Détective Conan Vol.13

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 12 August 2015

Chronique 1 :

Nous commençons ce nouveau tome avec la suite et fin de l'affaire de la villa Mycroft, théâtre d'une série de meurtres sordide. Presque démasqué par Heiji qui guette la moindre opportunité de le prendre sur le fait, Conan décide d'endormir son rival et de procéder à son show de résolution habituel en utilisant ce dernier. Un choix risqué qui pourrait tout aussi bien lui sauver la mise que confirmer les soupçons de son rival sur sa véritable identité.

Après cette entrée en matière, nous retrouvons Conan en compagnie de Ran et de Sonoko au bord de la plage d'Izu où ils passent un séjour tranquille à la résidence secondaire de la famille Suzuki. L'occasion pour eux de faire connaissance avec les habitants de la villa voisine, la famille Tomizawa, dont l'un des fils Yuzo doit prochainement épouser la soeur aînée de Sonoko. Son père Tetsuharu Tomizawa se réjouit de cette union qui va rapprocher leurs deux familles et lui permettre de profiter de la télé avec satellite de ses voisins pour regarder le match de baseball de l'équipe des Kagoshima Falcons dont il est un grand supporter. Au cours de la soirée, il se permet de critiquer ouvertement les choix de vie de ses trois fils, le premier ayant renoncé à travailler dans l'entreprise familiale pour devenir écrivain de romans policiers, le second étant fiancé avec une fille sortie d'on ne sait où, et enfin Yuzo ayant choisi une carrière artistique éloignée elle-aussi de la succession de son père à la tête de son entreprise. Ne pouvant en supporter davantage, ce dernier se retire précipitamment pour retourner à son atelier, terminant la soirée sur une note tendue. Lorsqu'il part à son tour après la fin du match, Tetsuharu Tomizawa est attaqué par un assaillant qui lui fracasse le crâne avec une pierre. Conan et ses amies aperçoivent le meurtrier et sont stupéfaits de reconnaître Yuzo avant qu'il ne prenne la fuite précipitamment. Le lendemain matin, ils ont la surprise de constater que les deux frères de Yuzo lui ressemblent trait pour trait, remettant en cause leurs convictions de la nuit passée. L'un d'entre eux est le meurtrier de leur père et tout trois ont des alibis plus ou moins bancals, mais le coupable ment forcément et Conan a bien l'intention de découvrir lequel.

Nous retournons ensuite à Tokyo où le détective Kogoro Mouri s'apprête à participer à une interview commune avec le maître d'art Kenjin Hanaoka pour accompagner son recueil sur les représentations artistiques de scènes de crime. Ce dernier le fait toutefois attendre, trop occupé à passer du bon temps avec son assistante Izumi Chono dans l'appartement situé dans l'immeuble en face de son bureau d'études. A son réveil, celui-ci est victime d'un chantage de sa maîtresse, menacé de voir exposée la vérité sur les travaux qu'il a signé de manière frauduleuse à moins qu'il ne divorce de sa femme. Perdant son sang froid, il assassine brutalement cette femme devenue trop encombrante puis maquille la scène de crime. A son retour au bureau d'études, il fait mine de recevoir un appel de Mlle Chono annonçant son intention de se suicider, prétendant tenter de l'en empêcher au téléphone, pour que tout le monde soit témoin de sa chute fatale du haut de son balcon. Mais très vite, Conan soupçonne que ce suicide n'est qu'une mise en scène conçue pour camoufler un homicide. L'identité de l'assassin ne fait aucun doute, reste encore à savoir par quel stratagème il a réussi à créer cette illusion parfaite. Une inspection minutieuse de la scène de crime s'impose donc avant que Mouri et l'inspecteur Maigret ne concluent définitivement à la thèse du suicide.

