Demon Lord & One Room Hero Vol.1 - Actualité manga
Demon Lord & One Room Hero Vol.1 - Manga

Demon Lord & One Room Hero Vol.1

Rédaction

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 25 Août 2021

La fantasy (ainsi que l'isekai, qui peut être vu comme un sous-genre de la fantasy) est un registre qui s'est désormais bien installé dans le catalogue des éditions Meian, au fil de différentes séries telles que Konosuba, The Unwanted Undead Adventurer, Kuma Kuma Kuma Bear, Chillin' Life in a Different World, tout récemment Skeleton Knight in Another World... et on en passe. Ainsi, il n'est pas étonnant de voir un énième titre du genre débarquer chez l'éditeur en ce mois d'août. Présenté par Meian comme une série "coup de coeur" au moment de l'annonce de son acquisition, Demon Lord & One Room Hero est la toute première série professionnelle d'un mangaka se faisant appeler Toufu, qui a officié quelque temps dans le milieu amateur avant d'être repéré par les éditions Hôbunsha pour la série dont il est question ici: d'abord démarrée à titre personnel sur internet, l'oeuvre a effectivement vite attiré l'oeil de Hôbunsha, pour finalement s'offrir à partir de 2019 une prépublication sur l'application de lecture en ligne Comic Fuz (que l'on ne connaît pour rien d'autre en France) sous le titre Lv1 Maô to One Room Yûsha. Depuis, Toufu poursuit toujours la série à l'heure actuelle, tout en ayant eu l'occasion de participer en 2019 à une anthologie collective autour d'un manga phare de Hôbunsha: Yuru Camp/Au grand Air.

Demon Lord & One Room Hero nous immisce donc dans un univers teinté de fantasy, certes, mais un peu différent des poncifs habituels, dans la mesure où ce monde fantastique ressemble en pas mal de points au nôtre, que ce soit pour les immeubles, internet, les voitures... On apprendra bien assez vite, cependant, que l'intrigue se déroule dans un royaume... royaume qui fut autrefois sauvé des griffes du Seigneur Démon par le héros Max et ses compagnons d'aventure. Depuis ce haut fait, dix années sont passées... et le Seigneur Démon revient enfin à la vie, ivre de vengeance... ou presque, car tout ne se passe pas exactement comme prévu. Retrouvant sa fidèle secrétaire Zenia, l'entité démoniaque ne peut que constater que ses sbires n'ont pas encore pu ressusciter, mais surtout qu'elle-même, à cause d'une période de repos trop courte, n'a pas pu accumuler suffisamment de mana pour retrouver sa monstrueuse apparence d'autrefois, en devant alors se contenter d'une apparence de fillette dodue, avec mention cornes/oreilles pointues/triples yeux.

Mais peu importe: la démoniaque gamine, bien que largement affaiblie, est bien décidée à reprendre son combat là où elle l'avait laissé, afin d'asservir l'humanité ! Et pour ça, elle a déjà hâte de se frotter une nouvelle fois au héros Max. Elle en est convaincue: l'homme qui l'a autrefois vaincue est un héros qui est forcément devenu quelqu'un d'important, dix ans plus tard. Mais malgré toutes les mises en garde de sa secrétaire, elle ne peut qu'être... hum, désappointée, une fois qu'elle le retrouve: le vaillant héros est devenu une véritable loque, grassouillet, avec un double-menton, glandant à longueur de temps dans son appartement une-pièce miteux. Comment est-ce possible ? Eh bien, tout simplement, il a été à peine remercié par le royaume après ses exploits avec ses compagnons, n'a eu aucune utilité dans ce monde en paix, s'est éloigné de ses anciens acolytes, a connu différentes mésaventures (accusations de détournement de mineure, de drogue...), à tel point qu'aujourd'hui il préfèrerait à la limite voir ce monde pourri disparaître, et qu'il n'a plus du tout envie d'être un héros ! Pour le Seigneur Démon, une telle déconvenue est impensable... si bien que la gamine, sous couvert d'étudier la société humaine et de récolter des informations pour ses nouveaux plans de conquête, entreprend tout bonnement d'emménager chez lui...

