Rendez-vous au crépuscule Vol.1 - Actualité manga

Rendez-vous au crépuscule Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 24 September 2020

En mars dernier, nous avions l'occasion de lire le light-novel Rendez-vous au Crépuscule, œuvre dramatique et humaine écrite par Tetsuya Sano, et illustrée par Loudraw. Mais les éditions Akata, qui établissent ponctuellement une dynamique cross-media comme nous l'avons vu avec Orange ou Ce qu'il n'est pas (roman qui répondait au manga Celle que je suis de Bingo Morihashi et Suwaru Koko), ne se sont pas contentées de l’œuvre d'origine, et proposent aujourd'hui l'adaptation manga du light-novel.

Logiquement nommé Rendez-vous au Crépuscule à l'instar du récit littéraire (ou Kimi wa Tsukiyo ni Hikari Kagayaku au Japon, son titre original), la déclinaison manga fut publiée entre 2018 et 2019 dans le magazine Da Vinci de l'éditeur Media Factory. Une œuvre courte, puisqu'elle ne totalise que deux volumes, donc. Autrement dit, ce premier opus publié chez nous en ce début d'automne 2020 a la tâche d'adapter la première moitié du récit de Tetsuya Sano. Et à la barre de cette version manga, nous retrouvons Daichi Matsuse, un spécialiste de l'adaptation de light-novel puisqu'il a dessiné les versions graphiques du premier et du troisième arc de Re:Zero. A noter d'ailleurs qu'il dessina Rendez-vous au Crépuscule en même temps que la troisième partie de l'adaptation du roman de Tappei Nagatsuki.

Au passage, soulignons l'existence d'un film live, lui aussi issu du roman. Réalisée par Sho Tsukikawa (cinéaste très actif qui a dirigé les versions en prise de vue réelle de Hibiki, Le garçon d'à côté et Black Prince & White Prince parmi d'autres), cette adaptation est sortie le 15 mars 2019 dans les salles de cinéma japonaises.

Dans l'oeuvre imaginée par Tetsuya Sano, il existe la maladie de la "Luminite". C'est un mal bien étrange, rare et incurable dont on sait peu de chose, si ce n'est que le corps des malades scintille quand la lune l'éclaire. Et malheureusement, cette pathologie frappe Mamizu Watarase, lycéenne qui est absente de l'école depuis le collège à cause de sa condition. Lycéen un peu introverti et dans la même classe que Mamizu en théorie, Takuya écope de la charge de lui amener les cours à l'hôpital, ainsi qu'une carte regroupant les messages d'encouragement de ses camarades. Il fait alors la connaissance de Mamizu, une rencontre qui va marquer son destin, lui faire vivre bien des péripéties, et le ramener aux propres drames qu'il a vécu.

Les histoires narrant une rencontre entre un individu et une personne (souvent une fille, d'ailleurs) condamnée à la mort par la maladie ne sont pas rares. Par exemple, les éditions Doki-Doki publièrent ce printemps le sympathique Second Summer, Never See You Again, adaptation par Motomi Minamoto du roman de Hirotaka Akagi. Alors, avec un pitch comme celui-ci de Rendez-vous au Crépuscule, on pouvait craindre une certaine redite, ou peut-être un pathos un peu trop tire-larmes. Qu'à cela ne tienne, l'histoire inventée par Tetsuya Sano se démarque par plusieurs éléments, dont ses multiples propos et sa forte humanité.

Car bien que le lecteur soit au courant d'entrée de jeu du sort qui attend Mamizu (certainement à l'issue de l’œuvre), ce n'est pas le larmoyant qui imprègne la plus grande partie du récit. Ce volume d'amorce repose en grande partie sur le lien sincère et euphorique qui va se nouer entre les deux protagonistes, une intention particulièrement efficace tant on croit à la solidité de la relation qui se développe entre les concernés. Et à ce titre, le style de Daichi Matsuse se prête vraiment bien à cette tonalité. Sa patte demeure expressive, et peut-être même a-t-elle gagné en finesse depuis les mangas Re:Zero de l'artiste. C'est du moins l'impression qu'on peut avoir, tant il sait rendre ses personnages vivants et leurs interactions fluides.

La liaison qu'entretiennent et font progresser Takuya et Mamizu nous touche donc littéralement, et n'a pas besoin de l'artifice du larmoyant pour cela. Le lecteur est au courant de l'issue terrible qui attend certainement l'histoire, mais préfère se concentrer sur les jolis moments, guillerets et même drôles par instants, dépeints tout le long du récit. Cela ne l'empêche pas d'être un peu plus solennel et émotionnellement fort par instants, notamment dans tout ce qui est développé autour de la relation central, mais rien ne semble jamais forcé. C'est essentiel pour qu'on s'imprègne de cette histoire, et l'exercice est particulièrement réussi.

Et si d'un côté nous suivons la relation entre les deux figures centrales, union qui va de pair avec l'évolution de l'état de santé de Mamizu, différents aspects sont abordés ponctuellement, toujours avec cohérence afin de parler plus en détail des protagonistes et la richesse de leurs émotions. Les origines des rapports familiaux de l'héroïne comme le dramatique passé de Takuya et le lien étrange qu'il entretient avec Kayama (un personnage qui prend d'ailleurs une couleur particulière au fil des chapitres et dont on en attend encore plus dans le second tome) sont des pistes de scénario particulièrement intéressantes puisqu'elles flirtent avec une certaine rationalité. Là aussi, il n'est jamais question pour le récit de trop en faire, ni de verser dans l'émotion exacerbée, mais plutôt de croquer des situations de vie et des parcours de personnages qui progressent pour s'en sortir.

Et en filigrane, on s'intéresse particulièrement à tout ce que l'écrivain d'origine a à nous dire avec toutes ces pistes, tous ces personnages, et les idées abordées dans l'ensemble. Ainsi, ce premier tome de Rendez-vous au Crépuscule aborde pas mal de sujets d'ordre sociétaux. La maladie, bien-sûr, puisqu'elle est le point central de l'histoire, mais pas que. Les difficultés d'un foyer dans une telle situation, le chagrin d'amour, l'espoir, le deuil ou encore la manière que l'individu a pour exister émotionnellement sont tant d'aspects abordés dans ce simple premier tome, qui propose alors un programme particulièrement riche. L'ensemble donne différents tons et plusieurs orientations au récit, aussi il y a de quoi en attendre beaucoup du second et dernier tome qui, tout en mettant un point final à l'histoire de Takuya et Mamizu, devra aussi développer certaines de ces pistes, et éventuellement leur donner des résolutions sensées à l'égard de l’œuvre.

Alors, cette première moitié du manga Rendez-vous au Crépuscule est une lecture marquante, dont la subtilité est de ne pas reposer sur un pathos vide de sens mais bel et bien de proposer une histoire vivante par des personnages authentiques, tout en abordant plusieurs sujets grâce à des pistes de scénario parallèles et toujours intéressantes. Et puisqu'il s'agit d'une adaptation manga, on peut légitimement se questionner sur de potentielles divergences avec le light-novel d'origine. La curiosité de lire l’œuvre de Tetsuya Sano, illustrée par Loundraw, sera dont présente à la fin de la lecture de ce premier opus, aussi parce qu'il y a de quoi avoir hâte de découvrir la fin de l'histoire... Une fin qu'on redoute par la même occasion.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Note de la rédaction






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