Liddell au clair de lune Vol.1 - Actualité manga

Liddell au clair de lune Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Lundi, 02 August 2021

Entre les mangas nostalgiques et les focus sur des auteurs en particuliers comme Go Nagai, SYUFO, Noboru Rokuda ou encore Saburô Ishikawa, les éditions Black Box aiment également aller dénicher des oeuvres plus méconnues, parfois issues d'artistes jusque-là jamais publiés en France. Au point, parfois, de nous faire tomber sur des oeuvres atypiques. Ce fut le cas fin mai avec la publication simultanée des trois volumes de Liddell au clair de lune, une série connue au japon sous le titre Hoshi no Tokei no Liddell.
Bien que présenté par Black Box comme un seinen lors de son annonce, cette série est en réalité catégorisée shôjo dans son pays, puisqu'elle fut initialement prépubliée de juin 1982 à août 1983 dans le magazine Bouquet de Shûeisha, un magazine jusqu'à présent quasiment inconnu en France, mais qui fut une pierre fondatrice du genre dans son pays: à l'origine nommé Ribon Comic, ce magazine a adopté le nom Bouquet en 1978 et a publié plus d'un shôjo assez mature et atypique pour l'époque, en contribuant sans nul doute à diversifier le genre. Depuis, le Bouquet a malheureusement été stoppé en mars 2000, son successeur spirituel étant le Cookie, un magazine déjà plus connu par chez nous en ayant notamment accueilli Nana d'Ai Yazawa, Puzzle de Ryô Ikuemi ou encore certains titres de Mari Okazaki.
Liddell au clair de lune est la plus longue série de la carrière de Yoshimi Uchida, une mangaka jusque-là inédite dans nos contrées, qui a débuté en 1974 dans le magazine Ribon avec l'histoire courte "Nami no Shougaibutsu Lace", mais dont la carrière semble s'être arrêtée à l'aube des années 1990 après une poignée d'oeuvres courtes qui furent toutes publiées aux éditions Shûeisha (soit dans le Ribon, soit dans le Bouquet). Depuis, Uchida semble plutôt faire dans l'enseignement, en ayant été (en étant encore ?) professeure à l'université d'art et de design Joshibi à Sagamihara.

Après deux ans d'absence passées quasiment en ermite en Inde et au Tibet, Dimitri Mikhalkov, un homme d'origine russe, est de retour à Chicago où il a passé de nombreuses années autrefois. Il y retrouve vite ses deux plus précieux amis avec qui il n'a jamais totalement perdu contact: Vi Whitburn, belle femme qui a eu ses moments de gloire dans le showbiz, et Hugh, son vieil ami de fac aux petits airs de play-boy. Les retrouvailles se déroulent bien, à ceci près que Hugh avoue à Dimitri que, depuis des années, il continue encore et toujours de faire le même rêve, où il se retrouve la nuit dans un mystérieux manoir de style victorien qui semble issu d'un autre lieu et d'un autre temps. Et ce rêve, Hugh le trouve toujours plus réel, jusqu'à bientôt avoir le sentiment d'y sentir des odeurs, et d'y apercevoir l'énigmatique silhouette d'une jeune fille. Pour percer ce mystère, l'observateur Dimitri entreprend alors de faire la lumière sur le mal étrange de son ami...

Liddell au clair de lune aurait pu être un simple manga d'enquête à tendance surnaturelle, Mais Yoshimi Uchida en a décidé autrement, et sans doute est-ce l'une des forces faisant l'unicité de cet intrigant récit. Car en guise d'enquête, nous n'aurons rien d'autre qu'une sorte de tranche de vie au fil de laquelle Dimitri va à la rencontre de différentes personnes avec qui, tout en enquêtant sur la signification du rêve de Hugh, il se met à avoir bien souvent des discussions qui pourraient presque paraître déconnectées, et où les choses flirteront autant avec la parapsychologie qu'avec la philosophie. ou la psychanalyse, mais aussi faire tour à tour dans la psyché humaine, le climat, les références à la littérature anglaise... la plus évidente de ces références étant sans doute dans le titre, Liddell étant sans nul doute une référence à Alice Liddell, cette petite fille amie de Lewis Carroll et qui a inspiré Alice au Pays des Merveilles, précisément un roman où l'héroïne, tout comme Hugh, semble vivre un rêve si crédible qu'il semble réel...

On suit donc les investigations et interactions de Dimitri, de Hugh, de Vi et des autres personnages en étant certes un peu dérouté de façon volontaire par l'autrice, mais également en restant assez fasciné par ce qu'elle propose. Une atmosphère mystérieuse et étrange très prégnante, mais qui n'empêche aucunement Uchida d'également apporter, petit à petit, tout un développement plus profond sur les principaux personnages, développement qui, par certains aspects, peut paraître assez fort dans ses thématiques pour une oeuvre des années 80. Car au-delà des quelques brèves tergiversations amoureuses autour du trio principal, il sera également question d'identité, surtout à travers Dimitri, un homme qui, tout en posant un oeil très, très observateur sur ce qui l'entoure (il aime notamment scruter profondément les regards des autres), semble lui-même en manque de repères, lui le russe qui est né à Vienne et a grandi à Chicago, comme s'il n'avait aucune place précise nulle part et était un étranger partout.

Enfin, l'oeuvre interpelle d'emblée pour la beauté de ses illustrations de couverture, dont le rendu a quelque chose de très pictural, réaliste et très éloigné des clichés que l'on peut souvent lire ici et là sur le shôjo. Yoshimi Uchida a assurément une patte bien à elle, sans doute nourrie par les nombreuses influences occidentales qui semblent l'avoir marquée. Les décors occidentaux sont assez présents et précis en alternant entre photoréalisme et photos tout court, les tenues et l'allure élancée et élégante des personnages séduisent sans mal, certains focus plus marqués sur des visages ont des allures de sculpture type Antiquité/Renaissance... La dessinatrice sait également jouer parfois sur des petits contrastes noir/blanc, ou sur son découpage généralement assez sobre mais pouvant vite se déstructurer un petit peu plus. Jusqu'à aboutir à quelques instants profondément captivants sur le plan visuel, à l'image de ces quelques pages qui, en milieu de volume, sont centrées sur la magnifique tête blonde aux cheveux ondulées de la fillette que Hugh voit en rêve, perdue au milieu de roses très précisément dessinées.

"Un rêve peut-il emprisonner une personne ?"

Etrange lecture que ce premier volume de Liddel au clair de lune. Etrange oui, voire déroutante, mais ô combien fascinante si l'on se laisse happer par son atmosphère assez unique. Yoshimi Uchida, portée par son style ravissant, pose bel et bien quelque chose, dont on découvrira avec intérêt la suite dans les deux opus suivants.

L'édition française, elle, et tout à fait satisfaisante: six premières pages en couleur, grand format très appréciable pour des dessins de ce type, bonne qualité de papier et d'impression, et traduction claire d'Alexandre Fournier. Notons aussi la présence, sur trois pages, de deux petites postfaces signées Isao Kuramachi, un critique japonais spécialisé notamment dans les mangas et romans à énigmes. L'idée est bonne, même si concrètement ces deux textes restent plutôt en surface et n'apprennent pas grand chose.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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