sachant qu’il avait une idée très précise du dessin qu’il voulait. Il a repéré mon style qui est dans de la Steam-fantasy sachant que je suis la seule à en faire en France. Il avait déjà un scénario et comptait le proposer à Glénat qu’il jugeait comme l’éditeur le plus en mesure de le publier. Les locaux de Glénat étaient juste à côté et Guillaume me les a fait rencontrer pour son projet, j’en ai profité pour glisser le mien tout en prévenant que le lycan n’était pas un sujet beaucoup traité en France, j’ai néanmoins insisté sur le public et le succès. J’ai eu de la chance que mon projet intéresse et que mon dessin plaise car sachant que je n’entre pas forcément dans des cases, le combat n’était pas gagné d’avance.
  
  
Quel est ton ressenti à l’idée que les tomes de Stray Dog trôneront aux côtés des autres manga en librairie ?
  
Enorme ! (rires) C’est une question qu’on m’a beaucoup posé, aussi je répondrai la même chose à tout le monde. Oui, je suis sur un petit nuage, mais pas pour moi. Stray Dog, c’est mon bébé, j’ai fait ce qu’il fallait pour qu’il prenne son envol. Je suis contente pour la série, pour ses personnages, mais ça ne change pas pour moi. Ce n’est pas parce qu’on trouvera Stray Dog à côté de Tite Kubo que je me mettrai à ignorer mon public, je ne change pas. Mais j’ai la grande joie de voir Tôru à côté d’Ichigo Kurosaki, avec une édition de belle qualité.
  
  
Parlons maintenant de Stray Dog. Qu’est ce qui t’a lancé vers un récit centré sur des bêtes mythologiques ?
 
A la base, je suis une férue d’histoire avec un grand H, plus particulièrement des mythes et légendes, ce qu’ils véhiculent et symbolisent. J’adore aussi les loups, ce sont des animaux qui me tiennent particulièrement à cœur. Il existe donc l’histoire de la Bête du Gévaudan, une énigme judiciaire qui s’est réellement produite avec des rapports qui existent. Ça s’est passé pas si loin de chez moi, dans le sud de la France, certaines régions portent d’ailleurs encore les stigmates de la Bête.
Le scénario existait déjà, il n’y avait plus qu’à. J’ai bien-sûr greffé mes personnages, apporté ma vision personnelle. Mais c’est comme pour Jack l’Eventreur, il y a tout à la base pour faire un roman, un bon film ou un bon manga.
  
  
Tes personnages représentent l’humain sous sa facette la plus sombre, c’est particulièrement le cas de Tôru qui est un être très torturé ou de Lawrence Morrians qui agit comme le « méchant » du premier tome. A partir de ces personnages, dresses-tu un portrait de l’humanité ?
 
Oui et non. Si on enlève le côté fantastique de Stray Dog, ce sont parfois des scènes que j’ai vécu, les personnages sont ceux auxquels j’ai été confronté moi-même et j’explique donc mon ressenti, voir le ressenti des personnes qui m’ont relaté certains événements.
 
D’un autre côté, je développe certains thèmes dans Stray Dog et j’apporte différentes visions. Par exemple, le thème du deuil est très présent. Certains vont s’en affranchir avec plus ou moins de dégâts, certains resteront bloqués avec beaucoup de colère et devenir haineux, d’autres vivront la dépression… Je questionne alors mes lecteurs sur la manière dont ils réagiraient. S’identifieraient-ils à tel ou tel individu ? J’essaie de rendre mes personnages le plus humain possible pour que les lecteurs puissent s’y référer, qu’ils puissent aussi se transposer dans les différentes situations. Tu m’as cité le personnage de Lawrence, il est en effet « méchant » parce qu’il s’oppose au héros mais quand on le découvre, on apprend qu’il s’en prend à Tôru parce que ce dernier a décimé sa famille. Tôru est aussi un danger permanent pour l’humanité, le fait que Lawrence le garde enfermé en cage peut alors se défendre. A l’opposé, Senri cherche à le libérer car il y existe un moyen de le contrôler, donc une possibilité pour Tôru d’avoir une rédemption. Ce sont deux manières de réagir par rapport à un événement commun.
  
  
Stray Dog a des inspirations très diverses puisqu’on y trouve un monde fantastique, des monstres, mais aussi beaucoup de relations humaines. Comment caractériserais-tu ton œuvre ?
 
Hybride, un style hybride. (rires) J’ai mis dans Stray Dog tout ce que j’aimais et qui me tenais à cœur, j’ai aussi pris à chaque fois ce qui me plaisait dans différents styles. On parlait du comics tout à l’heure, j’en ai puisé la mise en page et la manière qu’ont les auteurs de comics de raconter une histoire avec des plans de vue qui permettent de se situer à chaque instant dans le récit, que ce soit d’une manière chronologique ou topologique. Au niveau du manga, j’ai emprunté le dynamisme des actions et le dynamisme de lecture, ce ne sont pas simplement des plans fixes qui s'enchaînent.
  
