One Room Angel - Actualité manga

One Room Angel

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 31 July 2020

En moins de dix années de carrière, la prolifique Harada s'est imposée comme une artiste de premier plan dans le domaine du boy's love, ce qui lui a d'ailleurs déjà valu plusieurs publications en France: Yatamomo, The song of Yoru & Asa, Color Recipe, etc... soit autant de titre qui ont pu séduire ou déplaire, au vu de la personnalité assez marquée de ses dessins et de son érotisme (un érotisme allant parfois assez loin). Cette fois-ci, l'autrice revient dans la collection Hana des éditions Boy's Love avec l'un de ses ouvrages les plus récents, One Room Angel, un récit en 8 chapitres et environ 230 pages qui fut prépublié au Japon au fil de l'année 2019. Bien qu'essentiellement publiée dans le magazine Qpa des éditions Takeshobo, Harada fait toutefois partie de ces mangakas travaillant pour plusieurs éditeurs, et avec One Room Angel c'est la première fis qu'on a l'occasion de la découvrir au sein du très bon magazine OnBlue de Shodensha, magazine reconnu notamment pour ses oeuvres assez poétiques ou ses récits assez profonds comme Rendez-vous à Udagawachou, L'étranger de la plage ou Les talons aiguilles rouges.

"Ma vie, c'est de la merde."


C'est tout simplement ce que se dit en permanence Kôki, un homme de 30 ans robuste et à la mine patibulaire, dont le passé n'a pas toujours été facile, loin de là. Après avoir traversé bien des épreuves, il travaille désormais de nuit dans un konbini pourri, n'a pas assez d'argent pour s'adonner à des loisirs, et se contente de vivoter dans un petit une pièce sans télé ni internet. Pas d'ami, pas de copine, pas de loisirs... il considère que sa vie n'a aucune valeur. Alors quand son passé finit par le rattraper d'une certaine manière, il se dit que la mort qui l'attend n'est peut-être pas plus mal: après une petite rixe futile avec deux petites frappes qui l'ont reconnu, il s'apprête à s'effondrer dans une ruelle, après un coup de couteau... mais juste avant de s'évanouir, il distingue un étrange et captivant jeune garçon ailé qui chute et se relève sous ses yeux. Un mois plus tard, le trentenaire sort enfin de l'hôpital, prêt à rentrer chez lui, et non sans apprendre dans la foulée qu'il a été viré de son job à cause de sa longue absence. L'ange qu'il a vu avant de s'effondrer ne peut qu'être un rêve... Et pourtant, une fois sa porte d'entrée franchie, il a la surprise de voir ce garçon ailé l'attendre patiemment. Est-ce là son ange gardien ? A vrai dire, l'adolescent aux ailes blanches se comporte bien plus comme un gamin ronchon et un brin vulgaire... et, surtout, il n'a aucune souvenir de qui il est ni de ce qu'il fait là ! D'ailleurs, est-il seulement vraiment un ange ? Entre le trentenaire blasé et patibulaire au passé sombre et le pas si angélique ado amnésique, commence alors une cohabitation mouvementée. Cohabitation qui, en plus de dévoiler petit à petit leur histoire, risque de profondément les changer...

Au fil d'un récit dont on peut tout d'abord dire qu'il est 100% soft (pas la moindre trace de sexe, malgré l'érotisme naturel que peuvent parfois dégager les personnages: un point assez étonnant quand on sait l'érotisme parfois brut dont est capable Harada dans d'autres de ses oeuvres), la mangaka narre l'histoire de deux être qui vont donc se croiser, vivre ensemble par la force des choses, et s'attacher l'un à l'autre tout en laissant peu à peu apparaître leur parcours respectif. Et dans ces deux parcours difficiles, on retrouve la Harada un peu sombre: qui aime tirer parti de nombre de tares d'une société violente et ne faisant pas de cadeaux: cela passe par le milieu yakuza, la drogue, un choix terrible que Kôki a dû faire autrefois concernant son frère, la faiblesse humaine que l'on y voit, mais aussi les brimades, la jalousie, la dureté des rumeurs prises pour vérité, le suicide, des émotions humaines négatives comme le sentiment de culpabilité ou la conviction que notre vie n'a aucune valeur... On peut également évoquer le manque de compréhension du patron du konbini quand il vire Kôki après son hospitalisation, et plus généralement la dureté du monde du travail où le trentenaire peine à retrouver un job simplement à cause de son visage trop patibulaire.

