Lyla et la bête qui voulait mourir Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mardi, 20 March 2018

Critique 3


Mois après mois Ki-oon ne cesse de nous surprendre avec des titres variés et accrocheurs, explorant tous les styles, tous les genres, de l'action bête et méchante, à des titres beaucoup plus profond en passant par des tranches de vies ou encore des thrillers horrifiques, bref il y a largement de quoi faire! 


Avec ce nouveau titre venant étoffer leur catalogue, "Lyla et la bête qui voulait mourir" (c'est la seule fois de la chronique où le titre sera cité en entier...beaucoup trop long!), nous allons explorer un nouvel univers à la fois sombre et onirique, nous offrant de nombreuses promesses! 


Issu de la collaboration de deux auteurs que nous découvrons avec ce premier opus, le titre nous surprend dès ses premières pages et va nous entraîner dans un voyage initiatique étonnant de deux être que tout sépare...ou presque! 


Aron est une chimère, une créature humanoïde mi homme mi animale, rejetées par la société, elles vivent de façon marginale, représentant la caste la plus basse de ce monde où règne la violence et la corruption! Mais Aron, n'a pas une vie ordinaire, il "appartient" à un puissant parrain, vivant dans une cage, et ne sortant que pour exécuter les basses besognes, à savoir le plus souvent éliminer ceux qui dérangent son patron! Mais Aron, vivant coupé du monde a conservé malgré ses meurtres, la mentalité et la réflexion d'un enfant, son seul échappatoire à cette triste vie est un livre lui permettant de s'évader dans ses rêves. 


Un jour on lui demande d'exécuter un homme ayant déplu à son "maître", il va massacrer la famille à l’exception de Lyla, une jeune fille jurant de se venger! Mais alors qu'il découvre l'enfant, Aron croit reconnaître en elle la petite fille de son livre de conte et s'enfuit avec elle, car elle est selon lui celle qui pourra lui apporter la paix en le tuant. Se rendant bien compte que Lyla est faible il décide de faire d'elle une fille forte afin qu'elle puisse justement réaliser son vœu de le tuer. 


De son coté Lyla souhaite effectivement la mort de la créature qui a tué ses parents mais à son contact va réaliser qu'il adopte des réactions enfantines et n'est autre qu'un instrument non responsable de ses actes... 


Entre le titre et le design d'Aron qui apparaît sur la couverture de ce premier tome on pourrait être tenté de faire un rapprochement un peu rapide avec des titre tels que "The ancient magus Bride" ou "L'enfant et le maudit"...on pourrait croire qu'on y trouverait une dimension onirique et poétique...mais l'entrée en matière nous jette au visage une violence et une sauvagerie particulièrement étonnante et troublante! 


Pourtant ignorer la dimension onirique des contes du titre serait une erreur, d'une part parce qu'on y retrouve des créatures fantastiques tout droit issues de ces fameux contes mais aussi et surtout parce que l'ensemble des réactions d'Aron le conduisant à se retrouver seul avec Lyla, sont entraînées pas un livre de conte qui permet à cette pauvre créature de s'échapper de cette vie de violence! 


Ainsi d'emblée les auteurs opposent deux visions diamétralement opposées: la réalité froide, violente et injuste (car quoi de plus injuste que de perdre ses parents sans comprendre pourquoi?) à la rêverie du conte dans lequel se transpose Aron, une histoire où la mort n'est pas violente mais délivrance! 


Dans ce monde où les chimères vivent en marge de la société, les auteurs prennent le parti de nous présenter le personnage principal comme un monstre! D’emblée, dès sa première apparition, dès les premières pages de ce premier tome, on le découvre en train de massacrer une autre créature sans la moindre émotion, il tue de manière mécanique, comme si c'était profondément ancré dans sa nature profonde! 


Mais cette vision sombre et morbide de Aron va être déconstruite tout au long du tome, en premier lieu quand on le découvre enfermé dans sa cage, maltraité par ses geôliers contre lesquels il ne se rebelle pas alors qu'il pourrait aisément les éliminer, traités comme un chien par son "maître" qui ne le voit que comme un outil bien pratique... On finira par la prendre en pitié, déjà lorsqu'on découvre qu'il agit et pense comme un enfant...il est ainsi car il a été éduqué ainsi, il est tout autant victime que ses propres victimes! 


A ce niveau il est aisé de faire un rapprochement avec le film "Danny the dog" avec un Jet Li élevé comme un animal dans le seul but de tuer pour son maître. Et il ne faudra pas attendre longtemps pour que le développement prenne la direction du film, à savoir une profonde blessure cachée et une humanité qui ne demande qu'à surgir par le biais d'une éducation chaleureuse! 


