Hideout - Actualité manga

Hideout

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 28 Octobre 2011

Chronique 1


Révélé en France pour les dessins de la série Rainbow (en cours de parution chez Kazé Manga), Masasumi Kakizaki a vite su faire parler de lui, grâce à un coup de crayon dense et immersif. Cette fois-ci, l'auteur revient aux éditions Ki-oon, sur une oeuvre où il est dessinateur et scénariste, un one-shot où il s'essaie à l'épouvante, la couverture, du plus bel effet, ne laissant d'ailleurs pas le moindre doute à ce sujet. Tout comme les premières pages, en couleurs, qui mettent directement dans l'ambiance tout en intrigant fortement quant au contenu, de par les premières phrases prononcées par le héros. Le doute n'est déjà plus permis: vous ne ressortirez pas indemnes de Hideout, pour peu que vous en ressortiez.

Tout commence pourtant comme pour n'importe quel couple: pour retrouver l'inspiration ou essayer de recoller les morceaux avec son épouse Miki, Seiichi Kirishima, écrivain, part avec elle en vacances sur une île. La plage s'offre à eux, de même que les coins les plus reculés de l'île, dont une forêt riche de légendes macabres. Tout pour passer des vacances excitantes, mais Seiichi n'est pas là pour ça. C'est décidé, ce soir, il tuera sa femme.
Au coeur de la forêt, une course-poursuite commence entre le chasseur et sa proie, les deux se retrouvant bientôt dans une grotte pour le moins étrange, où les apparitions se succèdent. Et alors qu'il pense avoir enfin assassiné son épouse, Seiichi commence à peine à entrevoir les ténèbres dans lesquelles il vient de plonger...

Comme déjà dit, Hideout nous met dans l'ambiance dès la première page. D'emblée, on devine que Seiichi ne sera pas un personnage principal banal, et que la noirceur de son objectif n'a d'égale que la noirceur de l'enfer qui l'attend, au plus profond de cette forêt où un autre chasseur guette lui aussi sa proie....
Fort d'une narration qui sait amener habilement les éléments angoissants, Kakizaki nous propose une histoire tout ce qu'il y a de plus classique, un récit de chasse à l'homme à plusieurs niveaux, qui finit par se transformer en huis-clos oppressant et crade, tout en développant le portrait psychologique d'un homme en pleine déchéance. La principale force du scénario sera d'ailleurs là, car la vérité, implacable, nous enseignera que le plus monstrueux n'est pas forcément celui que l'on croit...

Histoire assez classique oui, et pourtant, rarement (jamais ?) un manga d'épouvante n'a si bien rempli sa fonction. D'un bout à l'autre, de la première page jusqu'à une conclusion qui fait froid dans le dos, Kakizaki ne relâche jamais l'ambiance éprouvante qu'il a instaurée, cela grâce à un travail narratif et visuel de haute volée.

Pour l'immersion, on n'aurait pu rêver mieux que cette histoire racontée de manière autobiographique par le héros lui-même. Au fil de ses écrits parsemant l'oeuvre, ce héros nous invite pour une véritable plongée dans ses pensées, tout en dévoilant le fil des événements ayant amené sa soif d'abattre son épouse. Car oui, avant d'en arriver là, Seiichi avait tout pour être heureux: un emploi, une belle maison, un fils adorable... Mais qu'un seul de ces éléments s'envole, et tout s'effondre. Cela, Masasumi Kakizaki nous le fait découvrir en entrecoupant son sombre et horrifique récit de courts flashbacks venant apporter à chaque fois un nouvel élément de la déchéance de Seiichi, pour un résultat du plus bel effet, le récit variant entre présent et passé sans y perdre en rythme, venant expliquer spontanément les tenants et aboutissants de la psychologie de ce héros plus torturé qu'on n'aurait pu le croire.

