Jujutsu Kaisen Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 06 Febuary 2020

Ces derniers mois, difficile de ne pas avoir entendu parler de Jujutsu Kaisen: multiples bandes-annonces, grandes pubs, extraits, cadeaux offerts en librairie, interviews de l'auteur glissées dans des volumes d'autres séries... Depuis l'annonce de son acquisition en juin 2019, les éditions Ki-oon ont mis les bouchées doubles pour offrir une promotion à grande échelle à ce qui est présenté comme le nouveau hit en puissance du célèbre Shônen Jump. Et vu que Ki-oon a souvent du flair pour ce genre de choses (le cas My Hero Academia l'a largement prouvé précédemment), on a forcément envie de faire confiance à l'éditeur, d'autant plus que l'adaptation animée annoncée pour cette année devrait encore accroître la popularité du titre.

Lancée en 2018 dans le plus célèbre magazine de manga nippon, après un chapitre pilote sorti l'année précédente dans le Shônen Jump Plus GIGA sous le titre Tokyo Metropolitan Magic Technical School, Jujutsu Kaisen est la toute première série de Gege Akutami, mangaka ayant d'abord été l'assistant de Yasuhiro Kano sur la série Kiss x Death avant de concevoir quelques histoires courtes. Toujours en cours au Japon avec actuellement 9 volumes sortis, l'oeuvre reprend la bonne vieille recette d'action à base d'exorcistes... mais en promettant de l'exploiter à sa sauce !

Nous voici dont plongé très vite aux côtés de Yuji Itadori, un lycéen un peu à part: même s'il ne croit pas aux fantômes et autres esprits, il fait partie du club de spiritisme de son lycée avec deux autres adolescents, plus pour passer le temps qu'autre chose. Forte tête, il ne sait pas encore ce qui l'attend quand ses compagnons de club mettent la main sur une étrange relique, un doigt sectionné et momifié qui aurait appartenu à un démon millénaire nommé Ryomen Sukuna. En choisissant de déballer le doigt du linceul qui l'emprisonnait, sa camarade de classe libère une puissance folle et meurtrière, si bien que pour régler la situation Yuji ne trouve rien de mieux que d'avaler la relique ! Selon les exorcistes venus à la rescousse, cet acte doit vouer l'adolescent à une mort certaine... et pourtant, Yuji reste en vie, parvient à garder en lui la puissance se dégageant du doigt... mais doit désormais vivre en abritant en lui Ryomen Sukuna, le démon aux deux visages. Embarqué par les exorcistes dans une école dédiée à l'apprentissage de l'exorcisme, le jeune garçon n'a désormais pas d'autre choix que de coopérer avec eux. Il aurait dû être condamné à mort pour son acte, mais le fait qu'il ait survécu à l'ingestion du doigt en fait un cas à part et très prometteur...

On ne va pas le cacher, Jujutsu démarre vite. Très vite. Trop vite. Les premières dizaines de pages, si l'on n'adhère pas immédiatement à l'ambiance et au rythme effréné, peuvent laisser un peu circonspect, tant l'auteur décide d'y enchaîner un peu toute sa mise en place de manière expéditive. Cela se traduit aussi par quelques moments pouvant paraître un peu trop WTF, sans compter le choix soudain de Yuji de bouffer le vieux doigt décrépi, un acte plutôt improbable... Même si au moins, ça montre d'emblée, de façon superficielle mais marquante, la personnalité de ce personnage principal.

