Ranma 1/2 - Edition Originale Vol.20

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 13 July 2021

Critique 2
Aventures, explorations, lieux mystiques, artefacts en tout genre, loufoqueries et inventivités, bestiaires et personnages hybrides hautement bigarrés : Ranma ½ se transforme en Spirou période âge d'or Franquin et Greg et prend des airs de « bédé totale » pour son vingtième et dernier tome de cette très attendue édition originale, débutée chez Glénat en octobre 2018. 
Loin de tomber dans la facilité émotionnelle de mise lors des conclusions de séries au long cours, Rumiko Takahashi s’autorise à nous sortir de notre zone de confort et propose des transgressions mythologiques inespérées. D'abord un retour endiablé aux sources ensorcelées chinoises légendaires - probablement le site touristique fictif le plus célèbre de la bande dessinée - agrémenté de la propulsion in extremis de son guide iconique en tant que personnage secondaire de premier plan. Tous deux jusqu'à alors relégués à des rôles purement accessoires et symboliques sont supplémentés et sublimés par des extensions de poids. Les sources ensorcelées par le fascinant Mont Phénix, lieu magistral et mystérieux. Le guide touristique par l’entrée en scène de sa toute jeune fille, Plume, qui aura pour rôle de relier Ranma et sa bande à ce monde familier auquel ils n’imaginaient pourtant pas un background si colossal. Enfin, la participation surprise et décisive d'Akane au combat, alors même que le récit lui fait vivre les pires péripéties sans jamais avoir raison de son abnégation, est savoureuse et force le respect.
Si le lecteur savait déjà que Ranma et sa tonitruante fiancée étaient capables de s'entraider efficacement dans les moments critiques, il a désormais la confirmation qu'ils n'auront de cesse de se protéger mutuellement. S'ouvrant même la voie dans des passages étriqués, ici de virulentes tempêtes de flammes lancées tous azimuts par une sorte de Roi-Soleil survolté, ils s’offrent sans négocier des horizons dégagés. Des intentions complémentaires plus profondes encore que de simples perspectives romantiques et qui illustrent l'immense potentiel rendu possible par la force des sentiments. Une thématique centrale dans le travail de Rumiko Takahashi que l’autrice avait commencé à esquisser brillamment dans Urusei Yatsura (1978) et Maison Ikkoku (1980) et qu'elle continuera d'explorer avec brio dans ses oeuvres suivantes, en premier lieu le spectaculaire, sombre et vertigineux InuYasha (1996) jusqu’à l’envoûtant Mao (2019), impressionnant de maîtrise littéraire.
Mais la réussite indéniable de ce tome numéro 20 de Ranma ½ c'est son dernier chapitre sorti originellement le 6 mars 1996 dans le magazine Weekly Shonen Sunday édité par la Shogakukan et qui conclut la série. Un véritable bijou. Drôle et sensible, d'une beauté à couper le souffle, sans conteste un des travaux les plus aboutis de la lauréate du Grand Prix d’Angoulême 2019. La justesse des textes de la traductrice Fédoua Lamodière ne fait de plus que renforcer le plaisir de lecture tant le rythme et le choix des mots accompagnent parfaitement et avec fluidité l’enchaînement des planches. Quant à l’histoire, le choix laissé aux jeunes adolescents que sont Ranma et Akane, ainsi qu’à tous leurs camarades et amis, de pouvoir grandir comme ils le souhaitent sans subir les fantasmes et pressions (aussi bien fictifs que ceux des lecteurs) nous procure un agréable sentiment de légèreté et un souffle de liberté. Après tout avait-on réellement envie de voir de si jeunes gens succomber à ce mariage organisé ? Une fin à l’image de la série, tantôt rouge et tantôt noire, mais surtout noire. Tout ce que n'aurait pas renié Franquin à qui l’on pense décidément beaucoup à la lecture de ce tome et qui s’était fait lui aussi une spécialité de croquer avec fidélité et beaucoup d’humour les personnages introvertis.
Un autre illustre auteur de mangas lui aussi édité chez Shogakukan vient à l'esprit plusieurs fois en cours de lecture, un auteur que cette fois-ci Rumiko Takahashi a lu avec beaucoup d’attention, en particulier ses œuvres Princesse Saphir (1953) et Dororo (1967) comme l’atteste l’affiche réalisée par la mangaka pour le festival d’Angoulême 2020 sur laquelle elle se représente enfant plongée dans ses séries dessinées favorites. Cet amour et ce respect pour ses personnages évoquent avec tendresse le regretté Osamu Tezuka, décédé quelques années plus tôt durant la publication de Ranma ½, et qui avait su nous offrir lui aussi un phénix spectaculairement flamboyant dans une œuvre tristement restée inachevée.
Les sorties de cette réédition de Ranma ½ vont nous manquer, et beaucoup.A l’image du sol bondé de la dernière planche que foulent les protagonistes s’éloignant vers leurs avenirs sous un soleil chaleureux, la lecture bimensuelle de ce manga grand public de genres multiples était un excellent remède à la platitude imposée de nos existences contemporaines. Heureusement, à l’instar des classiques, les relectures à venir s’annoncent particulièrement prometteuses tant Glénat a ici fourni un travail sérieux et de qualité.

