Liens du sang (les) Vol.8

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 04 December 2020

Désormais réveillé de son coma, Shigeru a quitté l'hôpital pour rentrer à la maison, mais peine encore à se souvenir de ce qui s'est exactement passé lors de son accident... du moins, jusqu'à ce qu'une chute ne rappelle soudainement à sa mémoire toute la vérité, si bien qu'il point immédiatement du doigt Seiko comme étant la fautive... Mais Seiichi peut-il accepter ça ? Désormais totalement sous l'emprise maternelle, l'adolescent a décidé de s'interposer pour défendre sa mère... Mais combien de temps cela pourra-t-il durer ?

La terrible vérité menace désormais d'être révélée en planant au-dessus de la tête de Seiko, et tout porte à croire que bientôt la mère de Seiichi ne pourra plus du tout échapper à ce qu'elle a commis, cet acte gravissime qu'elle semble avoir effacé de son esprit, et que Seiichi lui-même semble avoir désormais falsifié dans sa mémoire, incapable de croire que sa mère a pu commettre une tel chose. Il faut dire qu'à un âge aussi formateur et trouble que le sien, et après une enfance où il a constamment été couvé par sa maman, le jeune garçon reste forcément tiraillé... au risque de lui-même déraper.

Ainsi, on a d'abord un début de volume où Oshimi joue à nouveau sur le malaise comme il sait si bien le faire, où la mère et le fils semblent tout simplement retomber dans une naïveté totale, Seiichi se laissant nourrir par Seiko, puis laissant celle-ci se blottir sur son lit, comme si l'adolescent, incapable de grandir dans une telle situation où sa mère et fautive, fuyait la réalité en retombant en quelque sorte en enfance. Tandis que, cruellement, son père se retrouve exclus d'une situation qui lui échappe.

Mais c'est ensuite de façon plus inquiétante encore que la situation a un impact fort au collège, dès lors que Seiichi réagit violemment à l'une des énièmes brimades de Kazuya. Un passage que Shuzo Oshimi rend à merveille dans ses visuels, où les silhouettes de l'entourage du jeune garçon se brouillent, s'effacent, comme si tous ces gens qui l'entouraient n'était que des illusions, comme si ça n'avait pas d'importance, à nouveau pour fuir l'étouffante réalité qu'il ne peut accepter. Une "rébellion" qui aura des conséquences assez marquantes, surtout par le biais de Seiko que Seiichi suit aveuglément, et en particulier au sujet de Yuiko sur qui elle rejette étrangement toute la faute, pour un résultat semblant marquer une rupture définitive entre notre jeune héros et sa camarade de classe qu'il aimait pourtant.

En somme, le volume présent est assez fort pour sa manière de décortiquer l'état d'esprit dans lequel peut être Seiichi pendant que la situation tout autour de lui s'envenime encore. Adolescent en plein âge où l'on est censé s'émanciper peu à peu de ses parents, notre héros ne peut le faire si facilement dans une telle situation, surtout après avoir été couvé depuis sa plus tendre jeunesse par sa génitrice, figure maternelle pour laquelle il ressent forcément un amour naturel. Et c'est bien pour ça qu'on le voit ici fuir constamment la réalité, se raccrocher à l'image d'une mère aimante mais qui est en réalité toxique. Et cette fuite de la réalité, elle est brillamment mise en scène par l'auteur dans un renouvellement constant de ses trouvailles visuelles. Ici, bien souvent, Oshimi nous invite à voir les choses comme si on était à la place de Seiichi, c'est-à-dire avec tout qui se brouille autour de lui: les silhouettes de ses camarades, le cadre de l'école, les paysages... Les seuls moments où il semble un peu plus conscient, c'est quand il surprend Yuiko (comme s'il avait encore, au fond de lui, un intérêt pour elle), et quand sa mère est dans les parages. Une mère qu'il cherche à protéger, qu'il cherche également du regard par confiance ou par refus de la réalité, et qu'il a peut-être enfin l'occasion de découvrir brièvement un peu plus quand elle lui fait part de ce qu'elle a toujours pensé de cette ville et des familles qui y vivent depuis sa jeunesse.

Mais Seiichi a beau se rattacher à cette mère toxique, complexe et si difficile à cerner, la réalité ne peut que les rattraper, à un moment ou à un autre, et c'est alors sur des dernières pages suffocantes et importantes que se referme le tome... En attendant de découvrir quelles seront les conséquences, on a donc droit à un 8e opus où Oshimi maîtrise son récit, tout en régalant toujours pour ses trouvailles visuelles qui font très bien ressortir le trouble des personnages.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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