Etouffant, angoissant, Hideout, en plus d'une narration de haute volée, jouit également d'une véritable virtuosité graphique. On s'en doutait, le trait de Kakizaki pouvait très bien coller à un récit d'épouvante... mais à ce point !
En effet, d'un bout à l'autre, l'oeuvre profite d'un coup de crayon maîtrisé. Découpage et mise en scène sont le fruit d'un travail élaboré et susceptible de nous faire sursauter à tout moment, tant l'auteur se fait une joie de nous offrir des petits détails appuyant sans cesse l'atmosphère malsaine et crade, ou de proposer des pleines pages ou double-pages d'une grande densité, à glacer le sang, celles-ci débarquant souvent quand on s'y attend le moins. Et de manière constante, difficile de rester insensible au souci du détail de l'auteur, qui ne laisse pas une case blanche, propose toujours en arrière-plan des fonds très travaillés, griffonnés et noircis dans un souci de réalisme pour un rendu du plus bel effet. Au coeur de cela, vient tout juste contraster la clarté de la majorité des pages de flashbacks, des souvenirs plus heureux, pour un résultat saisissant ne faisant qu'accentuer encore plus la chute psychologique et la noirceur de l'âme de Seiichi qui se dessinent de plus en plus.
Du côté du dessin des personnages, c'est tout bonnement parfait. Les expressions de Seiichi et, quand il le faut, de Miki ont de quoi mettre mal à l'aise, la noirceur de leurs sentiments ressortant parfaitement. Mais l'auteur atteint des sommets dans la représentation des êtres prenant en chasse le couple. Bouche édentée, détails crades sur la peau, et, surtout, yeux exhorbités: le résultat obtenu est saisissant et propice aux sueurs froides. Ces personnages en apparence inhumains, et qui, comme dit plus haut, ne sont finalement peut-être pas les moins humains, sont un véritable tour de force de l'auteur, surtout quand il les fait apparaître soudainement, et d'autant plus que finalement rien n'est clairement dit à leur sujet. Angoissant, vous dit-on.

Définitivement, il paraît difficile de rester indifférent à ce Hideout, et cela de l'ouverture du récit jusqu'à une conclusion nuançant l'ensemble, tant aucun personnage n'apparaît tout blanc ou tout noir et a plus ou moins de bonnes raisons d'agir tel qu'il le fait, même si cela fait ressortir toute la noirceur qui peut animer un humain repoussé dans ses derniers retranchements.

Mené tambour battant, éprouvant, totalement immersif, développant habilement la psyché de son personnage principal, Hideout est un petit bijou d'épouvante pure, qui vous tiendra en haleine d'un bout à l'autre et confirme la virtuosité de son auteur, que l'on espère désormais vivement retrouver à l'avenir.

Comme si cela ne suffisait pas, les éditions Ki-oon se sont surpassées pour nous offrir une édition de haute volée. La couverture légèrement granuleuse renferme un travail jouissant d'une qualité d'impression excellente et d'une traduction ne trahissant jamais l'ambiance de l'oeuvre. Avec en prime huit pages en couleur, que demander de plus ?




Chronique 2


Sur une île servant de club de vacances, un couple en crise essaie tant bien que mal de recoller les morceaux. Mais pour Seiichi Kirishima, le mari, ce voyage a une toute autre motivation. Ce soir, il tuera son épouse, et cachera son corps parmi les nombreux cadavres de soldats tombés lors de la dernière guerre et n'ayant pour sépulture que l'épaisse jungle environnante. Mais les choses ne se passent pas comme prévu, et Miki, son épouse, parvient à s'échapper dans une grotte mystérieuse, habitée par d'étranges individus...

One-shot évènementiel pour l'éditeur Ki-oon en cette fin d'année 2011, Hideout est un titre de Masasumi Kakizaki, que nous connaissons déjà comme dessinateur pour la série Rainbow chez Kazé Manga. Cependant, c'est ici la première fois que nous le voyons s'illustrer également en tant que scénariste. Comme le laisse présupposer la couverture , l'auteur a pour ambition de nous entraîner vers une histoire particulièrement horrifique et perturbante. Suivons-le donc dans les méandres de cette île terrifiante, quitte à ne pas en ressortir entier...

L'idée majeure du récit est de mettre en scène son héros en tant que victime, et ce, dès les premières pages couleurs où on le découvre nu, attaché et mutilé, alors qu'il est lui-même un assassin de la pire espèce. Seiichi a en effet prémédité le meurtre de sa femme depuis bien longtemps, et présente rapidement un visage des plus menaçants. Ainsi, l'île paradisiaque, qui constitue pour lui le meilleur endroit pour passer à l'acte, se transforme peu à peu en purgatoire où il sera confronté à sa propre monstruosité, personnifiée par un ermite psychopathe qui capture, mutile et tue des touristes un peu trop curieux. A dément, dément et demi, et la cruauté de ce redoutable Némésis sans une once de pitié emporte Seiichi dans une spirale de haine et de violence, au point que le lecteur puisse en frissonner pour lui.

