Blue Flag Vol.1 - Actualité manga

Blue Flag Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 16 August 2019

Chronique 2

Les éditions Kurokawa ne sont pas spécialement portées sur la tranche de vie lycéenne, aussi l'annonce de Blue Flag dans leur catalogue avait de quoi surprendre. Manga signé Kaito, un auteur spécialisé dans les tranche de vie justement, le titre est publié depuis 2017 au Japon, sous le titre Ao no Flag, sur la plateforme de lecture en ligne Shônen Jump+ de l'éditeur Shûeisha. Le manga s'est particulièrement fait remarquer au Japon, et sa parution française est aussi, pour nous, l'occasion de découvrir son auteur.

Lycéen tout ce qu'il y a de plus ordinaire, Taichi n'a ni petite-amie, ni meilleur ami. Quelques bons potes de lycée, certes, mais ses relations personnelles s'arrêtent là. Lors de la rentrée scolaire, il se retrouve isolé de ses amis dans sa nouvelle classe. Ses deux seules connaissances : Tôma, un lycéen populaire, sportif et talentueux que Taichi connait depuis son enfance, et Futaba, une adolescente chétive et timide particulièrement discrète et maladroite. Pour ces raisons, Taichi a bien du mal à supporter Futaba. Pourtant, c'est à lui que la demoiselle demande de l'aide. Car elle s'est entichée de Tôma, et elle ne pourra se faire remarquer par lui toute seule. Mettant ses a priori de côté, Taichi finit par accéder à sa requête, et va se rapprocher de Tôma qu'il avait perdu de vue depuis des années. Un trio impregné sur la fougue de la jeunesse se forme alors.

Dans ses grandes lignes, Blue Flag peut faire penser à une comédie sentimentale lycéenne particulièrement banale, portée par trois personnages principaux différents les uns des autres, et un triangle amoureux qui va progressivement se mettre en place. Mais dès les premières pages, on sent quelque chose de différent dans l’œuvre de Kaito. D'abord, l'absence totale de dimension ecchi de le récit, chose pourtant récurrent sans les comédies romantiques shônen. Car la volonté du mangaka n'est pas de satisfaire les mirettes de son lectorat avec des scènes frivoles, bien au contraire. Dans ce premier tome de Blue Flag, c'est le thème de la jeunesse qui est mis en avant, ce à travers les sentiments complexes et contradictoires que l'on peut connaître durant cette étape de la vie.

Cette complexité sentimentale est parfaite exprimée à travers le trio Taichi, Futaba et Tôma, trois individus différents qui croquent leurs existences respectives de manières différentes. Pas d'a priori ni de cliché avec ces trois héros qui ne sont finalement que trois personnalités qu'on pourrait rencontrer au coin de la rue, sans excentricité quelconque. Et c'est en ça que ce premier tome de Blue Flag nous interpelle. Mis à part quelques caricatures d'otaku en ce qui concerne l'entourage de Taichi, les trois personnages ont de quoi capter notre attention, et nous permettre de nous identifier à eux. Une idylle qui semble peine perdue, des préjugés erronés que l'on peut avoir sur autrui, la simple volonté de croquer les années lycées à pleine dent... Tant de traits d'adolescence qu'on retrouve chez les personnages, et qui donnent une belle dimension au récit.

Et en dehors de cette volonté de faire quelque chose d'assez authentique, Kaito nous offre un début de récit très bien rythmé, et qui ne perd pas de temps dans la formation du groupe et les premières évolutions de sentiments des personnages. Dans le genre triangle amoureux, le premier tome de Blue Flag est très bien traité, et donne envie de savoir ce qu'il adviendra des sentiments des trois personnages. A ceci s'ajoute la manière qu'a ce premier opus de nous prendre à contrepied : les pages finales viennent ainsi totalement chambouler notre vision de certains personnages, et amèneront sans doute une suite totalement nouvelle dans les points de vue développés. Avec des thèmes actuels qu'il est appréciable de voir abordés, Blue Flag est définitivement sur une excellente voie pour devenir une tranche-de-vie incontournable du moment.

