Orochi Vol.1 - Actualité manga

Orochi Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 12 Febuary 2020

Après le monument Je suis Shingo qui s'est achevé en fin d'année dernière, Le Lézard Noir continue, pour notre plus grand bonheur, de s'intéresser aux oeuvres du maître du manga horrifique Kazuo Umezu, celui qui a inspiré tant de mangakas par la suite (Junji Itô en tête) y compris hors du registre de l'horreur (on pourrait s'amuser à compter le nombre d'oeuvres faisant des clins d'oeil à sa façon si unique de dessiner les visages figés d'effroi). Cette fois-ci, l'éditeur poitevin continue de piocher dans l'Umezu Perfection (ou Umezz Perfection!, une sorte d'anthologie en 30 tomes parue au Japon entre 2005 et 2011) afin de nous proposer Orochi, une oeuvre datant initialement de 1969 et qui a connu au Japon plusieurs éditions chez Akita Shôten puis chez Shôgakukan.

Initialement composée de 6 volumes, la série occupe 4 tomes d'environ 300 pages chacun dans l'Umezu Perfection (il s'agit des tomes 4 à 7 de cette anthologie), et c'est sur cette dernière édition que se base la version française, jusque dans sa couverture qui reprend l'illustration nippone, toutefois en la colorisant et en la découpant différent, pour une joli rendu. Par ailleurs, profitons-en pour signaler que l'habituelle qualité d'édition typique des ouvrages d'Umezu est là: grand format, excellente qualité de papier et d'impression, traduction impeccable toujours de Miyako Slocombe, tranche rayée rouge et blanche si typique de l'auteur, et même une jolie illustration couleur sur le verso de la première de couverture.

Orochi est en réalité une succession d'histoires courtes, mais qui ont toutes pour point commun d'avoir le même personnage central (le concept se rapproche donc en quelque sorte du Tomie de Junji Itô, par exemple), une jolie jeune femme offrant son nom à l'oeuvre. Sous ses allures séduisantes, celles-ci cache pourtant d'étonnantes capacités: elle a des pouvoirs surnaturels, ne vieillit pas, et traverse alors les époques en observant bien souvent les humains auprès de qui elle s'immisce, que ce soit en domestique ou en infirmière dans le cas des deux récits occupant le premier tome. Et elle a beau porter le même nom (signifiant littéralement "grand serpent") qu'un malfaisant démon de la mythologie japonaise, elle ne semble aucunement mauvaise, car toujours elle se contente d'observer les humains qu'elle fréquente, d'essayer de les comprendre, voire de tenter d'avoir sur eux un impact bénéfique. Mais bien souvent, c'est la nature humaine elle-même qui provoque le pire chez les hommes et femmes qu'elle côtoie...

Deux histoires occupent donc ce premier pavé. La première, sur 90 pages, narre les mésaventures de deux ravissantes jeunes soeurs qui, le jour de leurs 18 ans, seront vouées à voir leur beauté disparaître et à devenir horriblement laides à cause d'une sorte de malédiction allant de génération en génération. La deuxième histoire, elle, raconte sur plus de 200 pages la vie d'une femme qui, après avoir été malheureuse pendant toute son enfance, a enfin trouvé le bonheur auprès d'un mari aimant, du moins jusqu'à ce que celui-ci meure dans un accident en laissant son épouse effondrée. Orochi est-elle dans le juste en voulant aider cette femme à retrouver son mari en le ressuscitant, ou l'affaire cache-t-elle une autre vérité plus terrible ?

On suit les deux avec beaucoup d'intérêt, l'angoisse s'installant très bien au gré des interventions surnaturelles angoissantes, que ce soit la malédiction et l'enlaidissement dans la première, où le retour à la vie d'un époux revanchard dans un corps en putréfaction dans la deuxième. Néanmoins, le plus glaçant dans tout ceci est à chercher du côté de la psychologie-même des personnages qu'Orochi croise, une psychologie qui finit toujours par vaciller dans les plus sombres extrémités dont est capable l'humain, pour des résultats toujours cruels voire monstrueux, les toutes dernières pages de la 2e histoire étant particulièrement fortes sur ce point-là. Et même si l'on sent bien, via une narration prenant parfois des petits raccourcis dans les événements ou via des planches un peu moins denses, que l'oeuvre fait partie des plus anciennes oeuvres d'Umezu parues en France, le maître a déjà pour lui un sens du rythme et de la montée de tension poussant à tourner frénétiquement les pages, ainsi qu'une patte bien à lui avec ses planches très noires ou ses zooms hypnotiques sur les visages effrayés. De plus, on le sent prendre plaisir à effectuer quelques variations, par exemple dans la 1e histoire il prend soin du suggérer l'enlaidissement plutôt que de le montrer franchement, tandis que dans la 2e histoire il est plus cru dans le corps en putréfaction du mari ou dans les morts.

Lire du Umezu est toujours un certain plaisir, et ce premier volume d'Orochi ne fait pas exception à la règle. Gageons que, sur la longueur, avec ses trois autres pavés, la série aura le loisir de se bonifier, en étant toujours portée par son héroïne, tour à tour simple observatrice, ou "bienfaitrice" dont les actes n'atteignent pas le bonheur escompté.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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