Et les personnalités sont peut-être ce qui finit par séduire le plus au fil de la lecture de ce premier volume, Gege Akutami faisant un choix clair de ce côté-là: proposer des visages principaux plutôt têtes brûlées et un brin timbrées. Ainsi, Yuji est toujours du genre à foncer dans le tas quitte à parfois frôler le pire, comme quand il avale le doigt, et son caractère n'est guère arrangé par le fait qu'il doive désormais vivre avec, en lui, en démon millénaire dont il peut certes utiliser la force si besoin, mais qui n'attend qu'une chose: pouvoir prendre entièrement et définitivement possession de lui ! Et autour de lui, il est possible de bien apprécier les quelques autres visages un brin ravagés aussi qui viennent épauler Yuji. Un gars a priori fiable mais plutôt hautain en Megumi, une miss aux allures de furie en Nobara, en professeur qui bien que puissant à tendance à ne pas faire grand chose (parce que selon lui il faut laisser les jeunes se former)... Ce qui est étonnant aussi, c'est de découvrir les raisons parfois idiotes pour lesquelles ils se sont engagés dans la voie de l'exorcisme, la palme étant adressée à Nobara qui voulait juste quitter sa cambrousse pour vivre à Tokyo. Des motivations et des caractères qui, en toile de fond, permettent d'avoir des personnages principaux ne semblant aucunement tout blancs, tout gentils: ils sont leurs mauvais côtés, leur caractère parfois sale, ce qui dénote un peu, en plus d'amener plusieurs notes d'humour un peu déjanté au niveau de leurs interactions.

Reste donc à voir ce que cela donnera, mais en attendant, après un début un peu précipité, les choses se mettent mieux en place, en ne traînant jamais, mais avec clarté. Pour l'instant, on n'a quasiment que du très classique côté scénario. En se basant sur une certaine réalité, celle voulant qu'au Japon environ 10 000 personnes disparaissent de façon inexpliquées, Akutami dévoile un concept déjà vu d'exorcisme et de chasse aux démons, et pose très vite le concept, avec notamment le système de classes de "fléaux", et l'intégration dans l'école d'exorcisme. Néanmoins, quelques points viennent piquer suffisamment la curiosité, comme le fait que l'école est tellement en manque de main d'oeuvre (par exemple,il n'y a que 3 élèves de seconde) qu'elle est souvent obligée d'envoyer même les nouvelles recrues en mission. Mais on pense surtout à ce qui devrait être l'un des fils rouges de l'intrigue: la recherche des autres doigts de Ryomen, 20 au total (car il avait 4 bras), que Yuji devra s'accaparer aussi... au risque de résister de moins en moins au démon ?

Visuellement, c'est à la fois un peu maladroit, et plein d'idées. Maladroit, car on sent bien que Jujutsu Kaisen est la première série de l'auteur quand on voit plusieurs petites inégalités au niveau des visages ou des anatomies (la grosseur des mains ou des doigts parfois, entre autres), ou quand on peine à bien lire certaines pages où l'action déjantée prend le dessus. Plein d'idées, car concrètement il y a dans les designs quelque chose de très expressif et de très franc et brut qui rend l'ensemble bien vivant, la mise en scène cherche souvent à rester dans le mouvement, et les premiers designs de fléaux s'avèrent particulièrement prometteurs avec un vrai travail dans leurs dégaines.

Jujutsu Kaisen s'offre alors un premier volume à la fois très classique dans l'installation de l'univers et de l'histoire, voire un peu trop expéditif dans les premières dizaines de pages, mais également porteur de pas mal de promesses dans les personnalités qui s'installent et dans la tonalité un peu ravagée/hystérique. Portée par un dessin encore un peu maladroit mais montrant pas mal de bonnes choses, l'oeuvre a normalement tout pour se bonifier sur la longueur, chose que l'on pourra d'ailleurs commencer à vérifier avec le tome 2, paru en même temps que le 1er !

Côté édition, on retrouve le petit format shônen habituel de Ki-oon, avec une excellente qualité de papier (bien épais et sans transparence tout en restant souple) et d'impression (aucun moirage, et l'encre ne bave aucunement), une jaquette très proche de l'originale japonaise, des choix de police soignés, et une traduction enlevée de Fédoua Lamodière, traductrice se montrant toujours aussi à l'aise dans ce type de shônen d'action/aventure.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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