Caste Heaven Vol.1 - Actualité manga

Caste Heaven Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 13 November 2019

Chronique 2

Régulièrement publiée en France depuis 2014 par les éditions Boy's Love, la mangaka Chise Ogawa s'est également offert, à partir de janvier 2016, une incursion dans le catalogue des éditions Taifu Comics avec sa plus longue série BL à ce jour, Caste Heaven. La prolifique mangaka, qui a déjà dessiné de nombreuses oeuvres depuis le milieu des années 2000 et qui poursuit aussi une carrière dans le shôjo sous le nom de Shigeyoshi Takagi, dessine Caste Heaven pour le magazine Be x Boy de Libre Publishing depuis 2014, et la série est toujours en cours.

Cette oeuvre nous plonge dans un lycée on ne peut plus particulier, dans la mesure où les rapports de soumission et de domination entre les élèves sont régis par le jeu des castes, un jeu de cartes où la carte que l'on possède définit la place de la personne: la carte "roi" ou "reine" fait de son possesseur le ou la souverain(e) de l'école que personne ne peut contredire même dans les pires situations, celle de "valet" fait de vous le bras droit du roi et donc en quelque sorte le numéro 2 de l'école. Il y a ainsi la classe supérieure (roi, reine, valet, courtisan, flatteur), la classe moyenne (messager, prépa, bouffon), la classe inférieure (geek, gothique, brain), des classes à part (voyou et neuneu)... et, au plus bas de l'échelle, la personne qui a hérité du joker, faisant de lui la cible, alias le souffre-douleur n'ayant absolument aucun droit. Et tout élève refusant de se plier à ce "jeu" est systématiquement considéré aussi comme une cible. Heureusement pour les cibles, ce jeu des caste n'est pas infini dans le temps: régulièrement, une nouvelle partie est lancée afin de redistribuer tous les rôles, ainsi il est possible, au bout d'un certain temps, de changer de classes.

Azusa, lui, possède le titre de roi depuis un bon moment, et s'applique toujours à le récupérer. Exerçant comme il se doit sa tyrannie, ne serait-ce qu'en humiliant de bon coeur la cible Kusakabe, il ne se voit aucunement chuter un jour... du moins, jusqu'à ce que Karino profite de l'excès de confiance d'Azusa et de la nouvelle partie de jeu des castes pour s'emparer du statut de nouveau roi, tout en prenant soin de faire de l'ancien roi la nouvelle cible. Dès lors, la rapport de force change totalement, Karino voulant plus que tout faire de la vie d'Azusa une sorte de cauchemar, entre soumission, menaces, humiliations et viols...

Soulignons tout de suite la limite scénaristique de ce que la mangaka nous propose dans ce premier volume, limite d'autant plus grosse qu'il est clairement dit que le corps enseignant n'est pas au courant de tout ce jeu des castes. Dans la mesure où les élèves ne se cachent aucunement pour commettre tout ce qu'ils font, ou même que la fin du jeu des castes est déclarée dans un haut-parleur, il est quasiment impossible d'imaginer qu'aucun enseignant n'est au courant. Et quand bien même, il suffirait que quelques personnes refusent catégoriquement ce système et le dénoncent. Mais qui sait, peut-être que plus tard Chise Ogawa rebondira là-dessus...

A part ça, une constatation s'impose forcément: si vous êtes uniquement adepte des BL mignons et faits de jolies histoires d'amour, mieux vaut passer votre chemin, car il n'y a rien de tout cela ici ! Comme on le devine dès le pitch, Caste Heaven est un récit qui, au moins sur ce premier tome, joue à fond sur ce système de castes lui offrant toute son originalité, et fait donc totalement dans les rapports de domination/soumission. Ainsi, Karino ne reculera devant rien, devant aucune manipulation psychologique, pour soumettre Azusa et chercher à en faire son toutou et son esclave sexuel, par exemple en menaçant de le livrer en pâture à d'autres gars s'il ne se plie pas à ses exigences.

A-t-on donc un pur manga malsain de relations non-consenties sans quoi que ce soit d'autre derrière ? Hé bien, clairement pas ! Car Chise Ogawa a vraiment le mérite, à travers cette idée de castes, d'installer tout un microcosme où les rapports entre les personnages sont tous en grande partie faussés par. Le roi est systématiquement brossé dans le sens du poil par tous les flatteurs qui veulent se faire bien voir, mais il suffirait que ce roi passe ensuite à une caste inférieure pour que tout le monde retourne sa veste et flatte le nouveau roi, et ainsi de suite. Dans ces conditions, ne vaudrait-il mieux pas faire attention ? Que se passerait-il si l'actuel souffre-douleur de tout le monde devenait valet après la partie suivante ? Les questions de vengeance peuvent bien se poser dans ce contexte où nombre de personnes semblent bien hypocrites et fausses, tout ceci pouvant devenir un véritable cercle sans fin. Et si l'on ajoute à ça des évidences sociétales comme les brimades, l'ijime, on obtient une sorte de petit portrait de société crédible et loin d'être joli.

C'est donc dans ce contexte que l'on apprend à découvrir les principaux personnages. Et si Azusa apparaît au départ comme un vrai tyran, il s'avérera vite plus nuancé, dès lors que l'on découvre un contexte familial qui le marque en profondeur et qui l'a décidé à ne jamais se laisser marcher sur les pieds afin de s'en sortir. Ce caractère, il le gardera même dans les pires moments, même en tant que cible, face à un Karino qui pourra bien lui voler son corps autant de fois qu'il le voudra mais qui ne pourra jamais lui voler son caractère et son coeur. En face, c'est bien Karino, fils à papa qui a déjà toutes les facilités dans la vie (il est fils de ministre), qui apparaît tout compte fait comme le plus imbuvable. La dernière partie du tome, elle, prend un parti intéressant, en nous faisant revivre les événements précédents sous le regard de Kusakabe, ancienne cible soudainement élevée au rang de valet, et de Kuze, adolescent qui veille sur lui et qui semble vraiment à part dans ce contexte. Kusakabe saura-t-il s'affirmer en tant que nouveau membre de la caste supérieure, lui qui jusqu'à présent a toujours été en bas de l'échelle ?

