Otaku Otaku Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Lundi, 23 April 2018

Momose Narumi et Nifuji Hirotaka sont deux otaku travaillant dans la même entreprise. Amis d'enfance, leurs retrouvailles est un mélange de joie et de gêne puisque Narumi cache le fait qu'elle soit une fujoshi. Contrairement à Hirotaka qui fait peu de cas de l'avis des autres. Ce faisant, ils reprennent leur relation amicale avec plaisir, sortant boire un coup le soir, jouant ensemble à la console. Et c'est au détour d'une de ces soirées, alors que la jeune femme s’épanche sur ses déboires amoureux, ses petits amis la fuyant systématiquement dès qu'ils découvrent combien elle aime les mangas, que Hirotaka lui fait LA proposition : sortir ensemble ! Parce qu'après tout, qui pourrait mieux la comprendre qu'un autre otaku ?
Accompagnés de leurs amis et collègues de bureau, eux aussi fan de manga, ils débutent une relation aussi animée que leur passion.

Fujita est une dessinatrice qui officie sur Pixiv, un site qui réunit une communauté d'artistes. Elle a d'abord présenté sa série Otaku Otaku en ligne (Wotaku Ni Koi Ha Muzukashii, en version originale, qui peut se traduire par « l'amour entre otaku c'est compliqué »), puis a reçu une proposition de l'éditeur Ichijinsha, comme elle le raconte dans les bonus en fin de volume.

Et il faut dire que l'éditeur a eu le nez creux ! Cette série est un véritable hommage à la culture otaku, qu'il s'agisse d'aimer les animés, le manga ou encore les jeux vidéos, et bien sûr les produits dérivés qui en découlent. Rien n'est laissé de côté, pas même le fameux comicket, cette convention qui pourrait correspondre à la Japan Expo chez nous (en terme de dimension) et qui permet à de jeunes artistes de tenter leur chance en vendant leur doujinshi, comme les héros.

Ces derniers, d'ailleurs, sont aussi très réalistes. Car oui, leur comportement, leur réaction à certains événements, ainsi que les références auxquelles ils font parfois appel, c'est ce que chacun d'entre nous a déjà vécu. Par exemple, le débat entre qui est la meilleure héroïne d'Evangelion, avec la fan de Rei face à celle d'Asuka. Même si ça ne concerne pas cette série, ou ce thème, on a tous déjà eu une dispute avec des amis sur un sujet de ce genre.
De plus, les discussions et événements étant répartis entre les quatre personnages principaux, qui semblent même être les seuls êtres vivants dans cette série, on peut facilement s'identifier à l'un ou l'autre, les caractères étant bien distincts malgré une passion commune.
Et bien que certaines plaisanteries soient typiquement japonaises, avec un minimum de connaissance sur le Japon, c'est très accessible, hyper drôle, et là aussi on retrouve des plaisanteries déjà faites entre potes.

Heureusement, l'autre moteur du manga qui est le romantisme n'est pas oublié. On a plaisir à suivre l'évolution de leur relation, avec ses petits tracas, comme Narumi qui se demande quelle est la couleur de ses sous-vêtements lorsqu'elle est invité chez Hirotaka, ou bien les difficultés à communiquer de leurs amis Koyanagi et Kabakura qui sortent pourtant depuis fort longtemps ensemble, sont des petits clins d'oeil à la vie courante et amoureuse qui entretiennent parfaitement l'intérêt du lecteur.

Le trait de Fujita, quand à lui, est très simple. On se concentre surtout sur les personnages principaux, les décors étant quasi inexistants, très épurés, et surtout le peu d'intervention d'autres personnages. Ces derniers n'apparaissent que par des bulles, des morceaux de corps, comme le mec qui pelote les mains de Hirotaka au comicket, ou encore la foule juste suggérée par les difficultés de Narumi à se frayer un chemin. Et ce n'est pas gênant puisque tout ce qui importe c'est uniquement ce que ressentent les héros et comment ils vivent. Leur entourage est une sorte de prétexte, un support ne servant qu'à appuyer leur existence. Un peu à la manière du manga Blame ! où ce sont les personnages qui servaient de support au décor et étaient donc très peu recherchés.
Et ce choix de petites scénettes est fortement judicieux. On peut regretter que le volume ne soit pas épais mais il aurait perdu en qualité si l'auteure avait choisi de faire de gros chapitres. Sans compter que certains sujets ne prêtent pas à la longueur. Les chutes sont savamment orchestrés et tombent toujours justes. Surtout que dans la vie courante, il est rare qu'une discussion dure longtemps. C'est tout à fait raccord.

Pour ce qui est de l'édition française, on peut encore une fois saluer le travail d'adaptation de Kana. La traduction peut parfois être casse-gueule mais ici on s'en sort très bien avec un mélange de références purement japonaises, heureusement expliquée par des apartés en bas de page, et des françaises pour ce qui était impossible à traduire chez nous. Comme la discussion entre Hirotaka et Kabakura qui finit sur les paroles de c'est toi que je t'aime, des Inconnus. On sent que si cela avait été traduit littéralement, soit ça n'aurait pas été accessible, soit il aurait fallu se lancer dans une explication longue et fastidieuse, ôtant tout humour à la scène.

Bref, c'est autant cette universalité de la culture otaku que le développement des sentiments amoureux qui fait tout l'intérêt et la saveur de ce manga. Et on ne peut que souhaiter que tout cela soit conservé dans les volumes suivants. Un premier volume en fanfare.

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Persmegas

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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