Switch me on Vol.1 - Actualité manga

Switch me on Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 02 October 2020

Cela fait désormais un long moment que les éditions Akata cherchent à bien développer leur offre numérique à travers des titres proposés d'abord uniquement en dématérialisé chapitre par chapitre, parfois en simultrad, avant d'être voués à sortir plus tard en version papier. Ainsi, Switch me On en a été un bon exemple: à l'instar de Back to You, cette série a d'abord été lancée en version numérique chapitre par chapitre il y a quasiment un an jour pour jour, et arrive désormais en version papier en ce tout début de mois d'octobre !

En cours de parution depuis 2018 au Japon sous le nom Honnou Switch, cette romance adulte est l'oeuvre d'une autrice pas tout à fait inconnue en France: KUJIRA, qu'Akata nous avait fait découvrir l'année dernière avec le très joli diptyque Entre Deux. Très active depuis le milieu des années 1990 et ayant une carrière riche de nombreuses oeuvres, la mangaka devrait offrir ici toute son expérience et sa maturité à sa nouvelle histoire d'amour. Notons aussi que Switch me On, à l'instar de Back to You, est issu du Comic Tint de Kôdansha, un magazine japonais exclusivement numérique, proposant des shôjo/josei plus mûrs avec des personnages adultes et réalistes, et lancé par la direction éditoriale des magazines Kiss et Be Love en avril 2018. A noter qu'à la base, les séries du Comic Tint ne sont pas destinées à sortir en version papier dans leur pays d'origine, mais du fait qu'il s'agit du manga le plus populaire du magazine, Switch me On est l'exception qui confirme la règle en devenant, depuis janvier dernier, la toute première série du magazine à avoir droit à une version papier. Si les éditions Akata avaient prévu dès le départ de sortir l'oeuvre en volume brochés en France, elles peuvent donc s'appuyer sur les tomes nippons pour leur édition française, ce qui n'était pas prévu au départ !

Switch me On nous plonge dans une histoire d'amour adulte qui entre très vite dans le vif du sujet, en présentant deux jeunes adultes en plein ébat sur la première page. Pourtant, à son réveil, Koyori Hoshi, 26 ans, n'arrive pas à croire qu'elle vient de coucher avec Hijiri Akiyama, son ami d'enfance, celui qui a toujours été à ses côtés et qu'elle connaît depuis qu'ils sont bébés. S'ils en sont arrivés là, c'est parce que la jeune femme, peu de temps avant, a été larguée par son petit ami Sôsuke d'une manière assez odieuse (il sortait avec une autre femme en même temps, et celle-ci est tombée enceinte) et qu'elle n'a pas forcément eu la réaction adéquate face à cette nouvelle. Noyant littéralement son chagrin dans l'alcool en ruminant le problème auprès de son ami de toujours, elle a fini par se laisser aller face aux paroles de Hijiri, celui-ci lui ayant même clairement dit qu'il l'aime pendant l'acte, c'est d'ailleurs l'une des seules choses dont Koyori se souvient clairement. Pourtant, Koyori, au réveil, n'en revient toujours pas de ce qu'elle a fait, affirme qu'elle préférerait oublier, tandis que Hijiri dit alors que ce n'était pas sérieux. Sur cette base, sauront-ils faire la part des choses ?

KUJIRA nous plonge ici dans les affres sentimentaux de deux jeunes adultes de 26 ans qui se connaissent depuis toujours, et qui se sont toujours considérés comme les plus chers amis du monde, sans rien de plus. Ou presque, comme on pourra vite et bien le cerner à travers certains souvenirs du collège et du lycée de Koyori. On a là deux héros qui se connaissent quasiment sur le bout des doigts: leurs parents étaient amis et voisins, de bébés jusqu'à jeunes adultes ils ont toujours été ensemble au point de même travailler désormais dans le même immeuble dans le domaine du jeu vidéo, ils n'ont eu de cesse de toujours tout se confier pendant 26 années d'une inébranlable amitié... enfin, se confier "presque" tout, mais l'heure est peut-être venue que ça change, si tant est qu'ils y parviennent.

