Shigurui Vol.2 - Actualité manga

Shigurui Vol.2

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 21 April 2021

La rivalité entre Seigen Irako et Gennosuke Fujiki semble toucher à sa fin. Le successeur de Kogan Iwamoto semble tout désigné, aussi le vieil homme de moins en moins sain d'esprit désigne Irako comme celui qui aura la main de sa fille, Mie. Le jeune bretteur voit son rêve se concrétiser, même si cela met un frein à sa relation avec Iku. Mais loin d'être l'apogée du passé des deux rivaux, ces événements vont mettre le feu aux poudre à plusieurs descentes aux enfers, aussi la succession du vieux Kogan ne se passera pas comme prévu...

Toile d'époque dénuée de scrupule et récit de bretteurs aussi violent que majestueux, le premier volume de Shigurui pouvait très difficilement laisser indifférent. Partant du tournoi qui coûtera la vie à Tadanaga Tokugawa, l'oeuvre basculait rapidement en narrant le passé de quatre personnages répartis en binômes, voués à se haïr férocement. Le premier opus nous laissait sur ce qui semblait être un dénouement de la rivalité entre Irako et Fujiki, mais le lecteur n'était certainement pas assez naïf pour y croire puisque les éléments du récit ne faisaient pas encore écho à ceux du tournoi présentant deux adversaires souffrant de handicaps.

Dès lors, une lecture enchainée des deux premiers tomes s'imposait, et cette suite nous confirme que l’œuvre de Takayuki Yamaguchi (adaptée des nouvelles de Norio Nanjo, rappelons-le) est propice à une expérience continue, tant il persiste une maîtrise du suspense, de l'intensité et du grandiose. Les événements de ce deuxième tome, s'ils permettent au récit de franchir une certaine étape, ne suffisent pas à nous rassasier, loin de là. Poursuivant sur le passé des deux personnages clés que sont les rivaux de l'école de Kogan Iwamoto, cette suite commence à sceller les destins, via des angles qui n'auront rien de bien optimiste, une atmosphère toujours saisissante malgré sa cruauté permanente.

Car l'art de Shigurui, outre son scénario haletant, c'est la maestria du mangaka dans sa représentation d'un drame martial d'époque, une véritable tragédie humaine où se heurtent les volontés, les sentiments et les coutumes. Dans les ambitions des deux combattants, rien n'est compatible avec la notion d'humanité, et ce sont Mie et Iku qui en feront les frais. En filigrane, c'est bien la condition d'époque de la Femme qui est pointée du doigt, ce en ne déviant jamais du contexte de l’œuvre ni de l'aura graphique oniriquement morbide.
Alors, la double impression du récit persiste. D'un côté, il y a l'horreur des sévices subis par les personnages, des moments où Takayuki Yamaguchi ne prend jamais de pincettes pour démontrer la violence, quitte à nous écœurer. Et paradoxalement, une sorte de grandiose persiste, et celui-ci est particulièrement palpable lors des instants où les sabres se frôlent, via des chorégraphies mises en scène tels de parfait storyboard détaillé. Pas besoin de mot pour faire jaïr les multiples émotions des personnages, qu'il s'agisse des doutes, la folie ou le désespoir. Artistiquement, Shigurui demeure brillant, le mangaka maîtrisant cette alchimie de la violence majestueuse.

Et bien qu'il soit brillant en tous points, ce second tome ne rassasie pas. C'est là aussi paradoxal : L’œuvre est sans scrupule, mais envoute par la même occasion. On ne demande pas simplement de sa violence, non, mais sa sordide poésie visuelle couplée à un drame humain qui prend toujours plus d'épaisseur. L'Homme, dans toute son horreur, continue d'être décortiqué minutieusement, visuellement comme dans le récit et dans les idées. Shigurui demeure alors toujours aussi passionnant.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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