Butterfly Beast Vol.1 - Actualité manga

Butterfly Beast Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Lundi, 13 September 2021

Après quelques mois d'existence sur le marché, les éditions Mangetsu ont à cœur de traiter un pan particulier de manga : Le récit historique. Dans des gens différents, le Japon d'autrefois a été traité par Keiji, Chiruran ou encore Le Mandala de Feu. En ce mois de septembre 2021, un autre titre abordant l'histoire nippone est disponible dans nos librairies : Butterfly Beast.

Son autrice est loin de nous être inconnue, puisque Yuka Nagate est à l'oeuvre sur Gift +/- disponible chez nous aux éditions Komikku. Elle a aussi touché à la saga Hokuto no Ken avec le spin-off La Légende de Toki qui, lui, nous fut proposé chez Kazé il y a des années de ça.

Butterfly Beast a justement vu le jour après La Légende de Toki, et avant Gift +/-. Lancé en 2010 dans le Comic @ Bunch des éditions Shinchosha sous le titre Chojû Gitan, le manga fut bouclé en deux opus seulement avant d'être repris par l'éditeur Leed qui lança une suite en cinq tomes en plus de rééditer le manga initial. Pour l'heure, Mangetsu nous propose donc le premier titre, le plus court, ce qui fera sans doute office de test pour décider d'une publication de la suite.

Dans le Japon de l'an 1635, nous sommes au début de l'ère Edo. Le pays dirigé par les Tokugawa a mis sur la touche les shinobis, autrefois guerriers de l'ombre. Certains se sont mis au service du shogunat, tandis que d'autres laissés pour compte ont choisi la voie du crime pour survivre. Ochô est une kunoichi qui a choisi une destinée ferme : Celle de punir ses anciens comparses qui se seraient engagés dans la voie du mal. Elle endosse aujourd'hui une doublage casquette, celle de courtisane dans le quartier des plaisirs de Yoshiwara le jour, et devient une mercenaire chargée d'éliminer ses anciens semblables corrompus la nuit. Bien qu'elle soit attachée à sa mission, Ochô ne peut considérer ses actions sans une certaine mélancolie.

Titre mêlant histoire du Japon, suspense et action, Butterfly Beast aborde une ingénieuse idée dès ses premières pages : L'évolution de la condition des ninjas, un aspect qui s'éloigne des représentations que l'on peut voir de ces guerriers dans les titres les plus populaires. Ici, Yuka Nagate ne montre pas ces mercenaires de l'ombre sous un jour héroïque ou épique, mais aborde leur chute dans un récit combinant espionnage et infiltration, avec une atmosphère bien souvent tragique.

Ce premier tome (sur deux, en ce qui concerne la première série) narre plusieurs missions indépendantes d'Ochô, ancienne kunoichi qui s'est reconvertie en courtisane mais qui, une fois la nuit tombée, opère une vendetta contre ses anciens comparses usant de leurs talents au nom du crime. L'idée est suffisamment simple et efficace pour permettre plusieurs petits arcs qui entrent rapidement dans le vif du sujet, et nous permettent de saisir les enjeux derrière l'évolution de la figure du shinobi dans le Japon. Loin d'être une simple combattante froide, l'héroïne montre une permanente ambiguïté tant elle est en proie à ses sentiments personnels, regrettant toujours de devoir passer à l'acte contre d'anciens frères d'armes, et parfois des individus qu'elle connait personnellement. Dans ce cadre, chaque récit parvient à se renouveler et à apporter des idées nouvelles par rapport au précédent. Une révolution qui permet aussi à ce premier tome de monter dans le tragique, à chaque fois, Yuka Nagate n'hésitant pas à se montrer ferme quant au sort de certains personnages, et dans sa manière de montrer les exécutions. Butterfly Beast, sur ce début, est empreint d'une forte mélancolie. C'est un récit aussi rythmé que rude, qui ne traite pas son récit ni sa protagoniste avec cliché. On appréciera, d'ailleurs, que la nuance s'applique aussi du côté des adversaires qui ne sont pas forcément de simples pourris. L'autrice cherchera parfois à nous le faire croire, avant de montrer une pointe d'humanité chez des personnages pourtant abjects jusque-là, finalement victimes de l'évolution historique à laquelle ils n'ont pas pu ou su s'adapter. Alors, une forte empathie nous lie à Ochô, une héroïne brave rendue attachante par ses propres tourments.

Visuellement, Yuka Nagate montrait déjà une patte pleine de finesse. Son trait est précis et expressif, ce qui est essentiel pour traduire les émotions des personnages, et donc celles du récit dans son ensemble. Dans cette proposition graphique, le jeu d'opposition entre l'aura glamour de l'héroïne et la violence des scènes d'action est aussi subtile qu'ingénieuse. Un peu à l'image de certaines cibles d'Ochô, la mangaka nous trompe avec des moments faussement sulfureux dans le quartier des plaisirs, avant de basculer vers l'action plus sanglante des résolutions d'arcs. Une double atmosphère visuelle parfaitement rendue et dont chaque part ne se trahit jamais l'une l'autre.

En somme, Yuka Nagate nous offre une très appréciable amorce pour Butterfly Beast, un récit de ninja différent, plus sombre et cruel, très joliment gratté visuellement. On se demande alors de quelle manière cette première série pourra amener un semblant de conclusion, avec l'intime espoir que Mangetsu pourra nous apporter la suite ultérieurement.

Concernant l'édition, l'ouvrage proposé est de jolie facture. Les dimensions poches de l'éditeur se retrouvent, le papier choisi est fin mais de qualité tout à fait correcte, tandis que quelques pages couleur mettent en exergue le style à la fois violent mais aussi très sensuel de l'artiste.
  

Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

15 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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