Sôten no Ken Vol.1 - Actualité manga

Sôten no Ken Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Lundi, 18 October 2021

Jeune éditeur aux grandes ambitions, Mangetsu a choisi de faire de Tetsuo Hara l'une de ses icones, au même titre que Junji Itô. En attendant Ikusa no Kô, un inédit de l'artiste, ce sont des retours attendus qui nous sont proposés. Après Keiji il y a quelques mois, c'est au tour de Sôten no Ken, préquelle de Hokuto no Ken (aka Ken le Survivant) de revenir dans nos librairies, via une édition neuve. Une monture qui s'inspire de la réédition lancée en 2011 aux éditions Tokuma Shoten, compilant l'ensemble de l'œuvre sur 14 épais volumes, contre deux dans l'édition d'origine. Initialement, Sôten no Ken fut proposé chez Panini dès 2004 sous l'intitulé Ken : Fist of the Blue Sky, mais était indisponible depuis de trop nombreuses années, à la grande frustration des fans de Tetsuo Hara.

Sôten no Ken ne s'intéresse pas au Kenshirô que nous connaissons mais à son oncle, Kenshirô Kasumi, grand-frère de celui qui deviendra le maître Ryûken. Une quarantaine d'années avant la série initiale, c'est dans une Asie des années 30 que cette épopée nous est contée. La Chine est un pays divisé, de par la présence de concessions étrangères, dont un fort appui de la France. Trois années auparavant, Shanghai était le lieu d'un conflit mafieux meurtrier, opposant le modéré Syndicat de Jade à la violente Union du Pavot Sanglant. Kenshirô, alors surnommé Yanwang, le roi des enfers, mis fin à la guerre et protégea des camarades du Syndicat en anéantissant l'Union. Son arme ? Ses poings, puisqu'il est l'actuel héritier du Hokuto Shinken. Il s'installa ensuite au Japon, après avoir ramené la paix en Chine. Du moins, c'est ce qu'il croyait...
Car trois années plus tard, alors qu'il mène une paisible vie de professeur timide, une vieille connaissance rapport à Kenshirô le retour de l'Union du Pavot Sanglant, plus redoutable que jamais et qui a la main mise sur Shanghai. Yanwang, le roi des enfers, fait alors son retour pour honorer la mémoire de ses camarades, ses « pengyou ».

L'idée d'une préquelle à Hokuto no Ken peut étonner sur ce simple concept. L'aventure de Kenshirô avait-elle besoin d'approfondissements ? Environ 13 années après la fin de leur colossal manga d'arts-martiaux dans un univers post-apocalyptique, Buronson et Tetsuo Hara retrouvent leurs univers pour en dépeindre un chapitre antérieur bien différent de ce que l'idée de « préquel » pouvait laisser croire. Il y a bien un Kenshirô dans cette histoire, mais il n'est ici que l'oncle du héros de Hokuto no Ken, un précédent maître du puissant art martial dont Ryûken reprendra le nom pour baptiser son futur héritier. L'histoire se déroule plusieurs décennies avant celles que nous connaissons. De facto, elle renonce au monde ravagé par la guerre pour aborder une Chine des années 30 en proie aux conflits entre clans de la Pègre. L'idée est assez bonne puisque, à première vue, elle semble permettre une réutilisation des codes de l'œuvre dans un contexte nouveau. En terme d'identité, la démarche est aussi idéale puisque Sôten no Ken peut marcher sur sa propre route sans être un calque de la première série. C'est en tout cas ce que nous démontre ce premier volume efficace à plus d'un égard.

Dans cette histoire située avant Hokuto no Ken, Buronson choisit de contextualiser petit à petit son récit, sans nous jeter directement dans le grand bain. Sôten no Ken s'appuyant sur une période histoire précise, il fallait bien planter quelques bases, d'autant plus que la série s'enrichit d'un background politique pour dépeindre un pays largement corrompu et aux mains de la redoutable Union du Pavot Sanglant. Pour rendre toute cette atmosphère d'époque crédible, il ne fallait pas griller les étapes, et c'est peut-être pour cela que ce premier épais opus se permet une cadence douce. De l'entrée en scène de ce nouveau Kenshirô profitant d'une vie paisible jusqu'à son retour en Chine, en exposant ses actions passées et l'évolution des conflits mafieux, tout un programme est traité comme il se doit en terme de rythme, sans pour autant tomber dans l'introduction ronflante. Les premiers échanges de coups ne tardent pas à avoir lieu, et ce sont quelques premières rencontres musclées qui aboutiront à la renaissance du redouté Yanwang, sobriqué donné à l'héritier du Hokuto Shinken lorsqu'il prit part au conflit entre clans.
Pour adhérer à ce début de Sôten no Ken, il faudra donc accepter le parti-pris des auteurs, celui de renoncer à l'esthétique post-apo de la première œuvre pour une proposition différente. Pourtant, cette immersion dans la Chine (et le Japon en ce qui concerne la première partie de l'ouvrage) se révèle séduisante, notamment parce que la patte graphique de Tetsuo Hara est idéale pour dépeindre une atmosphère digne d'un roman noir. Et puisqu'on parle du caractère visuel du volume, le trait dense et maîtrisé du dessinateur n'a pas perdu de sa superbe. Imposant, majestueux et vecteur des diverses émotions, il demeure un argument phare de cet opus, tout comme ce fut le cas dans le premier volet.

On pourra alors rapprocher les deux séries dans leurs manières de présenter des univers pervertis, sombres et oppressants, mais aussi dans les intentions émotionnelles véhiculées. Aussi, la préquelle se place dans la droite lignée de l'histoire précédente dans sa volonté de narrer une histoire humaine centrée sur des personnages braves au centre d'intrigues dramatiques. Les larmes jaillissent facilement, même chez les plus gaillards des protagonistes, une humanité resplendissante qui trouve une place légitime dans Sôten no Ken. Tout en reprenant certains code de l'œuvre initiale, la préquelle sait trouver justement sa propre alchimie, une bonne direction qu'on espère voir se concrétiser dans les volumes suivants.

Pour satisfaire la découverte (ou la redécouverte, selon le lecteur) de Sôten no Ken, Mangetsu offre une édition de belle facture. L'épais opus de plus de 300 pages profite d'un papier fin mais qualitatif, garni de plusieurs pages couleur introductives, appuyé par un lettrage de la part de Tomiko Bénézet-Toulze. Côté couvertures, ce sont les jaquettes sobres et épurées de la réédition sous la bannière Tokuma Shoten, celles proposées depuis 2011 au Japon, qui sont proposées. On saluera alors le logo et la maquette de couverture, signés Tom « Spade » Bertrand qui collent parfaitement à ce parti-pris esthétique. Enfin, la traduction est assurée par Odilon Grevet qui livre un texte fort et en phase avec l'ambiance du récit. On soulignera le choix fait de traduire l'éternel « Omae wa Mô Shindeiru » par « Tu ne le sais pas encore, mais tu es déjà mort ». On s'éloigne du sens exact d'origine pour embrasser davantage la formule telle qu'on la connaissait lors des années Dorothée, un choix qui ne dénature pas l'œuvre pour autant.
En somme, ce premier tome est un beau bouquin mais qui jurera un peu aux côtés des éditions Kazé ou J'ai Lu, qu'elles soient simples ou Deluxe. Un sacrifice qu'on accepte s'il permet de profiter du titre dans de bonnes conditions.

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

15 20
Note de la rédaction






MN Actus
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