Rendez-vous au crépuscule Vol.1 - Actualité manga

Rendez-vous au crépuscule Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 26 November 2020

Chronique 2 :

Malgré la situation particulière depuis mars et la sortie du roman au pire moment possible (la semaine du confinement, sans pouvoir être reporté, ce qui fait qu'il a eu peu de visibilité même si l'éditeur poursuit ses efforts pour le mettre en avant), Rendez-vous au Crépuscule est un oeuvre qui aura été importante dans l'année éditoriale d'Akata: en plus de roman d'origine en mars dernier, l'éditeur a également entrepris de poursuivre l'aventure avec la sortie la semaine prochaine du roman spin-off Fragments de Crépuscule et, avant cela, avec l'arrivée en septembre dernier de l'adaptation manga.

A l'origine, Rendez-vous au Crépuscule est donc le tout premier roman de Tetsuya Sano qui l'a publié en 2017, avec des illustrations signées loundraw (l'illustrateur du roman je veux manger ton pancréas et dessinateur du manga Derrière le ciel gris). Ce roman fut un best seller dans son pays d'origine puisqu'il s'y est écoulé à plus de 600 000 exemplaires et a connu près d'une trentaine de réimpressions, si bien que deux ans plus tard, il a encore connu une très belle actualité avec une adaptation en film live, le roman spin-off Fragments de Crépuscule composé de nouvelles et ayant accompagné la sortie nippone du film, et, pour ce qui nus intéresse ici, une adaptation en manga par Daichi Matsuse, le dessinateur des arcs 1 et 3 des mangas Re:Zero. Loin d'être ancrée dans un marketing opportuniste, cette version manga découle d'un réel désir de Matsuse de retranscrire en images le roman, celui-ci l'ayant beaucoup touché à la première lecture, et Tetsuya Sano étant son ami depuis l'université. Bouclée en deux volumes, la version manga a été prépubliée au Japon aux éditions ASCII Media Works/Kadokawa.

Rendez-vous au Crépuscule nous plonge dans un monde en tous points identique à la nôtre, à une exception près: il y existe une bien mystérieuse maladie: la luminite. Personne ne connaît exactement son origine et il n'existe aucun moyen de la soigner, les recherches médicales dessus n'étant pas encore assez avancées. Ce qui fait que, quand elle se déclare (généralement à un âge compris entre la dizaine d'années et la vingtaine), ses porteurs ne peuvent qu'être hospitalisés en permanence, en attendant de s'affaiblir petit à petit jusqu'à une inévitable mort. Le signe particulier de cette maladie ? Le corps des porteurs émet une légère lumière fluorescente quand il est éclairé par la Lune, et cette lumière devient peu à peu plus intense au fur et à mesure que le corps s'affaiblit.

Lycéen plutôt lambda en apparence, Takuya Okada, en classe de seconde, ne s'est jamais intéressé plus que ça à la luminite. D'ailleurs, l'adolescent ne semble pas s'intéresser à grand chose: plutôt distant avec les autres, il n'a pas vraiment d'amis et parle peu avec autrui. Mais sa vie risque bien d'être bouleversée le jour où Akira Kayama, un camarade de classe avec qui il a un certain lien mais qu'il préfère éviter à cause de son comportement peu sérieux, lui demande d'aller rendre visite à sa place à une certaine Mamizu Watarase, une camarade de classe qu'il n'a jamais vue. La jeune fille est effectivement atteinte de la luminite, et ses jours sont comptés. Hospitalisée en permanence, l'adolescente ne peut quasiment pas sortir de sa chambre d'hôpital, et absolument jamais de l'hôpital lui-même. Quand Takuya fait sa rencontre pour la première fois, il ne sait pas encore que quelque chose le poussera à revenir la voir très régulièrement, et qu'un lien plus fort que tout, même plus fort que la mort, se créera entre eux deux...

