Atelier des sorciers (l') - Collector Vol.1 - Actualité manga

Atelier des sorciers (l') - Collector Vol.1

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 07 March 2018

L'un des événements de ce premier trimestre de l'année 2018 côté manga est sûrement la sortie française de Tongari Bôshi no Atelier (aussi connu sous le nom d'Atelier of Witch Hat), un manga qui, depuis le début de sa prépublication en 2016 dans le magazine Morning Two des éditions Kôdansha, a attiré de nombreux regards (y compris le nôtre) pour son impressionnante patte visuelle, mais aussi pour le parcours assez original de son autrice: Kamome Shirahama, une diplômée des Beaux-Arts de Tôkyô, amatrice d'arts orientaux autant qu'occidentaux (on peut citer l'Art nouveau, l'Art déco...), que l'on découvre pour la première fois dans notre pays, mais qui est aussi connue pour avoir conçu aux USA des illustrations de comics DC, Marvel et Star Wars. Le manga ici présent n'est pas le premier manga de l'artiste: elle a signé en 2011 My Little Noir, une histoire courte où une enfant recherche son chat, et de 2012 à 2015 Endevi, une série en 3 tomes centrée sur les rixes d'une ange et d'une démone vivant à New York. Mais Tongari Bôshi no Atelier est l'oeuvre qui accroît réellement sa notoriété: son premier tome est l'une des dix meilleures ventes pour une nouvelle série en 2017 au Japon, puis la série fait partie des finalistes du prestigieux prix Manga Taishô, et fait partie des 15 mangas les plus prometteurs pour 2018 selon une étude faite par le site japonais Honya Club auprès de 1300 libraires.


Pour sa sortie en France sous le titre L'Atelier des Sorciers, Pika Edition semble avoir décidé de beaucoup miser sur l'oeuvre, en lui offrant une forte et très belle mise en valeur. Cela passe bien sûr par pas mal de promotion, mais aussi par de jolis événements : la sortie d'une édition collector du tome 1, un ex libris offert en librairie pour l'achat du volume, l'organisation d'une petite exposition à la librairie Bulles en tête de Paris, et la venue en France de l'autrice à l'occasion du salon Livre Paris !


L'Atelier des Sorciers nous immisce dans un monde où la magie existe... mais n'est pas à portée de tous. Depuis toujours, on dit qu'elle ne peut être effectuée que par celles et ceux qui en ont le don à la naissance, et qui peuvent alors devenir sorcière ou sorcier. La jeune Coco, elle, n'a aucun don. Et pourtant, cette fille de couturière, quand elle n'aide pas affectueusement sa mère au travail, vit sa passion pour la magie sans pouvoir elle-même en faire. Alors quand un sorcier du nom de Kieffrey est de passage dans son village et dans la boutique familiale, elle est forcément un peu surexcitée ! Mais elle ne sait pas encore à quel point cette rencontre va bouleverser sa vie...


Amenée, dans sa curiosité et sa passion, à observer en cachette Kieffrey en train de pratiquer la magie alors qu'il est normalement interdit aux communs des mortels de voir ça, la jeune fille découvre la vraie nature de la magie: celle-ci n'est en réalité pas un don inné, mais se dessine avec une méthode et des outils spécifiques. Coco se remémore alors un livre de magie et un encrier qu'elle a achetés à un mystérieux sorcier dans un château quand elle était toute petite, et, portée par son espoir de réussir à faire de la magie, commence à s'exercer... jusqu'à provoquer un terrible drame. La seule solution pour espérer réparer son erreur : devenir une sorcière ! Pour ça, elle deviendra apprentie à l'atelier de Kieffrey. Mais elle ne se doute pas encore qu'au-delà de son apprentissage, des yeux malveillants l'observent...