On pourra aussi parler du style graphique de l'auteur, simple, épuré, mais idéal pour communiquer la fraîcheur d'une telle histoire. Son style est aussi idéal pour mettre visuellement en avant les expressions des personnages. Que ce soit les rougeurs de Taichi, les grands sourires de Tôma ou les larmes de Futaba, on tombe sous le charme de chaque personnage, ce grâce à la patte de Kaito.

Côté édition, Kurokawa nous livre son habituelle bonne copie : un papier de qualité correct, une très belle jaquette avec un effet de vernis sélectif, et une traduction signée Nesrine Mezouane qui sonne souvent juste.


Chronique 1

De temps à autre, les éditions Kurokawa nous invitent à découvrir un titre qui dénote un peu dans leur catalogue, à l'instar d'En Scène! qui depuis fin 2016 nous plonge avec grand talent dans l'univers de la danse et du ballet. Et la nouveauté de mars de l'éditeur s'inscrit dans ce genre de récit "coup de coeur" moins habituels chez l'éditeur. En cours de parution depuis 2017 dans le magazine Shônen Jump+ des éditions Shûeisha, Ao no Flag arrive en France sous le titre Blue Flag (une traduction littérale) en étant déjà auréolé d'une solide petite réputation, dans un registre de tranche de vie plus réaliste que la moyenne. L'oeuvre est signée Kaito, un auteur qui exerce depuis le milieu des années 2000 mais dont c'est la première publication française.

Au programme, un récit scolaire nous plongeant aux côtés de Taichi Ichinose. Petit, effacé, banal, pas spécialement amical avec les autres, traînant avec des amis qui sont très loin d'être eux-mêmes dans les standards de popularité, il poursuit son quotidien de lycéen en se contentant de cette situation, mais non sans afficher un petit caractère parfois distant ou blasé. Ses signes particuliers ? En primaire il était ami d'enfance avec Tôma Mita, un garçon grand, musclé, talentueux, drôle, gentil, star du club de baseball... si bien que forcément il est la coqueluche des filles. Et sans que ses amis sachent vraiment pourquoi, il déteste Futaba Kuze, une adolescente à peine plus petite que lui (il fait 1m55, elle fait 1m54), qu'il trouve empotée, gourde, toujours à se promener la tête baissée... Mais pour leur année de terminale qui débute, le destin a décidé de placer ces trois-là dans la même classe, et alors qu'ils sont à un carrefour de leur vie où il faut penser aux examens, à leur orientation scolaire et à leur avenir, ce simple fait va bousculer leur vie. Et tout commence quand Futaba, par la force des choses, en arrive à se confier à Taichi et à lui avouer qu'elle est amoureuse de Tôma...

