Fleur millénaire (la) Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 08 March 2013

Après le succès de l'Arcane de l'Aube, les éditions Kazé Manga nous amènent un nouveau shôjo d'aventure dans un monde d'inspiration antique : Le Fleur Millénaire, dernière série en date d'une mangaka désormais bien installée dans le catalogue de l'éditeur : Kaneyoshi Izumi, auteure de Seiho Men's School et de 100% Doubt.

Tout commence dans un monde inspiré de la Chine antique, où 4 pays se partagent le territoire chinois alors divisé : les pays de Â, Kô, Do, et So. Autrefois pays prospère, Kô put conclure une alliance avec Â, la princesse du premier pays ayant épousé le roi du deuxième. Quelques années passèrent, le pays de Kô en arriva à péricliter au profit du pays de Do, poussant le roi de  à revoir ses priorités : Kô n'étant plus qu'un petit pays, une nouvelle alliance s'installa avec Do, alliance conclue par l'arrivée de la reine de Do en tant que deuxième Reine de Â.
Fille de la première reine officielle du pays de Â, Aki subit de plein fouet l'affaiblissement du pays de Kô, mais aussi celui de sa mère, gravement malade et désormais totalement délaissée par son époux le roi. Depuis l'arrivée de la deuxième reine et la naissance d'un prince héritier, la fillette subit jour après jour les mesquineries de son entourage. Jusqu'au jour où elle croise et défend Hakusei, un étrange esclave rejeté par la reine, aux cheveux couleur d'or et aux yeux couleur ciel, qui choisit alors de se mettre à son service. Les destins des deux enfants sont désormais liés, et les amènent à rencontrer Seitetsu, un marchand borgne qui les prend sous son aile pour enseigner à la princesse rejetée les Six Arts indispensables à une princesse de l'époque. Mais quand, arrivée à ses 14 ans, Aki montrera ses talents au point de ridiculiser le jeune prince de Do sans en avoir l'intention, elle devra payer d'un prix mortel la rancoeur du couple royal...

Ce synopsis n'est ni plus ni moins que l'introduction de la série, étalée pendant la première moitié du volume. Ainsi présentées, les choses peuvent paraître un brin complexes, mais il n'en est rien, Kaneyoshi Izumi parvenant sans le moindre mal à faire ressortir tout ce qu'il faut : le contexte diplomatique passé et présent entre les royaumes de Â, Kô et Do (seul le pays de Sô est pour l'instant absent) ainsi que les mariages et alliances qui en découlent, la dure vie de la princesse Aki, les ambitions de la reine de Do... Tout est très clair, et l'on se régale devant cette habile mise en place du contexte politique et diplomatique, qui prépare d'ores et déjà bien des choses avec l'annonce de la rupture d'une alliance et de l'arrivée d'une guerre...