De ce pitch gentiment tordu (on parle quand même d'une entité démoniaque qui était terrible il y a dix ans mais dont le comportement semble avoir bien changé), Toufu fait des choses plutôt prometteuses, ne serait-ce que pour son choix non pas de proposer le classique récit de combat d'un héros contre les forces du mal, mais plutôt de suivre l'"après combat", dix ans plus tard, pour nous faire découvrir ce que ce héros et son ennemi sont devenus... et autant dire que leur devenir ne manque donc pas de piquant ! Entre un héros devenu amorphe et suscitant les moqueries ou les rumeurs péjoratives, et un Seigneur Démon qui a perdu quasiment toute sa force, on a droit à deux personnages centraux qui ne sont plus que l'ombre d'eux-même et qui entament une cohabitation surprenante, au grand dam d'un Max qui n'a rien demandé.

Cette cohabitation, bien sûr, est déjà sujet à une bonne petite déferlante d'humour, que ce soit par exemple pour la méconnaissance du monde humain par le Seigneur Démon (faisant qu'elle a parfois des comportements inadaptés, par exemple en se promenant très court vêtue sous les traits d'une étudiante), pour ses premiers plans visant à "déstabiliser/ragaillardir" le héros (le coup du cahier de charmes censé être sexy de ses sbires féminines qui sont souvent des monstres), pour le comportement pas bien glorieux de Max (désormais plus occupé à glandouiller ou à mater des sites adultes sur le net), ou encore pour l'irruption en tant que nouvelle voisine de Zenia, une secrétaire ne manquant certes pas de charme, mais n'étant pas forcément très maligne et ne tenant absolument pas l'alcool au point de s'emporter facilement et d'amener quelques situations gênantes (courser à poil le héros dans les rues, rien de plus normal). L'humour ne vole pas forcément hyper haut, mais généralement il est assez bien amené, se veut bon enfant y compris dans ses touches de fan-service (aaah, la tenue de Zenia)... et n'empêche aucunement l'installation de quelques éléments scénaristiques plus prometteurs.

Car Demon Lord & One Room Hero ne devrait pas se contenter d'être une simple petite tranche de vie comique: de fil en aiguille, différentes petites choses viennent enrichir l'univers discrètement, en nous laissant sur certaines attentes. On pense à l'énigme de la silhouette brune a priori invisible et squattant avec jalousie le placard de Max, à ce que sont devenus les anciens compagnons de notre héros (entre un Fred voulant obtenir l'aide de Max, et un Léo ayant fondé illégalement sa propre république au Nord du royaume après avoir été banni), à la questiond 'une entente/cohabitation entre humains et démons... ou même au regard posé sur la situation de Max, qui a certes été un héros autrefois, mais qui n'a pas été récompensé comme il se doit, s'est ensuite égaré pour devenir ce qu'il est aujourd'hui... Alors, aura-t-il l'occasion de redorer son blason et de redevenir un héros, si tant est qu'il en ait envie ?

Visuellement, Toufu offre une copie agréable, surtout portée par des designs très expressifs et efficaces quand il s'agit de porter l'humour, ne serait-ce que via la silhouette presque chibi du Seigneur Démon. La pointe de fan-service, correctement mesurée, sait elle aussi participer à l'aspect comique, tandis que les décors sont assez présents comme il le faut et que le découpage sait se faire bien vivant.

Nous voici donc avec un début de série assez enlevé, où l'humour va bon train dans une ambiance plutôt légère assez réussie, tandis que quelques éléments de fond laissent espérer un univers un peu plus riche. Demon Lord & One Room Hero est une lecture sympathique sur ce premier volume, et il n'y a donc plus qu'à espérer que ça durera... la bonne nouvelle étant que l'on peut d'ores et déjà se faire un avis un peu plus poussé puisque le deuxième tome est sorti en même temps que le premier.

Quant à l'édition française, elle jouit en premier lieu d'une très bonne traduction de Jean-Baptiste Bondis, bien vivante, assez naturelle et soulignant bien l'humour et l'ambiance. Le lettrage, signé Florent Faguet, est tout aussi soigné. Pas de pages en couleurs malheureusement, mais un papier assez souple et épais permettant une qualité d'impression satisfaisante. Enfin, la jaquette, tout en reprenant fidèlement l'illustration de l'édition japonaise, s'offre un logo-titre soigné.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai
15 20
Note de la rédaction