Sengo Vol.3 - Actualité manga

Sengo Vol.3

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 07 August 2020

Victime de ses traumatismes du passé, sujet à une sorte de "narcolepsie" dès que ses fantômes reviennent le hanter, Toku, évanoui suite à une explosion tragique, a replongé dans certains de ses souvenirs de la guerre, où il fut obligé de tuer un homme pour la première fois afin d'endurcir les jeunes recrues. En plus de mieux montrer le fond de cet homme, cette sorte de flashback a également permis d'éclairer nombre de choses: la rencontre avec Kadomatsu et la façon dont celui a changé, l'impact japonais sur le sol chinois, la place des femmes de réconfort... A présent, Toku repense à ses compagnons morts, dont il se demande s'ils ne veulent pas qu'il les rejoignent, mais il finit par enfin se réveiller de ce songe dramatique. Seulement, qu'est-ce qui peut bien l'attendre dans ce Japon d'après-guerre dévasté ?

Toujours aussi unique en son genre, le récit de Sansuke Yamada décortique son époque avec une tonalité propre à l'auteur, dont on ressent en permanence la fascination pour ce qu'il décrit, ne serait-ce qu'à travers son style graphique très adéquat (et dont on pourrait croire qu'il date lui aussi de cette époque) ou sa narration méticuleuse. Tantôt crue et brutale, tantôt mélancolique, dramatique ou poétique (notamment quand surgissent quelques instants de chant), l'oeuvre sonde alors en profondeur le coeur ambigu de ses personnages, âme tentant de se relever et de se reconstruire en même temps que le pays. Mais se relever des affres de la guerre et des tourments qui y sont liés ne peut être chose aisée, et c'est là que frappe tout le talent d'un mangaka ni tout blanc ni tout noir: ses protagonistes, hommes comme femmes, adultes comme enfants, japonais comme étrangers, ont tous leurs faces positives ou plus sombres, leurs instants d'espoir et leurs tourments les rattrapant, des tourments forcément conditionnés par ce qu'ils ont vécu durant cette guerre et ce qu'ils continuent de vivre dans ce Japon effondré. Simplement, chacun de ces visages apparaît humain, Yamada ne les juge pas et se contente, avec attachement, de les croquer dans leurs nuances, en nous laissant le soin de les comprendre. Au gré de ce volume, il sera question d'un paquet de choses: les activités auxquelles certains couples sont réduits pour obtenir de quoi subsister, la position des enfants errants qui ne savent pas toujours s'ils ont encore ou non de la famille en vie, le dégoût envers des coréens profitant de la situation pour pratiquer la négoce au noir, le dégoût que ces mêmes coréens peuvent avoir pour les japonais qui leur ont fait subir le pire parfois, les fantômes pouvant hanter les kamikazes déchus, l'idée que nombre de personnes sont peut-être mortes pour rien sans savoir ce qu'il adviendra de celles et ceux qu'ils voulaient défendre... Et comme le laisse deviner le sous-titre du volume, c'est aussi la question des familles qui apparaît, entre les enfants errants ne sachant si leurs parents sont encore vivants, le côté maternel de Kiku avec eux, l'impression qu'a Kadomatsu de voir là une forme de famille, ce que ce dernier dit sur ses propres parents, l'énigme autour de la famille de Toku que le principal concerné n'évoque jamais... Et sur ce dernier point, les toutes dernières pages viennent donc intriguer comme il se doit.

Chronique quotidienne des difficultés de retrouver une vie normale à une époque particulièrement trouble mais également riche et assez captivante dans son genre, Sengo continue de briller pour ses nombreux aspects, que ce soit dans la peinture de cette période ou dans les portraits de personnages aux multiples nuances.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Note de la rédaction






MN Actus
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