Inspecteur Kurokôchi Vol.23 - Actualité manga

Inspecteur Kurokôchi Vol.23

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 01 April 2021

La jeune et attachante lycéenne Mami Momosaka était désormais la seule à pouvoir apporter un témoignage concret contre l'infâme Sawatari, et ainsi peut-être l'empêcher de parvenir à ses fins. Mais hélas, Kurokôchi n'a rien pu faire pour la protéger: à l'instar de bien d'autres personnes victimes de Sawatari avant elle (à commencer par la famille Momosaka), l'adolescente a été assassinée, en nous ayant alors laissés sur l'image d'un Kurokôchi en larmes comme jamais il ne l'a été. A présent, plus rien ne semble pouvoir arrêter Sawatari, nommé à la tête du parti libéral-nationaliste, et donc assuré d'obtenir la place de Premier ministre avec laquelle il pourra contrôler le Japon et le plonger dans le chaos. Se sentant désormais au-dessus des lois, l'homme se paie même le luxe de convier à une réunion tous ses derniers ennemis, pour leur déballer sans le moindre scrupule ni regret ses 40 années de viols et meurtres, jusqu'à parfois faire remonter chez ses invité(e)s une haine profonde, le tout son le regard inquiet de Shirasu, et alors que des attentats de la secte Pure commencent à avoir lieu dans les rues de Tokyo. Seike, Aonuma, Ushii, Kurita, Asaki, Isshiki: tous sont là, impuissants face à ce monstre qu'ils ne peuvent plus vaincre. Mais face à Sawatari, il reste toutefois un certain lieutenant qui, ivre de colère, est désormais prêt à tout pour empêcher le pire d'arriver...

"Des fois, on ne peut battre le mal que par le mal."

Il aura fallu presque un an aux éditions Komikku pour publier en langue française le 23e et dernier volume d'Inspecteur Kurokôchi. Une attente forcément très frustrante, encore plus au vu de la fin du tome précédent qui nous laisser vraiment sur une forte tension dramatique. Mais au moins, l'éditeur est arrivé au terme de cette excellente série qui n'a malheureusement pas eu le succès qu'elle aurait mérité, et dans les faits c'est un très bon final que nous proposent Takahashi Nagasaki et Kôji Kôno. Pourtant, la première partie de ce dernier tome n'est pas exempte de facilités. Sawatari a beau se sentir au-dessus des lois, il reste très étonnant qu'un homme qui fut si malin pendant toute la série pour parvenir à ses fins déballe ensuite ainsi son parcours fait de viols et de meurtres, attisant de plus belle certaines haines dans la salle de réunion. Mais plus encore, il est sacrément étonnant qu'aucun contrôle n'ait été fait à l'entrée, puisqu'un flingue se retrouve sur les lieux. Par ailleurs, des facilités, on en trouvera toujours un peu dans la suite: il n'y a rien d'incohérent, mais il y a de quoi se poser des questions à certains moments comme quand on voit que Sawatari enterrait simplement les cadavres chez lui. Et pourtant, à l'issue de tout ceci, ce sont bel et bien les nombreuses qualités du récit de Nagasaki qui priment. En premier lieu parce que le scénariste ne choisit pas une voie bateau pour mettre fin aux agissements de Sawatari, ce qui lui permet ensuite de développer bien d'autres choses.

"Cette fois, j'ai vraiment mis les couilles dans le hachoir à viande, hein ?"

En premier lieu, il y a la situation dans laquelle se retrouve Kurokôchi. Une situation dont lui-même semble persuadé qu'il ne pourra pas en sortir, au point d'attendre tranquillement (ou presque) son sort, un sort qui ne peut plus reposer sur lui... mais bien sur les personnes présentes dans la salle de réunion. Asaki, Kurita, Ushii, Isshiki, Shirasu, Aonuma, Seike: tous vont devoir témoigner auprès face à Shirayuki, l'intransigeant commissaire de la police des polices. Et il en résulte une forte tension, tant chacun de ces témoins va être confronté à ses propres valeurs.

Ce choix est astucieux, car au fil des témoignages, on voit bien quel rapport ces gens ont pu entretenir au fil du temps avec Kurokôchi, cet homme qui ne semblait être qu'un flic ripou sans rien de plus. Mais surtout, chaque témoignage permet à Nagasaki d'apporter bien des choses. Ne serait-ce qu'autour du drame que sont les viols ou tentatives de viols, au travers de la brigadière Asaki qui a des paroles fortes à ce sujet. Mais aussi et surtout autour de nombre de dérives de la justice japonaise telle qu'elle est entendue, et des tout aussi nombreux dysfonctionnements de la démocratie nippone. Nagasaki ne s'arrête d'ailleurs pas là au travers d'autres cas comme ceux de Dôbashi ou du haut-commissaire, évoquant dès lors les accointances du milieu judiciaire avec le milieu politique et plus spécifiquement le PLN.

Enfin, parallèlement à tout ceci, on appréciera que les auteurs n'oublient rien. On entreverra bien l'avenir de personnages "secondaires" importants comme Seike et Kenta, tout comme on appréciera des petites choses comme le souvenir d'Ayaka ou ce que devient le fonds M. L'énigme de qui était exactement Sawatari et pourquoi il agissait ainsi trouvera également une réponse. Quant à Kurokôchi, on adora ce que l'on finit par entrevoir de lui... Etait-il un simple flic ripoux, ayant agi par simple appât du gain ? Un homme ayant toujours caché derrière ses méthodes son sens de la justice ? Ou y a-t-il autre chose ? En cela, la toute dernière page, évoquant une réponse bien plus personnelle, nous laisse sur une très bonne impression.

Nagasaki et Kôno nous offrent alors un excellent final. Bien que quelques facilités soient au rendez-vous, le tout fonctionne très bien, surprend même par certains aspects, permet au scénariste d'aborder toujours autant de choses en n'oubliant rien, jusqu'à nous laisser sur l'impression d'un manga abouti. D'un bout à l'autre, Inspecteur Kurokôchi fut un très bon polar, qui mériterait clairement plus de succès.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.25 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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