Enfin, le professeur Agasa convie Conan et ses camarades de classe à une visite des studios de tournage du prochain film de Goméra dont le réalisateur est un vieil ami à lui. Les enfants sont enchantés de rencontrer leur idole, trop naïfs pour réaliser que tout ça n'est que du cinéma. Malheureusement, les mauvaises nouvelles pointent: le producteur a décidé que le film à venir serait le dernier de la saga, les films de kaijus ne faisant plus recette comme avant et étant aujourd'hui ringardisés. L'équipe s'est faite à l'idée que la série a fait son temps et qu'une page de leur vie est sur le point de se tourner. Seulement le monstre n'a pas l'intention de mourir sans un dernier combat et, sous les yeux horrifiés de Conan et des Detective Boys, le producteur est brutalement assassiné sur le plateau de tournage. Poursuivi par les enfants, le meurtrier parvient à leur échapper dans les couloirs du studio et à disparaître. On ne retrouve que le costume, brûlé au sol. La majeure partie de l'équipe de tournage étant en train de visionner les derniers rushes tournés en salle de projection au moment du meurtre, les quatre suspects sont ceux qui n'y étaient pas présents ou qui sont sortis de la salle entretemps, à savoir l'acteur principal incarnant Goméra, poignardé à la jambe par le meurtrier après l'avoir surpris dans la salle des costumes, l'actrice principale qui a croisé le chemin du coupable et des enfants dans le couloir, le réalisateur qui était enfermé seul dans une pièce pour consulter son storyboard, et enfin le responsable des décors qui était retourné vérifier quelque chose sur le lieu de tournage, évitant de peu de croiser Goméra et nos héros. L'un d'entre eux a accompli la vengeance du monstre au nom de l'équipe et la vérité est dissimulée quelque part derrière les artifices de tournage.

Trois intrigues intégrales très différentes les unes des autres et le chapitre final d'une excellente affaire débutée dans le volume précédent. Mais ne faisons pas durer le suspense plus longtemps: ce tome est une vraie déception. Le meilleur est très nettement la fin de l'affaire de la villa Mycroft qui tient toutes ses promesses avec des stratagèmes géniaux et bien renseignés, relevant de connaissances scientifiques connues essentiellement des enquêteurs spécialisés. A cela s'ajoute l'intrigue avec Heiji qui soupçonne la véritable identité de Conan qui vient encore enjoliver le tout et réserver une conclusion qui, pour une des premières fois de la série, aura des répercussions sur la suite du titre, l'auteur travaillant désormais davantage la cohérence de son univers et sa mythologie générale. Malheureusement, après cette excellente entrée en matière, le tome commence à sombrer, aucune des trois nouvelles affaires présentées n'étant particulièrement intéressante ou aboutie.

L'intrigue des triplés partait d'une bonne idée de départ: trois frères pouvant chacun avoir accompli le crime et où l'enjeu principal est de pointer les mensonges dans leurs alibis jusqu'à découvrir l'identité du meurtrier. Mais Gosho Aoyama n'a pas du tout réussi à la gérer avec une narration qui devient vite confuse. A vouloir faire quelque chose d'original et d'élaboré avec plusieurs frères (dont le meurtrier) qui mentent pour se construire des alibis, il a fini par s'emmêler les pinceaux lui-même à ne plus trop savoir par quel bout prendre sa narration ni comment rebondir sur les principaux rebondissements de l'affaire (un comble quand même). Démasquer les mensonges de l'un, plutôt que de renforcer les soupçons sur lui, ne fait qu'encourager les inspecteurs à passer à l'alibi du suivant pour l'éplucher à son tour. En fait, c'est même pire puisque le coupable va jusqu'à inventer une série de mensonges en totale contradiction les uns avec les autres pour tenter d'expliquer les incohérences de ses précédentes déclarations. A ce stade, l'intrigue perd toute crédibilité puisqu'elle continue de se poursuivre comme si de rien n'était alors que le coupable est pourtant des plus évidents et les prend carrément pour des idiots. Mais même sans cela, il est relativement facile de deviner l'identité du coupable, cette affaire étant loin d'être l'une des plus originales de la série et reposant sur un des pires clichés de la fiction policière, relevant entièrement du hasard, pour démonter l'alibi du coupable. N'importe quel lecteur avisé faisant attention au déroulement des événements n'aura aucun mal à remarquer la contradiction totale et à en déduire immédiatement l'identité du meurtrier. Mais pour une raison incompréhensible, Conan, qui n'est pourtant pas du genre à ne pas remarquer ce genre d'incohérence flagrante d'habitude, n'a cette fois rien vu venir avant un stade très avancé de l'intrigue où il s'apprête à confondre le coupable. Cela nuit grandement à la cohérence de cette histoire dont les ficelles narratives employées deviennent apparentes, n'arrivant pas à faire illusion, et où l'auteur tente sur la fin de se justifier sur les nombreuses facilités avec une mise en abîme qui aurait pu être intéressante si elle n'était pas à ce point gratuite. Malgré les bonnes intentions initiales, c'est l'une de ces histoires que Gosho Aoyama n'a pas réussi à mener à maturité, livrant une intrigue très inaboutie qui peine à convaincre le lecteur, ou même tout simplement à captiver son intérêt, la narration accusant de plus de trop nombreuses longueurs et les personnages des suspects étant aussi inintéressants qu'agaçants.

