Baltzar - La guerre dans le sang Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 13 November 2019

Chronique 2

En été 2018, les jeunes éditions Meian, auparavant connues uniquement pour Egregor, se lançaient dans le manga à proprement parler avec Kingdom, l'un des principaux succès manga dans son pays d'origine, mais qui rebutait les autres éditeurs sans doute à cause de sa longueur et de son sujet potentiellement inapte à toucher suffisamment un public occidental. De ce pari audacieux, Meian a fait un véritable succès. Et un an plus tard, en juillet 2019, l'éditeur a visiblement décidé de prendre encore du galon en lançant pas moins de trois nouvelles séries nippones ! En plus de Jormungand bien connu pour son excellent anime et qui fut longtemps attendu, et des 7 Ninjas d'Efu qui a marqué le retour en France du talentueux auteur de l'excellent Shigurui, on trouve également dans le lot Gunka no Baltzar, une série de guerre et de stratégie librement inspirée d'un fond historique, dont on connaît déjà l'auteur Nakajima Michitsune en France pour le très bon one-shot La Bataille de Sekiheki, récit sur les Trois Royaumes sorti autrefois chez Clair de Lune.

Avec sa première page couleur aux allures de vieille photographie, ce premier tome donne tout de suite un certain ton, une certaine époque: celle de l'Europe impérialiste du XIXe siècle, à une époque de conflits, de reconsidérations géopolitiques et de nouvelles avancées militaires. C'est en 1863, lors de la campagne de Norden-trade, que brille pour le compte de l'Empire l'officier Bernd Baltzar, qui dès lors se voit déjà promis aux plus belles promotions. Pourtant, lors de la cérémonie au royaume de Weissen, il est un peu surpris en apprenant son envoi au sud de l'Empire, dans l'Etat de Baselland (un pays allié de l'Empire), et plus précisément au sein de l'école militaire en tant que nouvel instructeur. Sa mission est claire: réformer le système militaire complètement dépassé de cet Etat n'ayant pas connu la guerre depuis un demi-siècle.

"La paix n'est qu'un répit servant à préparer la prochaine guerre."

L'auteur nous plonge dans une Europe fictive mais que l'on devine bien inspirée de certains pays et de certaines contrées d'Europe, ainsi l'Empire lui-même semble-t-il s'apparenter à l'Empire Allemand de la 2e moitié du XIXe siècle, tandis qu'au sud l'Etat de Baselland paraît puiser ses inspirations dans la Bavière voire dans la Suisse (après tout, dans Baselland, il y a Basel, le nom allemand de la ville de Bâle, et puis on nous dit que le pays est en paix depuis longtemps). Quant au tout début du volume, via la Duché du Norden-trade, le mangaka semble s'inspirer du Duché du Luxembourg, jusque dans ses décors. Décors qui sont par ailleurs très souvent présents et qui, malgré un côté parfois très "photos peu retravaillées", nous plongent de plus belle dans cette atmosphère européenne, avec son architecture, ses remparts, ses maisons à colombage...

C'est donc dans ce cadre que, très vite après l'introduction rapide, on est invité à se plonger auprès de Baltzar dans sa mission, une mission qui d'emblée s'annonce complexe, puisqu'en faisant le tour des principales classes (cavalerie, artillerie, infanterie) il remarquera forcément tout ce qui ne va pas: cours théoriques sans la moindre vraie pratique, examens de cavaliers ressemblant plus à des fêtes qu'autre chose, instructeurs dont les méthodes sévères semblent issues d'un autre temps, armes dépassées (on y utilise encore des mousquets, quand l'Empire use déjà de fusils), stratégies à revoir totalement... C'est petit à petit que l'auteur parvient vraiment bien à nous immiscer, à grands renforts de différents détails fluides concernant les avancées et tactiques militaires ainsi que les grandes classes, jusqu'à un premier petit moment d'action vers la fin du volume, au travers d'une phase tactique où Baltzar devra démontrer les qualités des fusils modernes et des stratégies de guerre plus récentes face aux mousquets et à des tactiques désuètes comme l'infanterie de ligne.

Si l'on se laisse facilement happer peu à peu par cet univers historico-militaire crédible, c'est aussi parce que l'auteur prend suffisamment soin d'installer quelques personnages secondaires assez réussis, dont les premiers "élèves" que Baltzar va influencer en leur montrant de nouvelles techniques d'instruction, voire en redorant leur blason et leur confiance en eux (notamment du côté de l'infanterie, où les fantassins sont un peu trop vus comme des pions interchangeables sans qualités spécifiques). Helmut Marx Von Babbel en 3e année de cavalerie, Thomas Linke et Marcel Jansen en 1e année d'infanterie, Dieter Strunz et Paul Breitner en 2e année d'artillerie, sont quelques-uns de ces élèves. Et pour la petite anecdote, si l'on ajoute à ceux-là le directeur Frank Baumann et son adjoint Heiko Gelber, les connaisseurs remarqueront peut-être que le mangaka s'amuse à donner à plusieurs de ses personnages des noms d'anciens joueurs de football allemands. Le plus intrigant de ces personnages reste toutefois le directeur des manoeuvres Reiner August Binkelfeld qui, au vu de son véritable statut, aura à coup sûr un rôle important par la suite.

