Vagabond de Tokyo (le) Vol.1 - Actualité manga

Vagabond de Tokyo (le) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 08 March 2017

Critique 2


Takashi Fukutani est un mangaka plus que méconnu en France. Et pourtant, il est à l’origine d’une saga qui dura de 1979 à 1993 (voire 1994 si on tient compter de la tentative de suite avortée à cause d’affaires de plagiat) : Résidence Dokudami. Les éditions du Lézard Noir ont choisi de proposer au lectorat français les mésaventures de Yoshio Hori, un loser pas comme les autres qui vivra de nombreux déboires au sein de Tokyô. Cependant, le mode de publication choisi par l’éditeur est des plus particuliers, car au lieu de publier l’œuvre dans sa forme la plus classique, à savoir le format tankôbon, Le Lézard Noir a entrepris l’édition de l’œuvre de Fukutani en différents recueils regroupant quelques histoires emblématiques du Vagabond de Tokyo.

Yoshio Hori est presque un vagabond dans la ville de Tokyo. Il vit au jour le jour, essentiellement par le biais de petits boulots rémunérés à la journée, n’a pas de copine et réside dans la résidence Dokudami, lieu un peu délabré qui ne paie pas de mine, mais qui convient à ce tire-au-flanc. Et les mésaventures de Yoshio seront nombreuses, car vivre de la sorte n’est pas de tout repos. Entre différents jobs, la quête d’une fille avec qui passer une nuit torride et des rencontres parfois toutes plus étranges les unes que les autres, le quotidien de Yoshio est plutôt particulier.

A travers ce premier recueil, le lecteur se familiarise avec le fameux Yoshio, ce vagabond qui réfléchit plus avec son membre inférieur qu’avec son cerveau. La série de Takashi Fukutani est d’abord une œuvre humoristique sans tabou, et le mangaka n’hésite pas à partir dans tous les extrêmes pour s’acharner sur ce pauvre héros qui ne vit pas toujours un quotidien des plus reposant. Ce premier volet mise donc sur un humour qui ne prend jamais de détour, il est parfois grivois et vulgaire et ferait passer un Eikichi Onizuka pour le plus saint des individus. De même, Fukutani se sert de nombreux archétypes qui façonnent la société japonaise marginale pour pousser volontairement son intrigue dans différents excès, cela permet à l’auteur de renouveler son scénario et ses gags, en faire voir de toutes les couleurs à Yoshio et ainsi faire rire et distraire le lecteur des pages durant.

Alors oui, Le Vagabond de Tokyo est, d’un côté, une lecture très drôle pour peu qu’on adhère à l’humour de l’auteur à base de caca et de sexe. On lui attribuerait même un certain côté Toriyama, poussé à l’extrême certes, tout en sachant que Takashi Fukutani a fait ses débuts bien avant le maître du nekketsu. Mais la série, ce premier recueil du moins, ne se limite pas au gag manga, il tire alors sa force de la manière qu’a le mangaka de dépeindre le Tokyo d’époque, sa situation économique parfois délicate et ses codes stricts qui fait que la capitale détourne les yeux ou rit des individus un peu plus marginaux. L’auteur lui-même est un artiste un peu excentrique, un dessinateur qui a d’ailleurs connu un tragique destin suite à ses dépendances, on sent alors qu’il y a tout un pan de la société japonaise, méconnue et moquée, qui lui tient à cœur et qu’il cherche à dépeindre à différents moments, dans sa série. Ce premier tome ne s’intéresse donc pas qu’au branleur Yoshio, loin de là, l’énergumène qu’il constitue est même mis régulièrement en retrait quand il s’agit d’appuyer d’autres personnages secondaires. Du pervers qu’est Anh Ormal au travesti Franck Kamahora en passant par l’excentrique et bornée Yoneka, chaque rencontre que fait Yoshio est un portrait sociétal que l’auteur décortique. C’est parfois fait avec beaucoup d’humour afin d’en faire voir de toutes les couleurs aux héros, mais d’autres chapitres se dotent même d’une facette assez intimiste et dépaysante. A ce titre, le long chapitre autour de Franck sonne davantage comme une fable sociétale plus qu’un pur manga comique, et c’est dans cette multitude de facettes que le Vagabond de Tokyo séduit, nous pousse à en redemander, croque un pan méconnu de la société nippone et ne peut donc être considéré comme un simple titre voué à faire rire.

