Otaku Otaku Vol.1 - Actualité manga

Otaku Otaku Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 11 March 2020

Chronique 2

En avril 2018, les éditions Kana, dans leur collection Big Kana lançaient une nouvelle série destinée à devenir un succès dans leur catalogue: Otaku Otaku, de son nom original Wotaku ni Koi wa Muzukashii. D'abord née via des publications Pixiv que Fujita postait en s'inspirant de ses amis avant d'être repérée par les éditions Ichijinsha, l'oeuvre est prépubliée au Japon depuis 2014, et il s'agit de la toute première série professionnelle de cette mangaka qui, en parallèle, suit également une discrète carrière dans le boy's love sous le pseudonyme megane.

Popularisée par un anime qui fut diffusé au Japon mais aussi en France sur Amazon Prime video d'avril à juin 2018 (le timing pour la sortie française du manga était donc impeccable), la série propose de nous faire suivre le quotidien de quatre employés de bureau qui, en plus d'être en couple, sont surtout des otakus invétérés, chacun dans leur domaine.

Pourtant, au départ, Hirotaka Nifuji et Narumi Momose, tous deux âgés de 26 ans, ne sortent aucunement ensemble: ils découvrent d'abord qu'ils sont désormais collègues dans la même société... et Narumi s'inquiète laaargement de la situation, car Hirotaka n'est autre que son ami d'enfance, qu'elle avait perdu de vue, et qui connaît tout de ses passe-temps de pure fujoshi, fan de mangas et de cosplay ! Cela dit, Hirotaka n'est pas en reste, c'est un hardcore gamer, il passe tout son temps sur ses jeux quand il ne travaille pas. Mais lui assume très bien sa passion, là où Narumi la cache, à cause de l'image négative qu'ont les otakus et de ses précédentes relations amoureuses s'étant toujours mal finies à cause de ça. C'est un soir où ils boivent ensemble que les deux jeunes adultes se livrent un peu plus l'un à l'autre. Alors que Narumi, éméchée, affirme qu'il est malheureusement impossible de trouver l'amour en tant qu'otaku, Hirotaka propose tout bonnement à son amie de sortir avec lui. Après tout, entre otakus, pourquoi ça ne marcherait pas ? D'autant que près d'eux, il y a un autre couple, ayant lui aussi quelques accents otaku: leurs deux collègues, Hanako Koyanagi et Tarô Kabakura, qui se connaissent depuis l'adolescence, se détestaient cordialement à l'époque, et ont pourtant fini par désormais sortir ensemble même s'ils continuent de souvent se prendre le bec.

Comédie assez enlevée sur ce premier volume grâce à la personnalité spécifique de chacun des 4 héros et à leurs relations voguant entre "otakisme" profond, disputes et sentiments plus ou moins camouflés, Otaku Otaku nous plonge dans un cocktail savamment dosé qui doit son charme à plusieurs choses, à commencer par sa vocation à parler à tout le monde, hommes comme femmes: plutôt hybride, échappant aux habituels critères (shônen, shôjo, seinen...), l'oeuvre s'intéresse autant à ses personnages féminins qu'à ses personnages masculins, et tout otaku peut s'y retrouver. Qui plus est, il est on ne peut plus intéressant de se retrouver ici avec des héros adultes, qui continuent de vivre leur passion d'otaku bien qu'ils soient dans la vie active. l'oeuvre doit également beaucoup à ses multiples références à la culture otaku, d'Evangelion à Pokémon en passant par Touken Ranbu, Sailor Moon, Dragon Ball, etc, etc... L'ensemble est véritablement bien dosé, et ne se limite même pas à cela puisqu'en filigranes se dessine aussi la possibilité d'une vraie relation de couple entre otakus, et que Fujita interroge volontiers cette possibilité. Car plus qu'être en couple, nos héros apparaissent surtout toujours comme des amis: on sent qu'il y a quand même autre chose entre eux, mais entre les incertitudes de Narumi et l'apparence toujours neutre de Hirotaka cela n'est pas forcément évident à voir ! Et que pense de la relation de "je t'aime moi non plus" entre leurs deux collègues, qui passent pas mal de temps à se balancer des vacheries ? Dans leur relation, les personnages semblent pouvoir s'épanouir car, vu qu'ils sont tous otakus, ils peuvent être ensemble tout en restant eux-mêmes, sans se forcer ni se cacher. Mais Narumi, entre autres, ne peut s'empêcher de se demander s'ils sont ensemble parce qu'ils s'aiment, ou simplement parce qu'ils sont tous deux otakus et donc que ça les arrange. A cela, Hirotaka glissera un joli début de réponse...

Visuellement, Fujita livre un travail agréable, classique mais soigné, privilégiant avant tout les personnages (des décors sont là mais restent plutôt standards, en se contentant globalement du lieu de travail et des appartement des personnages avec leurs décos d'otaku). Chaque protagoniste a un design propre et bien à lui, ainsi qu'une palette d'expressions n'ayant aucun mal à véhiculer leurs émotions et à servir l'humour.

On se retrouve alors avec un début plaisant pour cette oeuvre promettant de jongler habilement entre différents aspects, avec toujours en toile de fond la culture otaku qui nous est chère.

Côté édition, mention spéciale à la traduction d'Aline Kukor, très inspirée, très vivante, retranscrivant avec beaucoup d'efficacité les références, le caractère des personnages et, bien sûr, leurs réactions d'otaku. Pour le reste, on a droit à un papier et une impression honnêtes (malgré quelques moirages), à un travail de lettrage et d'adaptation graphique soigné, et à un logo-titre bien trouvé avec ses symboles masculin/féminin. On appréciera également que les tome,s bien que faisant partie de la collection Big Kana, ne coûtent que 6,85€, prix qui se justifie par la faible épaisseur des tomes (à l'instar d'autres comédies épisodiques de ce genre comme Les vacances de Jésus et Bouddha, on est sur des volumes d'environ 120 pages).