Afin de contrebalancer cette atmosphère suintant de douleur et de sang, l'auteur offre de quoi s'attacher au protagoniste au travers de nombreuses respirations vers le passé. On y découvre la vie de Seiichi l'écrivain, en partant des instants joyeux de sa vie de couple pour suivre sa longue descente aux enfers. Son quotidien est érodé peu à peu par les réalités matérialistes accablantes, jusqu'à un tragique évènement finissant par briser sa vie de couple définitivement. Hélas, certaines exagérations mettent à mal notre empathie, notamment le caractère implacable de Miki, véritable garce vénale qui ne fait qu'enfoncer le héros sans jamais lui tendre la main, sans oublier les ultimes péripéties en contradiction avec la logique du héros. De même, l'auteur a délibérément délaissé le passif des autres personnages, en particulier le "monstre" de la caverne, afin de les déshumaniser au maximum. Un choix qui ne sera pas au goût de tous.

Fort heureusement, le talent narratif de Kakizaki, qui a déjà fait des merveilles dans Rainbow, occulte les faiblesses scénaristiques. L'ambiance sombre et macabre des lieux envahit le lecteur, alors prompt à se faire manipuler par les sursauts du récit. Le rythme ne faiblit jamais ailleurs que dans les flashbacks, au point que les plus sensibles d'entre nous appréhenderont chaque page tournée. En outre, l'auteur n'épargne rien dans sa représentation de la violence et des corps mutilés, rendant l'atmosphère toujours plus étouffante. Il est cependant dommage que la prévisibilité des dernières péripéties nous sortent peu à peu de la tension narrative, mais dans l'ensemble, il est difficile de décrocher de l'aventure jusqu'à ses dernières pages qui offrent une conclusion particulièrement aboutie.

Cet univers sans espoir de salut est également renforcé par le graphisme très incisif du mangaka. Déjà connu (mais pas toujours apprécié) pour les visages très caricaturaux des ordures de Rainbow, le dessinateur a d'autant plus laissé libre cours à son exagération graphique pour offrir des faciès particulièrement terrifiants et hideux à certains protagonistes. Le trait est vif et détaillé, l'encrage et le tramage profonds, et l'auteur s'adonne à ses favorites lignes blanches pour fendre l'atmosphère ou donner l'impression que son héros est pris dans une toile qui ne fait que se resserrer autour de lui. En parallèle, les séquences de flashback contrastent par leur lumière nous ramenant en surface, mais aussi par une certaine froideur, exhibant un quotidien peu enthousiasmant.

Pour un jeu d'ombre et lumière aussi pertinent, la qualité de l'édition se devait d'être irréprochable. Mais avec Ki-oon à la barre, y avait-il du souci à se faire ? On peut, comme toujours, compter sur un papier de qualité et un encrage profond pour ne rien perdre de l'intensité du titre. Notons également une transcription complète des onomatopées (facilitée par l'usage de phylactères qu'affectionne l'auteur) et une couverture à la texture rugueuse pour ne pas décrocher du tome, au sens figuré comme au sens propre !

Dans le registre du suspens et de l'horreur, il faudra donc à présent compter sur Hideout, en attendant les futurs travaux de l'auteur. Les ambitions scénaristiques de départ pourront être mis à mal par certains évènements exagérés, mais d'aucuns ne contesteront la prouesse graphique et l'efficacité narrative du récit, accrochant les lecteurs dans ses filets pour l'emmener dans un univers noir, sanglant, et impitoyable. Et vous, y survivrez-vous ? 




Chronique 3

Seiichi Kirishima, écrivain sans travail, encore traumatisé par la récente mort de son fils, part en vacances avec sa conjointe avec qui il ne s'entend plus. Derrière cette envie de soleil se cache en réalité un bien plus sombre dessin: celui de tuer sa femme, devenue trop encombrante, et faisant obstacle à la reconstruction, aussi professionnelle que psychologique, de notre héros.
Ce dernier l'emmène donc dans un coin reculé de l'île, en pleine forêt, afin d'accomplir ce meurtre ignominieux. Mais l'épouse, bien décidée à vendre chèrement sa peau, parvient à sa réfugier dans une grotte, suivie de près par son mari. Dans les profondeurs moites de cette grotte, tapie dans l'obscurité, une mystérieuse silhouette observe, attend son heure pour agir. Et de chasseur, Seichii devient la proie: l'enfer commence... pour de bon!

Derrière Hideout se cache Masasumi Kakizaki, à qui l'on doit les dessins de la série Rainbow, disponible dans un premier temps chez SEEBD puis chez Kazé Manga. Cet auteur est connu pour style graphique, très expressif, ciselé et réaliste. Avec Hideout, Kakizaki revêt le costume de scénariste en plus de celui de dessinateur, et s'aventure dans le genre horrifique. Parviendra-t-il à nous donner le grand frisson? Réponse dans les lignes qui suivent...

