Called Game Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 03 June 2020

Mangaka active depuis 1997, Kaneyoshi Izumi est une artiste que l'on retrouve régulièrement dans le catalogue shôjo des éditions Asuka/Kazé Manga depuis déjà plus de dix ans. On l'avait d'abord découverte en 2009-2010 avec l'inégale mais pas du tout déplaisante série 100% Doubt!!, puis on l'avait retrouvée dès 2010-2011 avec le très bon Seiho Men's School. Mais c'est de 2013 à juillet 2017 qu'elle a le plus marqué les esprits avec La Fleur Millénaire, fresque tragique en 15 tomes, ayant certes connu quelques coups de mou mais ayant souvent été magnifique, notamment dans sa conclusion. L'autrice s'essayait alors à un shôjo d'aventure assez complexe, partagé entre romance et politique/diplomatie, dans un contexte imaginaire inspiré de la Chine ancienne. Et c'est dans ce même registre de shôjo d'aventure que, près de 3 ans plus tard, on la retrouve enfin chez l'éditeur !

Called Game, également appelée Cold Game dans son pays d'origine (ou elle est également sous-titrée, en français, "Vivre ou mourir, ou aimer calmement"), est une série qui suit tranquillement son cours depuis 2017 dans le magazine Betsucomi des éditions Shôgakukan, avec un rythme de 8-9 mois entre chaque tome, pour un total de 4 volumes actuellement (le 4e opus étant sorti en février dernier). Et après les inspirations chinoises dans La Fleur Millénaire, cette fois-ci la mangaka propose un récit inspiré par une Europe occidentale imaginaire, au vu de la petite carte présente sur l'une des pages du 1er chapitre, des noms, de l'architecture, et des intrigues de cours rappelant immédiatement la dynastie royale des Tudor (donc vers le XVIe siècle).

"Ceci est l'histoire de mon premier... et dernier amour."

Au sein du petit et modeste Pays de B (qu'au vu de sa situation on a envie de rapprocher de notre Belgique), la jeune Alna, 15 ans, est la 10e et toute dernière enfant du Roi. Au vu du nombre de ses héritiers et héritières qui sont toutes et tous déjà mariés à des souverains ou à des membres de bonnes famille, le souverain fait moins attention à sa petite dernière, et l'a même promise à Johan Clay, fils d'une famille un petit peu plus modeste. La situation semble très bien convenir à la jeune fille: malgré sa grande beauté, elle n'a aucune envie de correspondre aux habituels carcans qu'on attend des femmes à cette époque (c'est-à-dire apprendre à chanter, à réciter des poèmes, à broder... pour être bien quand on leur impose un mari), et préfère largement s'entraîner secrètement à l'épée avec Johan, sans être trop surveillée. Et pourtant, le quotidien de l'impétueuse demoiselle est voué à basculer quand, à l'extrême ouest, l'insulaire et très puissant pays de E (notre Angleterre, le "E" faisant sans doute référence à "England") demande à ce que la jeune fille devienne sa nouvelle reine. Une demande surprenante et qui n'est pas forcément de bon augure: le Pays de E est censé avoir déjà une reine, mais la communication extérieure du pays est devenue quasiment inexistante depuis que, l'année précédente, l'ancien roi henry est décédé et que son frère a pris sa place. Mais le petit pays n'a pas d'autre choix que de s'exécuter face à une telle puissance: la promesse de mariage avec Johan est annulée, Alna est envoyée au Pays de E... mais pas sous sa réelle identité ! En effet, trouvant la situation louche et potentiellement dangereuse, son père lui a conseillé d'échanger son identité avec celle de sa servante, Camilla. Tandis que Camilla, malgré son physique moins joli, devient la reine Alna, Alna, elle, prend le nom de Camilla et devient une femme de compagnie et garde du corps plutôt déterminée à protéger la reine de substitution mais aussi à comprendre ce qui se passe dans ce pays. Et sans doute ce tour de passe-passe est-il judicieux puisque, dès le chemin jusqu'au château de roi de E, les deux demoiselles aperçoivent les corps pendus de membres du clergé... La plus grosse surprise se trouve toutefois au sein même du château, puisque le roi, qui ne se montre jamais et n'a aucun réel intérêt pour les femmes, a déjà pas moins de 5 reines ?! Ou, pour être exact, 5 prétendantes: la reine du précédent roi et 4 nouvelles femmes appelées par le roi en vue d'un mariage. Hélas, la famille royale ne peut célébrer une union sans l'assentiment de l'Eglise, mais cette dernière à rejeté les mariages du roi avec toutes les précédentes appelées... et, depuis, celles-ci vivent ensemble en se vouant potentiellement une haine farouche dans leurs désirs d'accession au trône. Voici nos deux héroïnes prises dans un véritable nid de vipères, où, pour s'en sortir vivantes, elles devront sans doute faire attention à tout, voire se laisser manipuler pour mieux manipuler derrière...

"Dans cet endroit, nos robes sont des armures et nos sourires des boucliers..."

Dans l'ensemble, Kaneyoshi Izumi pose vraiment bien, tout au long de ce tome, les bases de son univers aux influences de l'Europe médiévale, et de son histoire déjà marquée par de premières petites manipulations inquiétantes, jusqu'à une toute fin de tome déjà marquée par un premier drame fort nous faisant bien comprendre le climat dangereux dans lequel sont désormais plongées la fausse Alna et notre héroïne, bientôt rebaptisée Violette par son entourage du fait de ses yeux violets.