L'idée d'une rencontre et d'un lien entre un héros solitaire et une héroïne qui n'a plus longtemps à vivre n'est pas nouvelle: des oeuvres comme Je veux manger ton pancréas (sorti chez Pika) ou le manga Second Summer, Never See You Again (paru chez Doki-Doki) sont déjà passées par-là. Cette première moitié de Rendez-vous au Crépuscule affiche même quelques similitudes fortes avec Je veux manger ton pancréas, dans la mesure où les deux oeuvres ont une héroïne bien décidée à vivre encore bien des choses avant de disparaître... la différence étant que dans le cas de Mamizu, ces choses seront vécues "par procuration", puisque Takuya ira vivre pour elle ce qu'elle aurait aimé faire, en ne manquant pas bien sûr de lui faire des comptes-rendus détaillés par la suite.

Cet aspect occupe une part majeure du volume: aller seul dans un parc d'attraction, acheter un nouveau portable plus perfectionné, aller bosser dans un maid café, faire du saut à l'élastique, adopter une tortue... ne sont que quelques-unes des choses que Takuya ira faire pour Mamizu, sans trop savoir pourquoi au départ, d'autant que la jeune fille se montrera parfois assez capricieuse. Mais bien sûr, ces demandes ont bien souvent un rôle à jouer dans l'intrigue. Certaines ont quelque chose de drôle et permettre à Mamizu de peut-être se détendre, tandis que d'autres poussent Takuya à faire des choses qu'il n'aurait peut-être jamais effectuées de lui-même (comme faire du saut à l'élastique ou élever un animal), voire lui permettent d'avancer vers des étapes brisant son côté solitaire, notamment quand il se fait embaucher au maid café et fait la connaissance d'une joviale collègue en Riko. L'achat du portable, lui,e st une étape de départ essentielle pour ensuite permettre aux deux adolescents de communiquer plus facilement. Et puis, au fil de la confiance qui s'installe entre eux deux, certaines demandes deviennent plus importantes sur le plan personnel, comme quand Mamizu demande à Takuya d'aller à la rencontre de son père pour lui demander pourquoi il s'est séparé de la mère de la jeune fille. Les demandes de l'adolescente ne manqueront alors pas d'avoir un impact sur plusieurs personnes de son entourage, ainsi que sur elle-même bien sûr. Sans compter que l'on voit bien Takuya s'ouvrir petit à petit, en finissant même par effectuer des choses par lui-même pour faire plaisir à Mamizu, comme le coup des chaussures.

Au fil de la lecture, on a largement l'occasion de voir tout ce que peut ressentir Mamizu sans forcément le dire: face à l'idée de sa mort qui approche alors qu'elle est encore si jeune, la jeune fille se montre volontiers joviale, essaie de paraître détachée parfois, mais certaines paroles ne mentent pas et font bien comprendre le rapport complexe qu'elle a déjà face à la mort, entre résignation, déprime, peur de ne plus exister, et volonté de vivre encore plein de choses. Et qui sait, peut-être est ça qui permettra à Takuya de lui-même avancer dans une vie qui fut marquée par un drame, celui de la perte de sa soeur Mamizu, qui a laissé sa mère traumatisée. Dans tous les cas, sur un schéma classique mais efficace, cette première moitié fait bien le job, jusqu'à ses pages finales assez logiques et assez joliment amenées.

Concernant plus spécifiquement le travail d'adaptation, celles et ceux ayant lu le roman ne remarqueront pas de grosses différences, celles-ci se limitant vraiment à des petits détails. Par exemple, dans le manga, Mlle Yoshie jette son coca à la figure de Takuya alors que dans le roman elle le verse sur sa tête, et dans le manga c'est Mamizu qui trouve le nom de la tortue alors que dans le roman c'est Takuya. Du fait de la brièveté du manga, Matsuse effectue peut-être parfois quelques coupes, notamment dans les différentes demandes effectuées par Takuya qui sont parfois beaucoup plus rapide, mais me manque le plus évident viendra du travail de Takuya au maid café, beaucoup moins prégnant que dans le roman. Mais il n'y a vraiment rien de nuisible, le mangaka restant toujours clair et faisant les bons choix, tout en ne trahissant jamais le propos du roman. Le plus fort restant à venir dans l'histoire, on a alors facilement hâte de voir quels choix d'adaptation Matsuse fera dans le 2e et dernier volume.

