Mari de mon frère (le) Vol.4

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 27 October 2017

Après que Mike se soit rendu à l'école de Kana, Yaichi reçoit un appel du professeur de la petite-fille, visiblement inquiet de la situation du foyer. Pourtant, Kana semble être la plus heureuse des petites filles, aussi c'est avec joie qu'elle invite ses amis à la maison, afin de leur présenter son tonton adoré. En parallèle, le départ de Mike pour le Canada approche, aussi celui-ci doit s'assurer d'avoir accompli l'objectif initial de sa venue au Japon...


Avec ce quatrième tome, la touchante série de Gengoroh Tagame touche à sa fin, quatre volumes durant lesquels le mangaka a pu exposer ses messages, et créer un fort lien affectif entre le lecteur et la petite famille composée de Yaichi, Kana et Mike.


On pouvait se questionner sur la manière de conclure une œuvre qui n'avait pas de réel fil conducteur et qui se présentait comme une tranche de vie sociale autour de différents sujets, comme la différence, l'acceptation de son prochain, l'homosexualité et la famille. Pourtant, ce dernier opus nous propose une fin globalement parfaite puisque l'auteur, sur ces derniers chapitres, parvient à conclure tout ce qu'il a entrepris depuis le premier volet.


A commencer par toute la dimension sociale, le message phare de la série qu'est celui de l'homosexualité, un mot qui relève encore du tabou dans la société japonaise, peut-être plus qu'en France. La conclusion de cette thématique passe alors par le personnage de Yaichi, protagoniste qui se montrait fermé d'esprit au tout départ, mais qui a vite appris à s'ouvrir, ce par des questionnements très naturels et qui relevaient surtout du bon sens. Par le chapitre centré sur le professeur de Kana, il est temps pour ce héros de montrer celui qu'il est maintenant, à savoir un individu ouvert. Cette séquence, déjà forte pour l'évolution du personnage, est d'autant plus juste qu'elle aborde subtilement de multiples sujets de société : accepter la différence, ne plus se contraindre à des mœurs vieillottes, mais aussi veiller aux injustices en préférant condamner les fautifs plutôt que les victimes. Beaucoup de sujet dans l'air du temps donc, ce qui rend le tome encore plus fort et authentique. Dans cette volonté de marquer les esprits, on notera qu'Akata a su employer des termes parlant, « Mariage pour tous », par exemple. Et dans tout ça, une fois encore, Gengoroh Tagame ne se veut pas tellement moralisateur. Par Yaichi, l'auteur expose simplement un désir de liberté pour chacun, en partant de logiques extrêmement simple et sans accuser quiconque.


Dans ce dernier tome, il était aussi temps d'achever la dimension familiale du titre, sa facette la plus touchante. Par quelques révélations autour de Mike et le motif de sa venue eu Japon, l'aspect famille de la série est bien plus poussé que dans les tomes précédents, et surtout légitime. Il y a d'un côté le fait d'accepter Mike en tant que mari de Ryôji, mais aussi les regrets de Yaichi qui devront être entièrement assumés. En résultent des séquences touchantes, pas inutilement larmoyantes, mais assez poignantes, ce grâce à la légèreté du ton et la sincérité des personnages. La mise en scène n'a pas besoin de trop en fait, aussi nombreux sont les passages dénués de propos qui appuient les liens solides qui lient Mike à Kana et Yaichi. A travers ce développement, le mangaka aura mené à terme un autre de ses sujets : la famille n'a pas de code, preuve en est le départ du Canadien qui ne sera facile pour personne.


Enfin, Yaichi nous émeut aussi, dans ce tome, par ses remords. Celui-ci est maintenant un individu qui pense différemment, mais qui sait aussi honorer de manière juste la mémoire de son frère. En résulte une conclusion assez tragique pour le personnage, mais qui conserve une beauté sur le simple principe que maintenant, la volonté de Ryôji est accomplie.


La fin, tant redoutée, est à l'image de l'ensemble du titre. Elle est touchante et peu évidente tant on s'est attaché à ce petit foyer haut en couleur. Pourtant, pas de grandes effusions de larmes. La narration est suffisamment claire pour faire ressentir la tristesse des personnages, mais le verdict final facilite les au revoir. Car si Mike s'en va, le fait qu'il soit un membre de la famille de Yaichi et Kana démontre clairement qu'ils se retrouveront un jour...


On referme donc Le Mari de mon Frère avec un certain chagrin, mais le meilleur chagrin possible quand on termine la lecture d'une œuvre. Socialement fort et justement développé, émotionnellement parfaitement dosé par certains thèmes et poignant par ses personnages qu'on a du mal à quitter, le récit de Gengoroh Tagame a su se montrer captivant et envouter ses lecteurs le temps de quatre tomes. Une œuvre unique par sa portée et habilement menée d'un bout à l'autre qu'on ne se lassera pas de relire régulièrement, et qui devrait être suggérée au plus grand nombre pour ses incroyables messages de tolérance et d'amour.


Côté édition, on notera qu'Akata propose une version alternative de ce dernier tome, incluant une box de rangement de l'intégralité de la série, pour quelques euros de plus. Pourvu d'illustrations bien rendues et rigide, le coffret donne une allure plus que noble à cette série chère à l'éditeur, qui avait accueilli le mangaka lors de l'édition 2017 du Festival de la Bande-Dessinée d'Angoulême.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

18 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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