Dans l'ombre de Creamy Vol.1 - Actualité manga

Dans l'ombre de Creamy Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Jeudi, 08 April 2021

Les éditions Kurokawa sont loin, voire très loin d'être parmi les éditeurs ayant l'habitude de surfer sur la vague nostalgique... Alors, quand l'éditeur accueille un représentant de ce type, il y a de quoi être intrigué ! C'est donc le cas de Dans l'ombre de Creamy, alias "Mahô no Tenshi Creamy Mami Fukigen na o Hime-sama" en version originale. En cours de parution au Japon depuis 2019 sur le site Comic Tatan des éditions Tokuma Shoten, cette série est un travail de commande qui a été confié à Emi Mitsuki, mangaka que, jusqu'à présent, on connaissait en France uniquement pour ses boy's love, avec les titres A la recherche de notre comète et De l'amour à l'écume, jamais !.

Ce manga se base donc sur le célèbre dessin animé Creamy, et il convient alors de souligner une chose: si vous ne connaissez absolument pas l'anime d'origine, vous risquez d'être parfois un peu perdu, pour deux raisons: non seulement l'histoire d'Emi Mitsuki suit fidèlement les événements du dessin animé, mais en plus elle ne précise rien au départ, dans la mesure où on découvre Creamy depuis le point de vue de sa rivale, ce dernier point étant donc un choix volontaire qui amènera quand même sur la longueur ses intérêt, par exemple en accentuant l'aura de mystère de Creamy quand elle est vue de l'extérieur.

Avant de parler du manga à proprement parler, il convient alors tout de même de parler un peu du dessin animé sur lequel il se base.
Véritable titre culte dans la catégorie des magical girls, Creamy Mami voit le jour au sein du célèbre studio Pierrot en 1983, d'après une histoire originale de Kazunori Itô et Yûko Kitagawa. A la réalisation, on trouve Tomomi Mochizuki (Maison Ikkoku, Ranma 1/2 saison 1, Kimagure Orange Road) et Osamu Kobayashi (Kimagure Orange Road, Beck, Heat Guy J), tandis que le chara design fut confié à la légendaire Akemi Takada (Lamu, Maison Ikkoku, Kimagure Orange Road, Patlabor), cette dernière ayant très largement contribué à la popularité de l'oeuvre. En France, la série s'est d'abord fait connaître sur feu La Cinq, sous le nom "Merveilleuse Creamy", puis sur TF1 sous le nom "Adorable Creamy".
Concernant l'Histoire du dessin animé, on y suit Yu, une petite fille de 10 ans qui vit avec ses parents qui tiennent une crêperie. Un jour, elle voit dans le ciel une arche merveilleuse, d'où provient un étrange lutin qui va lui confier, pendant un an, des pouvoirs lui permettant de se transformer en une fille de 16 ans et se voit affublée de deux petits chats pouvant parler. Utilisant d'abord ce pouvoir pour jouer des tours à ses proches qui ne la reconnaissent pas, elle va, par un concours de circonstances, être amenée à chanter devant un public conquis. Repérée par une célèbre maison de production, elle devient une star de la chanson sous le nom de Creamy. Tout semble aller pour le mieux. Et pourtant, Yu n'a le droit de confier son secret à personne et va connaître de nombreuses difficultés pour le cacher, notamment auprès du garçon dont elle est amoureuse, son ami d'enfance Toshio, fan invétéré de Creamy.
Creamy Mami est une série qui a fait date à son époque, en étant l'un des titres lançant véritablement le concept de magical girl. Dans ce dessin animé, l'ambiance est résolument féérique, avec une héroïne charmante et attachante, dotée d'un caractère amusant quand elle a dix ans et d'une voix en or quand elle en a seize. L'humour est également l'un des grand axes, notamment par l'intermédiaire des deux chats Nega et Posi, ainsi que de Midori, un ami bien portant de Toshio attiré par Yu. L'émotion et les sentiments restent aussi des thèmes importants, de par les liens complexes entre Yu et Toshio: Yu est amoureuse de Toshio, alors que celui-ci n'a d'yeux que pour Creamy, soit Yu quand elle se transforme. Cruelle ironie ! Mais bien évidemment, l'ambiance au niveau du côté sentimental vire souvent, lui aussi, à l'humour. La majorité du temps, la série propose des épisodes indépendants ou des petites histoires s'étalant sur quelques épisodes, et bien que certains passages soient moins bons, l'ensemble reste, dans son ensemble, très varié, et très plaisant à suivre grâce aux protagonistes hauts en couleurs et à l'ambiance rafraichissante.