Nous n'en sommes pas encore là dans la relation entre Aron et Lyla, mais cette chaleur Aron la trouvera auprès d'une vieille femme pensant voir en lui un fils disparu! Et c'est dans ce rapport entre Aron et cette vieille chimère que Lyla comprendra partiellement ce qu'a pu vivre Aron et surtout ce qui lui a manqué. 


De son coté Lyla nous est tout d’abord présenté comme une fille emplie de colère et de haine, souhaitant plus que tout la vengeance...comment pourrait-il en être autrement après avoir assisté à la mort de ses parents des mains d'une créature? Mais ses sentiments vont peu à peu évoluer, en même temps que ceux des lecteurs, au contact de cette pauvre créature, ne possédant aucune conscience du bien et du mal, qui n'aspire qu'à mourir, non pas pour expier ses fautes qu'il ne comprend pas mais tout simplement pour être libéré de sa souffrance. 


Sans que cela soit trop abrupt et donc peu cohérent, les auteurs font évoluer les sentiments de Lyla de la colère vers la pitié, vers un ressenti ambivalent où peu à peu le désir de vengeance va se reporter vers une autre cible... 


La relation de ces deux êtres solitaires est clairement la pierre angulaire du récit, et cela fonctionne à la perfection, mais ce n'est pas tout, on y découvre une société divisée en castes avec des laissés pour compte, des êtres rejetés de par leur seule naissance, de par leur apparence. Cette toile de fond apporte plus de profondeur au récit et nous questionne sur la notion d'humanité, puisqu'à la fin du tome ce sont les chimères qui vont se montrer plus humaines dans leurs réactions et leurs sentiments que les humains eux-mêmes! 


On pourrait presque avoir l'impression d'être en plein Disney avec des animaux comme personnages principaux! 


Ce contraste entre la violence de certaines situations (qu'elle soit visuelle ou psychologique) et l'émotion distillé tout au long du tome en fait une lecture vraiment saisissante et particulièrement séduisante! 


Le trait de Eziwa Saita se veut très spécifique et contribue davantage à nous plonger dans un monde onirique que violent, et s'il peut se montrer peu précis par moment et brouillon durant les phases plus dynamiques, il possède une identité forte qui a lui aussi quelque chose de séduisant! 


Un premier opus qui marque un grand coup et nous offre de belles promesses pour la suite; un voyage dans un monde à la fois violent et onirique qu'on est pressé de continuer! 


Critique 2


Le mois de février a vu arriver aux éditions Ki-oon Lyla et la bête qui voulait mourir, de son nom original Raira to Shinita Gari no Kemono. Lancée début 2017 dans le magazine Young Ace de Kadokawa, et terminée au Japon depuis début mars de cette année (la série comptera donc 3 ou 4 tomes), cette oeuvre est signée Asato Konami (scénario) et Ejiwa Saita, deux artistes en début de carrière et que nous découvrons donc pour la première fois en France.


Le récit nous plonge dans un monde que l'on devine très dur, et ce dès les premières pages, brutales. Cet univers, où cohabitent humains et chimères (des êtres mi-humains mi-animaux), mais où les chimères sont généralement méprisées, est régi par la loi du plus fort. Et dans cette loi de la jungle, l'un des hommes les plus forts est un paria de la mafia qui exerce sa loi sans état d'âme, éliminant quiconque lui fait obstacle, même s'il s'agit de ses propres hommes parfois. Pour ça, il a pris soin d'élever depuis son enfance Aron, une chimère qu'il a coupée d'absolument tout pour en faire une simple machine à tuer, exécutant ses ordres meurtriers sans réfléchir. Aucun lien avec l'extérieur, aucune éducation, aucune notion de ce que peuvent être les sentiments... La seule chose qui rattache Aron avec le monde depuis le fin fond de sa cage, c'est un livre pour enfants, "Blue Eyes Angel" d'Eric Lionni, un conte illustré où une jeune fille aux yeux bleus emmène le héros de l'histoire jusqu'au paradis où il peut enfin connaître le bonheur en mourant. Ainsi, Aron, vivant en n'ayant jamais connu le bonheur, ne rêve que d'une chose : trouver cette angélique fille aux yeux bleus, pour qu'elle le tue, le délivre de son existence de souffrance et lui permette d'enfin goûter au bonheur. Cet ange, Aron pense le trouver enfin en Lyla, une jeune fille des quartiers pauvres qui, le jour de ses 16 ans, voit ses parents tués par les mains de l'homme bête sur ordre de son maître. En croisant le regard bleu perçant et le visage à la fois innocent et fort de cette fille, il en est persuadé : elle pourra le tuer. Et c'est ainsi qu'il embarque avec lui cette adolescente forcément rangée par la haine envers lui, pour un road trip où ils vont se découvrir, tout en étant pourchassés par la mafia...