KUJIRA dévoile ici des talents narratifs évidents, car au fil de ce court volume d'environ 150 pages, à travers des petites introspections et des souvenirs rapides, elle parvient à nous faire ressentir à quel point Koyori et Hijiri se connaissent depuis toujours, ont tout connu ensemble et ne s'imaginent pas l'un sans l'autre... en tant qu'amis. Et c'est alors avec les mêmes qualités narratives qu'elle parvient à les faire s'interroger sur leur lien, où dans le fond il y a peut-être plus que de l'amitié. Mais auront-ils le courage de passer à une autre étape, au risque de mettre en péril cette amitié qu'ils ont bâtie pendant tant d'années ? La réponse arrive vite, et là aussi ça fait du bien: la mangaka ne traîne pas inutilement, ses personnages sont adultes, ils ont de l'expérience et ils cherchent à prendre des décisions et à avancer, même si évidemment ils ont leurs petits moments de doutes et d'égarements qui les rendent on ne peut plus humains et crédibles. Surtout, de par le fait qu'ils se connaissent depuis toujours, Koyori et Hijiri ont l'un envers l'autre un profond respect mutuel, leur relation ne pourra alors qu'en ressortir plus grande, plus jolie et plus attachante... mais est-ce que ce sera suffisant pour qu'elle se consolide ?

En effet, il n'est pas forcément évident de passer d'une indéfectible amitié d'enfance à un amour qui ne fait pourtant aucun doute, car cela implique inévitablement beaucoup de petits changements dans le lien entre nos deux héros, des changements qu'eux seuls peuvent percevoir. Par exemple, il ne faudrait pas que les rendez-vous amoureux aient des allures de sorties entre amis ! Et puis, que ressentira Koyori en prenant la main de Hijiri, une main qu'elle a par le passé prise tant de fois en tant que "simple" amie ? Qu'éprouvera-t-elle en prenant bien conscience que son ami de toujours a lui aussi bien grandi et gagné en maturité, chose dont elle n'avait pas forcément conscience à force de le côtoyer ? La difficulté de trouver comment se comporter est alors forcément là quand on se connaît si bien, et encore plus quand ressurgissent certains visages externes comme dans le dernier chapitre, ou quand il faut tout doucement commencer à se questionner sur comment le dire à la famille. Mais nos deux héros ont pour eux le désir de ne pas trop se presser, de ne pas brûler les étapes afin de bien vivre cette transition amitié/couple, mais aussi de faire attention l'un à l'autre, de ne pas se brusquer et de communiquer en cas de tourments, soit autant de choses intelligentes et qui se retrouvent également bien traduites dans les quelques brèves et douces scènes érotiques, ces dernières ayant du sens.

Visuellement, KUJIRA dévoilait un très joli trait dans Entre Deux, et elle confirme ici, tout en sachant apporter la pointe de maturité supplémentaire autour de ses héros adultes. Là où pas mal de shôjo/josei matures "érotiques" (dont Back to You ou GAME) proposent un trait fin et assez anguleux, ici on a quelque chose proposant un peu plus de rondeur, jusque dans la silhouette de Koyori, et cela apporte un aspect assez doux et même tendre qui colle très bien à la narration assez introspective autour de notre héroïne ainsi qu'à sa relation amoureuse avançant avec bienveillance et souci de l'autre.

Par ailleurs, on se plaira à observer que Switch me On semble quelque peu faire écho à Entre Deux: là où Entre Deux interroge les rapports d'amitié et d'amour pendant la puberté de l'enfance à l'adolescence, ce premier opus de Switch Me propose un peu la même chose mais à l'âge adulte, comme une sorte de suite logique.

Au final, ce premier volume a beau être un poil court, il se lit avec beaucoup d'attention et de plaisir, KUJIRA soignant beaucoup les débuts de cette relation adulte en sachant y véhiculer beaucoup de jolies choses dans les liens entre ses deux protagonistes. Qui plus est, on a droit ici à une édition de qualité, avec le petit format et la qualité de papier et d'impressions typiques de l'éditeur. On appréciera particulièrement les petits bonus, les 4 premières pages offrant des illustrations en couleurs, la traduction très fluide d'Anaïs Koechlin qui sait très finement et sans détours retranscrire le ressenti des personnages, le travail de lettrage soigné de Tom "spAde" Bertrand, et la jaquette sobre, douce et efficace de Clémence Aresu.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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