Centaures Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 17 January 2018

Prenant soin de cacher son sexe et également connu(e) sous le nom de Ryô Suzuri, Ryo Sumiyoshi s'est d'abord fait connaître dans la modélisation 3D et en travaillant sur plusieurs designs des jeux Monster Hunter 3, Monster Hunter 4 et Monster Hunter X. Travaillant en freelance depuis 2015, l'artiste a, depuis, conçu nombre d'illustrations et tenu quelques expositions. Lancé au Japon en 2016 sous le titre Jinba chez l'éditeur East Press, Centaures est son tout premier manga. Mais depuis, l'artiste a également lancé dans le magazine boy's love Canne de l'éditeur Printemps Shuppan une oeuvre du nom de MADK.

Conçu pour tenir en 5 tomes, et proposant un premier arc complet sur ses deux premiers volumes, Centaures nous plonge, comme son nom l'indique, dans l'univers de ces créatures mythique et fabuleuses, équins dans le bas du corps et humains dans le haut. En des temps reculés dans un lointain pays, ces êtres vivaient en totale liberté dans la nature, en plaines ou en montagnes, fiers et indomptables, mais également pourvus de raison, d'uns avoir ancestral enrichi au fil des générations, et d'un vrai sens de la famille. Occupant les régions montagneuses loin des humains, les centaures venaient toutefois parfois en aide à ceux-ci, en partageant leur savoir ou en se débarrassant d'une bête dangereuse, si bien qu'ils étaient parfois divinisés. Mais un jour, la folie humaine est née. La guerre est apparue, et avec elle les conflits de pouvoir et les conquêtes de territoire. Dans leurs ambitions, les hommes se sont mis à voir les centaures comme de possibles outils pour leurs guerres, comme de puissantes montures de choix, et ont alors envahi leurs terres pour les capturer et les soumettre, en bafouant leur dignité, leur raison et leur vie avec leurs proches.

Matsukaze, centaure puissant et fougueux à la vaste crinière rousse, est un centaure des montagnes, vivant avec ce qui lui reste de famille. Mais auprès des hommes, la légende de sa robustesse est déjà née, et certains sont prêts à tout pour le capturer et en faire leur nouveau "jouet". Pour permettre à son fils Gonta de fuir, Matsukaze se laisse capturer par les hommes et par Kohibari, un centaure des plaines qui a été "apprivoisé" par les hommes. Pris au piège de la folie et de l'ambition humaines, il souhaite rester indomptable, alors même que les hommes présents se le disputent déjà comme un trophée symbole de pouvoir. Matsukaze est-il condamné à l'esclavage ? Rien n'est moins sûr. Car si Kohibari a activement participé à sa capture, c'est parce qu'il a un plan d'évasion... Ensemble, pourront-ils reconquérir leur liberté et celle de leur peuple ?

Concrètement, le scénario de Centaures, du moins pour l'instant, repose sur quelque chose d'assez simple, à savoir la lutte des héros centaures pour retrouver leur liberté et leur dignité face à une espèce humaine devenue en partie trop ambitieuse et folle. Dès les premières pages, Sumiyoshi nous fait parfaitement ressentir toute la fierté et le charme de créatures puissantes et sauvages voulant rester libres comme le vent. Et à cela, il oppose, de façon certes sommaire et assez caricaturale mais très réussie, une certaine barbarie développée par les hommes, n'hésitant pas à considérer ces créatures comme de simples outils et instruments de pouvoirs, et allant jusqu'à en faire leurs jouets et à les amputer pour les empêcher de se rebeller. C'est surtout le cas pour les centaures sauvages, généralement amputés dès leur capture (Matsukaze étant l'exception tant il a des capacités impressionnantes), car il existe aussi des centaures dociles et pleinement au service des hommes, généralement parce qu'ils ont été élevés par ceux-ci depuis la naissance, dans ce qui est finalement une sorte de domestication.

Ce premier volume repose énormément sur le binôme que Matsukaze et Kohibari, dans leur quête de liberté, sont amenés à former. Le premier est un robuste et particulièrement indomptable centaure des montagnes, ayant toujours vécu loin des humains avec ses proches, et cohabitant avec un milieu naturel escarpé dont il connaît les ressources. Le deuxième, amputé de ses deux bras humains par les hommes, est un centaure des plaines, aux trait plus fins, et beaucoup plus rapides. Leur parcours ensemble est un régal à suivre car ils se complètent bien, mais aussi parce que Sumiyoshi sait très bien les différencier et jouer sur leur caractère respectif, en amenant même des notes d'humour (Kohibari est gentil et un peu "naïf" sur certaines choses, tandis que Matsukaze tend à partir au quart de tour et à vite s'énerver) alors que la situation face aux hommes est plutôt dramatique, et en présentant assez bien leur coopération et la façon dont ils commencent à veiller l'un sur l'autre. Cela offre un récit emballant, et qui sait rendre ces personnages vraiment intéressant à suivre.

Mais il reste que la principale claque de Centaures et à chercher du côté des visuels, très souvent bluffants par leur maîtrise. Avec son expérience sur Monster Hunter, sa pratique de la modélisation 3D et son attrait prononcé pour les créatures fabuleuses dont les centaures en tête (il suffit de jeter un oeil à son compte twitter pour vite comprendre que l'artiste est un(e) passionné(e), Sumiyoshi n'a aucun mal à imaginer des designs impressionnants au niveau de la morphologie des créatures, qui est particulièrement riche et crédible. Si Kohibari a pour lui un aspect assez élancé et fin où l'on retrouve l'agilité d'un centaure des plaines, on retient encore plus la sensation de puissance que dégage Matsukaze. Les muscles sont brillamment placés et dessinés, on devine et on ressent presque tout son poids et sa force quand il est en mouvement... A cela, Sumiyoshi ajoute un excellent travail de cadrage et de découpage, certains angles de vue étant particulièrement impressionnants. Et il faut aussi souligner son excellente utilisation des trames, pour renforcer la profondeur de certains paysages et du corps des centaures, ou pour rendre certains passages très immersifs (on pense à la petite tempête du dernier chapitre).

Concernant l'édition, les principaux reproches viendront à nouveau du papier qui n'est pas forcément transparent mais qui est très fin, rendant le livre assez peu agréable à prendre en mains, mais aussi de certaines bulles coupées. Pourtant, la reliure est soignée avec un tome qui s'ouvre bien, l'encre ne bave pas... On appréciera beaucoup les premières pages en couleurs, ainsi que le travail très soigné sur les choix de police concernant les textes et le sous-titrage des onomatopées. A la traduction, on trouve le nom de Jean-Louis de la Couronne, dont c'est a priori la première traduction de manga, mais qui a déjà officié sur des romans (dont celui de Your Name.). Il livre un travail soigné, avec des façons de parler qui collent assez bien aux principaux personnages. Concernant la jaquette, l'éditeur a conservé l'illustration de l'édition japonaise d'origine, mais a imaginé un logo-titres discret et réussi. N'oubliez pas de retire la jaquette, pour découvrir sur la couverture deux jolies illustrations de décors en noir et blanc. Enfin difficile de ne pas souligner l'excellente postface de Sumiyoshi, qui développe avec une certaine passion plusieurs éléments de son univers pendant 8 pages.

Le premier volume de Centaures et une superbe lecture, visuellement impressionnante, passionnée, et portée par des créatures que l'on prend facilement plaisir à suivre dans leur douloureuse quête de liberté. Une excellente trouvaille, qui nous plonge dans un univers fascinant, et qui vaut amplement le coup qu'on s'y intéresse.

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17 20
Note de la rédaction






MN Actus
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