La violence de la société est, en somme, omniprésente... mais elle n'est pas excessivement pesante pour autant, car elle sert surtout de toile de fond pour développer les deux héros, leur background et, à partir delà, la relation salutaire qu'ils vont bâtir l'un avec l'autre. Tout commence pourtant de façon assez humoristique entre eux deux, essentiellement grâce à la façon de parler de l'ange souvent vulgaire et crue, mais aussi grâce à certaines situations un brin comiques ! Mais derrière ça, chacun des deux garçons apprend à se connaître, et cela passe par de nombreuses petites choses qu'il serait difficile de décortiquer en une simple chronique. Mais on peut notamment évoquer tout le bon fond qu'a en réalité Kôki derrière son passé et sa mine peu avenante, une chose qui se ressentira beaucoup quand l'ange découvre une chose que le trentenaire a préféré lui cacher pour son bien, quitte à passer pour un fou dans les lieux publics. Mais ce qui ressort le plus, c'est bel et bien, derrière le mal-être existentiel de ces deux-là, le lien fort qu'il vont bâtir en se sauvant littéralement l'un l'autre. Un lien lumineux, dont la part de douceur et de bienveillance offre un beau contraste avec les duretés de la société qu'ils ont dû traverser. Un lien qui, au gré des découvertes du background des deux héros et de leur rapprochement, les rend toujours plus attachants et justes, jusqu'à un final non seulement riche de sens, mais également beau émouvant dans son épilogue superbement mis en scène en se focalisant uniquement sur l'ange, en laissant comprendre par déduction ce que Kôki peut bien lui dire. Enfin, ce que l'on appréciera aussi, c'est la réussite des quelques personnages secondaires, en tête desquels l'excellente Arisa, dotée d'un tempérament de feu (vraiment), mais cachant aussi derrière ce sacré caractère une façon bien à elle de s'inquiéter pour ses fils. Il faut aussi évoquer M. Takashina et ses regrets en tant que père, la jeune Takako et son sentiment de culpabilité...

Sur le plan visuel, Harada est une mangaka qui a toujours su séduire pour ses design nuancés et, surtout, hyper variés. Avec One Room Angel, oeuvre récente et teintée d'une petite pointe de fantastique via l'ange, elle démontre plus que jamais ces talents: chaque personnage a vraiment sa propre allure, ses spécificités dans la coiffure, le gabarit, la forme du visage, celle des yeux, les sourcils... Aux côtés de l'allure patibulaire et robuste de Kôki, la silhouette adolescente et le visage juvénile de l'ange sont du plus bel effet, sans oublier ses ailes blanches superbement dessinées. Le visage émacié de Takashina laisse bien deviner tout le poids qui pèse sur lui, l'allure d'Arisa colle impeccablement à son caractère... bref, rien que côté design des personnages, c'est très riche, varié et réussi, mais il ne faudrait pas non plus oublier les vêtements, et les décors qui son bien présents quand il le faut ! En tête, le cadre du petit une pièce où vivent Kôki et l'ange, un petit lieu restreint toujours bien gratté et ayant une place de premier plan dans leur histoire. Mais les décors extérieurs ne sont pas en reste. Enfin, ce que l'on appréciera beaucoup aussi, ce sont les nombreuses petites envolées de l'autrice côté mise en scène, Harada ayant beaucoup de talent pour montrer ses personnages sous tous les angles et dans des mouvements crédibles, et sachant travailler avec brio sa narration visuelle pour parfois même nous amener jusqu'à des planches très fortes. On pense par exemple à la double-page presque figée où Kôki s'apprête pourtant à lancer une boule de neige...

"Si j'ai pu recevoir et donner à mon tour... c'est que je vaux quelque chose. Sinon, un type comme moi... aurait jamais pu faire quoi que ce soit pour lui."


Si Harada a déjà pu démontrer nombre de qualités dans ses travaux précédents, elle livre avec One Room Angel son oeuvre la plus complète et peut-être la plus belle. La plus douce et la plus soft aussi, ce qui peut en faire une lecture totalement accessible pour des lecteurices qui ne voudraient pas de scènes chaudes. Côté édition, on notera bien quelques petites coquilles ayant échappé à la relecture, mais Laurie Asin offre une traduction très efficace. La première page en couleur est plaisante, le papier est souple tout en étant assez épais, et l'impression est très bonne en rendant suffisamment honneur au travail de Harada sur les très fins encrages et tramages.

"Alors je suppose que... contrairement à ce que je pensais... la vie est pas si merdique..."

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

18 20
Note de la rédaction






MN Actus
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