L'erreur, ici, serait de comparer l'oeuvre avec certaines autres séries mettant elles aussi en scène une jeune fille humaine et un non-humain, comme The Ancient Magus Bride, L'Enfant et le Maudit, ou Somali et l'esprit de la forêt. Car Lyla et la bête qui voulait mourir offre une tout autre ambiance, beaucoup plus dure, plus brutale, plus sanglante aussi, chose que les premières pages font tout de suite comprendre. On va alors suivre ces deux héros que tout oppose dans un monde cruel et sans foi ni loi, où ils se retrouvent traqués par d'horribles personnes, pour un rythme qui ne faiblit jamais et qui est totalement emballant par sa limpidité.


Dans tout ça, on découvre avec intérêt un duo complètement détonnant, et finalement vite attachant au-delà de la dureté du monde qui les entoure. Aron, homme bête enfermé depuis toujours et ne connaissant rien du monde, devient vite un personnage assez captivant de par sa double nature: capable de tuer sans la moindre émotion, il affiche également une pureté totale de par sa non-connaissance du monde et des émotions, une pureté comme pourrait en avoir un enfant. Un statut qu'il doit évidemment à la manière triste et terrible dont il a été éduqué (ou plutôt non éduqué)... Face à lui, Lyla séduit d'emblée, dès les premières pages où elle ne montre aucun mépris envers les chimères... mais où la haine se met forcément à l'habiter quand Aron, suivant les ordres, lui enlève son bonheur. Un duo complexe, mené par le plus innocent des tueurs et une adolescente de caractère, dont on va adorer suivre les évolutions au gré de leur road-trip. Sur sa demande, Aron découvrira peu à peu auprès de Lyla ce que sont les sentiments, tandis que Lyla, elle, cernera petit à petit tout le malheur de la vie de la chimère, pourra mieux le comprendre, même si elle ne pourra sans doute pas lui pardonner le meurtre de ses parents... Une chose qui ne dérangera peut-être pas Aron, puisqu'il désire apprendre à tuer à Lyla, afin qu'elle puisse elle-même lui ôter la vie.


Ce rapport complexe et ce rythme haletant sont intelligemment mis en images par Saita, dont le style pourrait pourtant décontenancer un peu au départ, de par ses apparents problèmes de proportion et sont rait parfois faussement relâché. En réalité, le style du dessinateur brille par sa mise en scène dynamique, ses angles de vue parfois saisissants, ses trames aux tons très variés (parfois sombres, parfois plus claires), ses aspects parfois un peu crayonnés et relâchés qui entretiennent une très forte expressivité. Surtout, le dessin est capable d'offrir en Lyla des expressions très fortes, riches en nuances, où l'on peut deviner à la fois colère et tristesse. Et en Aron un physique où l'on devine toute la méconnaissance du monde et l'innocence sous des allures de "monstre".


Le récit, capable de prendre aux tripes, nous fait alors passer par nombre d'émotions, tout comme ses personnages, et on est réellement curieux de voir comment se poursuivra le parcours de ce tueur innocent et de cette jeune fille écorchée...


Ki-oon offre une très belle édition, avec papier bien épais et souple, excellente impression, premières pages en couleurs, et traduction bien dans le ton d'Anne-Sophie Thevenon, une traductrice décidément plus douée pour les récits durs que pour les oeuvres plus légères.


Critique 1


En ce mois de février 2018, une nouvelle pépite intègre le catalogue des éditions Ki-oon : Lyla et la bête qui voulait mourir. Derrière ce titre se cache la collaboration entre deux auteurs : Asato Konami au scénario, et Ejiwa Saita au dessin, deux mangaka que nous découvrons avec ce titre. En cours au Japon avec deux tomes, la série est publiée depuis l'année dernière dans le magazine seinen Young Ace. Il n'aura donc pas fallu longtemps pour voir le titre paraître chez nous, comme s'il y avait eu de la part de l'éditeur un coup de cœur pour le style de l’œuvre...


