Papa's assassin Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 11 November 2016

Critique 2


Daniel était loin de s’imaginer qu’un jour sa vie allait basculer du jour au lendemain. Un soir, une  inconnue lui confie son fils en le suppliant de le protéger. Quatorze années se sont écoulées depuis, et l’enfant dont il s’occupe comme de son fils, est devenu un jeune lycéen, prénommé Ryûnosuke. Ryûnosuke ne connaît pas son passé ni que Daniel n’est pas son véritable père. Il semble heureux et passe son temps avec ses amis du lycée pourtant il cache un secret inavouable…

Après « Iberico pork », les éditions Boy’s Love IDP nous offre un ancien titre de Shoowa et qu’on se le dise, l’humour dont s’est faire preuve l’auteur, est bien présent. Le passé de Ryûnosuke et Daniel est bien mystérieux. Alors qu’il n’est qu’un jeune célibataire, Daniel endosse le rôle de père avec un bébé qui lui était complètement inconnu. Finalement, cet homme qui semblait aimer profiter de la vie et des femmes s’est transformé en véritable petit papa poule. Et comme tout parent, il est confronté aux problèmes que l’on peut rencontrer face à un adolescent de quatorze ans : la rébellion, les sorties, la sexualité…  Et parlons-en de la sexualité de Ryûnosuke. Sous ses airs de fils sage, Ryûnosuke a une sexualité assez débridée. Face à son père, il se promène aux bras de sa petite amie, Aya. Mais face cachée, Ryûnosuke est adepte des plans à trois avec Aya  et Gon son ami. Finalement, sa sexualité cache un mal-être. En effet, Ryûnosuke désire son propre père. Shoowa aborde un thème délicat et finalement elle s’en sort plutôt bien dans ce premier volume. L’auteur ne surenchérit pas et cadre bien la problématique et l’interdit qu’éprouve Ryûnosuke. Nous avons un adolescent perdu entre ses désirs et ses sentiments interdits. Et quand il croise un homme qui ressemble à son père, il voit en lui la possibilité de combler ses désirs inavouables. Tout au long de notre lecture, Shoowa utilise beaucoup d’humour à travers ses personnages. Voir par exemple la réaction du père de Ryûnosuke quand il découvre un magazine pornographique homosexuel  nous déclenche un bel éclat de rire ou tout comme voir Daniel, homme viril, se transformer en véritable fée du logis avec son petit bandeau sur la tête à la mode Lieutenant Yattaran (référence à Captain Herlock). Même si le ton semble léger, l’intrigue suit son cours et le passé que l’on pensait être juste une référence refera surface. 

Concernant les graphismes, l’auteur nous livre ici un titre d'une belle qualité. Les traits du personnage Daniel sont extrêmement bien maîtrisés. Nous avons vraiment l’impression de plonger dans son regard bleu alors que nous sommes en noir et blanc ! L’auteur arrive à nous transmettre tout le charme de ce personnage grâce à ce regard. Nous pouvons y voir de la tendresse ou dans d’autres moments de l’inquiétude, cela en est complètement bluffant. Comme à son habitude, l’auteur utilise peu les trames de fond, mais prend le temps de dresser quelques décors. Quant à l’édition, elle est de bonne qualité. A noter, un souci de colle entraînant des pages qui se décollaient, mais l’éditeur a procédé à une réimpression et renvoyé un exemplaire ou échangé tous les volumes défectueux.

L’auteur aborde un sujet délicat qu’est l’amour incestueux. Mais la délicatesse de Shoowa permet de nous offrir ici un titre riche tant au niveau de l’intrigue, des sentiments et de l’humour.  Nous sommes curieux de savoir comment l’auteur mènera son intrigue tant sur le passé de Ryûnosuke que sur ses désirs interdits.


Critique 1


En France, un homme du nom de Daniel, trempant visiblement dans une affaire louche, se jette dans l'eau puis, en se retournant, voit une femme le supplier de prendre soin de son fils. La jeune femme a tout juste le temps de balancer le marmot par-dessus bord (classe) avant que le pont n'explose. Pour Daniel qui s'était juré de ne pas avoir d'enfant avant ses 40 ans, il va falloir revoir totalement ses projets de vie.
Quatorze années passent, et Daniel vit désormais au Japon avec son "fils" Ryunosuke, âgé de 16 ans. Travaillant le plus simplement, mais avec ardeur jour après jour, il est parvenu à éduquer le jeune garçon, qui ne se doute aucunement que son papa n'est pas réellement son papa. Mais il s'agit là d'un secret moindre par rapport à tout ce que Ryûnosuke cache à son père. Des secrets difficilement avouables...

Déjà connue en France pour les titres Le Syndrome du Tournesol et Iberico Pork, la mangaka Shoowa revient ici avec un titre qui paraît au Japon à rythme d'escargot : débuté en 2009, Papa's Assassin n'a eu droit qu'à deux volumes en 7 années d'existence. Après deux premiers titres plaisants, on espère retrouver ici l'artiste à son meilleur niveau, mais une partie du public risque fort de déchanter au fil de la lecture.