S'inscrivant dans le registre de la romance scolaire, Blue Flag enchaîne dès ce premier volume certains classiques du genre, voire même des personnages qui sur le coup peuvent volontairement paraître stéréotypés: un héros très loin d'être dans les standards de popularité, une héroïne a priori gourde et timide qui n'ose pas avouer ses sentiments, un ami d'enfance ultra populaire et à qui tout semble réussir... Une base simple, dont on devine même très vite certaines avancées sentimentales assez classiques. Mais on le comprend à la lecture: limiter Blue Flag à ça serait une énorme erreur, essentiellement parce que derrière ses allures parfois classiques l'oeuvre a à coeur d'aborder ses personnages, leurs tourments et leurs secrets de façon très réaliste. Ainsi, très vite, il semble difficile de ne pas se prendre d'affection pour chacun des trois héros qui, même si quasiment tout est vécu du point de vue de Taichi dans ce premier tome, sont mis à un niveau égal d'importance et promettent d'être traités chacun avec la même application.
Taichi est, mine de rien, un adolescent en qui nombre de lecteurs peuvent plus ou moins se retrouver, de par son statut assez banal, mais également de par son caractère par moment assez virulent, rejetant les choses de manière assez marquée. Par exemple, il se demande toujours pourquoi un garçon aussi populaire et "parfait" que Tôma continue de venir le voir et de lui parler, il nourrit bêtement une certaine aversion pour le côté potiche et gourde de Futaba... mais au fil du volume, il va déjà pas mal évoluer, montrer de bons côtés et surtout se remettre en question, dès lors qu'il est amené à fréquenter Futaba, cette jeune fille qui finit par lui demander des conseils afin de se rapprocher de Tôma alors que lui-même ne connaît rien en la matière.
Vient alors, ensuite, Futaba, assurément le personnage le plus attachant de ce premier tome, car sous ses allures gourdes elle cache des choses très intéressantes. Déjà, ne serait-ce que par le fait que c'est elle qui fait le vrai premier pas vers Taichi et vers sa propre évolution. Futaba peut paraître maladroite, gourde, potiche, timide, tout ce qu'on veut... mais rapidement, elle montre qu'elle est peut-être la plus courageuse dans ce premier volume. Elle veut changer, ne plus être la fille timide et passive qui n'ose rien entreprendre et qui a constamment peur d'échouer avant même d'avoir essayé au point de se retrouver ensuite bourrée de regrets. Tout simplement, elle ne veut plus se détester, et ça la rend terriblement humaine et sympathique. D'autant plus que face à cette jeune fille, Taichi lui-même risque donc de changer. La raison ? Hé bien, Futaba lui renvoie, quelque part, sa propre image. Et on comprend assez vite que sur la longueur il n'y aura pas que ça, et que sentimentalement la situation risque d'assez vite se complexifier un peu... voire beaucoup dès lors qu'on en devine plus sur Tôma.
De prime abord, ce dernier semble être le prototype du garçon qui a tout pour lui, mais les choses vont s'avérer un peu plus compliquées que prévu, que ce soit concernant sa situation familiale ou au niveau de ses propres sentiments. Tôma ayant déjà dit à Taichi, par le passé, son type de fille, notre héros semble persuadé d'avoir deviné de qui exactement l'adolescent est amoureux, et l'auteur se fait un plaisir d'affirmer cette supposition dans un premier temps dès qu'on découvre Akiko. Mais la réalité est encore tout autre, et les toutes dernières pages du tome nous le laissent très bien deviner sans rien dire ce concret dans l'immédiat. Au-delà de simplement complexifier les choses, Kaito devrait alors aborder plus que jamais les tourments sentimentaux et autres de ses personnages sous un angle crédible et dans l'ère du temps.
D'autant plus qu'à ces trois héros, il faut ajouter, dans la dernière partie du volume, la dénommée Masumi Itachi, amie de Futaba, et adolescente dont le fort caractère cache aussi des tourments.

Le style de Kaito est véritablement séduisant. Tout en offrant un dessin assez fin et sensible jouant beaucoup sur les personnages et sur leurs différentes émotions (jusqu'à aller parfois dans de petites caricatures amusantes), l'artiste dévoile une narration fine, avec des texte bien pensés, laissant bien comprendre sans surenchère le ressenti des personnages, et jouant également très bien sur certains non-dits qui en disent en réalité beaucoup. Le mangaka ne brusque jamais sa narration, reste toujours dans une volonté de bien décortiquer ses jeunes héros dans l'instant, et développe une atmosphère à la fois sensible et douce qui capte facilement l'attention.

Le premier volume de Blue Flag est donc une franche réussite. Sur une base a priori assez classique des shônen romantiques, Kaito prend d'emblée une voie assez différente de pas mal de titres du genre en développant, dans une ambiance réussie, une tranche de vie sensible et moderne portée par des héros crédibles et très facilement attachants.

Côté édition, Kurokawa livre une belle copie portée par la traduction très claire de Nesrine Mezouane. On appréciera également le papier et l'impression de qualité, ou tout simplement le joli rendu de la jaquette qui reste très proche de l'originale japonaise, y compris dans son logo-titre.
  

Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Takato

16.5 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News