Monster X Monster Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Lundi, 27 Febuary 2017

Critique 2


Nikiichi Tobita est un jeune mangaka au parcours un brin atypique : ayant commencé par le webcomic, il a signé à partir de 2009 l'oeuvre Kata Chikubi Dashita Ossan no Ushiro Tsuketara Tenkuu no Ken o Mitsuketa (ou, en anglais, How I Stalked Some Dude with an Exposed Nipple and Stumbled Upon the Zenithian Sword, vive les noms à rallonge), d'après un écrit éponyme laissé par un certain YDmPhSO2 sur le site nippon 2ch. S'inspirant du jeu Dragon Quest V, cette oeuvre au graphisme déjà très détaillé a permis au dessinateur de se faire remarquer en 2013 par la maison d'édition Shôgakukan, son futur responsable éditorial lui ayant alors proposé de dessiner un manga en un chapitre dans le magazine Shônen Sunday. Face au succès de cette histoire complète, celle-ci finit vite par devenir le premier chapitre d'une série : Monster x Monster, publiée en 2014-2015 dans le magazine Shônen Sunday Super et sur l'application MangaONE.

Comme le laissent deviner son parcours et le titre de son premier manga professionnel, Tobita est sans nul doute un amateur de jeux de rôle et d'aventure inscrits dans des univers fantasy avec ce qu'il faut de monstres, à la Dragon Quest ou Monster Hunter. C'est donc sans grand étonnement qu'on le voit ici choisir un cadre de fantasy avec de grosses bébêtes... et sans doute avec plus de surprise que l'on voit s'inscrire cette oeuvre dans un registre résolument décalé ! En effet, que ce soit à travers le résumé en 4ème de couverture ou via une bande-annonce plutôt fun, Ki-oon a bien présenté le truc, et c'est ce que nous allons voir tout de suite.

Tout commence pourtant d'une façon classique, que ne renieraient certainement pas les jeux Monster Hunter. Il y a longtemps, le monde était régi par de terrifiants monstres pour lesquels les hommes n'étaient que des proies parmi d'autres... mais depuis, les rôles se sont inversés.Certains humains osèrent se dresser contre ces créatures colossales, réussissant peu à peu à prendre le dessus pour se libérer de leur joug, si bien que plusieurs centaines d'années plus tard cette guerre est devenue une simple chasse routinière, où ce sont désormais les hommes qui traquent constamment les monstres pour en faire des marchandises. Dents, plumes, cornes, yeux... tout est utilisé à des fins mercantiles. Jusqu'à ce qu'en l'an 800, l'ensemble des pays du monde s'unirent sous la bannière de l'Empire pour fonder l'ère des grandes chasses, une ère où les Bringers, chasseurs professionnels de monstres, sont des stars. Dans la cité de l'ouest Aselan, haut lieu de commerce de monstres de la région, véritable plaque tournante où ce commerce permet de faire vivre la plupart des échoppes, se dresse un jeune héros de 18 ans, Wens Crage, future étoile montante parmi les Bringers... mais ce gars-là, ce n'est pas le héros de notre histoire. Nan nan. Notre "héros", il a 29 ans, n'a rien fait de sa vite depuis 15 ans, et passe son temps à glander chez lui, à jouer à des jeux vidéos, à fantasmer sur des jolies filles, à se curer le nez, et à ruminer dans son coin contre les chasseurs de monstres et les monstres eux-mêmes. Au grand dam de sa mère, qui tente désespérément de le pousser à trouver un travail...

C'est au bout de cette introduction rapide, mais réussie, car tirant bien parti du décalage entre le monde d'aventure et notre antihéros feignasse (notons qu'il n'est jamais nommé !), que l'on cerne ensuite un univers en réalité à la croisée des genres. En effet, à son univers fantasy avec ses monstres, ses guildes et sa ville fortifiée, le mangaka accentue le décalage en y ajoutant des éléments de notre réalité moderne et parfois un brin otaku. Ne vous étonnez donc pas de voir notre héros jouer à des jeux vidéo sur sa console portable, avoir des posters d'Idolmaster dans sa chambre, se rendre dans une taverne aux allures de maid café, et aller au Pôle Emploi. C'est plutôt surprenant et original, et ça renforce sans difficulté l'atmosphère loufoque de la série.

Atmosphère loufoque qui doit surtout beaucoup à son antihéros total, un fainéant absolu, lâche, un peu obsédé sur les bords, préférant fuir la réalité et pester sur les bringers plutôt que tenter d'agir lui-même, ce qui a un don pour agacer sa mère qui parfois aurait presque envie de le tuer ! Le bonhomme s'avère parfois carrément détestable, car il est capable d'être un peu odieux avec sa maman qui passe sa vie à s'énerver sur lui parce qu'elle s'inquiète... Chacun des premiers chapitres, à travers de nouvelles rencontres (auxquelles il colle des surnoms) et mésaventures, permet d'illustrer ce caractère d'antihéros, ce comportement vraiment pas glorieux, et c'est plutôt immersif, d'autant que la narration nous plonge très souvent dans les pensées du bonhomme, et que Tobita choisit de jouer sur certains running gags, comme le plaisir qu'a le gars à se curer le nez, ou ses élans de motivation qui retombent totalement à chaque fin de chapitre tant l'appel de la glande est plus fort que tout.

