Moi aussi Vol.2 - Actualité manga

Moi aussi Vol.2

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 23 October 2020

Chronique 2 :

Suite au harcèlement sexuel qu'elle a subie de la part de son ancien supérieur Dôbayashi, Satsuki souffre encore de forts traumatismes. Elle a bien sur quitté son travail en pensant qu'elle pourrait se refaire ailleurs, mais rien n'a été si simple: incapable de reprendre une vie et un travail normaux tant la peur (notamment du contact masculin) reste présente en elle, elle a même envisagé le suicide... mais a finalement trouvé un réconfort dans une association d'aide aux femmes où elle s'investit beaucoup, que se soit pour accueillir et aider d'autres victimes femmes comme enfants, ou pour elle-même se ressourcer, petit à petit. Ainsi, elle a quitté la maison de sa mère, à qui elle préfère cacher la vérité pour ne pas lui procurer du souci, et s'est installée à l'association pour repartir de l'avant et devenir plus forte... au point, bientôt, de prendre une importante décision sous l'impulsion de celles qui la soutiennent: demander une reconnaissance de son harcèlement sexuel en tant qu'accident du travail, chose qui semblait pratiquement impossible en cette année 2007. Mais à force de se battre malgré le coté très éprouvant et intrusif des démarches, notre héroïne finira peut-être bien par provoquer l'incroyable, en fissurant la société trop bien ancré dans ses valeurs patriarcales pour mieux faire reconnaître les droits des femmes.

Après un premier volume qui nous faisait suivre avec une force et une précisions déstabilisantes la manière dont Satsuki était emprisonnée dans le harcèlement de Dôbayashi, dans ce deuxième et dernier volume de Moi Aussi l'heure est donc venue pour Satsuki de lancer sa contre-attaque... mais forcément, absolument rien ne sera facile, et il sera même assez effrayant de voir que toutes ses démarches auront mis des années pour aboutir à un résultat important.

Dès les premières demandes de Satsuki, le récit frappe fort en présentant les réactions des dirigeants de l'entreprise (tous des hommes, bien sûr) qui prennent ça comme une blague, tandis que Dôbayashi repasse déjà à l'offensive pour essayer de briser de plus belle notre héroïne. Ainsi n'hésitera-t-il pas à venir menacer Satsuki de la poursuivre pour diffamation, à engager un détective pour essayer de la piéger... ce qui demandera forcément un grand courage à la jeune femme pour aller au bout de ses démarches.

Car du courage, il lui en faudra assurément, ne serait-ce que pour oser faire de nouvelles démarches toujours plus fortes dès que l'une d'elles est un échec, quitte à devoir s'impliquer là-dedans pendant des années au vu de la rigidité et de la vieillesse du système, de la société. Cette société, plus que Dôbayashi lui-même, sera à bien des égards le principal adversaire de Satsuki. Les nombreuses démarches s'avèrent éprouvantes, mais chacune d'elles permet à Reiko Momochi, en se basant toujours sur le témoignage véridique de Kaori Sato, de décortiquer tout ce qui ne va pas dans ce genre de cas. Quand Dôbayashi réapparaît, les traumas de la jeune femme réapparaissent forcément, et elle se sent même coupable du resurgissement des peurs des enfants accueillis par l'association. Quand il faut prouver que les troubles psychiques découlent bien du harcèlement, il est assez ahurissant de voir à quel point l'enquête peut être intrusive en empiétant sur la vie privée et intime (au point que Satsuki a peur qu'on essaie de rejeter la faute de son trouble sur ses parents). Les mails sont fouillés, l'audition de notre héroïne ressemble largement plus à un interrogatoire où on essaie limite de la culpabiliser (ce qui était le cas en 2007, les auditions étant différentes depuis). Au moment du procès, voici qu'elle doit décrire les gestes obscènes que Dôbayashi lui a infligées, ce qui est forcément très rude. Quand elle fait le choix d'aller vraiment au bout en rendant l'affaire publique et en attaquant l'Etat, cela signifie aussi recevoir autant de soutiens que d'injures de la part de la population...

Et ce que l'on apprécie également beaucoup, c'est la façon dont la mangaka ne loupe aucune occasion pour approfondir encore le sujet sous d'autres aspects. Momochi évoque très bien le fait que les victimes se sentent souvent responsables de ce qui leur arrive, ce qui représente forcément un fardeau supplémentaire sur elles en plus de l'agression. De même, on appréhende très bien les conséquences du drame de Fukushima sur des victimes qui ont vu leurs traumatismes se réveiller, montrant que toute agression sexuelle est profonde et indélébile. Et puis, il y a ce témoignage d'une soeur et de son frère, montrant qu'un harcèlement eut littéralement briser nombre de vies, et pas uniquement celle de la victime (ce qui en fait déjà une de trop). Tout simplement, l'autrice expose vraiment bien tout, des plus profonds tourments intérieurs de l'héroïne jusqu'aux nombreuses étapes et épreuves pour sortir gagnante, en passant par nombre d'à-côtés.

