Tue-moi plûtot sous un cerisier - Actualité manga

Tue-moi plûtot sous un cerisier

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 14 Septembre 2017

Après le très bon La valeur de ma vie en février dernier, le deuxième “Oneshot Shôjo” des Éditions Akata nous permet de découvrir pour la première fois en France Hina Sakurada, une mangaka qui a déjà à son actif un bon nombre d'oeuvres depuis le début de sa carrière en 2004. Au fil de sa carrière, l'artiste a essentiellement donné dans la romance et le drame, le tout parfois relevé d'érotisme, et quasiment toujours pour le compte du magazine Cheese! de Shôgakukan, un mensuel dont il peut sortir autant d'oeuvres sympathiques que de choses beaucoup moins bonnes. Le titre a été publié au Japon sous le nom Korosareru nara, Isso Sakura no Ki no Shita de en 2011, et se compose de trois chapitres + un chapitre hors-série.


Tout commence très vite pour Yukino Yamashita, adolescente tout ce qu'il y a de plus classique, plutôt mignonne, gentille et un peu naïve. Comme tous les jours, elle part de bon matin pour le lycée, mais la veille au soir elle a reçu un étrange sms de sa meilleure amie Saho : "Fuis". Puis elle croise très vite sur sa route Tatewaki, le petit copain de Saho, qui ne semble pas comme d'habitude... Mais c'est bien en arrivant à son établissement scolaire qu'elle découvre le pire : Saho a été retrouvée morte, elle se serait visiblement suicidée en sautant du haut du toit. Et la jeune fille n'a pas le temps de se remettre du choc qu'elle doit en accuser un deuxième : la veille, sur twitter, Saho a laissé un message, "Yukino est cruelle". Les regards se tournent alors vers elle, elle est considérée comme responsable de la mort de sa meilleure amie, alors qu'elle-même n'y comprend rien. La voici alors mise à l'écart, injustement considérée comme une criminelle par certaines personnes, à commencer par Yukko Sasagawa, amie proche de Saho qui se met à la brimer. Dans ce contexte douloureux où la vérité reste à faire sur la mort de Saho, Yukino ne peut compter que sur le soutien de Tatewaki...


En France, les shôjo scolaires cherchant à faire dans du vrai drame aux accents de polar sont plutôt rares (on pourrait quand même citer le très bon The End of the World, par exemple), et on appréciera donc la volonté des éditions Akata d'amener encore un exemple de la variété du genre en France, d'autant que Tue-moi plutôt sous un cerisier, sur le papier, a vraiment quelque chose d'intrigant.


Cela se confirme dès les premières pages, qui lancent plusieurs interrogations prometteuses. Qu'est-il réellement arrivé à Saho ? S'est-elle vraiment suicidée ? Pourquoi a-t-elle laissé le sms "Fuis" à Yukino ? Pourquoi ce tweet "Yukino est cruelle" ? Pourquoi, avant même d'arriver au lycée, Tatewaki ne semblait pas dans son assiette ? Puis rapidement, la mangaka joue sur plusieurs thématiques de société moderne : le suicide bien sûr, mais aussi la perte de ce en quoi l'on tient, l'exclusion et les brimades en cadre scolaire, le sentiment de culpabilité, l'irresponsabilité parentale, les sentiments homosexuels, puis le fait qu'entre amour et haine il peut parfois n'y avoir qu'un pas... A tout cela, Sakurada ajoute une pointe de "fantastique" ou, en tout cas, une légende offrant son nom à l'oeuvre : le fait que le jour du festival des cerisiers, la première personne faisant un voeu sous le plus vieux cerisier le verra exaucé par l'esprit de celui-ci. Les idées ne manquent donc pas pour offrir au récit un réel intérêt... mais encore aurait-il fallu que la mangaka exploite convenablement tout ce qu'elle propose.


Car Tue-moi plutôt sous un cerisier souffre de gros problèmes, à commencer par sa brièveté. 


Pourtant, Hina Sakurada adopte un style qui a de quoi séduire : au-delà de son coup de crayon un peu pulpeux assez typique de certaines oeuvres du magazine Cheese! et de quelques pleines pages assez fortes en émotion, elle offre une narration qui se veut assez mature et qui ne s'étale pas, ce qui crée quelques scènes assez abruptes plutôt efficaces, à commencer par les toutes dernières pages des chapitres 2 et 3. Qui plus est, l'artiste a la bonne idée d'alterner les points de vue : tandis que les deux premiers chapitres s'intéressent plutôt au ressenti de Yukino, le troisième chapitre se centre sur un Tatewaki retors, et le chapitre hors-série revient sur une Sasagawa que l'on redécouvre sous un autre jour, loin de l'image qu'elle donne auparavant. Si bien qu'au final, on a des protagonistes qui ont tous leurs mauvais côtés, mais aussi leurs douleurs et faiblesses humaines.


Mais à force de vouloir surfer sur trop de choses à la fois, la mangaka n'en exploite réellement quasiment aucune. En premier lieu, le mystère entourant la mort de Saho se devine dans les grandes lignes dès le départ, et l'autrice sous-exploite certains des éléments les plus intrigants : la raison du message "Fuis" sonne un peu comme un pétard mouillé, et on ne revient jamais réellement sur le message laissé sur twitter. N'étant jamais vraiment approfondis, les différents sujets de société sonnent creux, certains étant même simplement balancés le temps de quelques pages sans qu'on revienne dessus, si bien qu'ils ne servent à rien. Ici on pense avant tout au problème parental de Tatewaki. C'est décevant, au vu du potentiel qui était affiché.


Notons qu'après les 165 pages constituant Tue-moi plutôt sous un cerisier, on découvre un chapitre supplémentaire n'ayant aucun lien : "Quelle galère de tomber amoureuse de mecs comme ça", pendant 16 pages, voit la mangaka faire tout simplement sa pub pour deux autres de ses séries. Des sortes de "bandes-annonces" qui ont quelque chose d'assez imbuvable au vu de leur contenu : d'un côté une adolescente qui ne peut pas s'empêcher d'arrêter de tromper son petit ami avec le grand frère de celui-ci, et de l'autre une jeune fille de 15 ans entretenant une liaison ambiguë avec un "semblant de petit ami" qu'elle laisse la tripoter. Entre filles soumises et cruches et mecs profiteurs, on semble entrevoir l'une des autres facettes de la carrière de la mangaka...


Tue-moi plutôt sous un cerisier regorge d'idées intéressantes, mais risque de laisser le lecteur sur sa faim en n'exploitant finalement quasiment rien et en offrant une intrigue qui reste lisse. Dommage.


Concernant l'édition, Akata, comme toujours, a soigné son bébé avec un papier bien souple et une bonne qualité d'impression, et une traduction limpide de Bruno Pham. La jaquette a elle aussi bénéficié d'un grand soin. Le logo-titre est franchement bien trouvé avec ce "T" servant de tronc de cerisier, et l'éditeur a eu la bonne idée d'offrir un ensemble où l'écriture n'empiète pas sur l'illustration, contrairement à la jaquette japonaise où le titre gâche une partie du dessin.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

8.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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