Kakushigoto Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 11 April 2019

Tous les matins, c'est le même rituel. Kakushi Goto, le père, et la petite Hime, sa fille de 10 ans qu'il élève seul, s'en vont chacun de leur côté, l'une à l'école, l'autre à son travail... mais quel travail exactement ? La fillette elle-même n'en a aucune idée, elle sait juste que son père travaille. Et si elle n'en sait pas plus, c'est pour une bonne raison: Kakushi prend soin de lui cacher constamment son travail qu'il juge honteux, celui de mangaka ! Mais pas un mangaka de gros best sellers à la Kishimoto ou Oda, non: un mangaka qui a certes son petit succès, mais avec des séries un peu olé-olé et qu'il juge lui-même bas de gamme. Hime est tellement adorable et mignonne qu'il ne veut absolument pas risquer de la "corrompre" avec ses mangas ou de la voir moquée à l'école si les autres enfants apprenaient la vérité. Mais entre le fait qu'il travaille à domicile, ses outils de travail, ses assistants parfois envahissants, son nouveau responsable éditorial pas très précautionneux, ou le fait que de nombreux adultes du quartier savent parfaitement son métier, cacher la vérité à Hime est un obsession qui s'avère parfois assez délicate...

Tandis que Sayonara Monsieur Désespoir, le manga le plus connu de Kôji Kumeta, se poursuit très difficilement chez Pika Edition depuis désormais plus de dix ans, voici que les jeunes éditions Vega nous proposent de découvrir la nouvelle série du mangaka, une comédie suivant un peu le même schéma épisodique que Sayonara Monsieur Désespoir, et en cours de parution au Japon depuis 2015 dans le Gekkan Shônen Magazine des éditions Kôdansha.

Le principe de cette série essentiellement humoristique est très simple, avec un père mangaka qui adore sa fille et qui est littéralement obnubilé par l'idée de lui cacher son métier de mangaka, quitte à parfois aller dans les excès, quand ce ne sont pas les problèmes qui viennent directement à lui de manière parfois improbable (à ce titre, le passage sur l'irruption de la sécurité publique chez lui est une réussite). le schéma ne change jamais beaucoup, jour surtout sur diverses petites situations liées soit au travail de mangaka de Kakushi, soit à la vie scolaire de la petite Hime (voyage de classe à la mer, fête du sport...). On est donc concrètement dans un schéma épisodique proche de celui de Sayonara Monsieur Désespoir, et fort logiquement le style graphique est lui aussi similaire avec des physiques qui appartiennent bien à l'auteur, un aspect un peu épuré dans les traits et pas mal de blanc et d'aplats de noir. Celles et ceux ayant déjà lu la précédente oeuvre de Kumeta ne seront donc pas dépaysés, tandis que les autres devront peut-être, dans un premier temps, s'habituer à ce style un peu particulier mais plutôt efficace pour entretenir une ambiance assez claire, légère et décalée.

Situations gênantes ou loufoques s'enchaînent donc assez bien, dans un style somme toute assez posé où Kumeta fait rarement dans l'excès, pour un résultat qui entretient également un aspect tranche de vie assez agréable où en filigranes on observe régulièrement aussi toute l'affection que le père et la fille se portent, même si Kakushi tend vraiment à être un vrai papa poule facilement inquiet pour son enfant adorée, ce qui là aussi le rend assez rigolo.

Mais en toile de fond, KakushiGoto est également un manga qui nous parle de manga. Avec bien sûr diverses références factuelles à des oeuvres ou à d'autres mangakas (comme One Piece), mais aussi quelques clins d'oeil détournés à vocation humoristique (comme "Les Goutelettes de Dieu", et surtout Katsuhiro Fujita, sorte de version chevelue du mangaka Kazuhiro Fujita). Mais surtout avec nombre de petites anecdotes sur le métier de mangaka: la façon dont il peut être vu et dont on peut l'assumer bien sûr, mais aussi le rôle du responsable éditorial, la présence d'assistants, les produits dérivés piratés, la célébrité, certains outils... Le mieux étant peut-être la façon dont, entre chaque chapitre, Kumeta revient plus en détails sur certains aspects avec très souvent des anecdotes assez personnelles qui nous permettent de le cerner un peu mieux et de nous laisser comprendre qu'il y a une petite part de vécu dans l'oeuvre.

La principale limite, pour l'instant, vient alors surtout du manque d'intérêt de la plupart des personnages secondaires, où seuls la maîtresse d'école et le responsable éditorial se démarquent un tout petit peu plus, mais vraiment un tout petit peu. Globalement, l'auteur exploite assez peu ou alors seulement en surface sa galerie pour l'instant, à commencer par les assistants de Kakushi. Seuls le père et sa fille se détachent vraiment plus, forcément... et encore, Himé est tout compte fait moins en lumière que Kakushi (ce qui, cela dit, n'est pas forcément illogique au vu du titre de la série). Egalement, comme pour beaucoup de mangas de ce genre, il y a forcément des passages moins inspirés que d'autres, cela dit avoir cette impression dès le volume 1 n'est pas vraiment positif, même si dans l'ensemble l'auteur s'en tire très bien. Enfin, l'un des risques de l'oeuvre est que, comme pour Sayonara Monsieur Désespoir, son schéma provoque parfois une certaine lassitude sur la longueur. Mais ça, seule la suite nous dira si c'est le cas ou non...

En attendant, KakushiGoto s'offre une entrée en matière qui ne manque plutôt pas de charme, et qui est servie dans une édition très honnête avec une impression de qualité effectuée chez Aubin, un lettrage très soigné, des premières pages en couleur qui intriguent forcément, et une traduction appliquée de Ryoko Akiyama qui s'en tire bien (et l'on sait que ce genre de comédie peut être délicate à traduire en français sans rien perdre au niveau des jeux de mots et autres gags).
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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