Avant même d'ouvrir l'ouvrage, Hideout impressionne par sa couverture. Rarement on a vu quelque chose de si effrayant! Sans compter que cette illustration est la synthèse parfaite de ce que l'on va retrouver dans ce one shot, à savoir une obscurité qui déchire, lacère, envahit tout: la lumière, la raison, et même l'âme...

Alors qu'on croyait lire un face à face implacable entre des époux haineux, notre auteur introduit un nouvel élément perturbateur, de taille, qui va profondément modifier la donne. Il s'agit d'un homme, hirsute, famélique, mais doté d'une force certaine. Ses traits profondément altérés par une vie souterraine, ainsi que sa folie sauvage, lui donnent un aspect particulièrement effrayant, surtout dans la première partie de l'ouvrage, quand on ne sait pas encore vraiment avec qui l'on a affaire. Lors des scènes où ce mystérieux troglodyte apparait, par des cadrages astucieux et des planches saisissantes, Masasumi Kakizaki va nous saisir par les tripes, et même faire ressurgir des terreurs enfantines liées à l'obscurité et au silence, que nous avions oubliées au fil du temps.

Malheureusement, à partir du chapitre 6, le récit va perdre en intensité pour devenir plus ou moins prévisible. Une seule et unique fin possible se met petit à petit en place, et tout lecteur attentif la devinera assez rapidement. Néanmoins, cela ne retire en rien les nombreuses autres qualités de ce récit: les graphismes saisissants tout d'abord, mais aussi et surtout la mise en scène efficace: afin de renforcer l'horreur de la situation et le désespoir de notre héros tout en ménageant le suspense, Kakizaki introduit de temps en temps des lumineux flash-back qui permettent de mieux saisir les tenants et aboutissants de l'histoire, tout en créant un jeu de clair obscur renforçant la tension dramatique. C'est fort!

En définitive, Hideout s'avère être un excellent surprise. On aurait aimé une deuxième partie aussi déroutante que la première, mais l'ensemble reste tout de même cohérent et remplit à merveille son rôle: faire peur. Une dernière fois, saluons les graphismes de Kakizaki, remarquables et particulièrement adaptés au genre horrifique.



Chronique 4

Le genre « slasher » est un concept efficace au cinéma. On prend des gens normaux, avec parfois quelques petites choses à se reprocher dans le passé, et on les plonge dans l’enfer d’un ou plusieurs tueurs sanguinaires. On se fait une frayeur le temps d’une heure et demie, on admire l’inventivité des mises à mort (ou pas), et on est content de l’avoir vu et d’avoir sursauté (quand c’est bien fait), mais il est rare qu’on cite ces films dans nos références cinématographiques.
Force est de constater que dans le cas de Hideout, une fois la dernière page tournée, c’est un peu le même phénomène. Sans jouer dans l’aspect « meurtres en série par une créature », la première tentative dans le genre de Masasumi Kakizaki, l’auteur de « Rainbow » (publié chez Kaze Manga), manque d’un petit quelque chose qui le hisserait au-delà du divertissement.

Pourtant, tout commençait très bien. Un homme, nu et plein de blessures, enchaîné à une chaise dans ce qui semble être une petite cellule, implore la pitié d’une étrange paire d’yeux qui le fixe à travers une barricade de bois. Une scène qui rappelle les geôles glauques de Hostel. Puis la narration commence, à la première personne, celle de l’homme même qui est assis dans cette position précaire, signe donc qu’il survivra sans aucun doute à son épreuve, puisqu’il nous en fait le récit. On pouvait s’imaginer un homme meurtri, qui a commis une erreur, et maintenant en paye le prix, peu importe que la créature soit le fruit d’un phénomène surnaturel ou une créature tout ce qu’il y a de plus réel. La vérité est plus décevante.

