Humanitas - Actualité manga

Humanitas

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 15 May 2019

Amérique centrale, 15e siècle. Dans une civilisation aujourd'hui disparue, Ocelot, un petit garçon aveugle de naissance, est entraîné depuis toujours par le combattant Neslo en vue du jour de ses 13 ans, jour où il devra se battre en duel contre un autre garçon de son âge. Alors qu'il était rejeté à cause de son handicap, l'enfant a trouvé en Neslo et en la perspective du combat une raison d'exister. Mais ce qu'il ne sait pas, c'est que son adversaire au duel n'est autre que son frère jumeau dont il ignore l'existence, et qui, lui, est parfaitement valide. Répondant aux croyances de cette civilisation concernant l'âme et le corps, ce duel marquera à tout jamais la vie de chacun de ses protagonistes.

Russie, en pleine guerre froide. Accusé à tort de traîtrise envers la patrie russe, Youri Silbermann est emprisonné dans une geôle où il est vite pris à parti par d'autres prisonniers qui lui font subir certains sévices. L'homme tient le coup en espérant un jour revoir sa femme et sa fille dont il ignore ce qu'elles sont devenues, et en découvrant, avec les moyens du bord, le jeu d'échecs. C'est grâce à ce jeu qu'il est bientôt libéré par un certain Godot avec une mission. Ses talents aux échecs ayant été repérés, il doit se préparer au mieux à affronter Aaron, le champion du monde américain. De ce duel d'intelligence dépendra le rayonnement mondial de l'un des deux grands ennemis de la guerre froide, Russie et USA. Mais la mission de Youri risque de prendre une tournure difficile quand vient s'en mêler le dernier souvenir de sa famille.

Arctique, sans doute au 19e siècle. Le jeune homme anglais William, après avoir vu son navire de marchand couler, est recueilli par une communauté inuit, et plus précisément par une jeune fille nommée Ena. Vivant pendant plusieurs mois parmi eux en attendant les secours, il a l'occasion de découvrir petit à petit leur langue, leurs moeurs, leur alimentation dont l'indispensable chasse à la baleine... et de tomber amoureux de celle qui l'a sauvée, une fille forte, courageuse, charismatique, mais ayant aussi une part de tristesse en elle. A l'heure où les secours arriveront enfin, quel choix fera-t-il ?

Telles sont les trois histoires composant Humanitas, one-shot de plus de 240 pages que les éditions Glénat nous proposent de découvrir en grand format. Prépubliée en 2015-2016 dans le magazine Big Comic Superior des éditions Shôgakukan (le magazine des séries Les Liens du Sang, le 3e Gédéon, Ki-Itchi, Détonations...), cette oeuvre en 7 chapitres est la toute première série d'Aki Yamamoto, une mangaka qui, depuis a également signé la série médicale Kenja no Manabiya: Bouei Ika Daigakkou Monogatari (inédite en France).

Avec cet ouvrage, l'autrice nous invite donc à nous interroger un peu sur le sens du mot qui donne son nom au livre: l'humanité. A travers les époques, à travers les lieux, à travers les différentes cultures dans ce qu'elles peuvent avoir de bon ou de moins bon... Pour cela, Yamamoto a donc évidemment choisi d'ancrer son récit en trois époques et trois endroits de la planète bien différents: l'Amérique centrale du 15e siècle, l'Union Soviétique de la guerre froide, et le Grand Nord du 19e siècle. Dans chacun de ces récits, la mangaka prend soin de nous plonger dans des univers crédibles, et cela à grand renfort de quelques petites informations concernant les moeurs de chaque époque, dont certaines peuvent clairement nous paraître aujourd'hui très barbares (comme les sacrifices humains en Amérique centrale), mais qui ont néanmoins fait partie de ce qu'est la vaste humanité. A partir delà, Yamamoto offre trois récits à la fois bien différents, mais ayant aussi des points communs. Ainsi, dans chacun des trois récits, les héros (Ocelot, Youri, et William) sont les jouets d'un destin contre lequel ils ne peuvent pas grand chose: le premier est né aveugle et est obligé de livrer un duel à mort pour ses 13 ans, le deuxième est sommé de devenir champion du monde d'échecs s'il veut espérer être libéré et peut-être revoir sa famille, et le troisième s'est échoué et doit vivre comme il peut parmi une communauté de chasseurs du Grand Nord. Mais malgré tout cela, chacun d'eux trouve une sorte d'évolution et d'adaptation: Ocelot trouve une sorte de raison d'exister et de peut-être se faire accepter en combattant, Youri se donne dans les échecs pour sa mère patrie au point de peut-être finir par placer ça avant ses proches qu'il continue pourtant de vouloir retrouver, et William s'acclimate peu à peu à la vie dans le Grand Nord parmi la communauté de chasseurs. Il faut dire qu'à leurs côtés, Neslo, Godot et Ena les amène eux aussi à évoluer, voire évoluent eux-mêmes en se découvrant. Si bien qu'au bout du compte, à l'heure de faire des choix, d'avoir une chance de prendre une autre voie, les décisions prises par chacun de nos trois héros pourraient être surprenantes... Ainsi Aki Yamamoto va-t-elle mettre en avant certains traits communs voire certaines faiblesses communes de l'humanité quelle que soit l'époque et le lieu.

Une idée intéressante, en somme, et qui aurait facilement pu durer encore plus longtemps (il y a tellement d'époque et de cultures à explorer...), mais Aki Yamamoto a choisi de ne pas trop en faire et de se limiter à ces trois exemples assez parlants, le tout sans oublier d'assurer un certain sens du divertissement grâce à une narration rythmée et fluide ainsi qu'à certains rebondissements assez bien huilés, même s'il y a quelques aspects un peu caricaturaux. Visuellement, l'ensemble est toujours limpide et assez dynamique, mais concernant le trait en lui-même on alterne entre des planches assez riches et à la mise en scène réussie (ne serait-ce qu'au tout début, quand Neslo escalade la falaise), et d'autres qui peuvent paraître un peu plus pauvres et vides. Dans tous les cas, la dessinatrice offre des designs de personnages assez marqués, bien différents (y compris selon les époques/lieux) et expressifs, qui n'ont pas de mal à véhiculer les émotions nécessaires.

Au final, Humanitas est un one-shot très intéressant, et une belle première oeuvre pour Aki Yamamoto, où ce que l'on regrettera le plus est sûrement à chercher du côté de l'édition. Djamel Rabahi s'en sort très bien à la traduction, en revanche on regrettera le papier le papier fin et sans consistance, ce qui donne lieu à une qualité d'impression inégale, avec une encre pouvant baver un peu et même, à plusieurs reprises, des problèmes de moirage qui gâchent un peu certaines planches.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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