Histoire d'un couple - Actualité manga

Histoire d'un couple

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 20 December 2013

Après avoir publié il y a plusieurs années L'homme sans talent et Dans la prison, les éditions Ego Comme X reviennent dans la BD asiatique en nous proposant de découvrir Histoire d'un couple, un manhwa qui nous est proposé ici dans un joli pavé de 570 pages, et qui a remporté en 2012 le prix "manhwa d'aujourd'hui" dans son pays.

Histoire d'un couple nous raconte l'histoire vraie d'un homme, l'auteur de l'oeuvre, Yeon-Sik Hong. Auteur de manhwas éducatifs à Séoul, il a de plus en plus de mal à supporter les nombreuses pressions de ses responsables éditoriaux qui le dérangent dès 8h du matin, ainsi que la vie sans repos de la grande ville. Aussi décident-ils avec sa femme So-Mi, apprentie auteure d'albums jeunesse, de fuir un tant soit peu les tracas urbains. Embarquant leurs chats avec eux, ils partent louer une maison perdue au fin fond de la campagne, avec pour seule voisine proche la nature environnante, et c'est une toute nouvelle vie qui commence...

Dans un pays qui ne cesse de se surdévelopper, l'auteur nous offre à travers sa propre expérience un joli retour à la terre, sans pour autant tout sublimer, car la vie dans une campagne reculée peut avoir autant d'avantage et d'inconvénients que celle en ville.
Yeon-Sik et So-Mi redécouvrent tout d'abord les plaisirs d'une vie simple, s'émerveillent, s'amusent, s'épanouissent dans les sublimes décors naturels qui les entourent, comme cette mare où ils se baignent où l'immense forêt où ils se promènent. Ils adoptent un chien un peu bête, mais fidèle, redécouvrent le chauffage au charbon, ne souffrent plus du rythme effréné qui règne dans la capitale, et finissent même pas cultiver leurs propres légumes... sans pour autant oublier leurs obligations professionnelles. So-Mi travaille d'arrache-pied pour préparer tranquillement un concours qui lui permettra peut-être d'être publiée. De son côté, Yeon-Sik poursuit ses travaux de commande pour son éditeur, sans avoir à le subir de façon trop encombrante.

Les choses semblent idéales, mais les deux époux vont rapidement se rendre compte des limites de leur nouvelle vie. Le téléphone passe très mal. Les trajets jusqu'en ville, via les bus ou les taxis, durent au minimum 1h30 quand on a de la chance. Economiquement il faut se serrer la ceinture pour pouvoir s'acheter une moto, une voiture, ou tout simplement de la viande pour se faire un paisible, romantique et bucolique barbecue en pleine nature. Et au-delà de ça, il y a de nouvelles pressions. Bientôt, So-Mi s'inquiète des bruits venant de dehors la nuit. Quant à Yeon-Sik, son éloignement de son éditeur et la beauté de la nature face à lui le rendent de moins en moins motivé pour concevoir des oeuvres de commande dont il n'est pas réellement le créateur. Lui qui aimerait dessiner une oeuvre plus personnelle, il se pose des questions. Tout plaquer pourrait avoir des retombées économiques critiques sur le couple, d'autant que l'homme ne veut pas que sa femme se cherche un travail, préférant la voir se consacrer à son concours.

Après un premier automne idyllique mis déjà annonciateur de certaines limites, l'hiver que s'apprête à vivre le couple sera le plus rude, car au-delà du climat extrêmement sévère, la saison pousse Yeon-Sik dans ses faiblesses psychologiques. Il a de plus en plus envie de plaquer son éditeur, il se demande ce qu'il fait là, il erre, et visuellement l'auteur rend tout ça à merveille, nous plongeant dans les tourments de son âme au fil de pages s'adonnant à quelques reprises à de simples métaphores bien choisies. Yeon-Sik se perd dans ses tourments, en arrive à se dire que cette montagne pourrait faire une belle tombe... Il ne lui faudra pourtant qu'une vision magnifique, celle du soleil se levant sur la neige, pour retrouver ses esprits. La riche nature, parfois moteurs des angoisses est aussi celle qui les fait disparaître.

Ainsi suit-on pendant 570 pages la vie mouvementée du couple au fil de quelques saisons où ils découvrent d'autres merveilles et font face à d'autres problèmes, comme les randonneurs venant se garer chez eux et polluant sans grands états d'âme, ou les villageois parfois spéciaux, sans oublier le retour annoncé des propriétaires de la maison qu'ils louent. L'oeuvre n'est jamais rébarbative, car Yeon-Sik Hong diversifie beaucoup son style, avec une simplicité et une facilité qui sont les témoins d'un auteur qui maîtrise parfaitement son art. Faussement simpliste, le visuel joue beaucoup : nos deux héros bénéficient d'une palette d'expressions riches, qui soulignent parfaitement les angoisses, les petits plaisirs du quotidien ou le lien soudé qui unit ce couple aimant. L'auteur est capable d'offrir des vues naturelles claires et belles, et son découpage d'un classicisme formel permet de mettre en valeur de très jolies trouvailles, comme ces métaphores déjà évoquées : Yeon-Sik qui se dédouble, qui se bat contre les personnages qu'il dessine, qui chante avec les animaux humanisés... Ces trouvailles simples font tout le sel d'une oeuvre qui sait alors constamment varier ses ambiances.

Visuellement beaucoup plus riche qu'on peut le penser au premier abord, et variant entre classicisme formel et simples, mais excellentes trouvailles, Histoire d'un couple captive d'un bout à l'autre sans jamais lasser. L'oeuvre aborde des questions essentielles comme les qualités et limites de la ville et de la campagne, cette campagne qui était autrefois au coeur de la vie coréenne et que le couple redécouvre. Il interroge sur les affres de la création, sur la relation de l'artiste avec ses oeuvres et avec son éditeur, mais aussi, quelque part, sur les conditions des locataires en Corée. Il s'agit pourtant, avant toute chose, d'une histoire intime, personnelle, celle d'un couple qui, malgré les épreuves, parvient à se ressourcer au coeur de la nature belle et nourricière. Celle d'un homme qui, au contact avec ce cadre naturel, trouve mieux le temps, après avoir franchi les épreuves, de faire le point sur son oeuvre.

Une lecture riche, belle et essentielle, servie dans une édition de grande qualité : un beau pavé de 570 pages certaines un peu délicat à prendre en main, mais doté d'une traduction sans fausse note et d'un papier et d'une impression de qualité. L'ouvrage vaut amplement son prix.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

19 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News