Jeu du chat et de la souris (le) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 25 December 2009

« Quand je m’y mets, ça va bien au-delà. Je deviens mille fois plus dépravé qu’avant. »

Après une telle attente, les fans de Mizushiro seront ravi(e)s de voir que le tome 2 d’une série supposée ne faire qu’un opus sort bientôt … En même temps que la réédition du premier volume, afin de les accorder. En effet, le format est plus petit et la couverture accordée à celle de la suite. L’histoire est la même mais, pour ceux qui débuteraient seulement ce manga, voici un petit aperçu de ce qu’il s’y passe. Kyoichi est marié. Seulement, son caractère indécis et passif le met régulièrement sans des situations adultères, qu’il règle en étant gentil, attentionné, bref parfaitement insipide. Il se justifie en disant qu’il fait plaisir à tout le monde alors qu’en fait il est tout simplement incapable de dire non ou de refuser une proposition, tout en se rejetant la faute sur les autres. Seulement sa femme, se sentant délaissée, engage un détective pour enquêter sur les infidélités de son mari, afin de lui mettre sous le nez une raison valable pour divorcer à son avantage. La jeune femme ne supporte plus les silences et la froideur de son mari, et elle est prête à tout pour avoir l’occasion de se mettre en colère contre lui, le faire réagir face à sa soit disant impuissance. Sauf que, comble du hasard, le détective en question n’est autre qu’Imagasé, un camarade de fac de Kyoichi. On apprend très rapidement que le jeune homme était attiré par son sempai au regard impénétrable, et c’est donc par un accord un peu particulier qu’il va accepter de lui venir en aide … Il se tait et donne de faux rapports à la femme de Kyoichi si celui accepte de se laisser embrasser …

Évidemment, la personnalité de notre héros et sa volonté absolue de ne pas faire de vagues et de ne pas troubler son mariage de convenance vont le pousser à accepter. Et c’est à ce moment là que tout bascule … Certes, le résumé pourrait laisser penser que ce manga n’est qu’une grosse blague qui se base sur le hasard et ne va que permettre de mettre en place une homosexualité débridée. Et bien pas du tout ! Car si l’attirance d’Imagasé pour son sempai va le pousser à lui faire des avances de plus en plus sensuelles et explicites, c’est bel et bien grâce au caractère de ce dernier. En se laissant faire, en acceptant tout ce qui lui fait plaisir sans vouloir pousser le vice trop loin, Kyoichi va se détruire lui-même ainsi que ce qui l’entoure. Au départ de sa femme qui, même sans preuves, ne pouvait plus supporter cette vie trop rangée, Imagasé vient s’installer chez le jeune divorcé et lui procure toutes sortes d’attentions particulièrement plaisantes … Sans pour autant réussir à amener Kyoichi au bout de sa passion. En usant de ses faiblesses, Kyoichi se protège d’une relation homosexuelle qu’il n’arrive pas à s’avouer, étant lui-même hétéro. C’est là toute la beauté de la chose, puisqu’on n’est pas dans le schéma classique qui convertit l’amoureux des femmes en homosexuel pur et dur. Non, Kyoichi n’aime pas les hommes, il n’aimera qu’Imagasé et sans lui, il se perd complètement. Les deux personnages s’accrochent l’un à l’autre, au milieu de ruptures, disputes et autres sources d’opposition. Le tout dans une ambiance assez sombre, un traité psychologique bouleversant et des scènes de sexe non censurées qui viennent compléter habilement la narration sans choquer ni paraitre superflues. De quoi plaire à n’importe quel lecteur. C’est là que l’on comprend mieux le débat yaoi / josei pour ce manga. Et à la lecture, on aurait d’avantage tendance à donner raison à la deuxième catégorie … Car Le jeu du chat et de la souris, c’est avant tout une histoire de vie, une histoire d’hommes. De leurs peurs, obsessions et passions. Un chef d’œuvre d’équilibre entre sentiments et pulsions. Un conte abordable par tous, un petit bijou qui cerne l’homosexualité en quelques pages, dans ce qu’elle peut avoir de beau et de difficile. Mais plus que tout, un récit très juste sur l’amour, qui en montre les vices et les réels problèmes, notamment sur la fin du récit, qui est splendide.

Graphiquement parlant, le manga est tout aussi original. Le style de Mizushiro est bien connu avec le merveilleux L’infirmerie après les cours et le tout aussi réussi X-day, et son talent continue ici de plaire. Les personnages sont consistants jusque dans leur physique : à la fois beaux et imparfaits, leurs corps sont au diapason de la narration, fluides et envoutantes. Les expressions sont très bien marquées, et l’on comprend immédiatement le lien étroit qu’entretiennent les dessins avec le contenu du manga. Le tout forme alors un récit très clair, parfaitement limpide et exprimé d’une manière remarquablement pertinente. De plus, on apprécie l’absence de censure, qui donne sa maturité au titre, ainsi que l’importance des décors, parfois uniquement suggérés mais jamais oubliés totalement. Et, s’il faut un peu de temps pour s’habituer aux traits esthétiques et faussement incertains de la mangaka, le rendu est superbe. Asuka nous fait plaisir avec cette réédition, malgré la taille réduite du format du livre, et les pages encore un peu fines. La traduction est agréable, la couverture sympathique et surtout plus sérieuse et pleine de sens que la première … Par contre on regrette un peu le bruit autour du chapitre inédit, puisqu’en fait il y a deux « nouvelles inédites » de trois pages chacune dans le tome. Sachant qu’une seule est réellement inédite, l’autre étant déjà présente dans l’ancienne édition ... Ce qui nous amène à nous demander l’importance que les fans y ont mis puisqu’il est tentant de reprendre ce tome 1 juste pour ça … Ou alors d’attendre le coffret collector. Bref, un moment sublime, un manga à lire et à relire sans se lasser.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
NiDNiM

18 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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