A part ça, le mangaka livre une copie vraiment plaisante sur le pur plan visuel, avec des designs fins, soignés et expressifs comme il le faut. On se plaira à remarquer les petites différences par rapports aux minimes descriptions faites dans le roman (par exemple, dans le roman Akira a les cheveux plus longs), tout comme on appréciera les quelques pages bonus où Matsuse présente un petit peu la démarche qu'il a souhaité avoir pour le design de chacun des personnages, tout en prenant soin de ne pas trop s'éloigner de ce qu'avait imaginé l'illustrateur d'origine. La narration, elle, reste très proche de celle du roman, avec une histoire vécue exclusivement à travers Takuya, ses pensées, ses discussions... les visuels apportant évidemment une certaine plus-value si l'on veut cerner plus facilement le ressenti des personnages (surtout de Mamizu) via leurs très réussies expressions faciales.

Il s'agit donc d'une première moitié convaincante, appliquée et impliquée de la part de Daichi Matsuse pour cette adaptation du très beau roman de Tetsuya Sano ! Et côté édition, on a une très bonne copie avec une jaquette proche de l'originale et reprenant le même logo-titre que le roman, un papier assez épais, une excellente impression... Notons que si la traduction du roman était signée Yacine Youhat, celle du manga est l'oeuvre d'Aline Kukor, pour un résultat tout aussi qualitatif, et très proche jusqu'au nom de la tortue.


Chronique 1 :

En mars dernier, nous avions l'occasion de lire le light-novel Rendez-vous au Crépuscule, œuvre dramatique et humaine écrite par Tetsuya Sano, et illustrée par Loudraw. Mais les éditions Akata, qui établissent ponctuellement une dynamique cross-media comme nous l'avons vu avec Orange ou Ce qu'il n'est pas (roman qui répondait au manga Celle que je suis de Bingo Morihashi et Suwaru Koko), ne se sont pas contentées de l’œuvre d'origine, et proposent aujourd'hui l'adaptation manga du light-novel.

Logiquement nommé Rendez-vous au Crépuscule à l'instar du récit littéraire (ou Kimi wa Tsukiyo ni Hikari Kagayaku au Japon, son titre original), la déclinaison manga fut publiée entre 2018 et 2019 dans le magazine Da Vinci de l'éditeur Media Factory. Une œuvre courte, puisqu'elle ne totalise que deux volumes, donc. Autrement dit, ce premier opus publié chez nous en ce début d'automne 2020 a la tâche d'adapter la première moitié du récit de Tetsuya Sano. Et à la barre de cette version manga, nous retrouvons Daichi Matsuse, un spécialiste de l'adaptation de light-novel puisqu'il a dessiné les versions graphiques du premier et du troisième arc de Re:Zero. A noter d'ailleurs qu'il dessina Rendez-vous au Crépuscule en même temps que la troisième partie de l'adaptation du roman de Tappei Nagatsuki.

Au passage, soulignons l'existence d'un film live, lui aussi issu du roman. Réalisée par Sho Tsukikawa (cinéaste très actif qui a dirigé les versions en prise de vue réelle de Hibiki, Le garçon d'à côté et Black Prince & White Prince parmi d'autres), cette adaptation est sortie le 15 mars 2019 dans les salles de cinéma japonaises.

Dans l'oeuvre imaginée par Tetsuya Sano, il existe la maladie de la "Luminite". C'est un mal bien étrange, rare et incurable dont on sait peu de chose, si ce n'est que le corps des malades scintille quand la lune l'éclaire. Et malheureusement, cette pathologie frappe Mamizu Watarase, lycéenne qui est absente de l'école depuis le collège à cause de sa condition. Lycéen un peu introverti et dans la même classe que Mamizu en théorie, Takuya écope de la charge de lui amener les cours à l'hôpital, ainsi qu'une carte regroupant les messages d'encouragement de ses camarades. Il fait alors la connaissance de Mamizu, une rencontre qui va marquer son destin, lui faire vivre bien des péripéties, et le ramener aux propres drames qu'il a vécu.

Les histoires narrant une rencontre entre un individu et une personne (souvent une fille, d'ailleurs) condamnée à la mort par la maladie ne sont pas rares. Par exemple, les éditions Doki-Doki publièrent ce printemps le sympathique Second Summer, Never See You Again, adaptation par Motomi Minamoto du roman de Hirotaka Akagi. Alors, avec un pitch comme celui-ci de Rendez-vous au Crépuscule, on pouvait craindre une certaine redite, ou peut-être un pathos un peu trop tire-larmes. Qu'à cela ne tienne, l'histoire inventée par Tetsuya Sano se démarque par plusieurs éléments, dont ses multiples propos et sa forte humanité.

