Nos c(h)oeurs évanescents Vol.3 - Actualité manga

Nos c(h)oeurs évanescents Vol.3

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 23 September 2020

Chronique 2 :

Vladimir Popov, le jeune prodige soprano russe de 12 ans, est au Japon pour une représentation tokyoïte à la suite de laquelle il donne notamment des interviews. Parmi les journalistes ayant la chance de le rencontrer figure la mère de Yutaka, qui lui pose ses questions, entrevoyant alors un jeune garçon a priori heureux et jovial... mais si, justement, il ne s'agissait que d'un a priori ? Quoi qu'il en soit, en apprenant que le fils de cette journaliste est lui-même un soprano doué, Vladimir décide de prendre une demi-journée de "congés" pour aller chanter avec Yutaka, à Kawami, où il prépare son interprétation du personnage de Mile pour l'opéra "Le tour d'écrou"...

Personnage s'installant petit à petit depuis le volume 1 de la série, Vladimir prend donc enfin plus d'importance au travers de ce troisième volume, et cela dès la première partie du tome où, au fil de l'interview et de certaines pensées et réactions du jeune garçon, on entrevoit déjà une personnalité peut-être bien différente de l'image innocente et joyeuse qu'il peut renvoyer au public. C'est un aspect qui reprendra de l'importance vers la fin du volume en interrogeant quelque peu sur la place d'un tel enfant dans un monde aussi rude que celui du show-business, tant certaines de ses paroles laissent entrevoir un rapport potentiellement complexe avec son manager ou même avec ses parents. Affaire à suivre donc... mais en attendant, l'un des moments-clés du volume est surtout la rencontre du jeune russe avec Yutaka.

Car cette rencontre, elle a forcément un impact fort... en bien ou en mal ? Là est la question, car sous ses allures sympathiques, Vladimir lâche à notre héros des paroles assez dure mais l'invitant surtout à s'interroger sur pourquoi il chante du soprano et sur ce qu'il dégage en interprétant Miles. Ici, l'intérêt est double. Tout d'abord, entre les deux garçons, se sont deux visions du chant et plus particulièrement du chant collectif qui s'opposent, le jeune russe affirmant qu'il ne faut pas hésiter à "faire du mal" aux autres chanteurs pour progresser, une chose forcément compliquée à appréhender pour Yutaka qui fait partie d'une chorale et qui, jusqu'à présent, cherche à progresser avec ses camarades. Ensuite, c'est la personnalité de notre héros qui est mise en cause: Vladimir lui reproche de ne pas en avoir, et de vivre le présent de façon "oisive" alors qu'il ne pourra pas rester soprano éternellement...

Interrogeant alors de plus belle des questions telles que l'avenir et l'identité de son jeune héros à une période charnière telle que l'adolescence, Yuhki Kamatani tire du très bon de cette rencontre-choc avec Vladimir, et toute la suite du volume en découle. Yutaka doute, se remet à mal vivre certains sons, ne vient plus à la chorale... mais on entrevoit également un jeune adolescent qui cherche à se questionner, peut-être pour mieux se forger, et une chose qui ne trompe pas est bien sa manière d'essayer d'avancer par lui-même en comptant moins sur sa mère. Une constatation que sa maman fait elle-même, montrant que, dans la logique des choses, son enfant grandit.

Pendant ce temps, c'est la chorale qui risque de souffrir de cette remise en question: risque-t-elle de se fissurer en l'absence de Yutaka et à peu de temps des qualifications pour le concours de la NHK ? D'autant que le professeur Ota, qui a enfin repris les rênes de la chorale, effectue des choix risqués pouvant surprendre les élèves... Une bonne partie du volume s'applique alors à également décortiquer les avancées de la chorale sans Yutaka, Kamatani confirmant alors encore le côté très choral (sans mauvais jeu de mots) de son oeuvre, où nombre de personnages évoluent, avancent à leur rythme, au gré de petits tourments, de questionnements voire de petite confrontations. Chacun s'inquiète à sa façon de l'absence de Yutaka mais cherche à avancer vers un objectif, une destination commune à travers la chorale. Le travail effectué sur les méthodes particulières mais stimulantes d'Ota est intéressant, de même que la petite mise en avant de la jeune fille s'affichant sur la jaquette, la douce Ise, qui souffre toujours de sa grande timidité et de son côté "passe-partout", mais qui sait également en prendre conscience pour peut-être évoluer, et qui s'inquiète beaucoup pour Yutaka.