Et c'est peut-être là que se situe la plus grosse limite de ce premier volume. En effet, une grosse partie du volume se base sur le même schéma narratif : le héros entre en conflit avec sa mère, doit aller chercher du travail, finit par faire autre chose (aller picoler par exemple) ou par se planter dans le taff qu'on lui inflige, puis affiche quelques regains de motivations avant de très vite retomber dans ses travers. C'est très drôle au départ, mais une fois le schéma bien cerné, cela risque de retomber et de lasser certains lecteurs.

Heureusement, ces chapitres savent faire jouer d'autres atouts pour réussir à nous intriguer petit à petit. Car dans ce quotidien de loser, Tobita immisce petit à petit des personnages voués à être récurrents, comme le jeune prodige Wens, la jolie et impétueuse fille de seigneur de la ville, ou les membres d'une guilde intéressés par notre héros... Intéressés ? Mais pourquoi donc ? Hé bien, à chaque chapitre, on comprend aussi un peu plus que notre héros a une histoire un peu compliquée. On cerne qu'il a purement et simplement la nausée face aux monstres, puis on entrevoit que cette nausée provient d'un passé visiblement délicat, passé laissant ensuite deviner qu'il était un enfant un peu différent des autres, avant que cette différence n'apparaisse un peu via une étonnante capacité... Tobita n'en dit jamais beaucoup pour l'instant, mais il parvient peu à peu à intriguer sur ce héros sans doute un peu plus complexe qu'il n'y paraît. Et les dernières pages arrivent alors au bon moment pour enfin débarrasser la série de son schéma un peu bateau, qui aurait pu clairement lasser s'il avait encore duré (si tant est qu'il ne lasse pas déjà certains lecteurs).

Il faudra donc encore attendre pour savoir ce que l'histoire et l'univers de Monster x Monster ont réellement dans le ventre, ce premier tome posant surtout des bases, des personnages, un ton particulier jouant bien sur son registre de fantasy décalée avec un antihéros total. L'auteur pose quelque chose de très prometteur qui doit désormais confirmer, et l'oeuvre ne faisant que trois volumes, il faut espérer que le tome 2 décolle bel et bien.

En attendant, un point qui devrait mettre tout le monde d'accord concerne le style graphique prometteur de Tobita, dont on comprend très facilement pourquoi il a tapé dans l'oeil de Shôgakukan ! Pour une première série pro, l'auteur a développé un trait d'une grande richesse, que ce soit sur ses personnages, ses décors de ville ou de nature... mais on retient surtout les différents monstres qui apparaissent, bien sûr : toujours très travaillés et denses, les designs sont diversifiés, aboutissent sur un bestiaire varié où les petites bêtes dangereuses côtoient les monstres colossaux dont on ressent sans problème le gigantisme et la force. C'est parfois réellement impressionnant sur le pur plan visuel ! Mais ce tome n'étant qu'une sorte d'introduction, les apparitions de monstres et scènes d'action restent encore très limitées, et il reste alors à voir si c'est un axe que Tobita développera par la suite.

L'édition française proposée par Ki-oon est d'excellente facture. On trouve les habituelles qualités concernant le papier souple et épais et l'impression sans couac. L'expérimenté Thibaud Desbief livre une traduction plaisante, vivante et collant assez bien au caractère des différents personnages.


Critique 1


Après une vague de titres tournant autour de Monster Hunter (licence issue du jeu vidéos), lorsque Ki-oon a annoncé l'arrivé prochaine de Monster X Monster, il était aisé de faire le parallèle: une œuvre de fantasy basée sur un bestiaire fourni, traitant de chasse aux monstres...les amateurs avaient de quoi se réjouir...
Mais il s'avère que le titre est quelque peu décalé, et ce n'est pas peu dire...peut être même trop décalé, suffisamment en tout cas pour perturber ceux qui sont venus chercher un titre dans la pure tradition fantasy...
La série ne fait que trois tomes, ce qui s'avère être une prise de risque restreinte...mais tout de même!