La première constatation à faire frappe dès les premières pages, et est d'ordre visuel : c'est beau, très beau ! Kamome Shirahama démontre rapidement la maîtrise de son Art, en offrant des planches très riches, bourrées de trouvailles. Mais elles ne sont jamais surchargées, grâce à un trait fin, à des trames utilisées à bon escient, et à un travail de composition intelligent qui fait toujours ressortir ce qu'il faut. Il en résulte un univers qui capte l'attention dès ses premières pages, celles-ci installant une atmosphère tout à fait propice au merveilleux, par exemple avec sa vue du château aux allures de conte occidental. Shirahama a le loisir d'imaginer des designs de personnages réussis (Coco et les autres apprenties sont mignonnes tout plein, Kieffrey a une jolie dégaine également), des looks et costumes assez travaillés où elle reprend bien sûr à sa sauce certains classiques des récits de sorciers (le chapeau en tête), des architectures et paysages alléchants (l'atelier de Kieffrey, l'île-bibliothèque, la ville-île de Carn...) et parfois très originaux (comme les monts surréalistes), un bestiaire prometteur (les chevaux ailés, le ver-pinceau... sans oublier l'imposante créature des dernières pages)... La dessinatrice propose un réel souci de minutie, qui va jusqu'au ressenti des matières (l'eau, un simple volet en bois...), au pli des vêtements, aux motifs du porte-plume de Kieffrey... Plus d'une fois, on en prend plein les yeux.


C'est donc en étant porté par ces qualités visuelles que l'histoire et l'univers, peu à peu, se dévoilent, en devant d'abord beaucoup à une jeune héroïne facilement attachante. Malgré ses maladresses et erreurs (surtout au début, étant donné qu'elle provoque une tragédie), Coco a pour elle une passion pour la magie qui lui valent d'être très volontaire, vive, voire très débrouillarde par moments (on pense à son passage aux monts surréalistes, excellents). Et autour d'elle se crée facilement une galerie de visages prometteurs, à commencer bien sûr par Kieffrey dans son rôle de maître. Mais Shirahama parvient également à installer d'autres apprenties qui ont de quoi devenir intéressantes, au-delà de leurs personnalités pour l'instant très classiques. Tetia s'avère amusante, et contrebalance le côté calme et détaché de Trice. Quant à Agathe, l'autre apprentie la plus en vue, elle intéresse beaucoup par sa manière de considérer, au début, Coco de haut, comme une "ignorante" débarquée dans l'univers de la magie sans rien en connaître réellement.


Avec son pitch de base où une jeune fille a priori normale se retrouve dans le monde des sorciers, en étant visiblement promise à un grand destin dont elle ignore encore tout, la série pourrait facilement rappeler certains classiques des aventures de magie, à commencer par un certain Harry Potter. Il semblerait d'ailleurs que Kamome Shirahama soit une fan de la saga littéraire de J.K. Rowling... Mais la mangaka installe bel et bien son propre univers, qui peut se démarquer d'emblée d'un titre comme Harry Potter sur un point : ici, même si les humains normaux et les sorciers sont séparés, les normaux ont parfaitement conscience de l'existence des sorciers, tous vivent exactement dans le même monde, les sorciers ne sont pas "cachés". Cela dit, les principales originalités sont à chercher encore ailleurs. 


En premier lieu, il y a la remise en cause du statut inné des sorciers : généralement, dans les récits de magie, la magie est un don que l'on a à la naissance, et c'est d'ailleurs cette conception des choses qui est donnée aux humains "normaux" au début de l'intrigue de L'Atelier des Sorciers. Mais très vite, Shirahama déconstruit ce classique : les connaisseurs de la magie gardent secrète la réelle manière de pratiquer la magie, font croire que c'est un don inné suite à un passé sombre que l'on découvre ici dans les grandes lignes, et la vérité est tout autre...