Concernant Dans l'ombre de Creamy, eh bien, tout est déjà dans le titre: l'oeuvre nous propose de revisiter fidèlement (mais peut-être que ça changera par la suite ?) les grandes lignes de la progression de Creamy en tant que chanteuse, mais depuis le point de vue de sa rivale: Megumi Ayase. Jusque-là star de Parthénon Production, voici longtemps que cette jeune fille fait la gloire de sa maison de disque, et qu'elle rêve de conquérir toujours plus de monde pour faire le succès de Parthénon. Après tout, c'est ce que lui a promis son producteur Shingo Tachibana, pour qui elle semble avoir un petit peu le béguin ! Mais dans le monde impitoyable des chanteuses idoles, la fraîcheur de la jeunesse peut très vite se faner, les fans peuvent rapidement passer à autre chose tout comme les maisons de disque, et Megumi est désormais sur le déclin... Et elle a beau refuser ça, continuer de faire toujours autant d'efforts, Tachibana semble se détourner d'elle pour dénicher une nouvelle perle rare, et c'est en Creamy qu'il la trouve. Dès lors, il veut tout faire pour lancer la carrière de cette mystérieuse beauté à la voix angélique, alors même que cette dernière n'en a pas forcément envie ! Et forcément, Megumi vit très mal la chose...

Dès lors, en s'éloignant quelque peu de l'ambiance magique et rose bonbon du dessin animé d'origine, ce manga prend une autre voie en nous plongeant dans les coulisses, au travers d'une héroïne/rivale qui a fort à faire pour ne pas se laisser battre. Pour le moment, cela passe par des petites étapes très classiques et rapides, comme quand Megumi essaie de piéger Creamy car elle a des doutes sur son identité... et en cela, on sent bien que le dessin animé d'origine était une série légère des années 80, puisqu'il ne faudra pas être trop regardant sur certains comportement, car les quelques doutes sur l'identité de Creamy ne durent jamais bien longtemps, et surtout parce que, pour un producteur de maison de disques, Tachibana peut apparaître sacrément incompétent dans le fond. Mais en filigranes, placer le récit depuis le point de vue de Megumi permet d'offrir un certain regard sur le monde du showbiz et des idoles, peu idéal, entre retournement de veste du producteur, mise au placard de celle qui était jusque-là la gloire de Parthénon au profit d'une inconnue, risque pour Megumi de voir ses rêves se briser... mais Megumi fait partie de ces filles qui ne sont pas du genre à se laisser faire !

Et on en vient à l'autre aspect important de ce début de série, à savoir Megumi elle-même. Simple rivale prétentieuse et un peu amoureuse de Tachibana dans le dessin animé d'origine, celle-ci y gagne déjà un peu dans le manga. Avec son arrogance, la façon dont elle se plaçait sur un piédestal, et ses premières tentatives de mettre à mal Creamy, elle garde régulièrement un côté assez irritant et un peu détestable. Mais on découvre surtout une battante, qui n'a pas l'intention de se laisser oublier, car elle a fourni énormément d'efforts pour arriver là où elle est, et qu'elle n'a évidemment aucune envie de voire ses rêves lui échapper à cause d'une fille sortie de nulle part.

L'ambiance reste néanmoins assez légère pour le moment, et c'est une impression qui est sûrement entretenue aussi par la patte visuelle d'Emi Mitsuki, qui se veut très proche du dessin animé. Quitte à trahir un peu sa propre patte personnelle comme elle le dit dans sa postface, la mangaka offre des designs très fidèles à l'anime, mais avec la pointe de modernisation qu'il faut dans la mise en scène. les fans de la première heure ne se sentiront pas trahi(e)s, et les néophytes pourraient accrocher assez facilement à ce style qui est donc sans grande personnalité mais très propre.

Il s'agit donc d'un début intéressant pour cette série dont on suivra avec intérêt l'évolution. Concernant l'édition française, on regrettera quelques coquilles d'inattention dans les textes, mais à part ça la copie est satisfaisante. La traduction de Xavière Daumarie est soignée et ne trahit pas l'oeuvre d'origine, le lettrage est soigné, le papier et l'impression sont de bonne qualité. Quant à la jaquette, elle bénéficie d'un très joli travail avec ses effets métallisés/pailletés !
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

14 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
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