Orochi Vol.3 - Actualité manga

Orochi Vol.3

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 07 May 2021

Quelques mois après un efficace tome 2, Orochi revient chez Le Lézard Noir pour nous faire part de nouvelles péripéties dont elle a été témoin, au fil d'un troisième opus épais d'environ 350 pages. Et cette fois-ci, ce sont deux histoires qui nous attendent, et qui ont été dessinées par Umezu en 1970.

Dans la première histoire, nommée "La scène", tout commence quand un petit garçon de 3 ans, Yuîchi, assiste au pire à l'arrêt de bus: son propre père est mortellement renversé par un véhicule, tandis que le chauffard prend la fuite sans avoir pu identifié. L'enfant a toutefois eu le temps de voir le visage du conducteur, et il en est persuadé: c'était le même que celui de Shingo Tanabe, l'animateur de l'émission télévisée "Bonjour les petits". Interrogé par la police et dépourvu d'alibi, Tanabe est écarté de l'émission, sans pour autant être réellement puni, faute de preuves autre que le témoignage d'un tout jeune gamin. Les années passent, Yûichi grandit jusqu'à devenir adolescent, tandis qu'un peu partout on parle d'une nouvelle star, un certain Hideji Hanada. Semblant lui-même intéressé par cette star, Yûichi s'engage alors dans la même voie que lui, participant notamment à une émission de jeune talent. Mais que cache en réalité son désir de s'engouffrer dans cette voie ainsi que son intérêt pour Hanada ?
Globalement, il n'y a pas de grosse surprise en vue dans cette histoire, où Orochi n'est par ailleurs qu'une simple observatrice assez lointaine. On devine sans souci les grandes lignes, ce qui se cache derrière le parcours de Yûichi... Mais cette espèce de quête "vengeresse" est intéressante à plus d'un égard, que ce soit en soulevant certaines dérives du milieu bien huilé de la scène et du showbiz, ou en posant certaines questions pertinentes par l'intermédiaire d'Orochi. En tête, quelles ont été les conséquences de ce passé traumatisant sur la personnalité de Yûichi ?

Si la première histoire ne dure "que" 130 pages environ, la deuxième, nommée "La bataille", jouit d'une longueur un peu plus prononcée avec un peu plus de 210 pages. Celle-ci démarre auprès du jeune Tadashi Okabe, un collégien qui peut être fier de son père: depuis des années, ce dernier montre une très grande bonté envers absolument tout le monde. Mais derrière cette volonté d'aider tout le monde au quotidien, le saint homme cacherait-il quelque chose ?
Ce récit se divise en quelque sorte en trois grandes parties, à commencer évidemment par la première où des choses étranges commencent à arriver auprès de Tadashi. Un homme bizarre, manchot et unijambiste, visiblement mutilé de guerre, lui demande d'abord de remettre à son père un mystérieux paquet contenant en réalité un crâne humain. Plus tard, sa petite soeur Sachiko tombe sur une grenade de guerre. Et quand le jeune garçon reçoit une invitation à aller voir au cinéma un film de guerre, c'est pour y rencontrer à nouveau l'unijambiste manchot, qui a un bien des choses à lui dire sur son père...
Et ces choses, tandis qu'elles sèment le doute en Tadashi, le lecteur est amené à mieux les découvrir via Orochi, toujours observatrice sans vraiment interférer dans l'histoire, mais dont la curiosité la pousse à chercher la vérité par elle-même. Et cette vérité, comme le laissaient présager les indices de l'unijambiste, nous plongera dans un sujet particulièrement dur, celui de la guerre. Après le milieu de la scène dans l'histoire précédente, Umezu s'attaque donc là à cette thématique de la guerre, avec à la clé un récit particulièrement dur, jouant sur les pires atrocités de celle-ci, entre conditions de vie désastreuses, et perte d'humanité par volonté de survivre, une perte d'humanité poussant peu à peu les hommes à commettre la pire des choses.
Quant à la dernière partie, il s'agit de celle de la résolution: face à ce qu'il pense comprendre de son père, comment réagira Tadashi ? Umezu joue ici très bien sur certains aspects, en tête desquels la possibilité de tomber dans une certaine paranoia, paranoia sans doute nourrie encore un peu plus par la propre petite mésaventure que l'adolescent vit dans une grotte avec ses camarades de classe. L'histoire est alors très sombre voire très éprouvante parfois... mais au bout du compte, c'est une conclusion maligne que choisit Umezu, dans la mesure où un flou subsiste, comme pour mieux nous imprégner des thématiques sans nous donner de réponses toutes faites.

C'est une habitude chez Umezu: ici, les deux histoires sont à nouveau marquées par la confrontation de l'enfant à l'adulte, par la manière dont l'enfance, indirectement ou directement, peut être bafouée par le monde adulte. Néanmoins, cette fois-ci il y a une part bien plus ambivalente, dans la mesure où les deux adultes des récits (le présentateur dans l'une, le père dans l'autre) ne sont pas foncièrement mauvais. Simplement, leurs égarements ont bel et bien eu un impact terrible et marquant sur les deux jeunes héros de ces récits.

A tout ça, il faut ajouter les habituelles qualités narratives et visuelles d'Umezu, en particulière ses nombreux éléments ronds dans la deuxième histoire. Et on obtient alors un troisième volume vraiment prenant et assez intense, donc les sujets sont très efficacement abordés pour l'époque.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction






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