C'est cette vérité qui est l'un des éléments les plus prometteurs de l'univers imaginé par Shirahama : la magie n'est pas innée... elle se dessine ! Ici, l'utilisation de la magie repose sur le dessin, avec porte-plume et encre spécifique (une encre magique dont on découvre déjà la fabrication particulière). Pour pratiquer leur Art, les sorciers doivent donc savoir dessiner, et sur ce point on ne peut évidemment pas s'empêcher de faire un petit parallèle malicieux entre la magie et la création artistique de dessin dans notre réalité... ce qui inclut l'Art du manga. Kamome Shirahama ne serait-elle pas, elle aussi, et comme beaucoup d'autres dessinateurs, une "magicienne" capable de donner vie à tout un univers avec ses planches ? Cette idée plaisante passée, la mangaka imagine d'ores et déjà des bases très solides sur la manière de faire cette magie par le dessin. Ainsi, ici les baguettes sont remplacées par des portes-plumes, et avec une encre magique et en traçant les bons symboles n'importe qui peut faire de la magie. Les sorts commencent par des dessins, et ces dessins suivent un procédé rigoureux. Le dessin doit être composé de 3 éléments : au centre l'emblème qui peut être de plusieurs catégories (eau, feu, vent, lumière...) et qui fixe donc l'élément du sort, autour une rangée de flèches qui déterminent l'orientation, la forme et la taille du sort, et enfin le cercle qui entoure le tout, est tracé en dernier, achève le sort et active la magie. A cela s'ajoutent d'autres choses : l'existence de sorts interdits (tous ceux pouvant nuire à l'intégrité d'autrui), la présence d'artefacts ou objets enchantés...


Kamome Shirahama a donc bien pensé les choses, parvient à conférer ses originalités à cet univers où la magie pourrait apparaître dans tout objet, et c'est sur toutes ces bases que l'on suit, intrigué, les premiers éléments de scénario. Car au-delà de la mise en place riche et claire de son monde et au début de l'apprentissage de Coco, la mangaka distille bel et bien une histoire vouée à être plus consistante qu'on pourrait le croire au premier abord. Que recherche la mystérieuse "confrérie du capuchon" ? Pourquoi le mystérieux et sombre sorcier a-t-il vendu ce livre de magie à Coco quand elle était petite ? Quel destin attend exactement la jeune fille ? Autant de questions qui piquent la curiosité !


Fortement attendu, L'Atelier des Sorciers ne déçoit donc aucunement avec ce premier volume. Kamome Shirahama pose des bases solides, une galerie de personnages plutôt prometteuse qui doit beaucoup à l'énergique Coco, un univers magique cohérent qui montre ses propres originalités, et une patte visuelle savoureuse.


Concernant cette édition collector, on peut dire qu'elle vaut amplement le coup pour son prix de 10,95€ ! Ne serait-ce que pour son principal bonus, un mini-artbook d'une trentaine de pages. Celui-ci propose de superbes illustrations couleurs (on retrouve certaines de ces illustrations en noir & blanc dans le tome 1), d'autres illustrations en noir & blanc, des croquis préparatoires... le tout avec quelques commentaires, parfois très brefs juste pour présenter les illustrations (il peut s'agir de propositions refusées pour des pages de titre, de dessins conçus pour annoncer la série sur les réseaux, de pages couleurs et couvertures issues du magazine de prépublication, de travaux de recherche, des premiers designs, de dédicaces...), parfois plus riches, avec notamment quelques détails sur la conception de l'univers. Ce petit livre, contrairement à sa version japonaise, est proposé avec une couverture rigide du plus bel effet, et son impression sur un papier assez épais est excellente. L'autre bonus devait être une jaquette réversible exclusive avec au recto une illustration inédite et au verso l'illustration de l'édition standard, mais suite à un souci chez l'imprimeur on ne trouve finalement que le recto (l'illustration inédite, donc). Mais pour pallier à ce problème, l'éditeur propose une solution: du 7 mars au 15 avril, si vous achetez l’édition collector et souhaitez obtenir la jaquette standard du volume 1 de L’Atelier des Sorciers, vous pourrez prendre une photo de votre édition collector avec le ticket de caisse (ou autre facture) pour preuve d’achat, envoyer cette photo par e-mail à mypika@pika.fr avec en objet de l’e-mail « Edition Collector Atelier des Sorciers », et indiquer dans votre e-mail votre nom et prénom & vos coordonnées postales exactes. Vous voici prévenus ! Enfin, on trouve à la fin du tome une interview croisée de Kamome Shirahama avec son éditeur, qui s'étire sur 4 pages et s'avère très sympathique à lire.


Pour ce qui est de l'édition du tome 1 en elle-même, Pika propose un bon travail, avec un papier légèrement crème et assez épais, une bonne qualité d'impression effectuée chez l'imprimeur Jouve, un lettrage soigné, et une très bonne traduction de Fédoua Lamodière qui propose des textes fluides et vivants.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai

17.5 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs






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