J’ai pris des éléments qui me plaisaient, puis je les ai mis ensemble. Il y a des choses que je n’aime pas dans certains manga, je ne m’en suis donc pas inspirée. J’ai fait un travail que j’aurais aimé lire, car il n’y a rien que je n’aime pas dedans.
   
  
Sans spoil, qu’est-ce que tes lecteurs peuvent attendre du tome 2 ?
  
Le tome 1 est une sorte de préquelle. Dans un manga ou un comics, j’ai horreur du fameux tome flashback. J’ai pris le parti de commencer en expliquant les bases du récit pour montrer que si la situation est actuellement ainsi, c’est pour ces raisons, vous le savez.
 
Le tome 1 était plutôt explicatif bien qu’il y ait des scènes d’action, le tome 2 parle plutôt du relationnel entre Tôru et Tsubaki. Il y aura aussi beaucoup de séquences d’action puisqu’on découvrira le côté sombre de Tôru, cela va beaucoup le dévoiler afin qu’on sache ce qu’est la Bête du Gévaudan.
  
  
    
    
Quels conseils as-tu à donner à ceux qui souhaitent se lancer dans le manga, le fanzinat ou tout simplement le dessin ?
 
Faire ce qui leur plaît, vraiment. C’est quelque chose de très important pour moi, il ne faut jamais se formater. Je sais que ce mot est très dur, mais c’est l’idée que j’en ai, il ne faut pas s’ancrer dans tel ou tel thème ou telle ou telle manière de dessiner car ce sera toujours dans une optique de vendre quelque chose. Non, il faut surtout faire ce qu’on veut. Ça peut paraître utopique mais je pense que si on fait ce qui nous plaît de la manière que l’on souhaite, on le ressentira et le lecteur prendra plus de plaisir à lire quelque chose de moins parfait qu’un titre « manga » au scénario plat qui ne dégage pas d’émotion ni action. Il préfèrera peut-être quelque chose de peut-être moins abouti mais où on ressent l’implication de l’auteur. Je prends un plaisir énorme à chaque fois que je dessine Stray Dog et ce quelque soit la page. C’est une bouffée d’oxygène quand je rentre chez moi le soir car je sais que je vais retrouver les personnages qui me plaisent.
 
Il faut aussi toujours garder l’état d’esprit qui est de ne jamais se décourager. Comme on l’a dit tout à l’heure, j’ai entendu pendant des années que mes projets ne marcheraient pas. On est un auteur, on a un style qui nous est propre,  on ne doit pas se formater pour entrer dans une case. C’est notre style à nous, c’est comme ça qu’on existe et c’est comme ça qu’on le dessine. Essayer de rentrer dans le même moule que tout le monde, c’est perdre son âme en tant qu’artiste. Si vous avez une passion, poursuivez la et poussez la jusqu’au bout, sans abandonner, peu importe ce qu’on vous dit.
  
  
Finissons sur une question très généraliste : quels sont tes manga favoris ?
   
Pour le manga, ça va correspondre à mes auteurs préférés. Je pense d’abord à Dogs de Miwa Shirô qui est juste excellent, j’adore aussi Naruto qui est certes très basique mais qui m’a donné envie de dessiner du manga. J’ai aussi découvert Tokyo Ghoul dernièrement, pas parce c’est estampillé Glénat mais parce qu’on me l’a beaucoup conseillé. Pour le reste, je lis beaucoup de comics, je recommande d’ailleurs vivement le remake de Batman et Robin par Jim Lee, même si vous n’aimez pas Batman. Le style est impeccable et Batman est montré sous un jour très différent, je ne sais pas si on peut ne pas aimer. (rires)
  
   




Comments

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oui elle est trop bien cette serie moi je lai trouvé en magazin si tu le trouve pas cherche sur internet

da silva

De da silva, le 18 January 2017 à 17h25

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Une sorte de remake de Batmna ? Je suis fan de batman ! Très très bonne interview de Van Rah qui est une auteure que j'adore. Vivement le tome 2 ! Je n'en peu plus d'attendre ... ^^

Ludi2002

De Ludi2002 [167], le 10 October 2015 à 10h55

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Merci pour cette interview, elle est super! =) Van Rah est une auteure géniale! x)

louji

De louji [587], le 08 October 2015 à 21h19

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Merci pour l'interview. Ses dessins sont super beau.

Minkunette

De Minkunette [5552], le 08 October 2015 à 09h37

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Merci ;) 

akiko

De akiko [5210], le 07 October 2015 à 21h48

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J'aime beaucoup le travail de cette artiste et adorerais pouvoir la rencontrer au moins une fois :) J'ai manqué ma chance cette année, donc peut-être une prochaine fois!? J'espère en tout cas que Stray Dog marche bien chez Glénat ;)

Liliengelnia

De Liliengelnia, le 07 October 2015 à 20h34

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Je voulais trop faire cette série qui a l'air géniale mais impossible de la trouver...

NatsuLaSalamandre

De NatsuLaSalamandre [153], le 07 October 2015 à 20h20

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