Qui plus est, en filigranes, le mangaka prend bien soin de distiller d'ores et déjà diverses autres pistes: l'existence a priori de quelque cherchant à soulever les habitants contre l'école militaire, ce qu'est réellement l'école, les querelles dans les hautes instances de Baselland, les questions d'annexion par l'Empire... Autant de choses qui devraient sans doute s'intensifier sur la longueur.

En somme, Baltzar - La guerre dans le sang démarre de très bonne manière, et présente ses propres originalités en ne présentant pas un simple énième récit de guerre sur fond de stratégie militaire, mais bien les avancées militaires d'alors dans une Europe du XIXe siècle qu'il réinvente quelque peu à sa sauce. C'est très prometteur, et servi dans une édition assez convaincante: joli petit vernis sur le titre de la jaquette, papier et impression honnêtes, première page en couleur, et traduction très claire d'Olivier Baudre malgré quelques petites coquilles.


Chronique 1

Après un lancement remarqué avec le très attendu Kingdom et le reboot de l’œuvre faite maison Egregor, les éditions Meian ont accéléré la cadence ces derniers temps, en annonçant de nouvelles licences. Parmi elles figure Gunka no Baltzar, œuvre de Michitsune Nakajima, que nous avions pu découvrir en France en 2012 avec le one-shot La bataille de Sekiheki.
Renommé Baltzar : La guerre dans le sang chez nous, la série est en cours depuis 2011 au Japon, et compte actuellement 11 volumes. En France, le lancement se fera en grandes pompes puisque les deux premiers opus paraitrons en simultanée le 22 juillet. Néanmoins, quelques chanceux ont pu se procurer le premier d'entre eux, au cours de Japan Expo 2019.

Au XIXe siècle, le royaume de Weißen est en guerre. Au sein de l'Empire, une figure fait des étincelles : le jeune Baltzar, commandant nommé à son poste trois ans plus tôt que la normale. Alors qu'il s'attendait à cumuler les fronts, le commandant est muté dans le pays de Baselland, un allié souffrant d'un retard militaire et se trouvant surtout loin de la guerre. Là-bas, Batlzar devra assumer le poste d'instructeur, afin de combler le retard militaire de l'armée, et découvrira peu à peu les travers que cache le pays...

Avec Baltzar, l'auteur Michitsune Nakajima nous plonge dans une Europe du XIXe siècle revisitée. Il s'inspire volontiers de l'esthétique d'époque mais aussi de ses codes militaires pour imaginer une intrigue qui se situerait, dans notre réalité, parmi l'Allemagne et ses pays alliés. Etrangement, le pays inspire beaucoup la pop-culture nippone quand il s'agit de créer des récits guerriers, reste alors à voir si cette inspiration géographique et historique n'est qu'un moyen d'habiller l'histoire, où si elle cherche à proposer une immersion convaincante.

Dans ce premier opus, la balance penche plutôt vers la seconde option. Derrière une intrigue simpliste, lancée au bout de quelques pages à peine puisque l'affectation du commandant Baltzar ne se fait pas attendre, l'auteur prend soin de dépeindre peu à peu son univers, et surtout l'ensemble des problématiques cachées derrière le pays, pacifique en apparence, de Baselland. Les tout premiers chapitres n'aiguillent pas forcément sur cette voie, mais la seconde partie du volume parvient à lancer véritablement le scénario. Derrière ce qui paraît être une sorte de GTO en pays militaire, marqué par un commandant original bien plus à l'écoute de ses élèves que les autres professeurs, on découvre un scénario qui tend progressivement vers la politique, tout en s'appuyant sur des enjeux militaires qui pouvaient être ceux d'époque. C'est particulièrement bien amené, et on comprend aisément pourquoi Meian sortira, en librairies, les deux tomes en simultanée. Car ce premier opus est une très bonne entrée en matière, mais c'est plutôt sa suite qui devrait confirmer tout le potentiel scénaristique de l’œuvre.

La parti-pris thématique du manga a aussi de quoi éveiller des curiosités. Dans ce premier volet, la guerre n'est pas forcément dépeinte comme un moyen de faire naître des héros. Elle est ici présentée par les yeux de Baltzar comme une fatalité, à laquelle il faut s’accommoder avec objectivité, sans impliquer ses émotions personnelles. Là aussi, on reste curieux de voir de quelle manière le mangaka étoffera ce discours, qui pourrait être particulièrement intéressant à suivre si mêlé habilement à l'intrigue politique de la série.

Enfin, c'est bien le trait de Michitsune Nakajima qui interpelle dans ce premier volet. Son style est fouillé, ses personnages ne manquant jamais de détails, au même titre que les expressions de leurs visages. Ceci mêlé à des arrière-plans toujours assez détaillés, l'immersion se fait sans mal, et on croit à chaque instant à cette Europe du XIXe siècle revisitée.

En résulte une excellente surprise ! Ce premier tome de Baltzar consitue une très bonne entrée en matière, tant par sa manière d'amener doucement les enjeux, en s'appuyant sur le charismatique Baltzar, et servi par le style particulièrement immersif du mangaka. Il y a de quoi être curieux de voir ce que le second opus nous réserve.


Critique 2 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

16 20
Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato

16 20
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