Critique 1
Un mystérieux groupe ennemi menace d'assécher les sources Zhou Quan Xiang, en ne laissant alors pas le choix à Ranma et à ses compagnons eux aussi maudits: il faut empêcher le pire d'arriver ! Mais l'adversaire a plus d'un tour dans son sac: Shampoo, hypnotisée, devient elle-même une menace. Et, bientôt, voici qu'Akane est enlevée ! Cette lutte finira par amener Ranma et les siens là où tout à commencer: les sources maudites en Chine, où il y aura fort à faire pour sauver la vie d'Akane et vaincre le troupe du redoutable Safran...

Nous y voici donc: après trois ans et demi de parution régulière, la nouvelle édition de Ranma 1/2 tire sa révérence avec un dernier arc qui, forcément, se devait d'être un petit peu plus long (puisqu'il occupe encore ici tout le volume), un petit peu plus sérieux, et un petit peu plus éprouvant pour nos principaux personnages. Et dans les faits, cela donne un volume honnête, sans plus.

Commençons donc par aborder les principales qualités de cette dernière menace, qui concernent essentiellement notre duo principal composé de Ranma et Akane, ce couple buté qui nous a tant faire sourire par le passé. Cette fois-ci, on a une Akané plus en danger que jamais, au point d'être proche de disparaître, si bien que pour la sauver Ranma (mais aussi Ryôga et les autres) devront tout donner. Cela aboutit à quelques montées de tension dramatique assez efficaces, à des petits moments de lutte et de sacrifice laissant voir de plus belle que Ranma et Akane tiennent réellement l'un(e) à l'autre, même si ce n'est pas une surprise au vu de tout ce qui s'est déjà passé dans les volumes précédents. Mais cette fois-ci,la confirmation est bien là.

Mais pour le reste... eh bien, on ne va pas se mentir: la comédie loufoque de Rumiko Takahashi n'est pas restée dans les mémoires pour sa fin, et globalement ça se confirme. Grâce à la narration rythmée et limpide de la mangaka on ne s'ennuie jamais, mais il faut avouer que Safran et ses sbires campent des ultimes antagonistes assez peu intéressants, loin des meilleurs moments de fantaisie de certains arcs précédents. Mais il y a surtout ce choix d'une conclusion totalement ouverte, qui, hormis la confirmation du lien Ranma-Akané, n'achève rien. Il y a des points pour lesquels ça ne nuit aucunement, essentiellement le fait que nos héros sont toujours maudits. Là-dessus, dans la dernière partie de son interview en fin de tome, Takahashi s'explique suffisamment, et il faut bien avouer qu'on comprend tout à fait qu'elle n'a pas eu le courage de dire adieu à Ranma-fille et aux autres transformations ! Alors, le plus frustrant vient du reste, à savoir toutes les autres relations un peu laissées en plan. Ryôga, Shampoo, Mousse, Ukyô, Nodoka... ont certes tous eux un très vague porte de sortie précédemment, mais globalement on attendait forcément que certaines choses évoluent plus, et il y a quelque chose de triste à voir certains personnages emblématiques tout bonnement laissés de côté dans cette dernière ligne droite.

La dernière ligne droite de Ranma 1/2 est, alors, fidèle aux souvenirs qu'on pouvait en avoir: ceux d'une conclusion pas bien folichonne, un peu frustrante sur plus d'un point. Cela n'efface pas totalement le plaisir de lecture qui est bien souvent au rendez-vous dans ce volume, mais mieux vaut retenir de l'oeuvre tous les excellents élans d'humour et d'imagination qu'elle a pu montrer au fil des volumes. Mais dans tous les cas, le plaisir fut bien souvent immense au fil de cette réédition, véritable redécouverte de l'oeuvre grâce à sa nouvelle traduction largement meilleure et plus fidèle que celle de la toute première édition française sortie dans les années 90.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
AristideGaland

17 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

12.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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