Dans les points positifs, on peut sans aucun doute citer la narration, car ce one-shot est très efficace dans cet aspect. L’auteur atteste dans sa postface qu’il est fan du genre « épouvante », et on le sent tout de suite. Les événements s’enchaînent sans temps mort, c’est propre et bien écrit, il est indéniable que Kakizaki maîtrise son sujet. Le titre alterne avec brio tout du long les scènes dans la grotte (là où se passe la majorité de l’action) et de flashback, afin de nous éclairer sur les motivations des deux protagonistes qui se sont retrouvés plongés dans cet enfer. Comme si une lampe de poche venait brièvement nous éblouir avant de s’éteindre et de nous replonger dans l’ombre. Le twist final est également bien amené, et dégage sans aucun doute une certaine noirceur, qui laisse une certaine impression (positive, du point de vue du lecteur tout du moins).
Le tout est superbement mis en valeur par le trait de l’auteur, magnifique, vraiment immersif, qui rend bien les émotions sur les visages. On saluera au passage l’excellente édition de Ki-oon, qui nous gratifie d’une très belle qualité d’impression, absolument nécessaire compte tenu du fait que le titre prend place souvent dans le noir (à la manière d’un « The Descent », pour rester dans les influences cinématographiques). Toucher de la couverture particulier, très bonne intégration des pages couleurs, traduction dans le ton de l’œuvre… L’éditeur soigne ses sorties, comme d’habitude. Surtout que dans le cas de Hideout, c’est indispensable pour nous immerger aux côtés des personnages. Bien que ce soit sur ce dernier terme que certains décrocheront…

En effet, il est quasiment impossible de réellement s’attacher aux victimes, ou du moins de leur trouver une crédibilité dans leurs motivations et leurs personnalités qui nous feraient nous intéresser à leur sort. Ce qui, de mon point de vue, représente une entrave pour se plonger dans le récit. Seiichi, le narrateur, est un être pleutre, très soucieux des apparences, qui préfère construire sa vie sur des illusions que de faire face à la réalité des choses. Et une fois que la pression est trop forte, difficile de n’y voir qu’une réaction de psychopathe, largement « over the top ». Sa femme, Miki, qui partage son sort, est une personne futile, manipulatrice, vaine et superficielle, avec très peu de considération pour son mari, avec qui elle reste uniquement pour la sécurité financière. Si au début, chaque personnage est recouvert d’un mince verni qui donne l’impression qu’ils possèdent une personnalité plus ou moins normale et humaine, l’événement majeur du passé vient rompre toutes les digues, et on se retrouve avec des personnages qui n’ont plus d’humains que le nom. Peut-on vraiment dire dans ce cas-là que Hideout est une plongée en enfer, dans les méandres de la folie humaine ? Peut-être, mais très difficilement, étant donné que les personnages ne font pas face à leur folie, n’en souffrent quasiment pas, ne se remettent pas en question, et quelque part, n’ont pas évolué d’un pouce entre le début et la fin de l’histoire, malgré les épreuves traversées. On est loin d’un Silent Hill, référence dans la plongée aux enfers et dans l’antre de la folie.
Rien n’est vraiment choquant dans Hideout, et l’effet de surprise n’est pas aussi efficace que ce qu’il pourrait l’être. On regarde un peu les événements d’une manière assez détachée, avec une grande froideur analytique. Il n’y pas de gore (ce qui n’est pas un mal, soit-dit en passant), pas de stress, les motivations des personnages repoussent encore plus notre empathie, tellement ils sont dénués d’humanité (et ce, dès le début). Les arrivées du monstre sont bien mises en scène, mais dégage un certain côté classique et convenu, éliminant l’effet de surprise. Là où certains films jouent sur leurs décors ou leur ambiance sonore pour compenser leurs faiblesses, Hideout ne peut évidemment pas plancher là-dessus pour combler ses lacunes. Plus simplement, est-ce qu’un manga peut rendre la même impression de tension qu’un film ou un jeu vidéo ? Monster, le titre de Naoki Urusawa, proposait une part de tension et de noirceur dans certains passages, qui approchait cette ambiance dérangeante et de peur. Donc oui, l’exercice est possible. Peut-être était-ce trop difficile de tout condenser en un seul tome ?

Au final, on attendait mieux de Hideout. Le titre reste bon, divertissant, l’ambiance est là, les idées aussi, on est content de l’avoir lu, mais il manque cet impact qui nous marquerait plus en profondeur, que ce soit dans l’univers, dans le développement des personnages, dans les motivations… et tout simplement, dans l’ambiance générale, qui ne fait pas vraiment peur. Maintenant, il s’agit de la première tentative de l’auteur dans un genre qu’il affectionne particulièrement. Gageons que son prochain titre dans la même veine fera encore mieux, et qu’il nous proposera une expérience plus marquante. À lire dans tous les cas pour se faire sa propre idée.



Critique 4 : L'avis du chroniqueur
Sorrow

15 20
Critique 3 : L'avis du chroniqueur


16 20
Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Tianjun

17 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

19 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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