Bunza l'insouciant Vol.1 - Actualité manga

Bunza l'insouciant Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 12 Janvier 2018

En compagnie de Plus haut que le ciel, Fermé pour la journée et Les couleurs de Yuki, Bunza l'insouciant fait partie des 4 premiers titres de Saburô Ishikawa publiés par les éditions Black Box, et est l'oeuvre la plus récente des quatre. Publiée au Japon de 2005 à 2007, cette série voit le dessinateur se baser sur un scénario de Shôzô Toki et s'appuyer sur les "Mémoires de la cage au perroquet", afin de plonger le lecteur dans une époque historique que l'on n'a pas forcément beaucoup l'habitude de voir en manga.

Cette époque, c'est celle de l'ère Genroku, une ère de l'époque d'Edo qui s'est étalée de 1688 à 1704, et qui est plutôt restée dans les mémoires comme une période assez bonne, en paix, faste et optimiste (le nom "Genroku" pouvant d'ailleurs être traduit en "bonheur originel"). Mais en pleine époque d'Edo, les samouraïs sont omniprésents, et notre jeune héros, Bunzaemon Asahi, 16 ans, est l'un d'eux... à ceci près que son caractère est à l'opposé des habituelles valeurs dignes, sérieuses et combattives des samouraïs.

En effet, il a beau être le fils d'un petit samouraï tenant fièrement son dôjô, Bunza n'est, pour ainsi dire, pas du tout intéressé par ce milieu. Bien qu'armée des traditionnelles épées accrochées au bassin, il évite soigneusement les cours de son maître, au point de faire enrager son père, et préfère largement aller flâner à des occupations plus insouciantes, comme la pêche ou les petites amourettes.

La série nous invite donc à suivre, à une ère un peu méconnue de l'époque Edo, le quotidien plus ou moins paisible de ce jeune garçon qui se fiche bien de son sabre et préfère profiter des petits plaisirs de la vie. On s'attache très facilement à ce héros qui détonne par rapport à l'image que l'on a habituellement des samouraïs, dans la mesure ou, plutôt que de se préparer à succéder à son père comme le veulent les coutumes, déteste les arts martiaux, est plutôt pacifiste... Son parcours devient vite immersif grâce à la narration, qui emploie parfois un style proche de l'autobiographie, et pour cause : aimant l'écriture, il consigne régulièrement par écrit dans ce qui est appelé les "Mémoires de la cage au perroquet", la source principale du scénariste de la série. On comprend donc très vite que le Bunza du manga est basé sur un personnage ayant réellement existé, et ce qu'il a écrit fait même partie des seules traces précises de cette ère assez méconnue. On notera d'ailleurs, en toute fin de tome, un chapitre bonus très intéressant car il aborde un peu la conception de ces écrits.

L'oeuvre a beau être inscrite dans un aspect historique, il s'agit avant tout d'une tranche de vie, dont la forme est assez classique de ce genre de récit : les chapitres sont plutôt indépendants, à chaque fois on y suit les petites aventures quotidiennes de Bunza, où se dégage sa propre vision de la vie et de son époque. Les interactions sont l'un des gros points forts : Bunza est plutôt du genre sociable et assez généreux, cherche volontiers à protéger ses proches si besoin est, sait parfaitement retourner certaines situations à son avantage (à la pêche, par exemple) et profite du bonheur simple d'être avec les gens qu'il apprécie, comme le démontre les scènes avec son ami d'enfance. Mais sous ses allures de tranche de vie, le récit dépeint tout de même l'époque sous plusieurs facettes, y compris plus dures : des lois qu'il faut respecter, les difficultés de pouvoir s'exprimer librement (par exemple, il ne vaut mieux pas critiquer ouvertement le pouvoir en place), les charlatans de l'époque, les conditions de vie parfois très ardues des paysans... Cela donnera même lieu à quelques scènes un peu plus dramatiques, apportant encore plus de réalisme et de nuances. Mais globalement, c'est plutôt sur la légèreté et l'humour que le récit joue, certains passages importants étant me^me assez malins dans leur construction, comme la première rencontre de Bunza avec la jolie jeune fille qui deviendra sa femme.

Visuellement, on reconnaît facilement le style d'Ishikawa par sont rait des personnages assez old school avec un ensemble à la fois un peu épuré et très expressif. L'ensemble bénéficie d'un découpage généralement assez classique (cases bien espacées, le plus souvent carrées et rectangulaires même s'il y a quelques légères diagonales quand il faut,) adapté au ton, et d'une clarté parfaite pour appuyer les aspects légers du titre. Par contre, côté décors, c'est généralement l'inverse : Ishikawa propose des choses souvent assez denses, bien travaillées, avec pas mal de détails. Les paysages et bâtiments d'époque paraissent très crédibles et renforcent beaucoup l'immersion.

L'édition française qui nous est proposée est vraiment d'excellente facture. Le grand format est très appréciable ici, les 4 premières pages en couleurs sont un vrai plaisir, l'impression est bonne, le papier à la fois souple et bien blanc est très plaisant à manipuler, le travail de lettrage est soigné... Mais on saluera surtout tout le travail de traduction et d'adaptation, qui cherche à conserver un maximum de clarté au niveau des éléments historiques d'époque. Les notes de traduction sont bien présentes quand il le faut, les explications sur certains termes spécifiques sont claires... On appréciera aussi beaucoup la présence, entre chaque chapitre, de colonnes revenant plus en détails sur des éléments de l'époque vus dans la série. Très enrichissant.

Bunza l'insouciant est une excellente lecture, à la fois immersive dans son aspect historique, très plaisante dans son aspect tranche de vie, et porté par un très bon personnage principal assez unique en son genre pour l'époque à laquelle il vivait.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16.5 20
Note de la rédaction






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