Car bien que le lecteur soit au courant d'entrée de jeu du sort qui attend Mamizu (certainement à l'issue de l’œuvre), ce n'est pas le larmoyant qui imprègne la plus grande partie du récit. Ce volume d'amorce repose en grande partie sur le lien sincère et euphorique qui va se nouer entre les deux protagonistes, une intention particulièrement efficace tant on croit à la solidité de la relation qui se développe entre les concernés. Et à ce titre, le style de Daichi Matsuse se prête vraiment bien à cette tonalité. Sa patte demeure expressive, et peut-être même a-t-elle gagné en finesse depuis les mangas Re:Zero de l'artiste. C'est du moins l'impression qu'on peut avoir, tant il sait rendre ses personnages vivants et leurs interactions fluides.

La liaison qu'entretiennent et font progresser Takuya et Mamizu nous touche donc littéralement, et n'a pas besoin de l'artifice du larmoyant pour cela. Le lecteur est au courant de l'issue terrible qui attend certainement l'histoire, mais préfère se concentrer sur les jolis moments, guillerets et même drôles par instants, dépeints tout le long du récit. Cela ne l'empêche pas d'être un peu plus solennel et émotionnellement fort par instants, notamment dans tout ce qui est développé autour de la relation central, mais rien ne semble jamais forcé. C'est essentiel pour qu'on s'imprègne de cette histoire, et l'exercice est particulièrement réussi.

Et si d'un côté nous suivons la relation entre les deux figures centrales, union qui va de pair avec l'évolution de l'état de santé de Mamizu, différents aspects sont abordés ponctuellement, toujours avec cohérence afin de parler plus en détail des protagonistes et la richesse de leurs émotions. Les origines des rapports familiaux de l'héroïne comme le dramatique passé de Takuya et le lien étrange qu'il entretient avec Kayama (un personnage qui prend d'ailleurs une couleur particulière au fil des chapitres et dont on en attend encore plus dans le second tome) sont des pistes de scénario particulièrement intéressantes puisqu'elles flirtent avec une certaine rationalité. Là aussi, il n'est jamais question pour le récit de trop en faire, ni de verser dans l'émotion exacerbée, mais plutôt de croquer des situations de vie et des parcours de personnages qui progressent pour s'en sortir.

Et en filigrane, on s'intéresse particulièrement à tout ce que l'écrivain d'origine a à nous dire avec toutes ces pistes, tous ces personnages, et les idées abordées dans l'ensemble. Ainsi, ce premier tome de Rendez-vous au Crépuscule aborde pas mal de sujets d'ordre sociétaux. La maladie, bien-sûr, puisqu'elle est le point central de l'histoire, mais pas que. Les difficultés d'un foyer dans une telle situation, le chagrin d'amour, l'espoir, le deuil ou encore la manière que l'individu a pour exister émotionnellement sont tant d'aspects abordés dans ce simple premier tome, qui propose alors un programme particulièrement riche. L'ensemble donne différents tons et plusieurs orientations au récit, aussi il y a de quoi en attendre beaucoup du second et dernier tome qui, tout en mettant un point final à l'histoire de Takuya et Mamizu, devra aussi développer certaines de ces pistes, et éventuellement leur donner des résolutions sensées à l'égard de l’œuvre.

Alors, cette première moitié du manga Rendez-vous au Crépuscule est une lecture marquante, dont la subtilité est de ne pas reposer sur un pathos vide de sens mais bel et bien de proposer une histoire vivante par des personnages authentiques, tout en abordant plusieurs sujets grâce à des pistes de scénario parallèles et toujours intéressantes. Et puisqu'il s'agit d'une adaptation manga, on peut légitimement se questionner sur de potentielles divergences avec le light-novel d'origine. La curiosité de lire l’œuvre de Tetsuya Sano, illustrée par Loundraw, sera dont présente à la fin de la lecture de ce premier opus, aussi parce qu'il y a de quoi avoir hâte de découvrir la fin de l'histoire... Une fin qu'on redoute par la même occasion.
   

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Note de la rédaction






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