Installé avec beaucoup de clarté, le contexte est d'autant plus passionnant que la mangaka n'oublie pas d'y glisser des protagonistes vite attachants.
On pouvait avoir peur de voir se dessiner entre Aki et Hakusei un lien sentimental trop présent dès le départ, et il n'en est rien : pour l'instant, les allergiques aux romances pourront être satisfaits, car aucun amour mièvre ne pointe le bout de son nez. Les principaux sentiments de ce premier tome tournant plutôt autour de l'amour familial, la haine (familiale également...), la jalousie, le désir de vengeance, mais aussi l'amitié entre deux personnes liées par le destin. Bref, même les plus réfractaires au shôjo peuvent se laisser séduire sans mal.
Aki est une héroïne que l'on apprend vite à apprécier, car elle sort un tant soit peu des sentiers battus. Malgré son statut et les mesquineries dont elle fait l'objet dès son enfance, elle se veut très courageuse, soutenant jour après jour sa mère malade, bravant les moqueries en n'hésitant pas à y répondre ouvertement, ne s'enfermant jamais dans les lamentations. C'est un vrai plaisir de voir une telle héroïne, qui ne se laisse pas faire, ne se plie pas forcément aux règles, sans non plus tomber dans l'exagération (elle reste au début une fillette, avec les fragilités que ça implique), et c'est d'autant plus plaisant qu'elle est très vive, dynamique.
Quant à Hakusei, on découvre en ce cliché du mignon blond aux yeux bleus "exotique" un garçon finalement lui aussi très attachant, qui ne joue aucunement la carte si crainte du cliché. Mieux, son physique a un réel intérêt, puisque sa différence lui vaudra la méfiance et la crainte des personnes qui l'entourent, la mangaka posant ainsi un contexte intéressant autour de lui. Et de part sa fidélité envers la princesse qui l'a pris sous son aile, il revêt facilement un certain attrait, une dignité qui devrait s'accentuer par la suite.
Enfin, saluons le travail sur les relations entre les différents protagonistes, car que cela se fasse de façon insistante ou plus discrète, on les ressent toutes très bien, la première étant l'amour mère/fille tragique que se vouent la première reine et Aki. La jalousie et l'ambition de la deuxième reine sont bien retranscrites, de même que le lien profond qui s'est lié entre notre héroïne et Hakusei. Ou encore l'amertume et la tristesse enfouies dans le coeur du roi de Kô et grand-père d'Aki, un état de fait que l'on comprend alors que la mangaka l'aborde à peine, mais avec justesse et retenue.

Quant au style de Kaneyoshi Izumi, il est bien adapté et on ne peut plus agréable. Puisque l'on vient juste de parler de retenue, signalons que la mangaka n'en fait jamais trop dans la représentation des émotions. Que ce soit pour la tristesse ou la détresse totale d'Aki ou encore l'amertume et le doute de Hakusei face aux craintes des autres, l'auteure n'étire jamais les choses inutilement, ne se complaît jamais dans le sentimentalisme de façon exagérée. Il en ressort une certaine maturité qui colle bien au fond.
Depuis Seiho Men's School qui jouissait déjà d'un travail graphique très plaisant, le trait de la mangaka s'est encore affiné, propose des visages aux émotions plus nuancées, encore mieux travaillées, et se permet d'offrir à Aki des bouilles très attachantes.
Quant aux décors inspirés de la Chine antique dans les habitations, ils sont présents quand il le faut pour rendre le tout plus immersif, et sont suffisamment travaillés quand l'histoire le demande. Il y a un bon équilibre entre leur présence et celle des personnages.

Ainsi, grâce à tout ceci, l'histoire s'écoule-t-elle avec clarté et intérêt, tant on saisit bien tout ce qui se passe, que ce soit les enjeux diplomatiques où ceux plus personnels. Tout coule de source, chaque étape est bien amenée, seules quelques très légères facilités sont présentes (quand même, sans en dire trop, Aki et Hakusei s'échappent très facilement quand ils sont prisonniers)...

En somme, il faut bien le dire, La Fleur Millénaire est l'une des excellentes surprises de début 2013. Sortant des sentiers battus, partant sur des bases très plaisantes et assez ambitieuses où le contexte diplomatique et très clair et prenant, proposant des jeunes héros attachants et charismatiques, le tout avec un ton et un coup de crayon qui ne tombent pas dans les excès, la série s'annonce déjà comme étant à suivre de près. D'autant que la fleur fantastique offrant son nom à la série, évoquée à quelques reprises, entretient une certaine ambition dès des premières pages assez mystérieuses.

Du côté de l'édition, on a affaire à une édition habituelle : papier correct et impression corrects, traduction très agréable, où seules quelques fautes d'inattention viennent faire tache. Et au vu du petit prix de 3,99€ appliqué pendant les trois premiers mois de la mise en vente, il serait dommage de ne pas tenter cette série qui démarre de la meilleure des manières.


 


Koiwai


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17 20
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