Chronique 1

Momose Narumi et Nifuji Hirotaka sont deux otaku travaillant dans la même entreprise. Amis d'enfance, leurs retrouvailles est un mélange de joie et de gêne puisque Narumi cache le fait qu'elle soit une fujoshi. Contrairement à Hirotaka qui fait peu de cas de l'avis des autres. Ce faisant, ils reprennent leur relation amicale avec plaisir, sortant boire un coup le soir, jouant ensemble à la console. Et c'est au détour d'une de ces soirées, alors que la jeune femme s’épanche sur ses déboires amoureux, ses petits amis la fuyant systématiquement dès qu'ils découvrent combien elle aime les mangas, que Hirotaka lui fait LA proposition : sortir ensemble ! Parce qu'après tout, qui pourrait mieux la comprendre qu'un autre otaku ?
Accompagnés de leurs amis et collègues de bureau, eux aussi fan de manga, ils débutent une relation aussi animée que leur passion.

Fujita est une dessinatrice qui officie sur Pixiv, un site qui réunit une communauté d'artistes. Elle a d'abord présenté sa série Otaku Otaku en ligne (Wotaku Ni Koi Ha Muzukashii, en version originale, qui peut se traduire par « l'amour entre otaku c'est compliqué »), puis a reçu une proposition de l'éditeur Ichijinsha, comme elle le raconte dans les bonus en fin de volume.

Et il faut dire que l'éditeur a eu le nez creux ! Cette série est un véritable hommage à la culture otaku, qu'il s'agisse d'aimer les animés, le manga ou encore les jeux vidéos, et bien sûr les produits dérivés qui en découlent. Rien n'est laissé de côté, pas même le fameux comicket, cette convention qui pourrait correspondre à la Japan Expo chez nous (en terme de dimension) et qui permet à de jeunes artistes de tenter leur chance en vendant leur doujinshi, comme les héros.

Ces derniers, d'ailleurs, sont aussi très réalistes. Car oui, leur comportement, leur réaction à certains événements, ainsi que les références auxquelles ils font parfois appel, c'est ce que chacun d'entre nous a déjà vécu. Par exemple, le débat entre qui est la meilleure héroïne d'Evangelion, avec la fan de Rei face à celle d'Asuka. Même si ça ne concerne pas cette série, ou ce thème, on a tous déjà eu une dispute avec des amis sur un sujet de ce genre.
De plus, les discussions et événements étant répartis entre les quatre personnages principaux, qui semblent même être les seuls êtres vivants dans cette série, on peut facilement s'identifier à l'un ou l'autre, les caractères étant bien distincts malgré une passion commune.
Et bien que certaines plaisanteries soient typiquement japonaises, avec un minimum de connaissance sur le Japon, c'est très accessible, hyper drôle, et là aussi on retrouve des plaisanteries déjà faites entre potes.

Heureusement, l'autre moteur du manga qui est le romantisme n'est pas oublié. On a plaisir à suivre l'évolution de leur relation, avec ses petits tracas, comme Narumi qui se demande quelle est la couleur de ses sous-vêtements lorsqu'elle est invité chez Hirotaka, ou bien les difficultés à communiquer de leurs amis Koyanagi et Kabakura qui sortent pourtant depuis fort longtemps ensemble, sont des petits clins d'oeil à la vie courante et amoureuse qui entretiennent parfaitement l'intérêt du lecteur.

Le trait de Fujita, quand à lui, est très simple. On se concentre surtout sur les personnages principaux, les décors étant quasi inexistants, très épurés, et surtout le peu d'intervention d'autres personnages. Ces derniers n'apparaissent que par des bulles, des morceaux de corps, comme le mec qui pelote les mains de Hirotaka au comicket, ou encore la foule juste suggérée par les difficultés de Narumi à se frayer un chemin. Et ce n'est pas gênant puisque tout ce qui importe c'est uniquement ce que ressentent les héros et comment ils vivent. Leur entourage est une sorte de prétexte, un support ne servant qu'à appuyer leur existence. Un peu à la manière du manga Blame ! où ce sont les personnages qui servaient de support au décor et étaient donc très peu recherchés.
Et ce choix de petites scénettes est fortement judicieux. On peut regretter que le volume ne soit pas épais mais il aurait perdu en qualité si l'auteure avait choisi de faire de gros chapitres. Sans compter que certains sujets ne prêtent pas à la longueur. Les chutes sont savamment orchestrés et tombent toujours justes. Surtout que dans la vie courante, il est rare qu'une discussion dure longtemps. C'est tout à fait raccord.

Pour ce qui est de l'édition française, on peut encore une fois saluer le travail d'adaptation de Kana. La traduction peut parfois être casse-gueule mais ici on s'en sort très bien avec un mélange de références purement japonaises, heureusement expliquée par des apartés en bas de page, et des françaises pour ce qui était impossible à traduire chez nous. Comme la discussion entre Hirotaka et Kabakura qui finit sur les paroles de c'est toi que je t'aime, des Inconnus. On sent que si cela avait été traduit littéralement, soit ça n'aurait pas été accessible, soit il aurait fallu se lancer dans une explication longue et fastidieuse, ôtant tout humour à la scène.

Bref, c'est autant cette universalité de la culture otaku que le développement des sentiments amoureux qui fait tout l'intérêt et la saveur de ce manga. Et on ne peut que souhaiter que tout cela soit conservé dans les volumes suivants. Un premier volume en fanfare.

  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.25 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Persmegas

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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