On espérait que l'intrigue suivante sur le maître d'art redresserait un peu la barre. Elle est en réalité encore pire, d'un ennui mortel et absolument inintéressante. Tout dans cette histoire est prétexte à justifier le stratagème employé et rien ne fonctionne. L'histoire est bidon et creuse, les personnages centraux sont plus inintéressants que jamais et le mode opératoire du tueur (dont l'identité est connue d'office) est franchement la vraie fausse bonne idée de ce volume, à la fois extrêmement enfantin dans sa conception et sa mise en place et pourtant extrêmement prise de tête (à la limite de l'arrachage de cheveux) à comprendre dans les explications données. Mais surtout, à mettre à ce point de côté l'histoire, l'intrigue creuse sa propre tombe, ne parvenant jamais à passionner le lecteur et accusant d'immenses longueurs interminables en seulement trois chapitres. On admire Gosho Aoyama pour sa tendance à nous raconter des histoires sympathiques et riches dans lesquelles il intègre ensuite naturellement ses intrigues policières. Ici, il est parti de l'intrigue pour construire tout le reste autour et ça ne marche absolument pas. Clairement l'une des pires histoires de la série entière !

Du coup, on serait presque tenté de devenir plus conciliant sur la dernière intrigue autour du monstre Goméra qui relève un peu le niveau. Rien de bien transcendant mais l'auteur se focalise à nouveau un peu plus sur l'histoire et sur ses personnages, même si la dimension policière à côté est extrêmement simpliste et l'astuce employée largement à la portée d'imagination d'un enfant. Cette intrigue tente de fonctionner avant tout sur la magie des films de kaiju et la relation que les enfants entretiennent avec ce type d'univers mais, malgré cette dimension sympathique, on regrette vite que Gosho Aoyama en ait eu une approche aussi puérile: celle-ci se résume essentiellement à voir les Detective Boys croire que tout ce qu'ils ont vu à l'écran est réel et ainsi interpréter les événements dramatiques de l'affaire à travers leur imaginaire d'enfants. Ça aurait pu faire un gag sympathique à petite dose, mais l'auteur appuie tellement dessus que ça en devient vite extrêmement lourd, amenant carrément le personnage de Conan au pétage de plomb contre ses camarades alors qu'il s'efforce d'élucider ce qui n'est rien de moins qu'une affaire de meurtre. Surtout, ça ne colle franchement pas avec la représentation habituelle de ces personnages qui, bien que jeunes et relativement naïfs, parviennent néanmoins à faire la part des choses quand ils sont confrontés à des affaires particulièrement graves. En bref, une histoire qui s'en sort un peu mieux que les deux précédentes mais qui n'est toujours pas à la hauteur de ce qu'on attend habituellement d'une série comme Détective Conan.

Maintenant, il y a une autre chose sur laquelle on peut trouver à redire à ce tome: la manière dont les personnages récurrents autres que Conan sont traités. Visiblement un peu en panne d'inspiration, Gosho Aoyama a tenté de compenser le manque d'originalité de ses intrigues avec davantage de passages humoristiques. On a cité plus haut l'exemple des Detective Boys qui réagissent à Goméra comme si le monstre existait bel et bien, mais on peut aussi retenir une sorte de sketch cocasse entre Conan et Ran où cette dernière l'empêche malgré elle de faire son show de résolution habituel, amenant à une sous-intrigue où Conan envisage d'essayer un autre moyen de transmettre ses déductions. Une idée qui aurait pu relever du génie si l'auteur l'avait sérieusement envisagé mais qui n'était finalement qu'un moyen de gagner quelques pages en divertissant le lecteur, les ambitions n'étant pas là et Conan finissant vite par revenir à la formule traditionnelle comme si rien ne s'était passé. En prime, Ran et Sonoko passent pour des idiotes totalement incapables de suivre le plus basique des raisonnements (ce qui tend presque à réhabiliter l'intelligence du détective Mouri ou du commissaire Maigret). Un peu de positif aussi toutefois avec la manière dont la relation entre Conan et Heiji Hattori évolue au début du tome, enrichissant les liens entre les personnages sur le long terme, ou encore le professeur Agasa qui continue d'assumer un rôle plus important que le simple faire valoir qui fournit Conan en gadgets, devenant de plus en plus un personnage à part entière de la mythologie et un allié inestimable pour notre héros.