Et justement, parlons-en, de cet entourage, tant il s'avère d'emblée assez bien campé.
On découvre notamment, bien sûr, certaines des 5 autres reines, dont Catherine, la reine du précédent roi venue du pays de S (un puissant allié du pays de E, que l'on peut comparer à une sorte d'Espagne rallongée vers le nord (d'où le S de "Spain", probablement), la 2e reine Anne dont il vaudra mieux se méfier (son prénom est peut-être un clin d'oeil à Anne Boleyn, la deuxième épouse du roi Henri VIII d'Angleterre au XVIe siècle à l'époque des Tudor), et la 5e reine Lizzy, au statut particulier puisqu'elle n'a initialement aucune origine noble. D'abord marquée par un caractère assez hostile et hautain, Lizzy est sans doute la plus attachante des 5, la mangaka s'appliquant assez à offrir un bon petit caractère à cette enfant de seulement 14 ans, encore immature et quelque part naïve, et assez touchante de par la solitude dans laquelle le comportement des autres la plonge. L'occasion pour l'autrice d'aussi évoquer la cruauté de la noblesse à une époque où le rang social primait...
C'est donc au beau milieu de ces femmes que notre héroïne doit désormais vivre, tout en soutenant autant que possible la timide Clarisse ayant pris sa place en tant que reine, et en se confrontant à de premières manigances assez simples et prévisibles (la mangaka n'en fait d'ailleurs pas grand suspense en révélant vite le vrai fond d'Anne) mais rendues efficaces par le fait qu'en tant que nouvelle venue elle n'est pas encore rodée et ne sait pas encore à quel point il faut se méfier des autres. Néanmoins, d'emblée, Violette (appelons-la comme ça, ce sera plus simple) est une héroïne qui séduit et en impose par son caractère fort et sa nature impétueuse, où elle n'hésite pas à répondre et à ses confronter aux autres en se fichant parfois des lourdes règles de conduite (même si on tâchera bien souvent de très vite les lui rappeler). Malgré ses élans de bravoure, elle essaie, comme elle l'a toujours fait, d'occulter tout sentiment personnel pour ce concentrer sur l'essentiel, quitte à parfois paraître froide aux yeux de certains, mais au vu de la fin du tome elle devra peut-être apprendre à laisser parler ses sentiments, pour devenir encore plus forte...
Et autour d'elle viennent graviter pas mal de figures plus ou moins amicales et assez plaisantes, entre Clarisse (la vraie) qui a un bon fond et un attachement pour notre héroïne derrière son incapacité à tenir la dragée haute aux autres reines (vu qu'elle n'a pas eu la même éducation), Adèle Hughes (et son frère Edward) en femme de chambre de la nouvelle reine qui rêve de voir sa famille monter en rang social et qui anime donc pas mal les pages avec ses rigolotes petites manigances, le roi qui reste pour l'instant on ne peut plus mystérieux... et un homme sans nul doute voué à occuper un rôle-phare: le dénommé Arthur, agissant aux ordres du roi sur divers points (champs de bataille, observations de l'état du pays...), dont la première altercation avec Violette les veut tous deux à se prendre en grippe, mais dont il ne fait déjà aucun doute que la relation évoluera beaucoup au fil du temps (surtout au vu des toutes premières pages de la série ayant lieu trois ans plus tard...).

Au-delà de personnages efficacement installés et des mortelles querelles internes entre prétendantes, Kaneyoshi Izumi nous fait également bien comprendre, par-ci par-là, que son récit ne devrait pas se limiter à cela, et qu'il devrait aborder un contexte plus profond au sein du Pays de E. Plusieurs pistes possibles sont déjà évoquées: le fait que le pays soit globalement plongé dans le chaos, les guerres au nord, la place du clergé qui n'est sûrement pas étrangère à la situation de chaos... Il y a pas mal de promesses, en somme.

Visuellement, la dessinatrice offre une copie qui apparaît peut-être légèrement moins intense que dans La Fleur Millénaire au niveau des traits, mais c'est une impression qui est peut-être due au fait que beaucoup de personnages ont les cheveux clairs. Pour le reste, on reconnaît tout de suite la patte typique de l'autrice dans les designs des personnages, avec des mentons anguleux et des yeux assez reconnaissables, l'ensemble étant peut-être un peu plus précis que dans la précédente série de la mangaka. Pas de grands coups d'éclat dans les costumes (d'époque, bien sûr) ni dans les décors (essentiellement le château aux allures médiévales, mais pas que), mais tous ces éléments sont néanmoins travaillés et soignés afin d'accentuer suffisamment l'immersion.

Repartant sur un bon mélange de politique/manipulation et de romance (mais pour l'instant, le premier aspect prend intégralement le dessus sur le deuxième) dans un contexte imaginaire inspiré de notre monde (après la Chine dans La Fleur Millénaire, placé à l'Europe occidentale ici), Called Game s'annonce comme un récit prenant, où Izumi poursuit dans le shôjo d'aventure sans pour autant répéter sa précédente oeuvre. Les bases sont très bien installées, le volume se paie le luxe de déjà offrir de déjà offrir un climax tragique, sanglant et tendu dans ses dernières pages afin de susciter de plus belle l'attente... Difficile de mieux démarrer un shôjo de ce type !

Cette chronique ayant été faite à partir d'une épreuve numérique non-corrigée fournie par l'éditeur, on ne donnera pas d'avis sur l'édition, mais on peut tout de même souligner une traduction déjà très efficace et claire d'Anaïs Koechlin.
   

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Note de la rédaction






MN Actus
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