Shigurui Vol.1 - Actualité manga

Shigurui Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 13 April 2021

Durant la dixième année de l'ère Kanei, Tadanaga Tokugawa, puissant seigneur, fut condamné au seppuku. Son tort ? Ses actes de cruauté difficilement quantifiables. Le seul dont une trace subsiste fut rle Tournoi du château de Sunpu, quelques années auparavant. La compétition réunissait des guerriers devant se battre avec de véritables sabres, et donc causer morts et massacres.

Lors du tournoi, le premier match opposa deux combattants qu'on imaginait difficilement sur le champ de bataille. D'un côté, Gennosuke Fujiki, membre de l'école Kogan qui a perdu son bras gauche. De l'autre, Seigen Irako, aujourd'hui aveugle. Deux sabreurs au handicap certain, dont l'opposition résonne comme un signe du destin. Car les dames qui les accompagnent le savent : Gennosuke et Seigen se connaissent et ont une revanche à prendre sur l'autre. Au-delà de leurs styles atypiques d'aujourd'hui, c'est l'histoire des deux hommes qui va secouer l'assemblée.

Artiste qui excelle dans les récit féodaux violents, Takayuki Yamaguchi a récemment été remis en lumière aux éditions Meian avec son récit personnel Les 7 ninjas d'Efu. Mais avant ça, un autre de ses mangas fut largement remarqué : Shigurui. Autrefois paru chez Panini, celui-ci manquait aujourd'hui sur le marché français. Fidèle à l'auteur, Meian a rectifié le tir en amorçant une réédition en grand format, compilant l'intrigue en une dizaine de volumes.

A l'origine, Shigurui adapte le roman Suruga-jô Gozen Jiai, écrit par le défunt Norio Nanjo et publié au Japon en 1964. Takayuki Yamaguchi publia sa version entre 2004 et 2010 dans le magazine Champion Red des éditions Akita Shoten, pour un total de 15 volumes en ce qui concerne la version reliée. Et si le titre a gardé une forte aura chez nous, outre sa première parution chez Panini stoppée après un volume triple en 2013, c'est pour son adaptation animée réalisée par le talentueux Hiroshi Hamasaki au sein du studio Madhouse, en 2007. Un anime édité chez nous chez Black Box et dont les coffrets ont été fabriqués par IDP, aussi l'arrivée du manga d'origine chez Meian peut ressembler à un juste retour des choses. La boucle est donc bouclée.

Les premières pages de Shigurui ne laissent aucun doute sur la direction que prendra le récit. Après un Tadanaga Tokugawa mis à mort, l'illustration qui s'étale sur une double page met en exergue les sabres ensanglantés et aussi impressionnants que les deux silhouettes musclées, dont les tripes ressortent des blessures. Revisitant le roman de Norio Nanjo (auteur qui aimait traiter la cruauté humaine sans tabou d'après ses propres mots dans ce tome), le récit de Takayuki Tamaguchi se montre déjà éprouvant, mais a pour faculté de fausser notre éventuelle appréhension par quelques simples pages. Les premières planches font place aux effusions de ça, mais l'ensemble de ce volume de la réédition est bien plus nuancé que cet aperçu.

Le second piège vient de l'amorce, présentant un tournoi de sabre entre deux guerriers atypiques, avant de s'écarter de cette compétition rapidement lancée. Les backgrounds de Gennosuke et Seigen, l'un aujourd'hui privé d'un bras et l'autre de la vue, constituent la véritable piste scénaristique de ce début d'histoire au minimum. Dès lors, le début de Shigurui peut nous porter vers sa dimension de drame historique, amenant une rivalité dans un cadre de Japon du XVIIe siècle aussi fascinante que cruelle. Opposant le fidèle élève de l'école Kogan à un arriviste avide de gloire, ces premiers chapitres mettent en parallèle deux talents qui appréhendent à leur manière la voie du sabre. Le scénario présentant leur relation conflictuelle malgré une fraternité contrainte qui s'implante, il nous questionne forcément sur l'issue de leurs chemins respectifs, et quels événements feront d'eux des estropiés voués à sceller leurs destins lors d'un tournoi futur. L'idée d'une telle rivalité semble classique, mais Shigurui la croque avec l'efficacité qui se doit grâce à son contexte historique, et sa manière viscérale de montrer les possibles violences d'époque sans tabou.

Rien que sur ce premier tome, le génie de Takayuki Yamaguchi est d'accentuer dans le ton la noirceur de l'époque, période où une mise à mise n'avait rien de rare et où les écoles d'arts du sabres pouvaient s'apparenter à des clans en opposition permanente. Rares sont les moments d'espoir, Shigurui insistant sur cette contrainte de survie constante et cette effusion de la violence humaine sous de multiples aspects. On comprend alors le propos de Norio Nanjo, celui de montrer une cruauté humaine implacable, tant cette simple description caractérise bien les personnages clés de ce premier tome. Une cruauté que le mangaka met en images avec autant d'habilité que de finesse, ce qui peut paraître paradoxale. Le sang fuse et il n'est pas rare de voir quelques têtes coupées et des tripes à l'air, certes. Mais derrière ceci, il y a tout une chorégraphie de la violence, ainsi qu'une manière de narrer les combats par des mises en scène faisant passer les affrontements pour de véritables danses sanguinaires. La violence en devient presque onirique, à la fois grotesque mais pourtant rationnelle. Il est alors difficile de décrire l'ambiance de Shigurui par des mots, tant ce simple premier tome fera passer le lecteur par certaines émotions, selon le profil. Reste qu'il y a très clairement un aspect contemplatif dans ce début d'intrigue, ceci couplé à un scénario historico-dramatique qui donne forcément l'envie d'en savoir plus sur le combat de Gennosuke et de Seigen qui s'étendra à travers les années.

Et outre le récit, il y a le travail fourni par l'éditeur. Meian a assurément voulu rendre hommage à Shigurui de belle manière avec un grand format et un papier de belle épaisseur, sans oublier la présence de pages couleurs qui rendent justice au trait de Takayuki Yamaguchi. La nouvelle édition de l’œuvre fait office de bel objet, assurément. Un travail qui a payé, en atteste la rupture de stock survenue rapidement sur la boutique de l'éditeur. Pas bien surprenant sachant que le pavé est proposé à prix très abordable étant donné son format, 9,95€ précisément.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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