Dernier envol du papillon (le) - Actualité manga

Dernier envol du papillon (le)

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 05 April 2017

Kan Takahama est une autrice que nous connaissons très bien en France. D’abord éditée chez Casterman, dans les années 2000 notamment avec des titres comme Sad Girl et 2 Expressos. Mais 2017 sera l’année où la mangaka bascule sur le catalogue des éditions Glénat : Après Le Dernier Envol du Papillon, paru en ce début de mois d’avril, Tokyo, Amour et Libertés arrivera dans l’hexagone en septembre.

Le Dernier Envol du Papillon fait partie des dernières œuvres de la mangaka. Publiée en 2014 dans le mensuel seinen Comic Ran de l’éditeur Leedsha, la série parut sur une période de huit mois avant de bénéficier d’une version reliée. Depuis, l’autrice ne s’est pas arrêtée, publiant Nyukusu no Kakutô en 2015, puis Emma wa Hoshi no Yume wo Miru cette année.

Le Japon connaît une époque charnière où les échanges avec les pays occidentaux se font de plus en plus nombreux. A Maruyama, le quartier des plaisirs de la ville de Nagasaki, une certaine courtisane du nom de Konoha, mais plus connue sous le nom de Kicho, rencontre un franc succès. Tandis que certains paient le prix fort pour avoir ses services et ses plaisirs, d’autres sont simplement intimidés à l’idée d’approcher cette femme. Mais aussi robuste soit Kichi, elle conserve sa part de faiblesses, notamment dans une relation qu’elle a douloureusement dû abandonner. Son passé la rattrape quand son mari est atteint d’une grave maladie…

Dans Le Dernier Envol du Papillon, Kan Takahama couvre une période historique on ne peut plus importante pour le Japon à savoir le XIXème siècle, une étape de l’Histoire où le pays du Soleil Levant s’est ouvert aux échanges et aux cultures malgré une situation sociale parfois lourde pour le peuple. Et justement, cette situation est retranscrite par le regard sur Kicho, courtisane vouée à offrir ses services et son corps, une situation d’autant plus pesante pour cette femme que sa beauté attire sur elles tous les regards. A ce titre, Kan Takahama ne passe pas par quatre chemins et montre dès les premières pages du tome, puis ponctuellement sur la suite du volume, la condition qui réduisaient ces femmes, vouées à s’offrir à des hôtes souvent capricieux sans pouvoir s’offrir un moment de liberté. Le plaisir est l’un des thèmes majeurs de ce one-shot, la mangaka ayant montré dans son œuvre que chaque sexe s’adonnait aux plaisirs qui lui étaient octroyés par le contexte sociétal : le sexe pour les hommes, et les joies matérielles pour le gente féminine. Mais ces dernières semblaient bien être les plus prisonnières de cette condition, aussi il est difficile de ne pas compatir envers Kicho et ses camarades courtisanes. Car si l’héroïne est la plus développée dans ce recueil, de manière logique, le récit ne manque pas d’intéresser en donnant quelques précisions sur les courtisanes qui entourent cette protagoniste, notamment le passé trouble qui les marquent. Les dernières pages du volume offrent un constat tragique de cette situation à travers une fin douce-amère, orientant alors le portrait historique comme pessimiste d’une certaine manière…

Pessimiste, mais pas que. Ainsi, l’histoire d’amour tragique de Kicho amène un autre sujet majeur : les développements connus par le Japon par ses échanges, notamment en termes de médecine. Ce sujet est symbolisé essentiellement par le personnage du docteur Thorn, figure attachante par l’amour qu’elle porte envers Kicho, et la destinée du jeune Kenzo, le jeune homme rencontrant un destin qui permet de trancher avec la vision sombre de l’histoire d’apporter un semblant de lumière sur cette situation d’époque. Et au-delà du portrait de société dressé, cette poignée de personnage va amener une intrigue touchante, avec quelques surprises, un véritable drame humain dont chacun est victime, contre son gré, attestant alors des difficultés de vivre dans la maladie durant cette période, d’où l’importance des évolutions de la médecine. A ce titre, Kan Takahama a le mérite de développement une intrigue humaine et des personnages loin d’agir en tant que stéréotypes, nous permettant alors de nous prendre d’empathie pour chacun d’entre eux. Et si à certains moments le lecteur peut avoir des jugements sur les actions de certaines de ces figures, les doutes finissent par se dissiper tant le constat est évident : loin d’être bons ou mauvais, les personnages subissent une destinée qui leur est imposée, mais qui pourrait être évitée si le Japon s’ouvrait au monde.

L’œuvre est sublimée, dans son aura et dans ses messages, par le style de Kan Takahama qui a cette patte nostalgique, semblable à des estampes. Outre les personnages particulièrement expressifs par leurs faciès et leurs gestuelles et un don de la mangaka de bien distinguer les Japonais des occidentaux, élément essentiel du récit, c’est surtout la représentation profonde des environnements et architectures qui nous émerveillent tant elles nous immergent dans le Japon d’époque. Chaque page se montre riche par des cases qui ne laissent jamais de place au vide, de même que chaque plan est minutieusement pensé pour montrer une facette du récit, des personnages ou du contexte historique. On apprécie aussi la présence de pages couleur qui montrent un aspect élégant et moderne du style de Kan Takahama, notamment en ce qui concerne la représentation de Kicho, poitrine dévêtue, plus belle et mystique que jamais.

La traduction de Glénat fait honneur à cette belle histoire. Le récit est édité dans un grand format, d’où le prix de l’ouvrage, bénéficie d’un papier de qualité, de quelques pages couleur bien imprimées et de la traduction très efficace de Yohan Leclerc. On espère ainsi que le même soin sera apporté à Tokyo, Amour et Libertés, prévu pour la rentrée de septembre.

Le Dernier Envol du Papillon est donc une œuvre à l’aura particulière, que ce soit par l’esthétique riche en identité de Kan Takahama, son aisance à nous plonger dans un Japon d’époque, ses personnages charmants et victimes d’un contexte difficile, ou par cette histoire familiale tragique qui ne manque pas d’apporter un coup de poignard décisif dans ses dernières pages. En demeure un ouvrage aussi envoutant que poignant dont il serait regrettable de se priver.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16.5 20
Note de la rédaction
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