Goodbye my Rose Garden Vol.3 - Actualité manga

Goodbye my Rose Garden Vol.3

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 26 Febuary 2021

Pour aller chercher Hanako à Hastings où elle a été envoyée en repos dans le manoire d'Edward, Alice est allée jusqu'à mentir à sa famille en prétendant se rendre à Londres. Et une fois sur place, en retrouvant sa domestique qu'elle chérit plus que quiconque, la jeune fille de noble a fini par clairement lui avouer qu'elle est Victor Franks, l'écrivain que la japonaise était venue rencontrer en traversant le monde. Connaissant désormais la vérité, Hanako a de plus en plus de mal à cacher ses véritables sentimentaux... Dans ces conditions, doit-elle rentrer avec Alice à Rose Barrow House. Elle en meurt forcément d'envie, et c'est aussi le souhait le plus cher d'Alice, mais bien des épreuves risquent encore de se placer entre ces deux femmes qui tentent de contenir leurs sentiments. Suzanne, la domestique du manoir d'Edward, semble étonnamment sans trop en dire l'encourager, quand bien même elle la met en garde sur le fait qu'elle et Alice risquent de souffrir. Quant à Edward, il semble se douter que quelque chose cloche, au point de vouloir accélérer son mariage avec Alice, un mariage que cette dernière ne peut aucunement refuser sans risquer de compromettre ses proches...

La société dans laquelle vivaient Hanako et Alice était décidément complexe autant pour les femmes se voulant plus libres que pour les homosexuel(le)s, et c'est une chose que Dr.pepperco nous fait encore bel et bien ressentir jusqu'au bout, puisque ce sont bien ces diktats sociétaux qui seront les principaux ennemis de nos deux héroïnes. Entre les liens nobles/domestiques où chacun est censé rester à sa place, le statut de fille de bonne famille étouffant pour une Alice qui ne peut contrôler sa propre vie, l'amour homosexuel impensable dans cette noblesse, et les tiraillements que cela provoque en Alice (car rejeter Edward pour Hanako reviendrait à jeter le scandale sur sa famille que pourtant elle aime), rien ne semble pouvoir permettre à nos deux héroïnes de pouvoir continuer d'être ensemble, alors même qu'entre elles deux elles affirment toujours plus leur amour. Et bien sûr, avec la pression qu'il exerce sur Hanako et Alice, son côté manipulateur quand bien même il dit aimer profondément Alice (mais à ce stade, est-ce vraiment de l'amour, ou est-il une sorte de pervers narcissique ?), et ses idées bien arrêtées (il est persuadé que même si Alice ne l'aime pas, elle deviendra forcément heureuse en mettant au monde sa descendance...), Edward incarne un peu les idées archaïques de cette époque aristocratique qui peinait fortement à accepter ce genre de chose et n'imaginait pas que tout pouvait changer.

Car des changements, il y en avait bien à cette époque, et c'est quelque chose que le mangaka n'a cessé d'évoquer depuis le début. Il le fait encore ici via des éléments historiques comme l'essor des suffragettes pour l'accord du droit de vote aux femmes, ou évidemment au travers de nouvelles références littéraires, en particulier ici le livre "Martha's Lady" de Sarah Orne Jewett qui prend beaucoup de sens puisqu'il narre l'histoire d'un femme qui a souffert de ne pas pouvoir transmettre et vivre son amour pendant des décennies... Nos héroïnes feront-elles la même erreur ?

En somme, l'époque change malgré tout, difficilement mais sûrement, au gré de combats et de nouvelles mentalités qui n'en sont qu'à leur prémisse... Hanako et Alice oseront-elles, alors, emprunter cette voie nouvelle encore totalement balbutiante ? Sur ce dernier point, l'auteur joue vraiment bien avec nos nerf et notre fibre sensible jusqu'au bout, en gardant un certain suspense jusque dans les toutes dernières pages, tandis que l'on a de nombreuses occasions d'observer l'amour fort des deux héroïnes ainsi que leur douleur de ne pas pouvoir le vivre tout simplement. Et dans cette optique, Dr.pepperco gère décidément fort bien ses idées, par le biais de l'aspect littéraire toujours aussi prononcé (entre autre, le nouveau roman "Goodbye my Rose Garden" écrit par Alice/Victor et où elle a laissé parler beaucoup d'elle-même, ou encore tout ce que le roman de Franks a apporté dans la vie de Hanako pour son émancipation), mais aussi via la symbolique forte que prend la demande initiale qu'Alice avait faite à Hanako dans le tome 1: a défaut de tuer physiquement la jeune anglaise, peut-être la domestique tuera-t-elle la Alice portant un masque, pour que celle-ci puisse enfin être elle-même.

En prime, l'oeuvre s'achève sur le meilleur moment possible, afin de nous laisser sur une image très forte en émotion et symbolique, tout en laissant ensuite notre imagination fonctionner quant au futur des personnages. Goodbye my Rose Garden s'offre alors un dernier opus vraiment brillant. Loin de se contenter d'une romance impossible sous l'Angleterre de la fin de l'ère victorienne, Dr.pepperco a su en profiter pour croquer avec réussite et émotion le portrait d'une émancipation féminine, non sans s'offrir de nombreuses références historiques et surtout littéraires particulièrement pertinentes, en ceci qu'elles sont toutes les témoins d'une époque qui commençait difficilement à évoluer.     


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17.25 20
Note de la rédaction






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