Visuellement, la patte d'Ogawa montre parfois quelques petites inégalités ou cases plus pauvres, mais son dessin jouit assurément d'un dynamisme adéquat et d'un très bon travail sur de nombreuses expressions et de nombreux gestes. Le découpage sait apporter du rythme et de l'immersion, si bien que l'on se laisse facilement happer.

Il n'y a plus qu'à voir ce que l'autrice va nous réserver sur la longueur, étant donné que son concept peut facilement se renouveler et s'étirer. Mais en attendant, malgré les quelques limites évoquées, Caste Heaven s'offre un très bon début, en offrant un vrai fond intéressant.

Au niveau de l'édition, on a une copie très correcte de la part de Taifu Comics, avec notamment 6 pages couleur (3 au tout début, et 3 en ouverture du chapitre 3). Le papier est souple et sans transparence, l'impression convenable, et la traduction de Nicolas Pujol soignée.
 

Chronique 1

Un petit nouveau dans le catalogue de Taïfu, c’est toujours un suspens. Caste Heaven va s’imposer immédiatement comme un roman lycéen, mais loin, très loin des romances lycéennes classiques que l’on peut souvent voir habituellement. Ici, le lycée est régi par un système de castes. Dans la vie, il y a les meneurs et les perdants. Afin de les préparer équitablement à cette réalité cruelle, les lycéens ont eux-mêmes créé un « jeu ». Régulièrement, les pouvoirs sont bouleversés et les rangs de chacun remis en question. Un jeu de cartes détermine le grade de chacun. Le roi a tous les pouvoirs, s’ensuivent ses valets et courtisans, mais également d’autres rôles mineurs tels que « la gothique », « le geek », « le bouffon »… Et tout en dessous, « la cible » alias le souffre-douleur de tous et l’esclave du reste de la classe. Ce dernier doit obéir à tous les autres, mais plus particulièrement au Roi ou à la Reine, qui a tous les droits sur tous. L’avantage ? Les rôles sont redistribués régulièrement et il faut alors assumer ce qu’il s’est passé auparavant. Se montrer cruel envers le souffre-douleur ? Et s’il devenait valet ou roi du jour au lendemain ? La vengeance est un concept rapidement important. Azusa était roi jusqu’alors, et il comptait sur ceux qui lui obéissent les yeux fermés pour lui ramener à nouveau sa carte de roi lors du jeu suivant. Seulement, il se fait trahir par un de ses lieutenants qui va le faire descendre au plus bas de la pyramide.

Clairement, on a affaire à une relation abusive et torturée. Amateurs des histoires roses bonbon, passez votre chemin. Ici, il sera question de viol, de non-consentement, de violence. Le débat est toujours lancé et il n’est pas bon de soutenir ce genre de choses, mais dans la fiction ? Ce qui est intéressant, c’est qu’Azusa ne se laisse pas faire et se bat contre son nouveau statut de cible. Là où ses prédécesseurs se pliaient aux exigences de ses camarades, Azusa se clame né pour régner et pour manipuler les autres et non l’inverse. Il va lutter contre Karino même s’il n’a d’autre choix que de plier devant lui et de lui offrir son corps, sous peine de voir toute la classe lui passer dessus. On voit bien, au fur et à mesure, Azusa qui plonge dans cette situation avec Karino qui le change complètement. Avec tant de pression psychologique, tant de manipulation, notre héros plonge peu à peu dans le piège de Karino. Il n’y a plus que lui, Karino est partout, occupe son espace, son atmosphère, son corps. Pour ne pas céder, pour ne pas perdre sa santé mentale, Azusa ne peut que céder. Il va peu à peu ouvrir son corps, mais pas forcément son cœur, à son bourreau. Et cela peut se comprendre, au vu de la tension qui règne entre eux. Karino joue parfaitement son rôle de connard fini et emprisonne Azusa dans sa toile. De plus, si l’on sait lire entre les lignes, l’auteur de Caste Heaven dénonce un état de fait malheureusement encore existant, surtout au Japon. Les moqueries, les rangs, les pressions exercées sur certains lycéens… L’jijime au Japon est une réalité, et c’est ici une façon comme une autre de le mettre en exergue.

On a donc droit à une critique de la société actuelle au sein d’une histoire à la fois malsaine et abusive. A noter que l’auteur développe d’une manière intéressante et assez pertinente les sentiments et la psychologie des protagonistes. Les graphismes quant à eux sont fins et pourtant parviennent à tirer leur épingle du jeu. Les regards ont une dose de vide qui convient parfaitement bien aux personnages un peu perdus. Les personnages sont dynamiques, leurs positions sont naturelles, les proportions sont respectées. Les pages couleur sont réellement un plus de la part de Taïfu, qui rend une édition nette et lisse. Une bonne surprise, donc, notamment avec l’histoire bonus qui est absolument adorable et qui relance le côté malsain et tordu de l’histoire principale. Et malgré ces mots péjoratifs, ce sont surtout des qualités qui en résultent. Quelque chose qui change, quelque chose qui séduit, quelque chose qui choque parfois. Une histoire qui en plus de scènes de sexe sympathiques offre une réflexion réelle sur la réalité proposée par l’auteur.
   

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

15 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
NiDNiM

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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