Le premier élément qui pourrait dérouter concerne la nature des secrets du jeune Ryûnosuke : une vie sexuelle débridée, et une homosexualité naissante qu'il n'ose avouer à son père... d'autant plus que son papounet, Ryû l'aime plus que comme un simple père... Vous voyez le topo ? Shoowa cherche volontiers à déranger un peu son lecteur lors de certaines de ces découvertes, notamment quand on suit les pensées de Daniel qui estime que Ryû est un bon fils, tandis qu'en images on le voit se faire un plan à trois avec son meilleur ami et sa "petite copine". Voilà voilà. Mais dans d'autres cas, le ton employé par Shoowa tend à mettre mal à l'aise, notamment concernant l'amour que Ryû ressent pour son père : l'artiste se fait voyeuriste légère sur cet aspect, puisqu'on découvre ces sentiments contre nature en voyant le jeune héros se masturber en regardant un magazine gay où y a un mec qui ressemble à son père, puis s'enfoncer des doigts en criant "Papa". Hum. Accompagné d'une ambiance adéquate, pourquoi pas, mais la mangaka reste très lisse, voire aborde parfois la question de façon vaguement humoristique, ce qui n'est pas du tout approprié. Quant à la question de l'homosexualité que le fils n'arrive pas à avouer à son père, elle aurait pu être intéressante, mais finalement non. Pourtant Shoowa évoque par moments la chose sous un angle prometteur, puisque Daniel n'imagine pas une seule seconde que son fils puisse être gay et qu'il lui adresse donc parfois des paroles involontairement cruelles. Mais ça s'arrête là, l'autrice n'approfondit jamais cette difficulté à avouer la chose, et finit en fin de tome par offrir à ce problème des avancées sans consistance.

A défaut, on suit donc un récit composé de... euh... pas grand-chose. L'essentiel de la lecture se contentant de balader le lecteur entre vagues doutes de Daniel, tourments répétitifs chez Ryû, et découverte de divers personnages secondaires qui ne servent pas à grand-chose. Certains, comme la caractérielle mère de Daniel, sont plutôt prometteurs, et ces différents personnages permettent tout de même de reconstituer vaguement le puzzle de la vie de Daniel ces 14 dernières années (marié puis divorcé avec la dénommée Asako qui reste encore comme une mère pour Ryû, ayant un ami gay se faisant appeler Charlotte, se présentant comme un vrai coureur de jupons en fréquentant plusieurs femmes dont la dénommée Ryôko...). Mais concrètement, quasiment tous ces personnages ne font qu'apparaître vite fait sans avoir la moindre consistance, y compris les deux camarades de classe de Ryû qui semblent ne servir que de plan cul sur quelques pages, ce qui devient vite assez lourd. Le seul tirant réellement son épingle du jeu étant alors Vistel Rika, un homme avec qui Ryû va nouer une relation.
Les pistes qui auraient dû être les plus intrigantes, à savoir l'identité de Daniel avant de recueillir Ryû et l'identité de Ryû lui-même, sont pour l'instant aux abonnées absentes, de façon très étonnante. Forcément propices aux interrogations de par la façon dont Daniel se retrouve à devoir éduquer Ryû, les toutes premières pages ne trouvent que très peu d'échos par la suite : quelques très expéditives communications étranges de Daniel... et c'est à peu près tout, ce qui ne suffit clairement pas à instaurer une aura de mystère. Il faut alors attendre la dernière partie du volume, et plus précisément les dernières pages, pour que les interrogations viennent recréer des problèmes, mais étant donné que Shoowa n'a pas vraiment cherché à entretenir le mystère auparavant cela ne marche pas vraiment.

Pourtant, les dessins de Shoowa ne manquent clairement pas de charme. Il y a tout de même pas mal d'erreurs de proportion, surtout au début, et on ressent des irrégularités dues au rythme de parution chaotique, mais l'artiste alterne quelques beaux encrages et quelques effets "crayonnés" prenants. Mais ça ne suffit pas à sauver un tome bancal. Ne développant jamais réellement ses thématiques autour de l'homosexualité, ne cherchant pas vraiment à entretenir le mystère sur l'identité des deux héros, le premier volume de Papa's Assassin peine à retenir l'attention, d'autant qu'il y a aussi un sacré paquet de petits éléments qui viennent agacer purement et simplement. Par exemple, un rendez-vous parent/prof/élève qui se finit par un tripotage de la prof par le père. Des répliques qui ont de quoi faire peur ("Tous les petits garçons se demandent pourquoi le zizi de leur papa est si poilu et si gros !"). Des comportements débiles (Asako qui accepte d'entrer dans le jeu de Ryû quand il lui demande de faire croire à Daniel qu'il dort chez elle, sans qu'elle se pose de questions sur ce que fait l'adolescent, c'est pas mal niveau irresponsabilité). Des coïncidences désespérantes (Ryû qui croise comme par hasard un sosie de son père dans la rue quand il n'a pas le moral). Bref.

Côté édition, si l'on excepte pas mal de bulles coupées en bord de page, Boy's Love livre un travail tout à fait honnête : 4 premières pages en couleurs, papier assez souple et épais, qualité d'impression très correcte, traduction soignée d'Aline Kukor.


Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Einah

17.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

6 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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