Sherlock Vol.1 - Actualité manga

Sherlock Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 09 Febuary 2017

Sherlock Holmes, le détective d’Arthur Conan Doyle, est l’un des plus célèbres au monde et on ne compte plus le nombre d’adaptations le concernant. Le manga lui-même a déjà retranscrit quelques aventures du détective, par exemple l’œuvre de Haruka Komusubi aux éditions nobi nobi! chez nous, ou la monture de Morihiko Yoshikawa qu’Isan Manga se charge de publier. Du côté de l’animation, impossible de ne pas parler de la série des années 80, réalisée partiellement par Hayao Miyazaki lui-même.
En 2010 naît en Angleterre une adaptation étonnante : Sherlock. Série télévisée composée de peu (mais longs) épisodes dans chacune de ses saisons, elle a fait parler d’elle notamment pour avoir en partie dévoilé les acteurs Benedict Cumberbatch et Martin Freeman sur les écrans, avant que ces derniers signent des rôles bien plus importants, ce qui est sans doute l’un des facteurs de la progression très lente de la série qui ne connait que quatre saisons en 2017. Il se trouve que cette adaptation, qui revisite l’histoire de Sherlock Holmes dans un Londres moderne, semble avoir plu au public japonais, si bien qu’une adaptation manga est lancée en 2012 dans le Young Ace de l’éditeur Kadokawa Shoten. Au dessin, JAY, auteur mystérieux qui signe sa première œuvre bien qu’il ait, depuis participé au manga Nein – 9th Story. A l’heure actuelle, les trois épisodes qui composent la première saison ont été adaptés, et la déclinaison de la deuxième saison vient de débuter avec la prépublication du quatrième épisode de la série.

Médecin militaire de retour de la guerre en Afghanistan, le docteur John Watson garde des séquelles psychologiques de son expérience. En croisant le chemin d’un ancien camarade d’université, Watson rencontre celui qui deviendra son colocataire au 221b Baker Street : Sherlock Holmes, sociopathe intelligent à l’esprit de déduction formidable, toxicomane sur les bords, mais vouant un intérêt tout particulier aux enquêtes criminelles, au point de se mettre dans les pattes de la police à chaque affaire. De fil en aiguille, par son passé de médecin militaire, John Watson se trouve embarqué dans les enquêtes de son nouveau colocataire…

Avec Sherlock, l’auteur JAY nous livre une adaptation totalement conforme de la série télévisée éponyme, et ce premier tome en est la preuve. « Une étude en rose » retranscrit ainsi le premier épisode de la série, et le mot ne semble pas usurpé puisque le mangaka ne prend pas vraiment de risques aussi bien du côté de l’intrigue que sur la construction de ses cases et la mise en scène globale. Ainsi, le scénario proposé par cette monture manga est à 100% fidèle au script originale de la version télévisée, les fans prendront alors plaisir à redécouvrir chaque scène sous une forme différente, mais pas si déroutante que ça puisque JAY s’est souvent calqué sur la mise en scène de la série pour bâtir graphiquement son adaptation manga. Et c’est peut-être ce que les fans pourront reprocher à l’œuvre : le manque de prise de risque et de personnalité du rendu final. Car même dans la manière de dessiner les acteurs sous un trait graphique, JAY cherche à être le plus proche possible des personnages en chair et en os, cela aboutit même, parfois à quelques moments étranges comme des expressions de visage qui rendent un certain décalage, manquant alors de crédibilité. Toutefois, il convient de ne pas totalement blâmer le dessin qui réserve quelques surprises avec certaines planches vraiment élégantes, vives et détaillées, qui nous font oublier les quelques bémols visuels.

L’avantage de ce premier tome, outre le fait qu’il constitue une pièce supplémentaire pour les collections des fans de la série, est de permettre à un lectorat peu enclin aux séries télévisées de découvrir la série imaginée par Mark Gatiss et Steven Moffat, ce dernier proposant un scénario beaucoup plus solide et cohérent qu’il ne le fait pour Doctor Who. En effet, l’intrigue de Sherlock vaut le détour tant l’actualisation du mythe de Conan Doyle est une réussite. D’abord, l’intrigue s’adapte parfaitement au contexte, un Londres qui évolue dans les années 2000, un atout qui donne un certain relief à cette adaptation tant on peut se sentir plus proches des personnages, ne serait-ce de John Watson qui a connu un conflit que l’on voit nous aussi évoluer par le prisme des reportages et des médias. Les éléments bien connus de Sherlock Holmes sont présents dans la série, mais prennent une tout autre couleur, ainsi nous redécouvrons le binôme Sherlock/Watson qui montre vite son potentiel en termes d’intérêts humains. Les deux protagonistes se révèlent complexes et leurs interactions auront une importance quant à leurs développements, aussi l’énergie du duo fait toujours mouche et ne manque pas d’apporter une vraie substance à l’enquête proposée. D’ailleurs, rarement un Sherlock Holmes aura été aussi cynique, ce qui donne du caractère au personnage, mais aboutit aussi à quelques tirades drôles et savoureuses. Mais Sherlock ne parle pas que de ses deux héros, d’autres personnages se dévoilent et apparaitront régulièrement, et les prochaines intrigues sauront les décortiquer davantage…

La première affaire de la série, « Une étude en rose », n’est pas la plus complexe de la série, mais elle est essentielle pour la mise en place de l’œuvre. Elle se révèle suffisamment claire et riche en rebondissements pour captiver à chaque page, mais elle a surtout le mérite de dévoiler progressivement un scénario plus dense. A ce titre, le dernier chapitre du tome est assez captivant tant il ne faut qu’un seul mot au récit pour glacer le sang du lecteur et lui faire comprendre que Sherlock ne sera pas qu’une succession d’affaires sans lien. Ce mot, il n’y a pas vraiment besoin de connaître la série télévisée pour qu’il fasse son effet; avoir quelques connaissances de l’histoire de Conan Doyle est suffisant puisqu’il est question d’un antagoniste très connu dans la culture littéraire. Oui, ce mot, c’est Moriarty, et il n’en faut pas plus pour comprendre que les prochains volumes seront d’une tout autre ampleur, et que le second opus devrait se révéler encore plus fascinant.

Alors, le bilan de ce premier tome est très positif. D’un côté, les fans regretteront de voir une adaptation sans prise de risque, au style visuel parfois un peu étrange, mais cela n’empêche pas le scénario d’être toujours efficace et les personnages d’une grande densité en ce qui concerne les figures principales. A ce titre, ceux qui découvriront Sherlock par le biais de ce manga devraient sortir convaincus de leur lecture, mais il leur faudra attendre les tomes deux et trois pour se faire un avis plus solide sur l’œuvre.

Côté édition, le travail de Kurokawa est à saluer. L’éditeur a choisi un format plus grand, plus onéreux donc, mais de bonne facture grâce à un papier épais et une dorure argentée sur la couverture, le tout donnant lieu à un volume qui est du plus bel effet. Alors, les fans apprécieront d’ajouter à leur collection cette ravissante pièce. Notons aussi que la traduction de Fabien Nabhan est sans fausse note et s’adapte très bien au ton de l’œuvre.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

15 20
Note de la rédaction






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