Il fut une époque où les monstres dominaient le monde, où les hommes tremblaient devant eux et se cachaient, mais cette époque est révolue, les hommes se sont dressés contre les bêtes, les ont affrontés et les ont vaincus! Ce qui était une lutte pour la survie n'est désormais plus que de la chasse! Et les chasseurs sont les hommes les plus respectés du monde, ils sont ceux qui permettent d'utiliser les capacités et propriétés des créatures. C'est le rêve de tous de devenir un chasseur reconnu....sauf du héros de cette histoire qui passe sa vie dans sa chambre à "glander", véritable hikikomori de 29 ans, refusant de sortir, préférant profiter de sa vie paisible chez sa mère...sauf que celle-ci commence à saturer et souhaite qu'il trouve un travail, quitte à le brusquer... Mais chaque tentative se solde par un échec cuisant, et ce malgré des rencontres hors normes tels le meilleur chasseur du pays ou une princesse qui vont tour à tour tenter de le motiver...mais la motivation ne va durer qu'un temps...c'est tellement plus simple de "glander"!

Malgré la présence du héros sur la couverture s'enfournant un doigt dans une narine avec une console portable dans l'autre main, l’œil n'est attiré que par les dragons et autres créatures présentes elles aussi sur la couverture...et forcément cela prête à confusion!
Et même si l'éditeur nous vend le titre comme une série à l'humour décalé, il nous promet également un voyage initiatique...base classique de tout shonen d'aventure!
Malgré une entrée en matière dans la plus pure tradition des récits de fantasy avec un retour sur une époque révolue où les monstres dominaient le monde, contant le soulèvement des hommes et nous lâchant en guise de conclusion à l'introduction que désormais nous étions sous l'ère des grandes chasses...nous nous retrouvons nez à nez (comprennent qui pourra) avec un héros totalement atypique, un glandeur de première, avec une tête de gland (ce qui tombe plutôt bien pour le coup) dont les principales passions sont les jeux vidéos et fourrer son doigt dans son nez! Autant dire qu'avant de s'attacher à un tel personnage il va y avoir du travail!
L'univers de la série se montre assez surprenant: alors que nous pensions être plongés dans un monde de fantasy tout ce qu'il y a de plus classique, nous découvrons des consoles avec ses jeux de dragues, nous entendons parler du pôle emploi, puis nous pénétrons dans des bars à hôtesses usant des méthodes des Yakuzas... Clairement l'auteur transpose des tranches de vie d'un hikikomori (personne vivant coupé du monde, dans leur chambre chez leurs parents refusant de se confronter à la réalité du monde extérieur lui préférant un monde fantasmé et/ou virtuel) dans un monde fantastique, à tel point qu'on en viendrait presque à se demander s'il ne s'agit pas d'un fantasme éveillé de notre héros...

Pourquoi pas? Après tout, le titre se veut décalé (peut être un peu trop pour le coup), et l'humour n'a jamais empêché une grande et belle aventure. Donc tout en prenant compte de cet humour peu conventionnel, on attend que le titre démarre! Mais cela ne vient pas...ou trop tard... 

Qu'apportent alors la fantasy et les monstres? Absolument rien! D'autant que le titre est faussement vendeur sur le sujet! On s'attend réellement à un titre rappelant Monster Hunter, et l'introduction nous plonge dans cette direction, contribuant encore à nous induire en erreur...
Alors bien évidemment la transition lorsqu'on découvre le héros est assez frappante, le lecteur est pris totalement à contre-pied...et c'est réellement amusant...mais ça ne l'est qu'un temps! Chaque chapitre nous reparle de hauts faits d'armes, de héros et de monstres légendaires, mais il ne s'agit que d'une toile de fond...pas de monstre, pas d'affrontement, juste des tranches de vie d'un raté absolument pas attachant (voire même détestable au vu de son comportement avec sa mère)...

Il faut attendre la fin du tome pour avoir un début d'intrigue, pour voir apparaître des chasseurs et des monstres incroyables...mais n'est-ce pas un peu trop tard? Rappelons que la série ne s'étend que sur trois volumes...alors, commencer réellement à la toute fin du premier, c'est effectivement trop tard!

Donc clairement il faut savoir ce qu'on vient chercher avec ce titre: si vous venez chercher un récit décalé et humoristique, alors pourrez passer un moment agréable; mais si vous vous attendiez à de la fantasy, à des affrontements épiques et à découvrir des créatures majestueuses, vous allez perdre votre temps et sortir de cette lecture, frustré et agacé!
Parce que soyons clairs, je ne comprends pas le concept, l’intérêt de placer ce récit dans un univers de fantasy! Ce n'est pas plus drôle en le sortant du contexte contemporain, donc pourquoi ne pas véritablement exploiter le contexte?

Ce qui joue grandement en faveur de la série c'est le trait incroyable de son auteur qui nous propose des monstres absolument magnifiques, dont les premiers ne sont pas sans faire penser à Zodd de Berserk...C'est un régal pour les yeux...mais ça ne fait pas tout!

Un titre étrange... à vous de voir quelles étaient vos attentes sur le titre, ce que venez chercher...mais certainement pas une aventure épique!


Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Erkael

10 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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