La construction des histoires par Takashi Fukutani démontre aussi un certain talent du mangaka dans la prise de risque. Ses schémas d’histoires sont ainsi très variés, elles peuvent être courtes et classiques en tant que récits comiques, mais peuvent s’étendre sur bien plus de pages quand il y a besoin de décortiquer l’intrigue. On notera aussi le goût qu’a l’auteur de créer des mises en abîme dans son récit. Fukutani fait ainsi régulièrement le lien entre son héros et lui-même, les similitudes sont en effet grandes et afin de justifier le caractère de son héros ou encore son passé en tant qu’individu, le mangaka s’intègre souvent dans le titre. Le dernier chapitre du recueil agit presque comme un hors-série à la saga, il célèbre le 500ème chapitre de la publication originelle afin de mettre en lumière le passé de l’auteur, un atout narratif indéniable qui permet de comprendre son rapport avec sa propre œuvre.

Graphiquement, l’auteur propose une œuvre soucieuse de l’environnement dans lequel les personnages évoluent. Si le dynamisme de ces derniers et de leurs expressions donnent l’impression d’un récit toujours vivant, on apprécie le talent de Fukutani pour dépeindre le Tokyo sous différentes facettes. Alors, les cases ne sont jamais vides et l’auteur a en permanence un lieu à dépeindre visuellement, que ce soit l’épave résidence Dokudami où les coins urbains et floraux de Tokyo qui assurent le dépaysement sur bien des planches.

Côté édition, le Lézard Noir nous livre un premier recueil de presque 400 à la bonne prise en main. Le papier est épais et agréable et le pavé, sans jaquette, rigide et a belle allure. Le choix éditorial de l’éditeur de publier différentes histoires ne choque pas vraiment : la série ne suivant pas un fil rouge, pas de soucis à exposer les récits sous un autre ordre, d’autant plus que le choix des scénarios fait sens par rapport au message de l’œuvre.

Sur ce premier tome (de l’édition française au découpage original), Le Vagabond de Tokyo séduit. Entre gag manga aux sketchs volontairement potaches à la fable sociétale, la série de Takashi Fukutani a plus d’un atout dans sa manche, son contenu est suffisamment dense pour ne pas se cantonner au simple titre humoristique et propose un véritable dépaysement. Alors, c’est les yeux fermés qu’on suivra Yoshio dans ses mésaventures, en espérant que le Lézard Noir propose encore bien d’autres recueils.


Critique 1


Ce choix d’éditer « le vagabond de Tokyo – la résidence dokudami » me semble étrange sur plusieurs points. D’abord, un seul tome « best of » est proposé par le lézard noir alors même qu’au Japon c’est une longue chronique de la vie d’un marginal alcoolique, fainéant et obsédé (presque tout le portrait de son créateur, Takashi Fukutani). Il est donc difficile de juger de la qualité globale de cette série de plus de six cents épisodes sur la seule publication des six ou sept qui nous sont montrés. Une volonté de rester sur des séries courtes (1 ou 2 tomes) de la part de l’éditeur ou une timide exploration du marché pour percer avec une série continue et longue ?
En tout cas, je n’en redemande pas. Quand le lézard noir publie un manga, il y a souvent une volonté esthétique (ou artistiquement élevée) et l’envie de faire ressortir une personnalité peu commune de la production japonaise.
Ce n’est pas du tout le cas ici. Le graphisme oscille entre les portraits les plus réalistes d’un dr slump de Toriyama et les emprunts très appuyés au style érotique d’un Sesaku Kanoh. Les personnages sont laids et salement caricaturaux. L’histoire en elle-même retranscrite de façon sordide la vie d’un abruti flemmard et libidineux dans les milieux les plus pauvres et répugnants de Tokyo. C’est un ensemble de portraits au vitriol de ce qui se fait de plus marginal dans la société. Cela passe par les idiots congénitaux venus de province, aux fétichistes les plus crades en passant par les travelos les plus moches.
Il n’y a vraiment pas grand-chose à sauver dans ce manga à l’humour vulgaire, aux illustrations de moments intimes parmi les plus déviants. La lecture d’un ou deux épisodes suffit à donner la nausée. Je n’ai même pas pu finir de lire ce truc de peur d’avoir envie de m’arracher les yeux après.
La biographie exhaustive de Takashi Fukutani (toujours un travail éditorial impeccable) souligne de manière évidente la médiocrité de sa vie et de son œuvre. Des déménagements fréquents et plusieurs femmes qui le quittent probablement dégoûtées par son alcoolisme aggravé. Il est sujet au delirium tremens sur les dernières années de sa vie. Jamais capable de tenir ses dates de publications, accusé de plagiat graphique, insultant les parias dont il dresse le portrait…
Il est à espérer que les efforts louables de cet éditeur ne se perdront plus sur les gribouillis médiocres d’un triste sire qui ne mérite pas un tel honneur posthume.


Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
neun11septembre

7 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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