Au final, difficile de ne pas manifester une certaine déception devant un tel volume. Gosho Aoyama n'est pas aussi inspiré et impliqué dans la conception de ses intrigues que d'ordinaire, frôlant parfois du doigt de bonnes idées pour finalement ne pas réussir à les traiter convenablement, les histoires ne parvenant guère à intéresser le lecteur en plus d'être très inabouties, bourrées de lacunes narratives et accusant de grosses longueurs qui risquent de perdre le lecteur. Beaucoup de choses ne fonctionnent pas dans ce volume, certaines intrigues ne fonctionnent quasiment pas du tout en elles-mêmes et, malgré quelques points positifs que l'on retient, on se retrouve malheureusement avec l'un des volumes les plus faibles et les moins marquants de la série. Gageons toutefois qu'il s'agit d'une exception, une erreur de parcours passagère entre deux tomes excellents. Et c'est finalement en constatant aussi ce à quoi ressemble un volume de Détective Conan raté, en remarquant tous ses défauts et en réalisant pourquoi ça ne fonctionne pas dans le cas présent, qu'on en vient à admirer davantage le travail formidable qui a été accompli sur les autres. Un moment de faiblesse passagère dans une série qui possède encore un potentiel énorme et qui ne manquera pas de nous surprendre dans les volumes à venir !



Chronique 2 :

L’affaire du fan-club de Sherlock Holmes achevée, Conan et Ran se rendent du côté de la famille de Sonoko dont la sœur va se marier. Mais le soir venu, le père du prétendant est assassiné et le coupable est forcément le meurtrier aperçu par nos héros, dont les traits ressemblent à ceux de Yuzo… le futur époux de la sœur de Sonoko et fils de la victime ! Mais dernier problème : le mort a en réalité trois fils, tous trois triplés… Yuzo est-il vraiment coupable ?

Le dernier chapitre de l’affaire du fan-club de Sherlock Holmes est surprenant. Outre le stratagème aussi habile que saugrenu mis en place par la victime, c’est le rebondissement opéré sur les dernières pages de cette affaire qui surprend. Heiji Hattori est donc voué à être un personnage très important plus qu’une simple figure récurrente, une audace qui a de quoi faire plaisir.

La suite du volume est plus classique est présente trois affaires complètes plutôt courtes mais aux stratagèmes très divers. La première d’entre-elles, celle centrée sur la famille de l’époux de la sœur de Sonoko (rien que ça) est la plus classique tant elle tourne autour d’un simple mensonge autour d’alibis. Néanmoins, les deux suivante relèvent davantage du casse-tête avec cette notion de coupable impossible, notamment la seconde dont l’astuce est si poussée qu’il semble difficile pour le lecteur de connaître la manœuvre employée par le meurtrier, quand bien même nous connaissons son identité d’entrée de jeu avec un assassinat qui nous est directement présenté.
Notons au passage que la troisième et dernière enquête aura de quoi raviver la flamme des plus grands nostalgiques des films de kaiju, ces monstres géants japonais, puisqu’elle se présente comme un grand hommage aux films Gamera. L’ambiance y est différente car moins cruelle et plus nostalgique, bien que l’astuce employée par l’assassin soit moins capillotractée que celle des enquêtes précédentes.

Un volume classique mais efficace donc, pour notre cher détective en herbe. Petit à petit, l’histoire se développe par le biais de personnages récurrents, voir dont le rôle grandit au fil des chapitres comme nous le démontre le cas Heiji Hattori qui sera peut-être mêlé aux hommes en noir dans les tomes prochains. Si l’intrigue clef n’avance pas dans ce tome, les affaires continent de se montrer ingénieuses, parfois exagérées et d’autres fois très réalisables. Pour toutes ces raisons, chaque tome de Detective Conan est un petit plaisir, et ce même si le scénario stagne.

  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Takato

14 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
GlassHeart

10 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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