Moi Aussi se présente alors comme une lecture particulièrement riche et forte, très immersive dans son traitement et dans sa vision de la condition féminine dans la société japonaise, le tout étant porté par un ton assez direct où la manga, par moments, exagère volontairement le trait (surtout certains visages très patibulaires de Dôbayashi) pour mieux marquer les esprits. Le parcours de Satsuki alias Kaori Sato a dû être particulièrement éprouvant, mais fut l'une des premières pierres ayant permis à la société nippone de commencer à changer, preuve que cela valait le coup de ne rien lâcher... et de ne toujours rien lâcher puisque, comme la fin nous le fait bien comprendre via ce qu'est devenu Dôbayashi ou au travers de la dernière page, le combat est loin d'être terminé.

Enfin, on appréciera une démarche typique d'Akata, qui aime régulièrement reverser 5% du prix de vente de certains de ses récits engagés à des association en lien avec l'oeuvre. Ici, il s'agit de l'association Solidarité Femmes, ce qui vaut donc largement le coup d'acheter la série avant la fin de l'opération en avril 2021.


Chronique 1 :

A cause du harcèlement qu'elle a subi de la part de son ancien supérieur, Dôbayashi, Satsuki a non seulement quitté son poste, mais est désormais en incapacité de travailler. Au fond du trou, elle trouve un certain réconfort auprès de L'espace d'aide aux femmes, une association soutenant les femmes qui ont été victimes d'injustice. Satsuki trouve alors la force de contre-attaquer, et décide de saisir l'inspection du travail afin que sa situation soit reconnue comme accident du travail, suite au harcèlement qu'elle a vécu...

Avec ce deuxième tome de Moi Aussi, Reiko Momochi met fin à sa série, courte certes, mais développant un sujet aussi grave que d'actualité. Un second opus qui fait donc office de deuxième partie de l'histoire puisque après un tome premier qui mettait énormément l'accent sur le harcèlement vécue par l'héroïne, l'heure est maintenant venue à sa contre-attaque contre son ancien harceleur, mais aussi contre le système dans son ensemble.

La fin de l'oeuvre est donc aussi intense que vaste, puisque l'autrice poursuit une formule visant à développer tant l'histoire personnelle de Satsuki, mais aussi aborder en long et en large la question du droit des femmes et la reconnaissance du harcèlement qu'elles peuvent subir. Une double optique toujours intéressante donc, et qui n'est pas exclusivement centré sur le cas de la protagoniste. Aussi, une seconde histoire plus dramatique se mêle à l'ensemble. Pourtant, on sent que Reiko Momochi ne cherche pas à faire du sensationnalisme, mais simplement montrer des réalités qui peuvent avoir lieu pour étoffer son sujet et son propos.

Ainsi, le combat (ou plutôt l'un des combats) de Satsuki est mené à son bout dans ce second tome, avec son lot de hauts mais surtout de bas. L'idée du récit étant de pointer du doigt les absurdes difficultés que peuvent avoir les femmes à faire reconnaître les sévices qu'elles ont subi, rien n'est jamais simple dans le scénario du récit, ce qui permet aussi à l'autrice de traiter différent aspects de la société nippone, sans doute pas si éloignée de la notre. Évidemment, quelques coups d'éclat permettront d'apporter une fin globalement positive, puisque Moi Aussi se veut comme un message d'espoir. Mais la démarche de la mangaka est subtile, aussi la conclusion n'est pas un happy end total, et se teinte de quelques nuances amères qui attestent une autre réalité : Même si les choses bougent, certains malfaiteurs se considèreront légitimes jusqu'au bout.

Un aspect important et surprenant vient aussi teinter l'ensemble : La catastrophe de mars 2011 qui a frappé le Japon. L'introduction de cette idée est soudaine et assez bouleversante, mais a surtout le mérite de mettre le doigt sur des traumas peu abordés jusqu'à présent. Il ne faut pas oublier que ce tragique événement a marqué bien des auteurs dont Reiko Momochi elle-même qui abordait la chose dans sa courte série Daisy : Lycéennes à Fukushima. Une juste cohérence dans l’œuvre globale de l'autrice, mais qui revêt ici un jour tout particulier.

Jusqu'au bout, Moi Aussi aura fait office d’œuvre touchante, brusque, mais aussi particulièrement informative sur la société japonaise et la manière dont les choses commencent à bouger là-bas, en ce qui concerne la reconnaissance du harcèlement sexuel subi par les femmes. Régulièrement dramatique mais jamais gratuitement, positive sur sa fin mais suffisamment nuancé pour rester objective, le titre mérite d'être lu tant il atteste solidement d'une sordide réalité. Peut-être pourra-t-on reprocher à la mangaka ses excès quand il s'agit de représenter la face sombre de Dôbayashi, harceleur affichant des trognes dignes d'un Kira de Death Note quand il est en mauvaise posture, mais rien qui nous fasse réellement sortir du récit. Enfin, saluons l'excellente initiative d'Akata sur ce second opus puisque 5% du prix de vente sera reversé à l'association Solidarité Femmes, jusqu'à fin avril 2021. Un beau geste qui prouve une nouvelle fois l'engagement de l'éditeur et sa volonté de s'impliquer, à son échelle, dans les différentes luttes sociales.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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