En somme, en "chef d'orchestre" de cette chorale évoluant autant à l'unisson que sur des plans individuels, Kamatani cherche efficacement à tirer parti de chacun de ces jeunes, et continue d'emballer les choses dans un style visuel très artistiques, notamment au travers de nouvelles petites métaphores visuelles emballant et stimulantes. Ce récit enchanteur se poursuit sur de très beaux développements, et l'auteur n'a alors aucune difficulté à nous porter dans cette mélodie collective.


Chronique 1 :

En parallèle de son poste de soprano à la chorale de son collège, Yutaka intègre une troupe d'opéra, et le garçon se fond particulièrement bien dans son rôle. En parallèle, sa mère a l'occasion d'interviewer Vladimir Popov, le jeune prodige venu de Russie. De fil en aiguille, Vladimir s'intéresse à Yutaka, et leur rencontre pourrait bien ébranlé le jeune choriste japonais qui se rendra compte de sa propre faiblesse...

Après un second volume très orienté sur d'autres personnages que Yutaka, le récit se penche de nouveau sur son héros pour aborder un chamboulement qui marquera sans doute toute l'écriture de l’œuvre. La rencontre avec le jeune Vladimir étant attendue, et celle-ci aura un effet sur l'ensemble du tome, au point de provoquer une remise en question de Yutaka. Un face à face en soi classique mais particulièrement efficace dans son impact sur le protagoniste : Adorable, le jeune soprano n'en restait pas moins assez lisse malgré ses quelques troubles, aussi cette introspection tombe à point nommé pour lui donner une consistance bienvenue. Dès lors, notre empathie pour lui est largement piquée au vif, Yuhki Kamatani créant un réel intérêt de notre part pour le héros du manga.

Et toujours comme un chef d'orchestre, le mangaka ne manque jamais une occasion pour s'intéresser à ses personnages au cas par cas. La scission entre Yutaka et la chorale ne fait finalement qu'amener un traitement différent, et l'auteur ne nous empêche jamais de découvrir la progression des jeunes choristes, un cas d'autant plus intéressant que le fameux Monsieur Oda, professeur cynique a souhait, a repris la direction de la petite chorale. C'est un véritable arc narratif à ce sujet qui se développe, l'impact du professeur sur ses élèves étant traité en filigrane, à travers quelques péripéties musicales toujours aussi agréables à suivre. On le répètera encore une fois, mais la narration musicale et pleine de figures de style de Yuhki Kamatani fait toujours des merveilles de ce côté-là, l'artiste proposant bien des planches transpirant l'euphorie de la musique, sur lesquelles on s'arrête plusieurs secondes durant.

Ce troisième volume se révèle donc très complet : Il y a une réelle progression du récit d'une part, un traitement juste de plusieurs personnages et de différents aspects de l’œuvre de l'autre, le tout servi par la composition esthétique toujours aussi enchanteresse d'un auteur qui n'a plus à prouver sa patte. Nos C(h)oeurs évanescents produit alors un double effet. Le premier est l'euphorie du voyage musical proposée, tandis que le second est purement scénaristique et repose sur notre intérêt de découvrir l'ascension des personnages et leurs développements personnels. C'est le cas pour Yutaka, au centre des enjeux, mais aussi pour Vladimir qui cache une intéressante complexité (amorçant potentiellement un focus sur le monde du show-business et de son incompatibilité avec l'enfance), et pour les différents membres de la chorale qui ont chacun un caractère a confirmé, et des doutes à éclaircir. Derrière le manga enchanteur se cache donc une œuvre dense, comme une partition qui cacherait ses complexités.
   

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15.75 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

15.5 20
Note de la rédaction






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