Dans un monde où existent les humains et les chimères, des humanoïdes aux faciès et attributs d'animaux, la corruption règne. Aron est une de ces chimères, mais sert avant tout d'arme de choix pour une des organisations locales. Recueilli dès son plus jeune âge, Aron ne sort de sa cellule que pour accomplir des missions, tâches consistant essentiellement à tuer. Sans vrai contact avec l'extérieur, la chimère a conservé un âge mental très juvénile, ne trouvant du réconfort que dans le livre de conte qu'il accompagne partout. Au cours d'une de ses missions, il doit exterminer une famille dont est issue la jeune Lyla. Témoin de la mort de sa mère, la jeune fille explose de rage, mais Aron refuse de la tuer. La chimère voit en elle la fille de son livre de conte, la seule qui pourrait l'amener là où il pourra être tué, pour mourir en paix. Lyla pourra-t-elle exaucer le souhait du meurtrier des siens ?


Lyla et la bête qui voulait mourir se présente très rapidement comme un manga hybride, sur ce premier tome. Rapidement, le titre se montre très sombre et sans pitié, présentant un Aron capable de tuer de manière sanglante et sans scrupules, voire tout simplement sans pensées. Pourtant, les auteurs abordent leur histoire à travers un univers qui empreinte énormément aux contes, ne serait-ce avec la présence de chimères, des animaux anthropomorphes, mais mis à l'écart par les humains.


C'est précisément sur cette dualité entre le conte et le récit sombre, l'émerveillement et le morbide, que ce premier tome va évoluer. Le premier chapitre, qui dépeint le pitch initial, se montre sans pitié et à ce titre, il est difficile de ne pas ressentir de la peine pour Lyla, et de cautionner les actions d'Aron. Un premier chapitre assez dur donc, mais le récit va pourtant progressivement évoluer, jonglant toujours avec des péripéties violentes et un développement de l'univers qui renvoie aux belles histoires où des humains côtoient des animaux humanoïdes.


C'est justement là qu'est tout l'intérêt de ce premier volume : A partir d'un récit aux bases sombres, les auteurs y apportent énormément d'espoir au fil des pages. Et cette évolution est caractérisée par un duo : Lyla et Aron, la jeune fille victime des assassinats de la chimère et cette dernière voulant justement que la demoiselle lui ôte la vie. Mais pas n'importe comment, l'acte devra avoir lieu comme dans son livre et pour cela, Lyla doit s'entraîner. On décèle alors rapidement quelque chose de tragique dans ces péripéties. Aron a beau être responsable de multiples crimes, difficile d'être insensible face à cet être qui n'a jamais vraiment compris les notions de bien ou de mal, ni les relations humaines, et dont le comportement est semblable à celui d'un enfant en bas âge. La lecture de ce premier tome procure donc un sentiment étrange, puisque le lecteur compatit au sort d'un meurtrier dont l'unique but est de mourir. Ainsi, le binôme se révèle habilement développé. A l'instar du lecteur, c'est la haine qui va d'abord habiter Lyla, avant que la demoiselle évolue, ce rapidement, mais pas trop précipitamment, juste assez pour que ce premier volume permette à l'héroïne de trouver la voie qu'elle doit suivre. Son duo avec Aron n'en devient donc plus touchant, d'autant plus que la fin de volume se révèle calme en scènes d'action et met plutôt à l'honneur la dimension humaine de l’œuvre.


Cette bonne d'ose d'humanité vient même trancher avec le début du volume. Le parcours de Lyla et Aron est riche en rencontres, ce qui va permettre à la chimère d'évoluer un peu, tout en ne comprenant pas forcément les réactions des gens autour de lui. Pour ces raisons, la fin du volume développe tout un aspect conte, la présence des chimères renforçant cette impression. A ceci s'ajoute tout notre intérêt pour l'univers, qui a encore beaucoup à nous dire, laissant alors une certaine marge de manœuvre pour la suite du récit. En tout cas, ce premier tome prouve que la série ne se contentera pas de verser dans le sanglant et le pathos, tout en restant dynamique et très émouvante, un juste milieu donc. Aussi les auteurs ont toute notre confiance pour la suite.


Du côté de l'édition, Ki-oon livre une nouvelle très bonne copie. Une couverture au papier mât d'un bel effet, un papier intérieur épais et agréable à la prise en main... Les pages couleur sont aussi un élément fort, notamment parce que le dessin d'Eziwa Saita possède une riche identité et s'avère aussi démonstratif que séduisant, surtout une fois mis en couleur. On notera certaines similitudes entre le dessinateur et Takahiro Arai, auteur de Darren Shan, Arago et de la dernière adaptation en date des Misérables... Un lien entre les deux artistes ?


Critique 3 : L'avis du chroniqueur
Erkael

17 20
Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

17 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News